L’allégresse des quasi-morts

Davy Sardou, le fils du chanteur, à l’affiche dans «Hôtel des deux mondes», d’Eric-Emmanuel Schmitt.

Eric-Emmanuel Sch

L’excellent comédien Davy Sardou.

mitt est l’un des meilleurs auteurs du théâtre français. Sa pièce Hôtel des deux mondes en est un exemple. Dans une mise en scène d’Anne Bourgeois, elle sera donnée, sous peu, à la Comédie de Picardie et au théâtre d’Abbeville. Elle explore une échappée introspective entre le monde des morts et celui des vivants. Son cadre? Un hôtel mystérieux. S’y trouvent six personnages dans le coma, accompagnés d’un médecin; ils sont amenés à s’interroger sur leur vie, leur passé, leurs angoisses… Dans la distribution de ce succès d’Eric-Emmanuel Schmitt, figure Davy Sardou, le fils du célèbre chanteur qui, d’après la critique, y excelle. Il a répondu à nos questions.

Une pièce marquante

Il rappelle d’abord que cette pièce a été créée «avec beaucoup de succès» en 1999 et qu’elle fut nommée sept fois aux Molières. «Elle reste l’une des pièces les plus marquantes de l’œuvre d’Eric-Emmanuel», confie-t-il. Il y interprète le rôle de Julien, jeune homme de 40 ans, qui se retrouve dans cet étrange hôtel. Il va y rencontrer des personnages pittoresques, mais surtout y découvrir l’amour et la confiance. «J’aime jouer cet homme qui perd ses repères, qui change, qui évolue vers la sérénité», continue-t-il. Selon lui, Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur aux talents multiples: «Sa philosophie et son humanité me touchent particulièrement. Pour un comédien, il est important de pouvoir se reposer sur le texte, il est notre fondation, et l’écriture de Schmitt est très solide.» Il s’agit pour Davy Sardou de sa troisième collaboration avec Anne Bourgeois, «et je peux déjà vous dire que j’attends la quatrième avec impatience. Elle est tout ce que j’aime chez un metteur en scène; elle est calme, sereine et sûre d’elle, faisant entièrement confiance aux acteurs qu’elle engage. Elle est aussi très valorisante, le travail se fait facilement, toujours dans un esprit de troupe, et au service du texte.» Lorsqu’on lui demande si, le fait d’être né dans une famille d’artistes, l’a favorisé ou, au contraire, défavorisé, il répond tout de go: «J’ai eu la chance d’être au contact très jeune de la scène. J’ai aussi eu l’opportunité d’aller au spectacle souvent, cet accès à la culture, au divertissement, m’a sans aucun doute donné ma vocation. Ensuite, on est toujours seul face au public, et il est le seul juge, mais j’ai toujours été entouré et soutenu par ma famille. J’ai l’impression d’être un privilégié mais je crois être passé par toutes les étapes nécessaires pour en arriver où j’en suis aujourd’hui.»

Fasciné par les acteurs américains

Vous venez du monde du théâtre. Vous avez suivi des cours de théâtre à New York. Parlez-nous de cette expérience.

Le cinéma et plus particulièrement les acteurs américains m’ont toujours fasciné. J’ai eu l’occasion de pouvoir partir à New York pour y suivre des cours de théâtre au Lee Strasberg Institute; j’en garderai une expérience de vie extraordinaire et l’apprentissage de la base de mon métier. Mes premiers pas sur scène, je les ai faits sur une petite scène off-Broadway et je ne l’oublierai jamais.

Vous avez joué Shakespeare et Jean Anouilh. Comment avez-vous appréhendé ces deux grands auteurs?

Les grands auteurs sont, pour nous comédiens, les plus valorisants à jouer et peut-être les plus évidents, peut-être tout simplement parce qu’on est porté par un texte d’une telle beauté, d’une telle profondeur, qu’il appelle l’interprétation. Jouer Shakespeare, Molière, Musset ou Anouilh, c’est un bonheur absolu. On devient un vecteur, un simple passeur d’émotions à travers une poésie rare et précieuse.

Vous avez aussi beaucoup tourné pour le cinéma et la télévision. Préférez-vous jouer sur les planches ou être devant la caméra?

J’aime le rythme du théâtre; j’aime l’humilité de recommencer tous les soirs; j’aime qu’il soit exercé de la même manière depuis des siècles. Le cinéma me fascine, mais sa création dépend de tellement d’autres personnes que l’acteur. Comme disait si bien Jouvet: «Au théâtre on joue, au cinéma on a joué.»

Vous avez composé la musique de la chanson «Espérer» pour votre père, Michel Sardou. Avez-vous écrit d’autres chansons?

Non, c’était une heureuse coïncidence. Un jour d’été, mon père était au piano pour composer son nouvel album, une guitare traînait dans le studio; j’ai collé quelques accords et on a trouvé «Espérer»! J’aime beaucoup cette chanson.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans votre métier de comédien?

Tout me plaît dans ce métier, d’ailleurs dans quelle autre profession pouvez-vous dire à votre fille en la quittant le soir: «Papa va jouer!» J’aime ceux qui font ce métier; j’aime le partager; j’aime donner des émotions, des rires, des larmes, aux spectateurs, les distraire de leur quotidien et peut-être, qui sait, les changer un peu pour rendre ce monde meilleur.

Quels sont vos projets?

Nous partirons en tournée avec cette pièce l’année prochaine. J’adore les tournées; je me réjouis toujours d’aller de ville en ville pour présenter notre spectacle et rencontrer des publics et des théâtres différents.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

Yann Moix : « Léa, je l’adore ! »

           Nous avons rencontré Yann Moix à Paris. Il nous parle de ses débuts dans l’émission « On n’est pas couché » mais aussi de ses projets.

    Depuis son arrivée dans l’émission On n’est pas couché, de Laurent Ruquier, aux côtés de Léa Salamé,  sur  France 2, Yann Moix est sous les feux de la rampe. Excellent romancier (il faut lire Anissa Corto et Naissance, deux livres essentiels qui témoignent de ses grandes qualités d’écrivain), cinéaste talentueux et drôle (le succulent Podium), il se révèle un intervieweur de haut vol, percutant, étonnant, tantôt cinglant, tantôt laudatif et passionné. Littéraire et bretteur toujours. Rencontre au Rouquet, sur le boulevard Saint-Germain.

Quelle est la genèse de votre arrivée dans l’émission On n’est pas couché ?

Tout commence en 1996. Laurent Ruquier m’avait demandé de venir participer à son émission sur France-Inter à l’occasion de la sorte de mon roman Jubilations vers le ciel ; à l’époque, son émission s’appelait Rien à cirer. Depuis ce moment, malgré quelques espacements dans le temps, j’ai toujours travaillé avec lui. Parfois, pendant des années, je ne l’ai plus vraiment vu. Dans les années 2000, il a fait appel à moi comme chroniqueur.  De 2010 à 2014, j’ai participé à son émission On va s’gêner ! Puis, j’ai participé aux Grosses Têtes, l’an dernier, sur RTL.  Un jour, il m’a demandé si j’étais partant pour On n’est pas couché. C’était il y a un an.

Est-ce que vous avez hésité ?

Pas une fraction de seconde ! D’une part, pour admiration pour Laurent ; d’autre part, c’est un poste qui ne se refuse pas.

Qu’est-ce qui vous intéressait ? Le fort impact médiatique ? Ou faire passer des messages, des idées ?

Faire passer des choses. C’est le service public. Mon idée ? Utiliser ma petite culture, et mon intelligence moyenne, mais personnelle, pour trouver des angles afin de défricher des aspects de l’actualité. C’est passionnant car dans une même émission, on peut trouver Alain Finkielkraut et Sylvie Vartan. Le grand écart, j’adore ça, moi qui aime autant Michel Delpech que Franz Liszt. J’adore à la fois Frank Zappa et Michel Delpech. Donc, ça me parle. Je peux, dans la même journée, regarder Les gendarmes de Saint-Tropez et lire du  Heidegger.

On vous demande aussi des réactions et des commentaires sur la politique. Vous avez une bonne culture en la matière, mais ce n’est pas non plus votre spécialité.

C’est vrai, et ça se ressent.  Au cours des quatre premières émissions, mes interventions sur la politique étaient surréalistes ; elles n’étaient pas dans le coup.  Pour la première fois, au cours de la cinquième émission, Nadine Morano était ma première vraie interview politique.  C’est quelque chose qui s’apprend ; je l’apprends sur le tas. Ca commence à venir.  J’ai compris comment il fallait faire : il faut leur parler d’actualité. Si tu lis leur livre dans les détails, ce n’est pas super intéressant.  J’ai également appris qu’il fallait oublier ses notes, les questions qu’on a préparées…

Comment analysez-vous votre rencontre avec Michel Onfray ?

J’ai des idées très claires là-dessus.  Médiatiquement, il a gagné le combat, mais intellectuellement, je l’ai gagné. J’ai eu le tort de commencer par une agression. Mais je l’ai contraint, presque sans le vouloir, à découvrir une facette de lui, à la fois mesquine et glauque, que beaucoup de gens ont vue. Certes, il a gagné mais je lui ai quand même mis de bons bourre-pifs ! Il a pris de bons coups dans la gueule, mais, il faut être honnête, aux points, il a gagné.  Mes questions étaient tout à fait correctes, voire même d’un très bon niveau. Mais j’ai eu le tort de choisir la forme de l’agression et de l’agressivité. Il s’est donc défendu, ce qui est normal. Mes questions étaient violentes, mais elles étaient aussi intellectuelles. Ses réponses étaient de la cuisine de chez Grasset. Donc ses réponses étaient indignes de mes questions.  Il a donc gagné sur la forme, mais il a perdu sur le fond.  Il s’est révélé ce que je pense qu’il est : un énorme réactionnaire qui n’est pas loin de coucher avec l’extrême-droite.  Peut-être pas avec l’extrême-droite mais avec une droite dure.  Moi j’adore les gens, quelles que soient leurs opinions, mais les gens qui assument leurs opinions.  Hier, il y avait un mec de Valeurs Actuelles qui est pro-Zemmour à 100%, on a pu discuter.  Tandis que Onfray n’assume pas ce qu’il est ; il n’a pas fait son coming out.  Il est glauque ; ça se voit sur son visage qu’il y a un problème.  Il n’est pas en accord avec lui-même. Il faut qu’il fasse son coming out et qu’il dise : « Oui, je suis de droite dure. » Il n’est pas de gauche ; il a  le droit d’être de droite dure ce que lui reproche c’est de ne pas l’avouer. Je veux bien discuter avec un mec de gauche radicale, de droite radicale ; je suis d’une tolérance totale pour les idées.

Comment ça se passe entre Léa Salamé et vous ?

Léa, je l’adore car elle a été d’une immense gentillesse à mon endroit, tout comme Laurent l’a été.  Ils ont tout fait pour m’aider.  Léa m’a même proposé qu’on prépare les questions des politiques ensemble.  J’ai refusé car je voulais me planter avec mes propres défauts.  C’est une fille super généreuse, drôle. On se marre. Il y a une complicité entre nous ; ce n’est pas un truc artificiel ni fabriqué ; j’adore cette fille.  Je vais vous dire un truc : il y avait longtemps qu’il n’y avait pas un duo qui s’entendait bien dans cette émission.  La dernière fois c’était le duo Zemmour-Naulleau.  Polony et Pulvar, s’entendaient bien au début après on sentait que c’était moins ça.  Celui que j’ai préféré de toute l’histoire des chroniqueurs, c’est Naulleau.  C’est le mec capable de dire à Jacques Attali : « Vous n’êtes pas un économiste. » C’est comme s’il avait dit à Georges Brassens : « Vous ne savez pas jouer de la guitare. » Il est fou à lier ! Je l’adore ; j’adore aussi Léa. J’adore Naulleau et Polony.

Vous avez signé pour combien de temps avec cette émission ?

J’ai signé pour trente-huit émissions, c’est-à-dire une année ; pour l’instant, je ne pense pas à l’année prochaine ; il peut se passer des milliers de choses. Ils peuvent en avoir marre ; je peux ne pas convenir. Moi, je n’ai aucun pouvoir ; je me plierai à leur décision.  S’ils me reconduisent parce que ça s’est bien passé, je serai heureux.  S’ils estiment que je n’ai pas été au niveau, je m’inclinerai.

Vous avez interviewé Michel Houellebecq avec beaucoup de pertinence, et vous nous avez envie de lire ou de relire Christine Angot.

Il faut toujours prendre la défense des écrivains dans une société qui les méprise, et parfois même, qui les hait. Les écrivains sont pour moi ce qu’il y a de plus précieux au monde.  Un pays où il n’y a pas d’écrivains… une ville où il n’y a pas de librairies, c’est inconcevable. C’est là que la pensée a lieu. Quand Onfray a dit : « La pensée ce n’est pas pour vous », sous, prétexte que je ne suis qu’écrivain, c’est d’une bêtise abyssale car un écrivain pense.  C’était terriblement stupide.  Je pense que le problème de Michel Onfray c’est qu’il n’est pas très intelligent. (Ca vous pouvez l’écrire.)

Vous avez longtemps était feuilletoniste au Figaro littéraire. Vous continuez, dans l’émission, à interviewer des écrivains. Vous devez lire énormément ?

A cela s’ajoutent les séminaires que j’anime : sur Francis Ponge, sur Kafka… Les conférences sur Hiedegger après être sorti d’une émission avec Bigard. Et j’ai réalisé Podium.

D’où vous vient ce plaisir du grand écart ?

Le bonheur d’être sur terre.

Vous devez lire très vite.

Non, en fait, au contraire : je lis très lentement.  Je suis d’une lenteur, comme lecteur ! Comme écrivain, je suis rapide ; comme lecteur, je suis lent.  J’ai la même lenteur pour lire Heidegger que pour lire une interview de Michel Sardou ! Il m’arrive dans le cadre de l’émission, de suggérer à Laurent Ruquier et à Catherine Barma, un nom d’écrivain. J’ai une petite légitimité pour inviter un écrivain ; je pense que Laurent me fait confiance.  Ce sont Laurent et Catherine qui dé

Yann Moix, à la terrasse du Rouquet, en octobre dernier.

Yann Moix, à la terrasse du Rouquet, en octobre dernier.

cident au final. Le vrai chef, c’est Laurent. Il faut accepter qu’il soit le chef d’orchestre.  J’aimais bien Aymeric Caron.  Ca, c’est mon ouverture d’esprit car je suis symétriquement opposé à ce qu’il pense, mais j’adore ça. Quelqu’un qui en cohérence avec sa pensée, même s’il est très différente de la mienne, j’aime bien.  Je n’aime pas les chiffres, il adore ça ; il est très très à gauche, une gauche même « tête à claques ». Il est pro-Palestinien d’une manière caricaturale, tandis que je suis plus souvent pro-Israël, il faut le dire.  Il est clair qu’on n’est pas du tout sur la même longueur d’ondes. J’avais beaucoup de plaisir à l’entendre car une opinion qui n’est pas la mienne – comme on peut lire L’Humanité et Le Figaro dans la même journée – j’ai toujours plaisir à l’entendre.  Comme dans un orchestre, chaque instrument vient jouer sa partition. Ce n’est pas parce que la contrebasse n’est pas mon instrument préféré qu’il n’en faut pas dans un orchestre. Aragon était communiste ; c’était un génie. Céline était collabo, c’était un génie.  La littérature, c’est une ouverture d’esprit. Des salauds peuvent être des génies. Des mecs moralement acceptables peuvent être des médiocres.  La littérature, par définition, est une ouverture totale.  La magie de l’art c’est que des pourritures peuvent être des génies ; alors, tous les moralistes paniquent.  Certaines personnes seraient effrayées en connaissant la vie intime de Roger Vailland.  C’est le Sade du XXe siècle.  Je ne suis pas homosexuel, mais je me suis aperçu un jour que la majorité des écrivains que j’aime sont tous homosexuels : Proust, Gide, Fassbinder et Pasolini. Ce sont les écrivains que je préfère au monde ; l’homosexualité est au centre de leurs œuvres.  Je suis en osmose totale avec ces quatre génies qui sont homosexuels, mais le fait qu’ils soient homosexuels ne les détermine en rien ; il atteigne l’universalité par leur homosexualité.  Le raisonnement est valable pour Sartre qui a défendu Staline ; et Sartre est un génie. L’ouverture, c’est la littérature.

Où en sont vos projets cinématographiques et littéraires ?

Je termine un film sur la Corée du Sud et la Corée du Nord où j’ai effectué plusieurs voyages. C’est un très long film.  Et je prépare Podium II. J’ai terminé trois livres : un sur la Corée du Nord (un roman) ; un sur la Terreur (un essai) et un sur le Judaïsme (un essai).  Et j’ai fait une suite à Une simple lettre d’amour qui va s’appeler Neuf ruptures et demie. (C’est la première fois que je l’annonce.) Le titre me paraît pas mal ; j’en changerai peut-être. Chaque chapitre commence à partir du moment où la fille me dit : « C’est fini entre nous. » Tous ces livres paraîtront chez Grasset à qui je suis fidèle.

                                       Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Le chanteur Grégoire, formé par ses « frères à penser »

Le jeune chanteur, originaire de Senlis, dans l’Oise, a été gâté par le succès artistique, mais la vie ne l’a pas épargné : il a perdu deux de ses frères qu’il adorait et à qui il devait beaucoup.

Il est calme, courtois, agréable et discret. Souriant, mais avec dans le regard une lueur de tristesse. Sur le plan professionnel, la chance a souri – mais pas seulement la chance, le talent surtout – à Grégoire Boissenot, dit Grégoire, chanteur, auteur-compositeur révélé grâce au site internet My Major Company. Son premier album Toi + moi, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires. Disque de diamant, il remporte la première place des ventes d’albums en France en 2009.Ce n’est pas rien. Sur le plan familial, ce n’est pas la même chose. Deux terribles drames l’ont éprouvé: la mort de deux de ses frères. Ludovic, l’aîné, le 4décembre 2002; Nicolas, de troisième de la fratrie, le 29 janvier 2007.Tous deux avaient 33 ans. «Ils sont en moi tout le temps», confie Grégoire. «Je les porte en moi. Leur mort m’a conforté dans ma façon de voir les choses: la nécessité d’être intègre, sincère. De ne jamais baisser les bras. Ils sont toujours avec moi. J’ai des photos d’eux dans les lieux où je crée

Disparition d’autant plus cruelle que la famille a toujours tenu un rôle primordial dans l’esprit de Grégoire, né le 3avril1979, à Senlis, d’une mère, femme au foyer, ancien professeur de mathématiques, puis codirectrice du lycée Saint-Dominique, à Mortefontaine, dans l’Oise, et d’un père ingénieur et responsable d’une société. Une fratrie de garçons, dont il est le quatrième. Une enfance sans problème, agréable, à Senlis qu’il aime: «Elle est accessible, verdoyante, à taille humaine.» Il se souvient des parties de football près de la rivière La Nonette. De 6 ans à 16 ans, il fait du rugby. Il fréquente l’école Notre-Dame qu’il adore car «très sociale. J’avais beaucoup de copain mais j’étais timide avec les filles». Il est chef de classe. Puis, c’est le collège Anne-Marie-Javouhey, en sixième et cinquième. Il effectue les classes de quatrième et troisième en pension, à Rueil-Malmaison.

Rugby

Il revient à Senlis, au lycée Saint-Vincent pour suivre les cours d’une seconde économique et social. «Le proviseur de cet établissement, André Pignol, m’a marqué», se souvient-il. «Il avait tout compris dans l’art de diriger un lycée où il n’y avait pas de pions; tout était axé sur l’auto-responsabilité. Il était à la fois proche et à l’écoute des élèves.» À 16 ans, il arrête le rugby, mais s’adonne au football et à la musique, piano et guitare. «Mon frère Ludovic m’a tout appris», dit-il. «Il était passionné et autodidacte.» Il s’imprègne des Beatles, de Billy Joël. Son deuxième frère, Sébastien, lui fait découvrir la chanson française. Son troisième frère, Nicolas, violoniste, l’initie à la musique classique. «J’ai eu la chance d’avoir trois maîtres à penser différents», sourit-il. Ils initient aussi Grégoire au cinéma. Il se nourrit de littérature: Baudelaire, Shakespeare, Hermann Hesse, Arthur Koestler… Le bac en poche, en 1998, il part étudier l’anglais et allemand à la fac de Nanterre «mais j’avais déjà l’idée de faire de la musique». Il réside dans une chambre de bonne à Paris, rentre les week-ends à Senlis. Sa licence obtenue, il fait divers petits boulots (barman, manutentionnaire, etc.), mais, déjà, passe la plupart de son temps à écrire des chansons, et ce depuis l’âge de 15 ans. Il devient attaché de presse chez Universal (de décembre 2004 à mai2 006). Il s’occupe de U2, de Michel Sardou. «Une très bonne expérience», commente-t-il. En août 2007, il enregistre une maquette, la propose aux maisons de disques, rencontre My Major Company qui flashe sur ses morceaux. Résultat: les internautes adorent; 70000 euros sont récoltés. Son premier album, Toi + moi sort le 22 septembre2008. «Tout va tellement vite que je me laisse porter. J’en profite.» Il enchaîne sur une tournée de 150 dates dans toute la France, assure la première partie de Johnny Hallyday au stade de France. «Je joue au foot avec Zidane; il se passe des choses.» En 2010, il intègre la bande des Enfoirés, rencontre Jean-Jacques Goldman, fait un duo avec lui (la chanson «La promesse»), sort un deuxième album, Le même soleil. Nouvelle tournée avec des salles plus importantes (2000 places) et le Zénith. Entre-temps, il mène à bien le projet de l’album Thérèse, Vivre d’Amour où il met en musique des poèmes de sainte Thérèse de Lisieux interprétées par plusieurs artistes dont Nathasha St-Pier. Son nouvel album, Les Roses de mon silence est sorti en septembre dernier. Un succès. Cela ne l’empêche pas de rester philosophe: «Rien n’est jamais acquis ni définitif», lâche-t-il avec, au fond des yeux, une petite lueur de mélancolie. Certainement vient-il de songer à ses «frères à penser».

PHILIPPE LACOCHE

Des dimanches avec son grand-père, écrivain catholique

Les dimanches d’enfance de Grégoire? Ils sont doux, assez calmes. «Je me levais vers 10 heures. Enfant et adolescent, je déjeunais en famille avec mes grands-parents qui venaient à la maison», se souvient-il. «Nous mangions tous les six. Puis j’allais faire un foot avec mes potes ou un tennis. Le soir, nous mangions des sandwiches car le repas du dimanche midi, souvent, était copieux. Après les sandwiches, nous regardions un film à la télévision ou sur le magnétoscope. Un peu de calme et de répit avant d’attaquer la semaine.» D’autres souvenirs. Familiaux et doux, toujours: «Mes grands-parents maternels venaient à la maison. Ma grand-mère était une vraie grand-mère; elle avait un côté très rassurant. Débordante d’amour. Très protectrice. Mon grand-père était un écrivain catholique (N.D.L.R.: François Saint-Pierre, né le 19 mars 1917 à Paris, VIIIe arrondissement, écrivain, essayiste, journaliste et militant catholique français; décédé à Viroflay, dans les Yvelines, le 2 avril 2010) qui avait beaucoup œuvré pour l’aide au logement.» Son goût pour les livres, Grégoire confie qu’il le lui doit certainement: «C’est pour ça qu’aujourd’hui, je suis en train de constituer une bibliothèque pour mon fils.» Et d’ajouter: «J’ai eu une enfance heureuse. Quand des choses très malheureuses vous arrivent vous relativisez le reste…»

Bio express

3 avril 1979: naissance à l’hôpital de Senlis (Oise).

1986:découverte de la musique grâce à la chanson «A

Grégoire, chanteur. Septembre 2013. Paris, hôtel des Mathurins.

Hard Day’s Night», des Beatles.

1995: en classe de seconde, lui vient l’idée de faire de la musique et de frapper aux portes des maisons de disque.

4 décembre 2002: disparition de son frère aîné, Ludovic, 33 ans, dans un accident de voiture. «Je prends conscience que la vie est courte et qu’on n’a pas le droit de la subir.»

29 janvier 2007: disparition de Nicolas, son troisième frère, à l’âge de 33 ans. Grégoire écrit Toi + moi et se lance dans la carrière de chanteur.

22 septembre 2008: sortie de Toi +moi, grâce aux internautes.

28 août 2012: mariage avec Éléonore, et naissance de son fils Paul, le 19 novembre.