Les coups de coeur du marquis

POP

Hardy petite

Bien sûr que c’était mieux avant! Il suffit d’écouter ce délicieux album sobrement intitulé En anglais, de Françoise Hardy, pour en être persuadé. Publié au Royaume-Uni en octobre 1968 (deux mois plus tard en France), il n’avait été jusqu’à présent réédité qu’une fois, au Japon, en 1990. Du haut de son adorable et épouvantable accent anglais, la grande didiche susurre douze perles pop puisées au cœur du savoureux Swinging London. Des œuvres des Kinks («Who’ll be the next in line»), de Buddy Holly («That’ll be the day»: fluette version de comme des gambettes d’ado à couettes!), du regretté Tim Hardin (terrassé par un mélange de cocaïne et d’éro; quelle idée!), Ricky Nelson, Joan Baez, etc. Même les chansons des plus américaines sonnent ici plus anglais que nature, grâce au travail merveilleux d’arrangeurs somptueux, dont Arthur Greenslade. Les basses claquent sous les coups nerveux des médiators; les nappes de cordes s’envolent. La grande Françoise décolle comme un zinc de la British Airway. Superbe! On a envie de pleurer quand on pense que nos copains et alliés les Anglais, vont nous laisser presque seuls en Europe avec les Outre-Rhiniens. Shit!

PHILIPPE LACOCHE

En anglais, Françoise Hardy. Asparagus-Parlophone/Warner Music France.

BLUES-ROCK

Psychédélique

Cheap Wine est un groupe picard (de l’Oise; voir commentaire ci-dessous à la suite d’une erreur de votre serviteur) qui semble préférer le Jefferson Airplane à Celentano. Il propulse une sorte de blues rock psychédélique bardé de solo d’orgue à rallonge, de voix doorsiennes, de grattes parfois sudistes. De drôles de mélanges. Pas mal du tout.  Ph.L.

 

Sad Queen, Cheap Wine. Coroo9.

CHANSON

Barry Laforêt

Quelle bonne idée! Barry, jeune chanteuse et comédienne, reprend une partie du répertoire de la plus jolie fille des chanteuses et comédiennes françaises: Marie Laforêt. Le meilleur de Marie par Barry: «Le lit de Lola», «Viens, viens», «Ivan, Boris et moi», «Tu es laide» et, surtout, «Marie douceur, Marie colère», adaptation de «Paint in Black», des Stones époque Brian Jones. Accompagnée par le producteur Marc Collin, sa voix douce et veloutée, sensuelle, s’adapte parfaitement aux perles délicates de Marie Laforêt. À noter que Barry n’est pas seulement chanteuse : comédienne, elle a notamment joué sous la direction de Klapisch. Elle a même publié un roman, L’Écharpe blanche, au Mercure de France, en 2010. Rafraîchissant. Ph.L.

Barry, Barry. Kwaidan Records.

SOUL

Black music

Marvellous propulse une musique très noire, inspirée par la soul, le funk et le jazz. Ce groupe est né de la rencontre de jeunes instrumentistes très expérimentés (parfois un peu trop) et le chanteur ex-New-Yorkais et néo-Parisien : Wolfang Valbrun. La voix chaude et percutante de Valbrun séduit, capte l’attention de l’auditeur. Cette sorte de groove à la française interpelle. On préférera cependant quand le gang évolue dans la soul (belles parties de cuivres; lignes de basses convaincantes) que dans le funk ou le jazz-rock mâtiné de fusion. Marvellous s’est notamment produit au Françoise Hardy-En_anglais,_cover_album_UK,_1968 à Paris. Ph.L.

What to believe, Marvellous. VS Com.

Tout ce cinéma

 

J’ai regardé une à une toutes les places de séances de cinéma que j’avais accumulées depuis un an. Des noms de salles (Gaumont, Ciné Saint-Leu, Orson Welles); des noms de films souvent atrophiés, mutilés, faute de place sur les tickets (Les Invinc, Pour une F, Lein soleil, Les parapluies, etc.). Je me demandais ce que j’avais retenu de toutes ces heures à coller mes jeans élimés sur les fauteuils de velours incarnat? Des films vite oubliés. D’autres pas. Au contraire. Des belles émotions. Exemples: la trilogie de Bill Douglas (My Childhood -1972 – My Ain Folk-1973-

Tout ce cinéma; toutes ces places... qu'en reste-t-il?

My way home – 1978). J’ai adoré. Bouleversé. Trois chefs-d’oeuvres. Les deux premiers films retracent l’enfance et l’adolescence du cinéaste à Newcraighall, village de mineurs du sud de l’Écosse. Bill Douglas avait une gueule de rocker. Son enfance a été broyée par des maltraitances, par un capitalisme impitoyable. Par les mines. Il raconte tout ça dans sa trilogie. Ce besoin de fraternité qu’il éprouve. Et cette main qui se tend, un copain d’une famille riche et cultivée, au service militaire. Douglas réalise son rêve: il devient cinéaste. Sa façon de filmer relève de l’épure. C’est une beauté magique. Son écriture est totalement nouvelle sans être chiante, intello. Bill Douglas est mort d’un cancer à 57 ans. Mon âge aujourd’hui. J’ai adoré également Tabou, film magnifique de Miguel Gomes. Une œuvre lente, bizarre. On se croirait dans India Song, de Duras. C’est beau à pleurer. J’ai également aimé Mon âme par toi guérie, de François Dupeyron. Émouvant. Et Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières, film étonnant, fascinant, violent (pas d’une violence gratuite, of course) avec Mads Mikkelsen. Plein soleil, de René Clément. Ce film de1960 avec Marie Laforêt, Alain Delon, Maurice Ronet ne pouvait que me plaire. C’est un film de hussards. Paul Gégauff a scénarisé. Nimier, Déon et Vailland eussent pu l’écrire. Aimé aussi Elle s’en va, d’Emmanuelle Bercot, avec la sexy sexa Catherine Deneuve, tellement épanouie dans sa soixantaine baba révoltée. Je me suis également rendu compte que je n’aimerais jamais Jour de fête, de Tati, que je trouve surestimé et, pour tout dire, totalement idiot. J’ai également détesté L’histoire de ma mort, d’Albert Serra, film bêtement violent, morbide, vulgaire, scatologique. Aussi crétin de Sade. Je préfère décidément les doux et sensuels badinages de Laclos.

Dimanche 22 décembre 2013