Devant la Lune, coule la Somme, et nos souvenirs…

 

Jean-François Paux et Marguerite Ducroquet, devant La Lune des Pirates, à Amiens.

Moment d’intense bonheur, mardi soir, lors de nos retrouvailles, Jean-François Paux et moi, à la terrasse devant la Lune des Pirates qui, faut-il le rappeler, fête actuellement ses trente ans d’existence. (La célèbre salle fut fondée, en 1987, par les Indiens Picards.) Jean-François, Indien picard devant l’Éternel, fut l’un d’eux; donc l’un des piliers du club rock dont le nom n’est autre que le titre d’une chanson du regretté Paul Boissard, chanteur et poète talentueux, décédé prématurément dans un accident de la circulation. Cela faisait des années que Jean-François et moi ne nous étions pas croisés. Nous commandâmes quelques bières en compagnie de l’amie Marguerite Ducroquet (qui se souvenait de tout ou presque) et d’une autre amie chère. Nous nous souvînmes des Arts au soleil, festival de concerts de rock et de chanson sur toute la côte picarde, au cœur des années quatre-vingt, opération organisée par Jean-François. Et d’autres concerts flamboyants (Willy DeWille, au théâtre d’Abbeville). Surgissaient des lambeaux de souvenirs de mon autre vie. Nos déplacements à ces concerts en compagnie de la brune Féline, mon ex-épouse, et de nos enfants, tout petits. La chaleur au cœur de l’été. Les ballots de paille dans l’eau céladon de la baie, sculptures non pérennes, abîmées par la houle, les vagues, comme nos vies qui, elles sont abîmées par le temps qui passe, celle saloperie impitoyable qui nous conduit droit dans le mur. Les visages de nos regrettés camarades Raymond Défossé et Jean-François Danquin, fous de rock, de cinéma et de littérature (comme le sont aussi Marguerite et Jean-François P.) nous revenaient à l’esprit, alors que, devant nous, le cours du fleuve Somme, filait, inexorable, vers la mer. Vers cette baie, justement. Nous aurions voulu prendre une barque, remonter le fleuve, à la manière d’un Stevenson illuminé descendant cette «jeune Oise» si rimbaldienne. Peut-être aurions-nous croisé, sur le chemin de halage, Jean-François D., Raymond D. et Paul Boissard, devisant, le nez au vent. Raymond et Jean-François D., évoquant ce concert mémorable de Van Morrison et de Bob Dylan, à Bercy (je crois), dans les années quatre-vingt-dix. Margueritte, Féline et moi étions de la partie, bien sûr. Je revois Raymond et Jean-François D. reprendre en chœur les paroles de la chanson «Madame George». Tout devrait rester en état. Rien ne devrait bouger dans nos vies minuscules. Nous filâmes ensuite au concert à la Lune. Quelques Zic Zazou(s) rendirent hommage à Paul Boissard; ce fut tout simplement délicieux. Délicieux fut tout autant le concert d’Albin de la Simone. Son impeccable, d’une douceur de velours, d’un volume proche d’un chuchotement duveteux. La violoncelliste et la violoniste étaient exquises. Et Albin, artiste magnifique, poète élégant, homme fraternel et discret, nous ravit. Il y avait longtemps que je n’avais pas aimé autant un concert. Raymond et Jean-François D. auraient aimé.

                                                          Dimanche 21 mai 2017.

 

Un catalogue pour se souvenir de Danquin l’Africain

     À l’occasion de la dispersion des œuvres du grand collectionneur Jean-François Danquin, un catalogue est édité.

Ancien responsable du service culture et communication des musées d’Amiens, puis directeur des études de l’école supérieure d’art et de design d’Amiens (ésad), Jean-François Danquin nous a quittés il y a un peu plus d’un an. Il nous manque. D’une grande culture artistique et littéraire, plasticien lui-même et écrivain, il se passionnait aussi depuis fort longtemps pour l’art africain. À l’occasion de la dispersion de ses collections en salle des ventes, les éditions Vivement Dimanche (qu’il avait créées en compagne de Marguerite Ducroquet) éditent des catalogues thématiques. «Le premier est dédié à l’art africain, il réunit la collection exhaustive de ce que Jean-François Danquin préférait appeler «accumulation», toujours prêt qu’il était à accueillir, recueillir, des statuettes et des masques, et à (re) constituer des familles: Ewé, Yoruba, Lobi… ainsi que sa bibliothèque d’arts premiers (1500 livres, catalogues de vente et périodiques)», rappelle Marguerite Ducroquet.

Jean-François Danquin, peintre, écrivain. exposition librairie du laryrinthe, à Amiens; ici  avec un portrait de Roger Vailland.  Octobre 2013.

Jean-François Danquin, peintre, écrivain. exposition librairie du laryrinthe, à Amiens; ici avec un portrait de Roger Vailland. Octobre 2013.

Intitulé Art africain, Accumulation & bibliothèque de Jean-François Danquin, ce catalogue est le premier d’une série, car il ne se contentait pas de collectionner l’art africain, mais également les céramiques allemandes des années 1950 à 1970 et les plaques publicitaires émaillées. Dans la préface de l’ouvrage, notre ancien confrère Nicolas Thoueille – qui fut son ami–, explique non sans émotion: «C’est en poussant la porte de son domicile, à Amiens, que j’ai découvert l’Afrique. Autant dire que j’ai souvent eu le privilège de parcourir ce vaste continent. Avec Jean-François Danquin comme compagnon de voyage. Le départ se préparait toujours de la même façon. Il me suffisait de prendre place à côté de mon guide dans la petite salle à manger. En prenant soin de m’asseoir non pas face à lui, mais sur sa gauche. D’ici, la vue était imprenable. Je n’avais plus qu’à contempler le petit peuple de bois qui se dressait fièrement devant moi.»

À noter que la vente aux enchères, ouverte à tous, se déroulera à l’hôtel des ventes Arcadia, 237, rue Jean-Moulin, à Amiens, les samedi 2 et dimanche 3 avril, à 14h30. La liste des lots est consultable sur www.interencheres.com/80001, http://www.hoteldesventesamiens.com, http://www.gazette-drouot.com/

Ph.L.

Art africain, Accumulation & bibliothèque de Jean-François Danquin, éd. Vivement Dimanche, 240 p.; 426 illustrations couleur et 41 en noir et blanc; 15 €. (Rens.: daisy.maison@gmail.com)