Mes coups de coeur

Des anges pour Delpech

Belle idée: demander à dix chanteurs (Marc Lavoine, Vianney, Calogero, Louane, Slimane, Alain Chamfort, Lilian Renaud, Patxi, Didier Barbelivien, Pascal Obispo) de reprendre, d’interpréter, d’adapter dix chansons du regretté Michel Delpech. «Les Divorcés», par Marc Lavoine, est poignant. Vianney s’approprie magnifiquement «Quand j’étais chanteur»; Calogerorestitue avec délicatesse la puissance poétique (André Hardellet qui se fût intéressé aux classes moyennes, aux petits techniciens commerciaux) de l’émouvante chanson «Ce lundi-là». Slimane fait michel-delpech-1vibrer la si mélancolique «Chez Laurette», tandis que le talentueux Patxi donne le meilleur de «Pour un flirt» grâce à sa belle voix acidulée. L’incontournable Didier Barbevilien (massacré par quelques critiques de la bien pensance parce qu’il avait osé rester fidèle à Sarkozy; il a le droit, non? C’est beau la fidélité) exhume la moins connue «Les aveux». Et ça finit en beauté avec «Tu me fais planer», porté par le professionnalisme élégant de Pascal Obispo. Charmant. PHILIPPE LACOCHE

J’étais un ange, Tribute à Michel Delpech. Universal.

 

Julien et l’esperluette

On a beau dire, il se passe quelque chose dans cet alum de Julien Doré. La première chanson «Porto-Vecchio», souple, longue liane, vous bondit aux oreilles. Basse ronronnante, orgue à l’ancienne. Et la voix voilée du Julien qui fait le reste. La différence. Sans oublier ce beau texte. «Coco Caline», on dirait du Chamfort; c’est un compliment. «Sublime & Silence»: facile, may be, mais cette chanson est quasiment sublime. Orgue encore, doux comme dans une chanson de Kevin Ayers; vieux synthé qui rappelle ceux des clubs du début des années 80, du côté de Saint-Quentin (Aisne) quand les filles sentaient le savon Rexona. Et puis, il y a «Le lac» qui passe beaucoup en radios; c’est mérité. Un excellent disque. Ph.L.

&, Julien Doré. Sony Music.

 

Saleté de magnéto !

Suis-je trop bon public ? Qu’y puis-je, j’adore les films de Charlots, Lo

Marc  Lavoine  devant un tableau de la libraire Anne Martelle qui est également un excellent peintre.

Marc Lavoine devant un tableau de la libraire Anne Martelle qui est également un excellent peintre.

uis de Funès, certains livres de Pierre Benoit et de Francis Carco, certains romans de gare, les filles du French Cancan (surtout quand elles lèvent leurs jolies gambettes de hases ; mon ex-chérie, Lou-Mary, faisait ça bien, sacrée grande didiche !). Je considère qu’il n’y a pas que Cioran et Proust dans la vie. J’étais ravi, il y a quelques temps, d’interviewer Mireille Mathieu qui me confiait avec force et vigueur (et non sans douceur) son amour de Dieu et du général de Gaulle. Une fois, au cours d’une résidence d’écrivain, j’ai failli me friter physiquement avec un auteur hautement intellectuel car j’avais osé dire que j’aimais le chanteur Carlos, qu’il ne faisait de mal à personne, qu’il faisait rire les gens. L’espèce de butor prétentieux disait que c’était de la daube et que cela relevait du commerce. Tout ça pour te dire, lectrice ma bouée charnue, que je sais apprécier certains éléments de la variété française. Je découvre toujours, sous les brillances, les mélodies sucrées, quelques passions acidulées et autres intérêts piquants. Pour Marc Lavoine, à dire vrai, je n’ai eu aucun mal. On le sait excellent chanteur. Quelques-unes de ses chansons sont des délices. C’est un comédien sensible, inventif et délicat. Le voici maintenant écrivain. Le récit qu’il vient de publier chez Fayard, L’homme qui ment, cartonne en librairie. Ce n’est que justice. Tout ne monde n’a pas la chance d’avoir un père communiste et coureur de jupons. (Je pense à ça : j’espère que quand j’aurai passé l’arme à gauche, mes enfants se mettront à écrire ; j’ai les qualités requises pour leur garantir un succès en librairie.) Marc Lavoine est un garçon sympathique et chaleureux. J’avais déjà pu m’en rendre compte il y a une dizaine d’années alors que j’étais allé l’interviewer dans les locaux de sa maison de disque, à Paris. Cette fois, j’ai profité de son passage à la librairie Martelle, à Amiens, pour le faire. Marc était accompagné par la charmante Pauline Faure, attachée de presse chez Fayard, ce qui ne gâchait rien. (Un plaisir n’arrive jamais seul, comme le malheur.) J’avais sept minutes pour interviewer Marc. En temps normal, ça peut paraître court ; là,  c’était déjà trop car mon magnétophone, cette petite saloperie, n’a pas fonctionné. Variété encore : j’ai été commis d’office pour me faire l’avocat de Dany Brillant qui rencontrait ses fans dans les locaux de notre journal. En discutant le bout de gras, je me suis rendu compte qu’il adorait la poésie (Apollinaire) et la philosophie (les Existentialistes). C’était épatant de discuter de Sartre avec le mec qui a composé « Suzette ». L’espèce d’abruti d’intello avec qui j’avais failli m’embrouiller la crinière, eût encore fait des bonds.

Dimanche 1er mars 2015

Les essuie-glaces d’un Français moyen sous le règne de François Hollande

Jérôme Leroy (à gauche) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d'hiver, à Amiens (Terre).

Jérôme Leroy (à droite) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d’hiver, à Amiens (Terre).

Il se met à pleuvoir sur le pare-brise de ma Peugeot 206. Mes essuie-glaces font un boucan d’enfer comme ceux des véhicules des gens de la classe dite moyenne sous le règne de François Hollande. On pourrait parler aussi parler des essuie-glaces de la voiture de Columbo mais… Mais non, l’écrivain lillois Jérôme Leroy, qui se trouve à mes côtés, lui, ne parle que du charme de l’hiver picard. Il doit penser à une nouvelle de Pierre Mac Orlan, à un roman d’Emmanuel Bove ou d’un récit d’Henri Calet. Comme c’est un homme modeste, il n’en dit pas plus. Nous descendons Jérôme Araujo, secrétaire général de la Maison de la culture qui, quelques instant plus tôt, avait ouvert les portes de ses locaux à l’Université populaire qui y organisait une conférence avec Jérôme Leroy. Thème : l’impact du roman noir sur la société. Voilà, tu sais à peu près tout, lectrice. Je pourrais m’arrêter là, aller me coucher. Je mettrai ce que dans notre jargon de la presse, il convient d’appeler un bouche-trou pour combler l’espace blanc qui pendouillerait comme un vieux marcel sale en dessous de ces lignes. Mais non : comme j’ai bon cœur, je continue lectrice de chair, ma fée fessue et mamelonnée comme un Maillol. Lors de sa conférence, Jérôme Leroy a d’abord rappelé la différence entre roman policier (anxiolytique et respectueux des institutions) et roman noir (anxiogène et qui se contrefout des institutions). Et, il parla avec bonheur de son excellent roman Le Bloc, sorti il y a quelques années, et qui met en scène Le Bloc Patriotique, un parti d’extrême droite qui ressemble fort à celui qui fut longtemps dirigé par un père avant que sa fille ne reprenne le flambeau. Comme le rappelle non sans humour Leroy, il y décrit une manière de Nuit des petits couteaux. La conférence était suivie de la projection du remarquable film Série noire, d’Alain Corneau, avec notamment Patrick Dewaere, sublime dans sa folie (les coups de tête qu’il donne sur le capot de bagnole sont réels et quand il semble à moitié assommé, il l’est réellement), et l’adorable Marie Trintignant, 16 ans, qui se met nue devant Dewaere, avec son corps velouté, tout en appétissantes rondeurs ; un corps pour lequel n’importe quel mec se damnerait et qui conduirait à ne plus jamais écouter la moindre mélodie de Noir Désir. Le film n’est pas bon ; il est sublime. Ensuite, Jérôme Leroy et moi avons parcouru Saint-Leu pour tenter de trouver un rade d’ouvert afin d’y réaliser une interview. Peine perdue. Il était plus d’une heure et nous étions lundi. Nous nous rabattîmes donc sur le bar de son hôtel où le jeune homme de service se mit à discuter longuement avec nous, nous proposant ses points de vue sur la littérature et la société. C’est passionnant. Passionnant, il l’était aussi le débat mené par Anne Martelle qui recevait Marc Lavoine qui, avec son dernier livre L’homme qui ment (Fayard) raconte sa famille dans les années soixante ; il dresse en particulier un portrait tout en tendresse de son père, communiste de banlieue, hâbleur et coureur de jupons                                                                                                Dimanche 22 février 2015.