Jean-Louis Murat : « Si la modernité consiste à créer de la misère, arrêtons d’être modernes »

 

 

Jean-Louis Murat sur la pochette de son dernier album "Toboggan".

Il donnera un concert à la Maison de la culture d’Amiens, le jeudi 16 mai, à 20h30. Et il vient de sortir un excellent album « Toboggan ». Rencontre à Paris.

Il est dit que vous détestez vous répéter. Qu’avez-vous souhaité apporter de nouveau avec Toboggan, votre nouvel album?

Plus de chansons, plus d’ambiances méditatives. La formule rock coupe la méditation et l’herbe sous le pied de la rêverie. Le rock peut devenir un hachoir d’émotions. Il y avait longtemps que je n’avais pas enregistré un disque seul. Je n’ai pas procédé à une recherche bébête de l’énergie, ni de l’efficacité. Il faut tout penser post-rock. Après les machines, quelque chose comme une BO de la crise. Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression d’entendre la musique des traders.

Cet album est doux et calme. Etait-ce la couleur que vous souhaitiez lui donner?

Avec l’âge, je ressens le triangle de la forme… La forme faisant usage de fond, si on veut changer le fond, il faut changer la forme… Moi, j’écris à la plume, avec de l’encre et un buvard. C’est très moderne de ne pas avoir de portable et d’écrire à la plume. Si la modernité consiste à créer de la misère, arrêtons d’être modernes.

J‘ai lu que vous aviez fait le choix entre une quarantaine de morceaux. Vous composez très vite et beaucoup. Dans quelles conditions ce disque a-t-il été écrit? Où? Avec qui?

C’est habituel chez moi. McCartney composait et apportait de très nombreux morceaux. Le studio, c’est trop cher; c’est un lieu d’enregistrement. Pas de composition. J’aime enregistrer en une prise.

On dit que vous êtes un homme de contrastes. Insaisissable. Qu’en pensez-vous? Et pourquoi?

Cela me paraît bien naturel. Je procède en musique comme je fais avec les couleurs en peinture. J’utilise les couleurs primaires. Pas de couleurs secondaires, ni de couleurs tertiaires. Ma terre, l’Auvergne, est celle des contrastes : dans les basiliques, le soleil jaune sur la pierre volcanique noire… Ca forge un caractère et une sensibilité. Il faut les deux. Je suis assez contradictoire au quotidien. Je n’ai jamais voulu privilégier une façon d’être. Je suis à la fois tendre et très violent depuis l’enfance. J’essaie de faire au mieux avec ça. Faire des disques, ça me discipline…

Comment s’est passé la rupture avec Universal? Et votre venue chez Pias, label belge à l’origine?

En fait, il n’y a pas eu de rupture à proprement parler, mais bien un accord. Pour mon anniversaire, j’ai reçu un cadeau du responsable de chez Polydor. Il me confiait qu’il était fan et m’a souhaité le meilleur pour l’avenir. C’était un peu un hasard si je m’étais retrouvé chez Universal; c’est parce qu’ils avaient racheté V2. Pias sont venus me voir en Auvergne. J’ai fait un disque un peu plus détendu. Travailler avec des labels indépendants, c’est dans ma nature; ça me va bien. Ca correspond à l’image que les gens voudraient que j’aie. Dans la loge, récemment; j’ai vu tous mes anciens patrons (ceux de V2, de Virgin, de Polydor, etc.) Ils se sont tous retrouvés dans la loge. (Rires.) Ma réputation de mauvais coucheur est un peu idiote.

On lit dans votre biographie que si vous n’étiez pas devenu artiste, vous seriez devenu malfaiteur. Auriez-vous des prédispositions ou un goût pour cette dernière activité ?

Avant de faire des disques, je n’avais pas de limites. C’est une réalité. Je n’avais pas envie de m’intégrer. J’étais incapable de penser que j’aurais pu devenir un jour salarié et avoir un patron. Très jeune, j’ai ressenti cela. Aujourd’hui, je suis grand-père… N’empêche : quand on voit Bob Dylan, Keith Richards, Verlaine… on comprend que ce qui est le plus proche de la fonction d’artiste, c’est celle de malfaiteur. Si les artistes ne peuvent pas exercer leur activité d’artistes, ce n’est pas bon. Il ne faut pas les contrarier. Regardez Mao, Hitler, Staline… ce sont tous des artistes ratés. Il ne faut pas couper l’herbe sous le pied des artistes; on ne transforme pas les loups en agneaux. Je refuse de tout penser comme un agneau. Un loup qui pense comme un agneau est mort.

Vous avez besoin du Massif central, de La Bourboule. Qu’est-ce que ces lieux vous apportent? Comment y vivez-vous? Qu’y faites-vous?

J’habite à cinq kilomètres de La Bourboule, dans une vieille ferme construite par un grand-oncle. J’ai refait le lien paysan. Je suis un pur produit de la paysannerie. Mes parents étaient devenus modernes; ils ont habité en ville. Le lien avait été rompu. Je voulais refaire le lien. Mon retour en Auvergne a été pour moi une façon de me refaire des racines. J’étais perdu; je ne savais plus où j’en étais. Il ne faut pas plaisanter avec ça. On ne peut pas avoir des individus hors sol.

Comment avez-vous écrit cette magnifique chanson qu’est « Mont sans-Soucis »?

Mon épouse s’en souvient encore. Et en descendant le col de la Ventouse, j’ai dit à ma femme : « Excuse-moi, il faut que je m’arrête. » J’ai pris un papier, un crayon. J’ai écrit le texte en un quart d’heure. Ca m’est venu en conduisant ma voiture.

Kevin Ayers, ex-Soft Machine, vient de décéder. Le connaissiez-vous? Parlez-moi de votre amitié avec un autre ex-Soft Machine : Robert Wyatt.

J’avais vu Kevin Ayers en concert à la fac de Clermont, dans les années soixante-dix. J’aime beaucoup cette époque. (NDLR : il cite Kevin Coyne, Procol Harum, etc.) Robert Wyatt écoute ce que je fais. Au cours d’une interview accordée à un magazine américain, il m’avait classé numéro un de ses préférences. Ce qui me touche chez lui, c’est ce côté ange paralysé. Sa voix est angélique. Il vit comme un pauvre; il me sert d’exemple. Et sa confiance me donne de la force

Vous aimez lire; quels sont vos auteurs de chevet?

J’ai lu tout Proust, tout Nietzsche, tout Camus; j’ai repris la lecture de La Recherche du temps perdu. En ce moment, je lis beaucoup sur la Grèce antique. (Dans mon cartable, j’ai un livre de Jean-Pierre Vernant. Lire toute l’oeuvre de Jean-Pierre Vernant, ça me paraît très intéressant.) Je suis en train de lire le dernier Philip Roth.

Et les écrivains d’Auvergne, vous les lisez?

Je vous recommande Marie-Hélène Lafon; c’est très très bien. Elle écrit sur le monde paysan; elle est professeur à la Sorbonne, mais elle est du Cantal. Je retrouve tout. J’ai lu tout Marie-Hélène Lafon; j’ai connu tout ça parfaitement. C’est comme si je l’avais écrit moi-même.

Et Vialatte, vous avez lu?

Bien sûr. Je l’ai lu grâce à mon grand-père. Les chroniques de Vialatte dans La Montagne. Je n’y comprenais rien, mais c’est le style qui me plaisait; je trouvais ça admirable.

Et Blondin qui vivait dans le Limousin?

Bien sûr; j’ai l’impression que j’ai toujours lu Blondin. Je le lisais dans L’Equipe.

Et Robert Giraud, un sacré écrivain, grand résistant qui combattit dans les maquis d’Auvergne au côté de Guingouin…

Oui, j’ai lu un livre de lui; je me demande s’il n’y avait pas des vaches Salers sur la couverture. Mon petit dernier s’appelle Gaspard; je l’ai appelé comme ça car c’était le nom des maquisards dans le Puy-de-Dôme. ( N.D.L.R : Émile Coulaudon, dit Colonel Gaspard, héros de la résistance en Auvergne.)

Vous jouerez le 16 mai prochain à la maison de la culture d’Amiens. Connaissez-vous déjà cette ville et la Picardie?

Quand j’y viens, je vais voir la cathédrale. La Picardie est le pays des cathédrales.

Avec quelle formation serez-vous sur scène?

Nous serons deux sur scène (dont un batteur-percussionniste et une installation avec des images; des choses que j’ai réalisées et qui seront diffusées sur trois écrans). Mon dernier disque sera la matrice de ce spectacle.

Propos recueillis

par Philippe Lacoche

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Les aventures cosmiques d’un marquis égaré

Nous nous rendions au cinéma le Gaumont, Lys et moi, pour y assister à la rediffusion d’un opéra, quand nous le vîmes. Il était à bicyclette, cheveux au vent, rue des Trois Cailloux, à Amiens, pédalant comme il pédale lorsqu’il joue le rôle d’un bobo branché de province, pharmacien de préférence. Justement, nous devions aller à la Maison de la culture pour y découvrir le spectacle qu’il a mis en scène: L’homme qui se hait. Le voyant arriver de loin, moi qui adore trouver des ressemblances, des sosies (j’adore aussi me voir dans la rue, lectrice, trouver en mon prochain un autre moi, et cela m’arrive assez souvent bien que doté d’un physique exceptionnel et inoubliable: un mètre quatre-vingt-huit, quatre-vingts kilos, yeux d’un bleu tragique façon outre-Rhin, peu de graisse, le nez discret, la bouche sensuelle; il faut en déduire que le Français est beau par nature, comme l’Espagnol est volubile, l’Italien gai, l’Allemand envahissant), je m’apprêtais, déconneur comme pas deux, Maurice Biraud de Picardie, à dire à Lys: «Regarde! C’est Denis Podalydès!» Je n’eus pas le temps de placer ma vanne, envahi par la stupéfaction. Car c’était lui. Lui qui pédalait comme un dératé. Il devait se rendre à la Maison de la culture. Nous le saluâmes, prouvant ainsi que nous sommes physionomistes et cinéphiles. Et nous filâmes au Gaumont. Là, nouvelle aventure: pas plus d’opéra que de banane sur la tête de M.Giscard d’Estaing. Erreur de date de notre part. Nous nous rabattîmes sur Le Stratagème de la poussette, qui s’annonçait comme une bluette française. Nouvelle surprise: nous avons passé un excellent moment. Bien interprété (Raphaël Personnaz, Charlotte Le Bon, Jérôme Commandeur et Camelia Jordana excellent), bien réalisé, ce film, frais et vif, est une réussite. Dans un tout autre genre, nous avons adoré L’homme qui se hait, d’Emmanuel Bourdieu (qui a mis sa création en scène en compagnie de Denis Podalydès). Une pièce remarquable. C’est à la fois profond, complètement cinglé, hilarant, inquiétant. Ça brocarde certains professeurs en chaire, suffisants, pleins de morgue et de certitudes, donneurs de leçons et, au fond d’eux-mêmes, mauvais comme des teignes. Les trois comédiens (Gabriel Dufay, Clara Noël et Simon Bakhouche) sont tout simplement géniaux. Un très grand spectacle.

Dimanche 20 janvier 2013.

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Jean-René Pouilly : producteur d’amitiés

Né à Vers-sur-Selle, dans la Somme, ancien Amiénois, fils d’instituteurs de gauche, ce producteur de spectacles a travaillé avec les plus grands, de Souchon à Sheller, en passant par Leprest et Guy Bedos.

 

Jean-René Pouilly, producteur de spectacles, Le Bouquet du Nord, Paris. 5 novembre 2012

Disons-le tout de go: il existe de tout dans le métier de producteurs de spectacles. Des horreurs, des goujats, des mercantiles avec des dollars à la place des pupilles, des escrocs. Et des types bien, qui travaillent à l’ancienne, pour l’amour de l’art, de la scène, de la musique, pour qui l’argent n’est qu’un outil. Pas l’essentiel. Jean-René Pouilly est de ceux-là. Né à Vers-sur-Selle, dans la Somme, le 25février1945, de parents instituteurs (son père s’occupe des grands, sa mère des petits), Jean-René participe à toutes les activités culturelles qu’ils génèrent. Car cela fait partie de leur conception de leur métier. Chaque Noël, ils créent un spectacle. Mme Pouilly écrit ses pastiches sur l’actualité du village au son des tubes du moment. «Des spectacles de chansonniers; ça faisait un carton», se remémore Jean-René. Ils montent aussi des chœurs, des saynètes, des pièces de théâtre. M. Pouilly est clarinettiste; il fait partie de la fanfare du village. Engagés à gauche, ils fondent une troupe de théâtre et un ciné-club dans le cadre de la Fédération des œuvres laïques (FOL).Jean-René garde des souvenirs merveilleux de son enfance, de la vie du village, du football qu’il pratique en tant que milieu de terrain. Une enfance rurale bercée par les Yéyés, puis par les Stones et les Beatles. Car la culture, la musique plus particulièrement, le passionne. Il suit ses parents qui sont nommés à l’école du faubourg de Hem, à Amiens. Hussard noir de la République, son père rêve que Jean-René devienne enseignant. Mais à 15 ans, il s’intéresse moins aux études, et plus aux boums, aux bistrots et aux filles. Il est plus assidu aux zincs de chez Froc et du Penalty, place de la Gare, qu’au cours de mathématiques. Il suit tout de même les cours à la cité scolaire, jusqu’en première. Il a 17 ans quand sa petite amie attend un enfant. Il se marie, travaille à la FOL, s’occupe du journal des Francs et franches camarades (les Francas), devient pion, commence à organiser des spectacles, puis œuvre pour la Maison de la culture d’Amiens. Il programme. Voit passer les plus grands du moment. Va chercher Ella Fitzgerald à la gare d’Amiens en Simca 1000, pige pour le Courrier picard comme critique de jazz. Philippe Avron, Georges Moustaki, Pierre Henry, Barbara, Nougaro… Jean-René n’a pas d’œillères; tout l’intéresse dès que la qualité est au rendez-vous. «Mais les relations avec les artistes ne duraient qu’une soirée. J’avais envie d’avoir des relations plus ancrées dans la durée.» Il reste sept ans à la Maison de la culture, puis part pour s’occuper des relations publiques de l’équipe de football de Saint-Étienne. Il faut dire qu’il avait fait partie du comité directeur de l’Amiens sporting club, et avait même mis en place les journées internationales du sport à la Maison de la culture. Après Saint-Étienne, il arrive à Lille comme secrétaire général du Théâtre populaire des Flandres (TPF), organise les 12heures du TPF avec chanteurs et pièces de théâtre.Ça dure pendant quatre ans. «Du jour au lendemain, je me suis retrouvé sans rien avec mes trois enfants.» Il crée donc sa société de management d’artistes d’abord régionaux (Marc Frimat, Claudine Régnier, Awatinas, etc.), travaille beaucoup avec les fêtes des fédérations du Parti communiste, et reprend contact avec Henri Tachan avec qui il a travaillé pendant vingt ans. Fan d’Alain Souchon, il lui écrit pour lui proposer d’organiser ses tournées. Le chanteur accepte.De1977 à1982, ils travailleront ensemble: «Un grand moment de bonheur; on s’entendait très bien. Avec Alain Leprest, c’est l’une des plus belles écritures de la chanson d’après-guerre.» Il œuvre également pour Louis Chédid, William Sheller, et fonde la société Karavane en1982, se recentre sur le jazz (Martial Solal, Christian Escoudé, Archie Shepp…), produit le Cirque Invisible de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée, «de vieux amis», réalise une tournée dans le monde.En 2011, il devient le producteur de Guy Bedos, «un monument de l’humour et de la culture française. Ça a tout de suite très bien fonctionné entre nous.» Le sport est également revenu dans sa vie grâce à Félix, son petit-fils qui a été sacré champion de France junior sur toute à La Chapelle-Caro, en Bretagne en août dernier. «Tu vas nous le ramener ce putain de paletot tricolore?» lui avait-il lancé avant le départ de la course. Une formule qui n’eût pas déplu à son copain Allain Leprest, «un grand mec, très sympa dans la vie».On sent bien que Jean-René Pouilly avant d’être un producteur de spectacles est un producteur d’amitiés.

PHILIPPE LACOCHE

 

BIO EXPRESS

* 25 février 1945: naissance de Jean-René Pouilly, à Vers-sur-Selle, dans la Somme.

* 1965: il crée une association d’organisation de concerts, Le Rideau rouge, à Amiens. Premier concert – avec Jean Ferrat – au cirque.

* 1966: engagé comme collaborateur de Philippe Tiry, l’un des premiers directeurs de la maison de la culture d’Amiens.

* 1974: directeur des relations publiques de l’AS Saint-Étienne.

* 1975: secrétaire général du Théâtre populaire des Flandres, à Lille.

*1977 : agent artistique à son compte en créant la société Variétés contemporaines.

* 1978 : Alain Souchon lui confie l’organisation de ses tournées.

 

DIMANCHE D’ENFANCE

Football, tir à la carabine, théâtre et travail à la ferme

Enfant, Jean-René Pouilly accompagnait son père au football. Celui-ci jouait comme arrière central au CA Saint-Pierre, d’Amiens. «On allait au bar des Sports, place de la gare. On mangeait des frites. J’avais 5 ou 6 ans. On y allait à bord de sa 4CV ou de son Aronde. C’était un bistrot chaleureux, peuplé de personnes que je voyais jouer sur le terrain.» Il participe aussi à toutes les activités que généraient ses instituteurs de parents: théâtre (voir photo ci-contre), tours de chant, saynètes, etc. Et il s’adonne même, avec brio, au tir à la carabine. «Mon père avait fondé un club de tir à la carabine. J’ai été champion de France minime dans cette discipline, à La Madeleine, dans le Nord; j’avais 12 ans.» Le travail à ferme le passionne; il s’y consacre avec enthousiasme pendant ses vacances. À une certaine époque, il devient même le porte carnier d’un agriculteur de Vers-sur-Selle, M. Guy Boydeldieu. «Je l’ai revu à l’enterrement de mon père, il y a peu de temps», explique-t-il. «Il chasse toujours. Il m’a raconté qu’il n’avait tiré que trois fois au cours de sa dernière partie de chasse. Il a précisé qu’il avait tué une perdrix, un lièvre et un faisan. Pas mal!» Il se souvient aussi de ses dimanches d’adolescent qu’il passait dans les boums; les rocks au son des Kinks, des Animals. «Les filles étaient toutes mignonnes.»

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Nasser, du Lucullus, a fêté ses soixante ans

Chaude ambiance, le 20 décembre au Lucullus. Nasser, le maître des lieux, fêtait ses soixante ans avec ses enfants et des amis parmi lesquels Lou-Mary, chante

Anniversaire de Nasser, du Lucullus. 20 décembre 2012. Amiens. Avec notamment de gauche à droite : Christian, metteur en scène, Lou-Mary, le fils de Nasser, la fille de Nasser, Nasser, Didier Cardon, un copain de Nasser, Patrick Poitevin, la compagne de Didier Cardon. 20 décembre 2012.

use-comédienne et son compagnon, Christian, metteur en scène, Didier Cardon, vice-président du Conseil régional chargé de la formation professionnelle, de l’emploi, du commerce et de l’artisanat (et madame), Patrick Poitevin-Duquesne, écrivain, notamment nouvelliste de notre journal, etc. Des musiciens amis se sont succédé et se sont adonnés à des bœufs tourbillonnants. Lou-Mary (qui se produira le samedi12janvier, à 21heures, au Lucullus dans le cadre de son spectacle autour de Gainsbourg-Birkin) a chanté plusieurs chansons dont, émotions pour votre serviteur, «Tes yeux sur mon tulle» que je lui avais écrite, en novembre2005, le soir de notre rencontre… au Lucullus. Le temps passe, impitoyable, mais on lui tire la langue, au temps car son pouvoir est limité: il n’efface que les mauvais souvenirs. Les bons, on les garde dans un petit coffret tout au fond de nos cœurs. En dehors du Lucullus, j’ai beaucoup fréquenté le Gaumont d’Amiens, ces derniers temps. L’adorable Lys est même parvenue à me faire apprécier la danse, art avec lequel je me croyais définitivement brouillé. Ainsi, avons-nous savouré la diffusion en direct depuis le Nederlands dans Theater (NDT) de la soirée Sol Leon et Paul Lightfoot. Danse contemporaine? Il paraît qu’on appelle ça comme ça.L’art contemporain, habituellement, me parle peu. Mais là, je dois avouer que je suis allé de surprise en surprise tant par l’écriture des ballets, leur côté déjanté, les grimaces, la grâce évidente et la poésie urbaine, constante. Adoré également deux films: Ernest et Célestine, épatant par ses messages de fraternité, d’appel à la tolérance, toutes ces valeurs qu’on nous sert trop souvent avec la guimauve de la démagogie et qui, ici, sont subtilement distillées dans nos esprits par une œuvre forte, toute en nuances. Et Les lignes de Wellington, au cinéma Orson Welles, de la Maison de la culture d’Amiens. Ce film m’a révélé un événement historique que je ne connaissais point: les troupes napoléoniennes, commandées par Massena qui affrontent celles, portugaises et anglaises, placées sous la houlette de Wellington. Une sublime réalisation de Valeria Sarmiento.

Dimanche 30 décembre 2012

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Camille redouble et Jourdain s’attendrit

     Parfois, le journalisme – comme les femmes – me piège. Te souviens-tu lectrice amiénoise, dessouschiquienne et blogueuse, dans l’étrange interview que m’a accordée la chanteuse Camille, il y a peu, je promettais d’évoquer celle-ci dans la présente chronique dominicale. C’est chose faite, même si cela n’a plus lieu d’être car nous avions presque tout dit. Non, pas tout à fait car, quelques jours plus tard, il me plut de m’interroger sur ce qui fait le magnétisme d’une femme et d’un spectacle. Lorsque Camille m’invita à la rejoindre dans sa loge (en fait, ce fut son compagnon – musicien qui l’accompagne sur scène – qui me servit de guide; il faut que je sois plus modeste, moins rêveur), je fus irradié par son aura, son maintien, son regard, sa grâce. Il n’est pourtant là point question de séduction amoureuse. Ma Lys était présente, radieuse elle aussi, adorable avec son béret en léopard; l’homme du cœur de la chanteuse rôdait dans les parages. Je ne suis pas un goujat, lectrice haletante. Alors qu’est-ce que cette étrange alchimie qui fait qu’une personne fascine, envoûte, passionne? Il en fut de même, quelques heures plus tard, à la faveur de son concert. Sa voix folle, précise, virevoltante; les éclairages incroyablement doux qui tissaient une manière d’intimité rassurante et fœtale. Tout ça à la fois certainement. Cette magie m’a, une fois encore, interpellé, mardi soir, dans le même lieu: la Maison de la culture d’Amiens. On y donnait Le Bourgeois gentilhomme, une création du remarquable Denis Podalydès et de d’excellent Christophe Coin, directeur de l’Ensemble baroque de Limoges (sur scène au violoncelle).Comédie-ballet de Molière, musique, savoureuse, gouleyante, si française de Lully. Trois heures de bonheur, de folie douce, d’intelligence, de couleurs, de bons mots, de rires en cascade. Denis Podalydès fait de Jourdain (le subtil Pascal Rénéric), bourgeois mal dans sa condition étriquée comme dans un pantalon trop court, une personne tendre, remplie de douce bêtise, de touchante candeur. Podalydès aime les personnages de Molière; il aime aussi ce qu’il en a fait. Point de vanité, non; juste une empathie rassérénante pour une œuvre dans ce qu’elle a de meilleur, d’accessible et de subtile, pleine de vie, de lumière, d’amour, de drôlerie. Et, lâchons le mot: d’espoir. En ces époques de morosité et de disette, diantre, ça fait du bien!

Dimanche 28 octobre 2012

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Lettre de remerciements à Gilbert Fillinger

 

«Amiens, le jeudi 5 avril 2012, 9h55.Cher Gilbert, Une fois n’est pas coutume. Tu connais mes goûts singuliers, mes penchants quasi pervers, mes inclinations de beau-frère qui me conduisent à préférer les films des Charlots à ceux d’Ernst Ingmar Bergman. Qu’y puis-je? Je suis bon public, d’humeur assez joyeuse surtout quand les filles m’aiment, me câlinent, et, tu t’en doutes, c’est le cas en ce moment avec ma délicieuse petite Anglaise Lady Lys qui, avec son succulent accent birkinien, adoucit mes jours et mes nuits. (Tu as vu, lectrice folle de moi comme je fais des phrases proustiennes, longues comme un jour sans poulettes?) Oui, disais-je, Bergman me gave et je sais que c’est mal. Jean-Luc Godard aussi (sauf À bout de souffle et Pierrot le Fou; scoop au passage, lectrice: un copain écrivain, dont je tairai le nom, m’a certifié que, lorsqu’il était jeune sa plaisanterie préférée était de marcher sur les mains dans les cocktails intellos, histoire de choquer le bourgeois; c’est Mauriac qui devait être content devant les plaisanteries simiesques du jeune époux de sa petite-fille Anne Wiazemsky) et là encore je sais que c’est mal. Je déteste certains des films intellos et chiants de Rohmer et de Doillon, et là je sais bien que j’ai raison. Ma tasse de thé, cher Gilbert, ce sont les séries B, les navets français des années 50 avec Maurice Biraud (mon idole), les Lautner dialogués par Audiard. On ne peut pas se refaire; quand on a eu la chance de naître à Tergnier (Aisne), ville cheminote, souvent communiste, on est plus sensible aux anars de droite, voire de gauche, qu’aux donneurs de leçon des universités et des Droits de l’Homme. Tout ça pour te dire, camarade Gilbert que, tu m’as ravi en programmant, l’autre soir, Le gros, la vache et le mainate, opérette barge issue d’un texte de Pierre Guillois, sur une mise en scène de Bernard Menez. En sortant de ton temple de la culture, j’avais mal aux côtes tellement j’avais rigolé. Ma Lady Lys, à qui je devais cette inoubliable sortie, était dans le même état que moi. Menez est un grand; on le savait depuis sa magnifique chanson «Jolie poupée» (1984), qui marquait enfin le retour de la chanson à textes. Cette opérette barge est grasse, iconoclaste, complètement cinglée, politiquement incorrecte. Elle fait du bien à la tête. Merci Gilbert. Ton dévoué Lacoche.»

Dimanche 8 avril 2012.

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Mourad se crève pour les Goodyear et les autres

    Mourad Lafitte n’arrête pas; on le voit partout. Sur les manifestations, dans les cocktails, aux concerts, aux festival divers. Appareil photo ou caméra en main… Souvent, il m’interpelle.

    – Philippe, quand parleras-tu de mes actions dans les Dessous chics?  me dit-il.

    Tiens, camarade Mourad. je passe ton auto-promo dans ma rubrique spécial copinage de mon blog tout neuf. Tu l’inauruges en quelque sorte. Ce n’est pas beau, ça? Et fuck à l’ultralib

Mourad Lafitte se crève comme un pneu pour les vraies causes. Celles du terrain, des prolos. C'est l'Eugène Dabit de la capitale picarde (il a du reste le même regard que Dabit). Il eût mérité de faire le voyage à Moscou avant que l'URSS ne soit dévoré par cette cochonnerie de capitalisme mafieux.

éralisme, à l’Europe des marchés en culotte de peau! « Cher Philippe« , qu’il mécrit, le Mourad. « Je viens simplement de prendre connaissance de ton message sur mon répondeur ce qui explique ma réponse tardive. Concernant mon film « La mort en bout de chaîne », celui-ci a été présenté en avant-première dans le cadre du festival international du film d’Amiens. Mon documentaire revient sur la pénibilité et la souffrance au travail. J’y consacre également un très large chapitre sur les cas de cancers dus à certains produits utilisés dans la composition chimique de la fabrication des pneus. Près de 800 personnes se sont déplacées pour venir le voir, car la projection a eu lieu dans le grand théâtre de la Maison de la Culture. Un festival bénéfique pour le modeste réalisateur que je suis puisqu’une chaîne télé est intéressée par le film ainsi qu’un producteur. »

Et de me filer quelques liens : Avant et après la projection : http://vimeo.com/32051578Portrait sur FR3 : http://vimeo.com/32018057 Souscription pour le DVD sur le documentaire « La mort en bout de chaîne »

  »Suite à vos nombreux appels téléphoniques, mails et textos, je tiens à vous apporter les précisions suivantes : le film sera diffusé à deux reprises sur Amiens au cloître Dewailly (capacité deux fois 300 places) et également à Abbeville au cinéma Le Rex au mois de février 2012. Les Docs Militants et moi-même lançons une souscription pour ledit DVD qui sera disponible mi-janvier. Ce DVD sera vendu au prix de :

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Le prochain film réalisé par Mourad Laffitte « Présumé coupable » qui retrace le parcours de 14 syndicalistes victimes de harcèlement patronal, par voie judiciaire, ainsi que deux inspecteurs du travail, est en cours de tournage. Cela a tout naturellement un coût, et n’étant pas subventionné, cela nous oblige à prendre des risques énormes.

 

Cordialement,

 

 

 

 

 

 

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« La mort en bout de chaîne » de Mourad Laffitte

 

 

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