Althusser nous manque

    Esprit libre mais sincèrement marxiste, Louis Althusser était l’un des penseurs essentiels du XXe siècle. Aliocha Wald Lasowski lui consacre un livre passionnant.

Dans ce monde de brutes, d’économie ultralibérale devenue folle, tentaculaire, où les salariés sont broyés par le système, où, l’establishment – de droite comme de gauche -contribue à entretenir l’idée que la société libérale soit l’unique solution, où l’état est ouvertement combattu (chasse aux fonctionnaires), où les penseurs marxistes sont considérés comme ringards, non « modernes » (la modernité, ce leurre scintillant et imbécile), qu’il est bon de se replonger dans l’œuvre de Louis Althusser. L’excellent et éclairé Aliocha Wald Lasowski (critique littéraire au Point Hors-Série, à L’Humanité, à Marianne, au Magazine littéraire, et enseignant), consacre un livre lumineux à Althusser, philosophe penseur du politique, marxiste et militant communiste ; l’opus est composé de vingt conversations avec des personnalités qui l’ont connu ou qui ont étudié son œuvre : Alain Badiou, Bernard-Henri Lévy, Philippe Sollers, Régis Debray, etc. Un livre indispensable. Rencontre avec Aliocha Wald Lasowski.

Aliocha Wald Lasowski, quel a été votre parcours ?

J’ai un parcours plutôt « classique » dans mes études de lettres et de philo : de l’hypokhâgne du lycée Louis-le-Grand, après le bac, jusqu’à la thèse de doctorat à l’université de Paris-8, à Saint-Denis. Des événements atypiques et originaux ont ponctué ce parcours, comme ma rencontre avec le poète Edouard Glissant, dont je suis devenu l’ami et le compagnon de route, ou mon travail dans les journaux, comme L’Humanité par exemple.

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser d’aussi près à Althusser ?

Althusser m’intéresse parce qu’il forme avec Jean-Paul Sartre, à qui j’ai consacré deux livres (chez Gallimard et chez Pocket), un couple étonnant et unique dans le paysage culturel français. Un duo opposé de pensée politique : l’humanisme de Sartre contre l’antihumanisme d’Althusser, l’existentialisme du premier contre le structuralisme du second. Une époque riche en débats vifs et engagés. Il faut s’y replonger aujourd’hui.

Pourquoi, en notre époque troublée (trouble ?), est-il nécessaire de lire ou de relire Louis Althusser ?

Lire Althusser nous aide à réfléchir sur des thèmes actuels, comme l’injustice sociale, la violence, la domination ou l’autoritarisme. Sa critique des procédures d’assignation annonce l’idée de sujet vulnérable, précaire, fragile, menacé d’exclusion. Et les idées d’Althusser accompagnent aujourd’hui le regain de récents mouvements populaires de contestation ou de résistance, d’Occupy Wall Street, jusqu’à Nuit debout. Althusser secoue l’agir politique.

Comment avez-vous procédé pour réaliser ces passionnants entretiens ?

Les vingt entretiens ont été réalisés uniquement à partir de rencontres humaines et de conversations autour d’un café. Avec beaucoup de générosité et de bienveillance, les philosophes m’ont reçu chez eux. J’ai parfois passé de longues après-midi en leur compagnie. Quel bonheur, ces rencontres ont été d’incroyable moment d’échange et de discussion. Tout n’a pas pu être mis dans le livre, j’ai gardé le meilleur, bien sûr, pour les lecteurs.

 Connaissiez-vous personnellement les gens que vous avez interviewez ?

J’ai eu la chance d’avoir eu certains de ces philosophes comme professeurs : Alain Badiou, Jacques Rancière, Etienne Balibar ou Pierre Macherey, très proches d’Althusser, ont été tous les quatre mes professeurs à différents moments de mon parcours. Je connais bien aussi l’écrivain Philippe Sollers, à qui j’ai consacré un livre (chez Pocket). C’était formidable de tous les revoir : pendant un an, je circulais de l’un ou l’autre, pour réaliser les entretiens.

Parlez-nous de la relation entre Althusser et François Maspero.

Maspero fut le principal éditeur d’Althusser et a joué un rôle essentiel dans la diffusion des idées de Mai 1968. De 1955 à 1975, les étudiants du quartier latin fréquentent sa librairie « La Joie de lire » et y trouvent des livres contre la guerre d’Algérie, certains censurés par le pouvoir politique : Maspero édite Frantz Fanon, Che Guevara. Maspero était attachant et généreux. Je lui rends hommage dans ma préface. Il nous a quittés il y a un an, en 2015.

Difficile de laisser de côté le meurtre de sa femme. Et sa folie. Il y a dans votre livre, cette formule lumineuse de Régis Debray : « (…) passer d’un coup de Marx à Simenon… ». Qu’en pensez-vous.

Discret et mystérieux, visage mélancolique et cigarette aux lèvres, il alterne entre humour vif et écoute attentive. Althusser est une personnalité complexe. Penseur marxiste exigeant et chaleureux, proche de ses élèves, il fait des cours d’une grande clarté. Puis, pendant des mois, Althusser disparaît. Interné en clinique, il subit des cures de sommeil, électrochocs et antidépresseurs. Et il y a le meurtre d’Hélène Legotien, sa femme, avec qui il vit et est marié depuis 1975. Meurtre par strangulation, le 16 novembre 1980. On est en plein roman noir et on passe, oui, de Marx à Simenon.

 « Althusser combat la pétrification du dogmatisme ». Pouvez-vous développer ?

Althusser combat le dogmatisme, l’idéalisme et l’idéologie : il renouvelle les idées politiques par ses travaux sur Rousseau et Machiavel, libère la pensée de Marx de l’influence de Hegel, fait découvrir les nouveautés en sciences humaines de l’époque : psychanalyse de Lacan, anthropologie de Lévi-Strauss, épistémologie de Bachelard, psychologie de Foucault, linguistique de Barthes. Althusser est un passeur formidable, au cœur des bouleversements de la philosophie et des innovations culturelles, en art, en sciences.

Althusser serait venu au communisme à cause « de son catholicisme universel ». Singulier ou logique selon vous ?

Althusser a un parcours personnel compliqué, d’abord il porte le prénom d’un mort, son oncle paternel Louis, fiancé de sa mère. Louis meurt à Verdun et sa mère épouse le frère de Louis, Charles. Pendant la guerre, Althusser est prisonnier, en dehors de tout, pendant cinq ans, au stalag en Allemagne. Cela participe d’une fragilité. En ce qui concerne le catholicisme, Althusser est pendant ses études « le prince tala », c’est-à-dire de ceux qui « vont à la » messe. Chef de file des jeunesses catholiques, il passe ensuite au communisme et y retrouve, peut-être, le même sens de l’universel.

Bernard Henri Lévy

Aliocha Wald Lasowski est également batteur dans un groupe de rock.

Aliocha Wald Lasowski est également batteur dans un groupe de rock.

dit que l’astre noir de sa folie a nourri toute son œuvre. Etes-vous d’accord ?

Pendant sa vie, Althusser a eu deux psychanalystes, dont René Diatkine, qu’il voit quotidiennement à partir de 1967. Althusser est un être double, comme dans L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mister Hyde, la nouvelle de Stevenson. Il y a l’Althusser du jour et l’Althusser de la nuit, à la fois le prof bienveillant du jour et le penseur torturé qui tapote frénétiquement la nuit sur sa machine à écrire Olivetti. Un homme bizarre, enfermé dans sa névrose, tout en restant proche et soucieux des autres.

En 2016, aurait-il été marxiste dans un monde ultralibéral et mondialisé, bouffé par le capitalisme, qui, justement, ne veut plus de Marxisme, ni de marxistes ?

Plus que jamais, Althusser aurait été marxiste en 2016. Il serait attentif aux bouleversements des dernières années. Ce qui passe actuellement dans le monde l’intéresserait : le parti anti-austérité Syriza d’Alexis Tsipras en Grèce, le Bloc de gauche au Portugal, le leader du parti travailliste en Angleterre Jeremy Corbyn, la vague des Printemps arabes, la mobilisation des étudiants chiliens, les Indignados espagnols, l’occupation de Gezi Park, à Istanbul ou le rôle de Bernie Sanders aux Etats-Unis. Althusser réfléchirait et écrirait sur ses sujets.

On sait que vous êtes batteur ; on suppose qu’il se pourrait que vous soyez marxiste. Si c’est le cas, vous êtes peut-être le seul batteur marxiste de France. Qu’est-ce que ça vous fait ? Et quelle musique faites-vous ?

La musique occupe une grande partie de ma vie et de mes activités. Fan depuis toujours des Stones, des Who, de David Bowie ou Bob Dylan, je joue dans plusieurs groupes, qui sont des laboratoires créatifs. Dans mon groupe actuel The Faarm, créé sur un campus universitaire, il n’y a aucune distinction entre professeurs et étudiants : chacun apporte son expérience, partage sa sensibilité et exprime son individualité artistique, sur fond d’égalité entre tous. Donc oui, je suis batteur marxiste, ça me va très bien !

Propos recueillis par

                                                        PHILIPPE LACOCHE

 

En concert

Aliocha Wald Lasowski donne un concert avec son groupe The Faarm à Lille (bar La Plage, 122, rue Solferino) le jeudi 12 janvier 2017, de 19h à 20h30. Au programme, reprises de Canned Heat, Stevie Wonder, Creedence Clearwater Revival… Placement libre assis.

 

Du bio à Vailland

   

Marc Monsigny ( à droite) et Denis Solau.

Marc Monsigny ( à droite) et Denis Solau.

On change ; on change tous. Et quand on a changé, nous éprouvons la terrible impression que nous étions un autre, une manière d’étranger : un idiot, un imbécile. C’est affreux ! Il y a quelques années, lorsqu’on me parlait du bio, je souriais. Je pensais aux bobos, aux babas barbus. Moi, le rocker urbain, le presque bolchevick, le jacobin, je ne voulais pas entendre parler de ces pièges libertaires-libéraux. Et puis, Lys est entrée dans ma vie. Non seulement, elle m’a initié à la musique baroque, à l’opéra, m’a réconcilié avec le cinéma, mais elle m’a fait découvrir le bio. Depuis, mon alimentation a changé. Et, j’ai enfin compris que de cette façon, je luttais avec mes petits moyens contre le capitalisme. C’est bon un radis noir bio, un vin bio. Et le combucha : un régal ! Ainsi, dimanche dernier, je me suis rendu à la Fête de l’Hortillon de Lune, à Rivery. Jean-Louis Christen proposait un rendez-vous convivial. Le maraîchage biologique était à l’honneur avec stands associatifs, ateliers, démonstrations techniques mais aussi théâtre et concerts. J’arrivais pour celui de Marc Monsigny et son guitariste Denis Solau. « Des chansons, tantôt légères, drôles ou plus graves, des émotions suggérées, des histoires qui se partagent avec quelques picarderies », comme l’explique Marc. Notamment, une version en picard de « Je me suis fait tout petit », de Georges Brassens, et ça valait son pesant de ficelles. Picardes. A la Fête de l’Hortillon, j’ai retrouvé mon ami Sylvestre Naour, ancien journaliste du Courrier picard, correspondant de Libération, qui avait quitté sa chère Bretagne pour se rendre à Paris où il terminait le montage d’un documentaire qu’il réalise pour France Culture. Il en avait profité pour faire un crochet par la Picardie. Sylvestre ne change pas. Nous avons parlé des jours anciens, au journal, de littérature, de quelques amis communs. Et je suis rentré chez moi pour terminer le petit livre numérique que j’avais promis de rendre à mon ami Dominique Guiou, ancien rédacteur en chef du Figaro littéraire. Dominique vient de fonder sa maison d’édition, Nouvelles lectures (http://nouvelleslectures.fr/), et m’a commandé un texte pour sa collection Duetto. Le principe ? Un écrivain écrit sur un écrivain qui le passionne, mais pas à la façon d’un biographe, d’un essayiste ou d’un journaliste. A la façon d’un écrivain. Je lui ai proposé d’évoquer Roger Vailland (ça sortira le 20 juin prochain). J’ai pris un vif plaisir à écrire ce court récit d’une vingtaine de feuillets. Vailland a toujours balisé ma vie comme les autres écrivains qui me hantent : Modiano, Cendrars, Haedens, Déon, Céline, etc. J’en ai profité pour me souvenir que quelques copains disparus : Jacques-Francis Rolland (dit JFR), écrivain, ami de Vailland (le Rodrigue de Drôle de Jeu, c’était lui), Jean-Jacques Brochier, rédacteur en chef du Magazine littéraire (auteur d’un remarquable essai sur le romancier, chez Losfeld), Maurice Lubatti, ancien responsable de l’agence de Beauvais, du Courrier picard, qui, un jour du printemps 1984, m’avait incité à foncer à Silly-Tillard pour y interviewer JFR qui venait de se voir attribuer le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour Un dimanche inoubliable près des casernes (Grasset). La nostalgie m’étreignait ; j’étais triste mais bien.

Dimanche 14 juin 2014

Le printemps, le sucré-salé de Deauville, les salons et les copains

 

Jacques Béal au cours de la conférence sur le quartier Saint-Leu, qu'il a donnée, il y a peu, au bar de la Comédie de Picardie, à Amiens.

 Le printemps est un ravissement pour les écrivains; j’en profite. En compagnie de Lady Lys, je me suis rendu au salon de Deauville où j’ai fait la connaissance de Yann Queffélec, sympathique et fraternel. Nous sommes allé boire des verres, fort tard dans la nuit, après avoir écouté l’étonnant et talentueux Jean-François Zygel qui donnait un concert axé sur l’improvisation. Zygel demandait aux spectateurs de lui souffler un mot (rêverie, pluie, joie, fin, etc.) et il faisait parler son piano. Un régal où pétillaient des mélodies et des harmonies d’une infinie délicatesse. Il pleuvait sur Deauville. Les bourrasques me décoiffaient et me donnaient une tête de fou. «Tou ressembles à Jack Nicholson», souriait Lady Lys alors que nous marchions sur les célèbres planches de la plage que Françoise Sagan et Bernard Frank avaient longuement arpentées avant de se «refaire» au casino. J’adore Deauville. Son côté sucré et clinquant dans l’air salé. Le sucré salé. J’y ai bien sûr retrouvé copines et copains (Marie, des éditions du Seuil – avec qui je n’ai pu m’empêcher d’évoquer Jean-Jacques Brochier et les heures de gloire du Magazine littéraire -, Claire Julliard, du Nouvel Observateur, Nicole – qui me dit le plus grand bien du romancier Paul Vialar – et Serge Dutfoy, dessinateur et pianiste émérite, etc.) Le 1er mai, je suis allé au salon d’Arras où j’ai croisé mes copains romanciers Valère Staraselki et Pierre Hanot. On a bien ri. Comme d’habitude. Avec mon confrère Jacques Béal, je rigolais bien quand il était grand reporter au Courrier picard. Aujourd’hui, Jacques profite d’une retraite très active puisqu’il ne cesse d’écrire.En 2008, il avait publié chez Michalon L’ange noir, une biographie de l’aviatrice Bessie Coleman, une Afro-Américaine qui apprit à piloter au Crotoy. Trois ans plus tard, il nous a donné à lire un excellent roman, Les Ailes noires (Presses de la Cité), une histoire romancée de Bessie au Crotoy. Jacques travaille actuellement à un roman intitulé Au sourire d’avril, une saga qui évoque 30 ans de la vie du quartier Saint-Leu, à Amiens (de 1950 à 1980).Sortie prévue en octobre prochain aux Presses de la Cité. Saint-Leu, thème d’une conférence qu’il a donnée, il y a peu, à la Comédie de Picardie, en compagnie de Cécile Marseille, conseillère municipale, férue d’histoire locale. Passionnant.

Dimanche 6 mai 2012

Lacoche, hussard noir dans le vert bocage

Lectrice, bel animal soumis, jette un oeilci-dessous, tu y découvriras un bel article sur le marquis des Dessous chics, article signé par Michel Mainnevret, dans L’Union.

http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/lacoche-hussard-noir-dans-le-vert-bocage

 

Publié le samedi 07 janvier 2012 à 11H00 – Vu 41 fois

 
Philippe Lacoche, lors de sa dédicace ce mercredi à la mairie d'Hirson : « Qu'est-ce qui fait le style ? C'est la simplicité. »

Philippe Lacoche, lors de sa dédicace ce mercredi à la mairie d’Hirson : « Qu’est-ce qui fait le style ? C’est la simplicité. »

Philippe Lacoche vient de produire « Des rires qui s’éteignent ». L’écrivain ternois a remonté l’Oise pour parler lecture et écriture avec les Hirsonnais.

DIFFICILE de reprocher quelque chose à Philippe Lacoche. L’homme est bon, trop bon sans doute eu égard aux milieux dans lesquels il évolue. Philippe Lacoche était ce mercredi à Hirson, le matin au lycée Joliot-Curie, l’après-midi dans une librairie et le soir à la mairie.
L’écrivain et journaliste (à Amiens) sort un roman Des rires qui s’éteignent *. Parallèlement, ce « hussard d’automne » se retrouve au centre d’une revue, Chiendents, où les textes sont magnifiquement rédigés. Rayons de soleil dans un début d’année crépusculaire.
Tout cela fait beaucoup pour un seul homme au même moment ! Qui est donc ce Philippe Lacoche ? Un Picard, un homme de plume, de valeurs et de repères, un amoureux des gens et de la vie, un gars du terroir un peu franchouillard, un raconteur d’histoires, un amateur de rock, une photo en noir et blanc, un ado rêveur et blessé. On s’arrêtera là. Une vingtaine de romans, recueils de nouvelles et quelques essais ont installé le personnage en Picardie. Et sur la scène nationale.
Devant les lycéens, ce mercredi, il se livre sur la lecture et l’écriture. Avec cette belle formule : « L’écriture et la lecture, c’est comme une histoire d’amour entre deux êtres. » Un peu plus tard : « J’ai pris un plaisir fou avec Diderot, Molière, Maupassant, entre autres. Et surtout avec Le Grand Meaulnes , d’Alain Fournier. »
Des brumes de Sologne décrites par ce dernier à la mélancolie des terres picardes, il n’y a pas loin. Lacoche est, en effet, synonyme de Picardie. Passionnément. Il y a quelques années, il rédigea même un pamphlet sentimental sur cette région, menacée alors dans sa configuration administrative.
Lacoche, c’est aussi, en soi, un bel exemple « d’ascenseur social ». Pas simple, à première vue, quand on est d’extraction modeste, d’émerger de Tergnier, entre triage et chemin de halage, afin d’exister à Paris dans « le » milieu littéraire et de l’édition.
Celui qui est né à Chauny, a donc vécu son adolescence dans la célèbre cité cheminote. Il est passé de Cité Roosevelt (1994), qui a vite connu une dimension nationale, à une collaboration régulière au Magazine littéraire, puis au Figaro Magazine et au Figaro Littéraire.

Point d’équilibre

À propos de ces deux derniers titres, jeudi soir à la mairie d’Hirson, devant un aréopage bien ancré à gauche, il précise qu’on peut être un hussard de la gauche républicaine et produire de l’encre noble dans ces officines, « où on m’a foutu une paix royale ». Des fois que certains imaginent que le gamin a finalement mal tourné… Toujours simplement, au sein du microcosme parisien, il évoque ses relations privilégiées avec Yann Moix, Denis Tillinac, Patrick Besson, Michel Déon. Tout de même…
Si l’homme a su s’imposer, ce n’est pas le résultat d’une fréquentation assidue des clubs service ou des greens ; la plume et le talent ont produit leurs fruits.
Grâce à une habile gestion des deux activités de journaliste et d’écrivain – le journalisme permettant de fournir quelques histoires au romancier -, Philippe Lacoche a rencontré les bonnes personnes au bon moment.
Avec son style simple et subtil, sa peinture pointilliste des rites sociaux, il s’est rendu indispensable dans un univers littéraire finalement pas si hermétique que ça. Une autre bonne nouvelle là encore.
Musique (il a été journaliste à Best), terroir et… politique. Sur ce terrain parfois glissant, l’homme nuance : « Je ne suis pas un romancier à message. Et puis, la littérature, c’est au-dessus de la politique. »
Dans la terre de gauche qu’est Tergnier, il a trouvé son point d’équilibre autour du patriotisme, « la France terre d’accueil ». Beaucoup plus « prolo », que « bobo », il a même remporté en 2000, avec HLM, le Prix populiste, un terme gratifiant pour lui. Un prix remis à Belfort sur les terres du « Che » par Jean-Pierre Chevénement, qu’il apprécie beaucoup.
« La littérature, si ça peut nous élever de nos basses conditions animales », constate-t-il. Le roman Des rires qui s’éteignent remporte déjà de bonnes critiques dans des espaces aussi différents que La règle du jeu (revue de BHL), Causeur.fr (le site d’Elizabeth Lévy) ou encore Valeurs actuels.
Un Lacoche arrivant pour beaucoup comme une boussole dont on a soudainement besoin.
Michel MAINNEVRET
* Chez Écritures, disponible à Hirson à la Librairie moderne.
** Éditions du Petit véhicule, 44 000 Nantes.

 

 
 

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Réagissez

Lectrice tu sauras tout sur Bott avant tes copines !

François Bott, né à Laon, a passé ses vacances à Vorges, dans l'Aisne.

 Lectrice, mon faucre, mon amour, ma tendresse moite, mon animal humide, j’ai envie de te gâter. Ton mari n’en saura rien, je te le promets. En tout cas, il ne réagira pas publiquement car je ne manquerai pas de censurer – comme promis – ses commentaires velus et répugnants. Oui, disais-je, il n’y en aura que pour toi. Voici donc en avant-première tout ce que j’ai pas pas pu dire, faute de place, dans le remarquable portrait de l’écrivain-journaliste François Bott (ex-directeur du Monde littéraire, né à Laon, vacancier à Vorges, dans l’Aisne) que je dresserai – de ma prose turgescente et vigoureuse – dans le Courrier picard du dimanche 11 décembre. Ainsi, tu prendras de l’avance sur tes congénères. Je te vois déjà, abandonnant ta vaisselle, ta wassingue, ton ménage, ton tricot, ta tarte tatin sur le four, pour te jeter sur ton portable et raconter à ta meilleure copine que tu sais de François Bott ce, qu’elle, ne sait point encore. (Pointencore, pointancore, pouintancore, la liaison, à haute voix doit être singulière, étonnante.)

Allons-y lectrice, mon affidée, ma jument mal débourrée, mon ange terriblement sexuée. Première explication. Tu vas te demander comment j’ai fait pour raconter avec tant de détails l’affaire de l’assassin de Vorges qu’évoque François Bott dans l’entretien qu’il a eu la bonté de m’accorder. Je dois le reconnaître, il n’était pas si précis. Comme il se souvenait du nom de famille du bouvier de Vorges (je n’ai pas voulu divulguer son patronyme car, j’ai vérifié, il existe encore des dizaines de descendants dans le secteur et il n’ont rien à voir dans cette horrible affaire : il fracassa la tête d’un type, blessa grièvement son épouse à coups de serpe et tue, également à coups de serpe, la fillette de 5 ans, afin qu’elle ne fût jamais orpheline; l’assassin sait aussi être tendre et prévoyant), je suis allé effectuer des recherches sur Internet. Et sur un site dédié à tous les guillotinés de France, j’ai retrouvé mon impulsif Vorgien. D’où ma précision méticuleuse.

Ce que je n’ai pas eu la place d’écrire

    • Quand il entre au Monde des Livres, François Bott rencontre Jacques Fauvet (qui deviendra directeur du Monde). Il lui parle de ses vacances d’enfant à Vorges, adorable petit village de l’Aisne où le marquis des Dessous chics, enfant, allait se promener à bicyclette. « Incroyable coïncidence! », répond Fauvet ravi. « C’est là que j’ai passé une partie de la drôle de guerre! »
    • Courant des années 50. François Bott créé avec quelques amis la revue littéraire et politique Exigence. Ils sont contre la guerre d’Algérie. La DTS, fort courroucée, effectuera une perquisition au siège, place des Vosges. « Car on colportait les idées du FLN. En fait, on voulait faire une revue comme Les Temps modernes. »
    • J’ai repensé à mon grand copain Jean-Jacques Brochier quand François Bott m’a rappellé qu’il avait fondé le Magazine littéraire. Jean-Jacques, qui sortait de taule pour avoir porté de valises pour le réseau Jeanson, devint ensuite rédacteur en chef de cette belle revue. Ce fut lui qui, sur insistance de l’ami Jean-Louis Hue, m’embaucha comme pigiste à la fin des années quatre-vingt. Ils firent de même pour mon copain Yves-Marie Lucot, excellent journaliste axonais, ami des arts des armes et des lois qui, jamais, ne me nourrit du lait de sa mamelle. Jean-Jacques était un type épatant. A l’ancienne. Chasseur élégant, cultivé à l’extrême, jamais pédant, doté d’un redoutable humour et d’un sens inouï de la liberté, nous allions boire de multiples bières au Rouquet, à l’angle de la rue des Saint-Pères et du boulevard Saint-Germain. François Bott me rappela aussi que le Magazine littéraire avait d’abord établi son siège passage du Désir, derrière la gare de l’Est, puis rue des Martyrs. Tout ça m’a rappelé toi, lectrice, mon amour : d’abord, je te désire; je te possède enfin; tu te casses et je souffre le martyre. Tout ça n’a plus aucun rapport avec le sujet initial, mais c’est aussi ça le plaisir du blog (« Lacoche est en train de réfléchir sur l’outil », eussent dit les colins froids, les vieux daims – usés comme mes Clarks d’adolescent – du Nouveau Roman) : s’adonner aux digressions longues et drues, roccosiffrediennes, moi qui subis chaque semaine le carcan insupportable du 1500 signes de ma chronique dominicale dont tu repais sous les draps chauds tandis que ton mari fait du vélo pour perdre son bide.
    • Bott a cette formule magnifique, magique, quand nous parlons des Hussards (Nimier, Déon, Haedens, Laurent, Hecquet, Blondin, etc. : « La cavalerie légère, le bon usage de la grammaire au service des battements du coeur. » Tout ce que tente de faire avec toi, lectrice, mon faucre. Je serai ton épée littéraire. Abandonne-toi, please.

      Mercredi 30 novembre 2011.