Mort d’un poète saint-quentinois et prolétarien

RIP. Un poète prolétarien qui meurt, c’est la social-démocratie molle, la fausse gauche et le capitalisme immonde qui avancent. De plus, il était saint-quentinois. Je ne le connaissais que de nom. Peut-être avait-il fréquenté le lycée Henri-Martin; peut-être avait-il asséché des bières chez Odette (Café des Halles) au cours des seventies. Le combat continue.

On apprend par Jean-Pierre Lesieur via Facebook la mort de Gérard Lemaire survenue le 7 octobre à Concremiers dans la Vienne. Pas facile deLire la suite
DECHARGELAREVUE.COM|PAR JACQUES MORIN

Tout allait bien…

Tout allait bien. L’inauguration du Festival du film d’Amiens battait son plein au Gaumont. J’étais de la partie, une coupe de champagne à la main, discutant avec Gilbert Fillinger, puis avec Jean-Pierre Marcos et Sylviane Fessier, puis avec Jean-Pierre Garcia. Et tant d’autres, joyeux. Si joyeux. Devant nos mines réjouies, nos éclats de rires, de fête, devant ce champagne, quelques abrutis barbares et sanguinaires eussent pu venir faire un carton. Nous n’y pensions pas. Alors que je quittais le cinéma, dans le hall, mon attention fut attiré par des gens qui contemplaient l’actualité sur leurs téléphones portables et la commentaient. « A Paris, c’est l’horreur. Un massacre. » Les attentats venaient de se produire. Puis tout alla très vite. Le nombre de victimes qui augmentait au fil des minutes. L’horreur, oui, l’horreur. Que faire en ces instants de douleur ? Tenter de trouver un peu de chaleur et de fraternité dans ce monde de brutes. Je filais à Tergnier (Aisne), ma ville. Carole Bacot et la médiathèque avaient la bonté de l’inviter pour évoquer mon dernier roman. J’avais un peu honte de parler de ces histoires d’amour, si légères, dans ce contexte de deuil absolu. J’en fis part au maigre auditoire. On parla donc un peu d’amour, mais beaucoup de la terrible actualité. Et je fonçais vers le Café de La Poste où mon bon copain Marc Delfolie, ancien journaliste de L’Aisne Nouvelle, et patron du lieu, m’attendait autour de quelques cochonnailles. L’ambiance était à la fois à la tristesse, à la révolte. Mais aussi à la fraternité. Il y avait là, à côté de Marc, Zézette, ancien batteur d’un de mes groupes de rock, employé SNCF à la retraite, Michel Carreau, élu du Parti communiste, Tonio, militant, Marc Braem, un ancien du lycée Henri-Martin, cheminot lui aussi, et même Bernard Le Louarn, dit Nanard, de Gauchy, ancien du même lycée Henri-Martin, copain de classe de seconde, devenu cheminot comme il se doit. Pas vu depuis quarante ans.  Et quelques autres. Rien que des bons copains. Cela faisait du bien, changeait un peu les idées. Nous en avions tous besoin. La barbarie, à Tergnier, on connaît. Nos bons amis d’Outre-Rhin ont laissé des souvenirs dans cette ville ouvrière, patriote et éminemment résistante, imprégnée d’une gauche à l’ancienne qui n’aim

Devant le Café de La Poste, à Tergnier, tenu fraternellement par l'ami Marc Delfolie.

Devant le Café de La Poste, à Tergnier, tenu fraternellement par l’ami Marc Delfolie.

e pas trop qu’on vienne lui chercher des poux dans la tête et la priver de liberté. A Paris, ce n’était plus les nazis mais des religieux illuminés qui venaient de sévir. Même mentalité, même résultats. L’horreur, oui, l’horreur… Coïncidence : juste avant que surviennent les attentats, j’étais en train de lire Plaidoyer pour la fraternité (éditions Albin Michel), d’Abdennour Bidar, philosophe, écrit après les attentats perpétrés à Charlie. Il y explique qu’au lieu de nous diviser, ces drames nous avaient rassemblés ; ils nous ont fait prendre conscience « qu’il fallait maintenant changer d’ère : passer du choc des civilisations à celui de la fraternité des cœurs et des cultures. » Il a raison.

                                                      Dimanche 22 novembre 2015

Cette chronique est pour toi, Colonel !

François Crimon est-il le meilleur chanteur du monde ? Non. Le meilleur auteur-compositeur du monde ? Non. Le meilleur guitariste du monde ? Non, vraiment pas. Alors ? Alors, il dégage. Son aura, sa dégaine, le grain de sa voix ; ses hésitations. Ses lunettes noires. Sa légèreté grave ; sa gentille désinvolture. Son excellente éducation ; son élégance filiforme de haut adolescent. Bon sang de saurait mentir. Le fils du journaliste-écrivain Jean-Louis Crimon sait écrire. Ses textes sont des petits bijoux ciselés, efficaces, imagés, sans prétention qui parlent des filles, d’alcool, de ruptures douces et brutales comme l’absinthe, longues, brunes, chapeautés et haut-talonnées comme Louisa, notre Amiénoise-Londonienne bien allumée, superbe et préférée. (Elle fut à une certaine époque l’Anaïs Nin, la Kiki Picasso des nuits brûlantes de la capitale de Picardie.) Le petit Crimon, c’est bien. C’est rock’n’roll. Il donnait un concert, par une belle soirée d’octobre – air doux, humide comme une noix fraîche – au Café, chez l’ami Pierre, rue Flatters, à Amiens, à l’occasion du vernissage de l’exposition de dix photographies (exposer dix photographie, quelle classe ! C’est bien mieux que dans exposer soixante ; c’est la rareté qui fait la densité de l’œuvre ; regardez Le Regard froid, minuscule essai de Roger Vailland. Regardez L’Eté finit sous les tilleuls, pétillant et tout petit roman de Kléber Haedens) de son ami – son presque frère – Gaspard Truffet. Il y avait un monde fou. J’y croisais de nombreux amis chers, dont Sophie (que j’ai embrassée dix-sept fois sur le front) et Jean-Louis Crimon. J’y bu quelques bière Calsberg. (Oui, lectrice, tu as bien lu ; pendant des années, je me suis adonné à la bière prolétarienne, moi l’enfant de Tergnier, à la bière de marxistes – Stella – et aujourd’hui, je déguste de délicieuses Carlsberg, bières demi-mondaines, sociale-démocrates ; vais-je terminer ma carrière comme adjoint à la culture dans une ville socialiste, moi qui rêvais que de le devenir dans une ville rouge comme le sang de Guingouin.) Quelques jours plus tard, je me rendis à la librairie Cognet, à Saint-Quentin, chez la délicieuse Cécile Jaffary, plus blonde que jamais. La ville de Saint-Quentin me bouleverse. J’ai passé quatre ans au lycée Henri-Martin. Lorsque je la traverse, je crois y croiser des ombres, celleFrançois Crimon-Chez Pierre-1-s de Jean-François Le Guern, Joël Caron, Jean-Pierre Josse, Tintin l’ancien Poilu couvert de médailles qui, au café Odette, soulevait les jupes des lycéennes du bout de sa canne. A ma table d’écrivain, m’attendaient mes amis Jean-Pierre Semblat, Eddie et Jean-Pierre qui avaient apporté, dans une glacière, une bouteille de Condrieu, pour fêter ma dédicace. J’en avais presque les larmes aux yeux devant tant de fraternité. J’étais tout autant heureux quand j’aperçus la haute, fidèle et mélancolique silhouette du Colonel, mon copain de Tergnier. En deux regards, deux poignées de mains, nous avons compris que le temps passait sur nos vies, impitoyable. Dans nos yeux, les étoiles de nos jeunesses enfouies, brisées, égarées dans les brumes lointaines de notre chère ville de Tergnier.

                                                  Dimanche 25 octobre 2015.

 

 

Des livres de Jacques Béal adaptés au cinéma par Beineix

 

«Philippe Lacoche a besoin de rafraîchir ses connaissances dans la langue de Cervantes. En effet, dans le C.P. du 8/XI, p.X, à propose du livre La tentation du Pire, il écrit « nos pasaran ».En réalité, c’est (avec un point d’exclamation renversé au début) No pasaràn! (ils ne passeront pas). En fait, ils sont passés…» Voilà la lettre que nous envoyée un lecteur attentif. Il a raison. Désolé pour le point d’exclamation renversé et pour l’accent aigu sur le « a »; je ne les ai pas trouvés sur le clavier de mon ordinateur. En revanche, pour le «s» à «no», j’en suis encore plus désolé car je connais l’expression. Et l’erreur n’est pas de mon fait. Si, à la rentrée scolaire de1971, je suis allé au lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin (distant de 25 kilomètres de Tergnier), plutôt qu’au lycée Gay-Lussac, à Chauny (distant de 7,5 kilomètres), c’était pour échapper à l’apprentissage de l’allemand, langue qui m’effrayait, comme elle avait effrayé, après 1945, le philosophe Jankélévitch. J’ai donc opté pour l’espagnol, langue dont je suis tombé amoureux. L’expression «No pasaran!», je la connais bien pour l’avoir entendue dans les réunions de l’AJS (Alliance des jeunes pour le socialisme) auxquelles des copains trotskards m’entraînaient, et dans lesquelles, je finissais par m’ennuyer, trouvant Marx et Marchais bien plus rock’n’roll. Coquille de correction? Je n’en sais rien. C’est bizarre. De l’Aisne, j’aurais pu en parler avec mon bon copain Jacques Béal, ex-grand reporter au Courrier picard, et écrivain, avec qui j’ai déjeuné, mercredi, à Amiens. Il est originaire de Chauny; c’est donc un presque Ternois. Jeunes, nous avons fréquenté les mêmes bistrots, les mêmes lieux de nuit (La Huchette, La Loggia, le Daguet, etc.). Mais, non.Nous avons parlé de ses projets.Deux de ses livres, Bessie Coleman, l’ange noir (Michalon, 2008) et Les Ailes noires (Presses de la Cité, 2011) seront adaptés par le cinéaste Jean-Jacques Beineix qui prépare un documentaire-fiction autour de l’aviatrice. Par ailleurs, sa très belle anthologie des poètes de la Grande Guerre parue il y a quelques années, sera rééditée en octobre

Jacques Béal, écrivain, journaliste. Novembre 2013.

2014 par le Cherche-Midi car un spectacle est en train d’être monté autour de Philippe Torreton comme lecteur et d’un orchestre de musique baroque anglais, le tout mis en scène par Jean-Luc Revol. Les poèmes seront traduits en anglais. Le spectacle sera notamment donné à la Comédie de Picardie, puis au Festival de Brighton en 2015. Good news!

Dimanche 17 novembre 2013.