Des souvenirs de manifs dans le froid scandinave

Je rêvassais devant mon ordinateur. C’était un début d’après-midi de printemps clair, au froid vif, cru, comme l’année 2016 n’a pas son pareil pour en produire. J’entends du bruit, dehors. Je regarde par la fenêtre et aperçois des CRS qui s’activent, rue Alphonse-Paillat. Une manifestation contre la loi scélérate El Khomri, bien sûr! Mon sang de Ternois ne fait qu’un tour. Je saisis mon appareil photographique, sors de la rédaction-tanière tel un ours après hibernation. Rue de la République, je tombe sur le cortège de manifestants qui observe un mur de forces de l’ordre. Ce sont les Sud qui, au dire de l’un d’eux, ont souhaité donner «un petit coup de pression aux policiers». Pression bon enfant. Aucun incident. Il fait vraiment froid malgré celle lumière bizarre, scandinave, presque danoise comme notre système de mise en page CCI contre lequel je me bats depuis des années. (Mais il faut bien gagner sa vie, lectrice, mon amour; sinon, comment ferais-je pour t’emmener au restaurant, et t’acheter te

Manifestation du syndicat Sud contre la lois scélérate El Khomry.

Manifestation du syndicat Sud contre la lois scélérate El Khomri.

s tenues sexy et délurées de demi-mondaine, presque «verdurines?».) Je décide de suivre la manifestation, et de rêvasser dans l’air scandinave. Je me revois, en automne 1971, lycéen au lycée Henri-Martin de Saint-Quentin, participant aux manifestations contre la circulaire Guichard. Que nous voulions-nous, à Olivier Guichard, gaulliste bon teint? Je me souviens même plus. Je me revois, chevelu et bouclé comme Louis XIV ou, plutôt comme Polnareff, au côté de mes copains Jean-François Le Guern (dit Paco, du Juan, dans mon roman La promesse des navires), Michel Melki (aujourd’hui comédien), Michel Caulier, tous à l’AJS (Alliance des jeunes pour le socialisme). Nous hurlions des slogans. Quel temps faisait-il? Ça non plus, je ne m’en souviens plus. Je me souviens du goût des bières pression que nous allions boire chez Odette, café des Halles, où nous refaisions le monde en dégustant des saucisses-frites. Était-ce au cours de cette année-là que le juke-box ne cessait de jouer «Le tango des cocus», œuvre impérissable, reprise notamment par le chanteur lillois Alain Boumé, puis, quelques années plus tard, par le regretté et très belge Tichke? On n’est jamais sûr de rien. Deux ans plus tard, ce fut la loi Debré qui nous fit descendre dans la rue. Mes cheveux étaient de plus en plus longs. Je m’intéressais de plus en plus au rock’n’roll et à la littérature (Henry Miller, Blaise Cendrars, Jacques Perret). Certains de nos copains plaçaient des entonnoirs sur leurs têtes pour se moquer de Debré. Puis ce furent les réformes Fontanet et Haby que nous contestâmes. Mais y allais-je encore, aux manifestations? Je jouais dans un groupe de blues rock, courait après les filles, câlinaient avec la fébrilité d’un jeune puma celles que je surnomme Katia et Clara dans l’un de mes autres romans. Le temps passe et les souvenirs restent, même sous le froid scandinave de ce printemps fou de 2016 et sous les auspices de la loi scélérate El Khomri.

                                                             Dimanche 8 mai 2016.

Valère Staraselski propose un autre Robespierre

Dans son excellent roman « L’Adieu aux rois », Valère Staraselski, spécialiste de la Révolution française, évoque la profanation des tombeaux des rois.

Voilà ce qu’on lit à la page124 de L’Adieu aux rois, septième roman de Valère Staraselski, un excellent ouvrage: «Encouragé par ce début, il n’a pas voulu se retirer sans obtenir quelque fragment d’Henri IV. Son corps un peu découvert par la position transversale de celui de Louis XIV présentait le pied droit. Il s’est alors emparé de l’ongle du pouce…»

Un opus qui bien plus qu’il ne dissèque, exhume un pan d’histoire de la période révolutionnaire. Le but de Valère Staraselski? Remettre les pendules à l’heure sur des événements peu connus, ou, très certainement, mal relatés, voire mal interprétés. Il évoque notamment, en effet, la terrible période où certains conventionnels et des sans –culottes ouvrirent les cercueils des rois, des reines, des princes et des princesses pour jeter les corps dans des fosses communes.

Réalité historique

Un roman, un vrai. Valère Staraselski s’appuie sur la réalité de l’Histoire, parfois même sur des personnages réels, pour nous raconter une terrible histoire.

1793. Prussiens, Anglais, Autrichiens sont près de Paris. Lyon et Bordeaux se révoltent contre la Convention. Les Vendéens insurgés ont pris Saumur et Angers. La guerre civile bat son plein.

Certains révolutionnaires invitent à la destruction des mausolées royaux. Les cercueils des reines et de rois de France, grands hommes d’État, religieux, sont ouverts; les corps extraits et jetés dans des fosses communes.

Dans le roman passionnant et très bien documenté de Valère Staraselski, un témoin des faits, Ferdinand Gautier (qui a réellement existé), royaliste et catholique, relate au quotidien les profanations à Marc Antoine Doudeauville, avocat favorable à Robespierre.

«J‘ai écrit L’Adieu aux rois parce que j’ai voulu comprendre ce qui c’était exactement passé avec les corps sacrés des rois dans la basilique de Saint-Denis en1793, très précisément et en dehors de toute interprétation historique», confie Valère Staraselski. «Au départ, c’est une volonté également de rétablir la vérité historique malmenée notamment par Lorant Deutsch lorsqu’il invente Robespierre coupant un morceau de la barbe du cadavre d’Henri IV! Et cela passe allègrement sur les chaînes publiques de la télévision française…»

Il explique qu’il a travaillé essentiellement sur archives. «Le personnage qui relate l’exhumation des corps (Ferdinand Gautier) a réellement existé. Je suis parti de son journal, consultable à la Bibliothèque Nationale. Pour le reste, j’ai recoupé avec les documents officiels sur les exhumations déposés aux archives nationales et reproduits dans les œuvres d’Alexandre Lenoir, chargé des monuments par la Convention.»

L’autre mérite de ce beau roman c’est qu’il donne de Robespierre une autre image. L’auteur en convient: «Robespierre a une image, en France, qui ne correspond pas à la vérité des faits. Outre les contres vérités, inventions et calomnies sur l’homme, « psychologiser » et personnifier les raisons du cours de l’Histoire, pratique trop courante, n’est qu’une manière de rester à la surface. Et certainement pas de comprendre. Comme le dit Marx que j’ai placé en exergue: « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de plein gré, dans les circonstances librement choisies. » Maximilien Robespierre a été un grand homme d’État, l’artisan principal de la création de la République française. Sa place devrait être au Panthéon. Du reste, des ouvrages récents donnent de l’homme et du politique une image qui correspond mieux à la réalité. N’oublions pas que c’est le peuple de Paris qui l’avait surnommé l’Incorruptible…»

Un livre à la fois plein d’enseignements et de rebondissements.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

Valère Staraselski, écrivain, journaliste. Mai 2012. Salon d'Arras.

« L’Adieu aux rois», Paris, janvier1794, Valère Staraselski, Le Cherche Midi, 237 p.; 16 euros.

Vive les poulettes et Mélenchon! Taisez-vous Elkabbach!

Des bibliothécaires lors de l'opération "20 ans! Et alors?", à Amiens.

Je ne veux pas être parano, mais je me demande bien pourquoi St-Michel, biscuiterie familiale depuis1905, m’a envoyé un colis contenant les Pâtisseries de Poulette; c’est-à-dire un marbré et un brownie tout chocolat, élaborés aux œufs de Loué (d’où l’appellation poulette, je suppose).C’est gentil à toi, St-Michel; ne serait-ce pas pour me narguer ou mettre en péril mon union sentimentale avec Lys? Aurais-tu remarqué, St-Michel, que j’ai longtemps parlé de poulettes dans cette chronique? Des grandes brunes aux jambes interminables; des petites blondes délurées comme l’aube qui se lève sur Pigalle; d’adorables rousses girondes pour lesquelles je me fusse damné. Ah! les poulettes! Avec le rock’n’roll et la littérature, longtemps elles m’ont aidé à tenir debout. Depuis, je me suis refait une conduite. Je vais à l’opéra; je ne mate quasiment plus. Je me couche vers 23h30.Pourquoi donc, St-Michel, venir me taquiner avec tes gâteaux de la tentation? C’est vrai que je n’en loupe pas une. Dans le cadre de l’opération 20 ans! Et alors? les responsables de la bibliothèque d’Amiens m’ont demandé, il y a quelques mois, de rédiger un petit texte sur mes vingt ans, et de leur envoyer une photo de ma pomme. Je leur ai scanné celle figurant sur mon permis de conduire, de1976.Et j’ai pensé à autre chose. Résultat: voilà ma tronche de Louis XIV brun, de Rocheteau de Tergnier, sur une méga affiche avec mon texte dans lequel j’évoque – justement – la poulette qui, à l’époque, m’avait plaqué sèchement. Je raconte que pour oublier cette adorable blonde à couettes et à Clarks, je me défonçais comme une mule au Lexomil. Ce n’est pas comme ça que je vais redevenir sous-chef de service au Courrier picard. (Mais, à mon âge, je ne me fais plus beaucoup d’illusions.) A mon âge, je suis rangé: j’écoute Mélenchon et j’applaudis quand il conspue la sociale démocratie mollassonne, qu’il gueule comme un putois contre le capitalisme, et qu’il morigène la gauche non marxiste. Le matin, en me rasant et en écoutant le Mélenchon, je chante «L’Internationale» à tue-tête, comme les vieux cheminots résistants de Tergnier, le faisaient, au Buffet de la gare, dans les années soixante-dix quand ils étaient chargés. Vive les pâtisseries Poulette! Vive la gauche populaire! Mélenchon, c’est un peu mon Marchais à moi. Taisez-vous, Elkabbach!

Dimanche 31 mars 2013