Un champagne de l’Aube par un après-midi de pluie

 

Lou-Mary en duo avec Chris Evans.

J’ai toujours adoré les bars d’hôtels. Ils ont un côté à la fois intime et impersonnel qui me séduit. On y passe comme des ombres, nous, les hommes, en compagnie de femmes qui sont les nôtres.Ou pas. On y boit des champagnes improbables, rares, délicats; les conversations y sont feutrées comme les coussinets des pattes félines. À ce propos, je me souviens des longues après-midi pluvieuses que je passais avec Féline, mon ex-épouse, au bar de ce bel établissement qui se nommait encore Hôtel de France (quel joli nom, éminemment plus beau que ceux des chaînes mondiales ou européennes qui ne veulent plus rien dire), à Abbeville. Elle y buvait un champagne de l’Aube, non pas le matin, comme ce nom du breuvage délicat eût dû l’y conduire, mais vers 16heures; j’y savourais une bière pression aussi fraîche que la pluie de ces printemps incessants, dont les grosses gouttes molles s’écrasaient contre les vitrines comme des larmes. L’odeur poivrée de l’osier des fauteuil m’invitait à des rêves coloniaux. L’autre soir, Lys et moi étions au nouveau bar de l’Hôtel du Carlton, à Amiens, au premier étage. Le maître, des lieux, sympathique, a eu la bonne idée d’y installer un vaste salon fumeur ce qui prouve qu’il existe encore des gens qui savent vivre et qui résistent aux furies hygiénistes de lois frigides au nom viticole. Nous n’étions pas d’accord sur le film Hôtel Normandy, que nous venions de voir au Gaumont, œuvrette que je trouvais délicieuse (à l’image d’Helena Noguerra), charmante et légère, digne d’un Jacques Laurent ou d’un Félicien Marceau, et que Lys trouvait facile et convenue. En revanche, nous étions tout à faire d’accord pour dire que Mud est un chef-d’œuvre. Mud, c’est l’économie efficace du style de Steinbeck et l’universalité poignante de Mark Twain. Sublime. J’ai également adoré, la soirée d’anniversaire (60 ans) de Daniel Grardel, au Lucullus. Mon peintre préféré avait convié l’excellent rocker Chris Evans, élégant, intelligent et sympathique, à distiller son répertoire. Et quel plaisir le duo qu’il nous proposa en compagnie de mon ex-grande sauterelle, l’adorable Lou-Mary de retour en terres picardes. Lou était accompagnée d’Athos, son Westie, qui, après m’avoir reconnu, m’embrassa et me donna des nouvelles de son frère, le chat Bébert, resté à Montreuil.

Dimanche 19 mai 2013

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Un retour scie… dérant!

Celui d’un musicos nommé Scieur Z. En stand-by depuis des années, il revient sciesur la scène avec deux CD. Et a aussi plein d’autres projets en vue.

La scie musicale a une âme. Son son est très mystérieux, planant même et peut-être beaucoup plus épuré que celui du synthétiseur qui a connu ses heures de gloire dans les années quatre-vin

Renaud Lacoche, dit Scieur Z. Un chanteur-auteur-compositeur étonnant, singulier. Entre pop et rock, il sort deux deux CD d'un coup, et va sortir, sous peu, un livre de ses textes autour du voyage.

gt. Cet instrument correspond vraiment à mon univers», explique Renaud Lacoche, le sourire aux lèvres.

Un chimiste musical

Un univers psychédélique qu’il alimente depuis une trentaine d’années et dans lequel chaque composition devient une aventure sonore à part entière: «Je suis comme un chimiste, mais, moi, je fais mes expériences avec les sons! D’ailleurs les deux CD « Train de vie » et « Scie-né muzik », plus expérimental, vont de pair avec des spectacles visuels. C’est par exemple un petit film d’animation réalisé avec mes élèves de troisième (N.D.L.R: Renaud est professeur d’arts plastiques dans l’Aisne) pour le concours « Postalents 2009″ qui accompagne la chanson « Les passants » sur « Train de vie ».» Des projections balisées de nombreuses références culturelles et cinématographiques qui invitent à faire escale, le temps d’une chanson, dans son parcours de vie: « »Train de vie », c’est un voyage aux « scies » coins du monde et dans l’univers ferroviaire qui a bercé mon enfance. Je suis né à Tergnier (Aisne), une ville cheminote par excellence. Ma cité du rock. Là où j’ai rencontré Culbuto, un ancien cheminot reconverti en clown, celui qui m’a initié à la scie musicale. Et après j’ai bossé tout seul avec la méthode Keller. Une méthode des années 50!» Et grand bien lui a pris: depuis 28 ans, elle est devenue sa partenaire privilégiée sur scène, osant même le pari fou de l’introduire au sein de la pop rock: «Au fil du temps, j’ai amélioré ma scie, inventant un petit système de sonorisation électrique. Une tige de bambou fixée à la manette d’inflexion surmontée d’un micro-cravate, ce qui me permet de faire les mêmes effets de distorsion qu’à la guitare. Alors oui, c’est peut-être dingue mais la scie se marie très bien avec la pop psychédélique.» Et la preuve: son premier 45 tours sorti en1987 fait un véritable carton! S’en suit une période de démarchage auprès de maisons de disques – «qui n’a forcément été à la hauteur de [SES]attentes mais qui a eu le mérite d’être extrêmement créatrice» – et d’un travail acharné au sein de groupes, de son duo avec Philippe Groulard – «un guitariste et choriste qui s’est installé dans le Sud», puis avec deux musiciens de jazz: «Je me suis remis à la composition en 2009 grâce à mon frère qui voulait mettre en musique des poèmes érotico-pop. Puis en 2010, j’ai accompagné la chanteuse Lou-Mary qui était à l’époque la copine de mon frère.» Un retour artistique qui se concrétise non seulement avec Train de vie et Scie-né musiz mais aussi avec la parution d’un recueil de textes et d’illustrations qui devrait sortir très prochainement.

BÉNÉDICTE BIOT

Plus d’informations:

http://scieurz.online.fr

« Trains de vie » sur www. upmystore.com

« Scie-né muzik » sur www.musearecords.com

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Nos yeux sur son tulle

C’était en novembre 2005. Il faisait frisquet, humide à Amiens. Je venais d’arrêter de boire et traînais une douce saudade dans les rues de la capitale picarde en compagnie de mon copain Vanfi (qui deviendra le guitariste et chanteur des Scopytones). Nous atterrîmes au Lucullus, rue de la République, à Amiens, le bar le plus rock et le plus open de la cité. Sur scène, il y avait une longue fille, belle, à l’allure birkinienne, porteuse d’un jean qui lui allait comme le loup sur le visage de Marie-Antoinette lorsque Monsieur Axel de Fersen  la convoita. Elle avait recouvert son jean de tulle. C’était Lou-Mary. Et cette voix, un filet, fragile, adorable. Une présence; une aura. A la fin de son show, je fonçai vers elle et lui proposai de lui écrire une chanson. Elle me toisa. Hésita. Accepta. La nuit, vers 4 heures du matin, sous ma couette (la grosse rouge) de mon appartement de Port d’Amont, à Amiens, je lui écrivis « Tes yeux sur mon tulle », la lui envoyai, et l’invitai chez moi à écouter quelques disques amis. Elle grava la chanson sur l’album qu’elle s’apprêtait à sortir. Ainsi débuta notre histoire. Elle dura six ans.

L’autre jour, à l’anniversaire de Nasser, on nous prit en photo, Lou, Nasser et moi, au bar du Lucullus. Nasser qui, dans ma chanson, danse avec Lou qu’alors, il convoitait discrètement et avec élégance.(Nous aimions, Nasser et moi, laisser traîner nos yeux sur son tulle.)

Anniversaire de Nasser, du Lucullus. De g. à droite : Nasser, Lou-Mary, et votre serviteur. Jeudi 20 décembre 2012

Je vous embrasse, Lou, Nasser et Christian, metteur en scène, nouveau compagnon de la Longue Liane (qui a pris son envol de petite hirondelle vers Paris). La vie continue et elle n’est pas si mal que ça.

Ph.L.

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Nasser, du Lucullus, a fêté ses soixante ans

Chaude ambiance, le 20 décembre au Lucullus. Nasser, le maître des lieux, fêtait ses soixante ans avec ses enfants et des amis parmi lesquels Lou-Mary, chante

Anniversaire de Nasser, du Lucullus. 20 décembre 2012. Amiens. Avec notamment de gauche à droite : Christian, metteur en scène, Lou-Mary, le fils de Nasser, la fille de Nasser, Nasser, Didier Cardon, un copain de Nasser, Patrick Poitevin, la compagne de Didier Cardon. 20 décembre 2012.

use-comédienne et son compagnon, Christian, metteur en scène, Didier Cardon, vice-président du Conseil régional chargé de la formation professionnelle, de l’emploi, du commerce et de l’artisanat (et madame), Patrick Poitevin-Duquesne, écrivain, notamment nouvelliste de notre journal, etc. Des musiciens amis se sont succédé et se sont adonnés à des bœufs tourbillonnants. Lou-Mary (qui se produira le samedi12janvier, à 21heures, au Lucullus dans le cadre de son spectacle autour de Gainsbourg-Birkin) a chanté plusieurs chansons dont, émotions pour votre serviteur, «Tes yeux sur mon tulle» que je lui avais écrite, en novembre2005, le soir de notre rencontre… au Lucullus. Le temps passe, impitoyable, mais on lui tire la langue, au temps car son pouvoir est limité: il n’efface que les mauvais souvenirs. Les bons, on les garde dans un petit coffret tout au fond de nos cœurs. En dehors du Lucullus, j’ai beaucoup fréquenté le Gaumont d’Amiens, ces derniers temps. L’adorable Lys est même parvenue à me faire apprécier la danse, art avec lequel je me croyais définitivement brouillé. Ainsi, avons-nous savouré la diffusion en direct depuis le Nederlands dans Theater (NDT) de la soirée Sol Leon et Paul Lightfoot. Danse contemporaine? Il paraît qu’on appelle ça comme ça.L’art contemporain, habituellement, me parle peu. Mais là, je dois avouer que je suis allé de surprise en surprise tant par l’écriture des ballets, leur côté déjanté, les grimaces, la grâce évidente et la poésie urbaine, constante. Adoré également deux films: Ernest et Célestine, épatant par ses messages de fraternité, d’appel à la tolérance, toutes ces valeurs qu’on nous sert trop souvent avec la guimauve de la démagogie et qui, ici, sont subtilement distillées dans nos esprits par une œuvre forte, toute en nuances. Et Les lignes de Wellington, au cinéma Orson Welles, de la Maison de la culture d’Amiens. Ce film m’a révélé un événement historique que je ne connaissais point: les troupes napoléoniennes, commandées par Massena qui affrontent celles, portugaises et anglaises, placées sous la houlette de Wellington. Une sublime réalisation de Valeria Sarmiento.

Dimanche 30 décembre 2012

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Toutes ces femmes que je comble, rue Saint-Louis-en-Île

 

Guy Bedos, souriant, à l'hôtel du Jeu de Paume, rue Saint-Louis-en-Île, à Paris.

 J’ai souvent rendu heureuses les femmes que j’aime, rue Saint-Louis-en-Île, à Paris. Je me souviens d’un hiver d’antan; j’avais convié Lou-Mary lors de l’interview de Brigitte Fontaine, chez elle, dans cette vieille et si française voie, empreinte d’Histoire, d’histoires, et de pierre blanche. On y entend presque les remous céladon de la Seine; on croit y entendre les roues des carrosses grincer sur les pavés et les jurons des cochers avinés, rougeauds et rugueux. La France comme on l’aime. Lou adore faire le grand écart, et pas seulement sur la scène du cabaret La Belle Époque, à Briquemesnil, où elle se produit souvent, s’adonnant avec grâce et sensualité à des french cancans émouvants. Ainsi voue-t-elle une passion sans limite aux si différentes Mylène Farmer et Brigitte Fontaine. « C’est le plus beau cadeau que tu aies pu me faire», m’avait-elle glissé à l’oreille dans la froidure hiémale de la capitale. Depuis, de l’eau a coulé sous le pont Mirabeau. Lou est partie à Montreuil. J’apprécie toujours autant Apollinaire. Il y a quelques jours, c’est Lys que j’ai invitée à l’interview de Guy Bedos qu’elle apprécie beaucoup. Lys était en beauté avec son bonnet zébré façon léopard, so british. Belle comme la rosée sur le gazon d’Hyde Park le lendemain du concert des Stones en 1969.Pour se faire pardonner d’être si mignonne, elle nous fit attendre, partie se poudrer le nez aux toilettes. Guy Bedos, gentleman, ne voulait pas commencer sans elle. Ce fut un grand moment en compagnie de cet artiste drôle, élégant, et courtois. Le weekend dernier, Lys est parvenue à me faire assister à un opéra de trois heures au Gaumont d’Amiens: L’Élixir d’amour, de Gaetano Donizetti. C’était délicieux. Costumes colorés comme un album de Tintin, voix époustouflantes, et histoire d’amour digne de Francis Carco ou de Pierre Benoit. En sortant du cinéma, nous nous sommes follement amusés à la Nuit Blanche, et avons croisé à deux reprises les excellents Ghislaine Roche, directrice du centre culturel d’Etouvie, et Thierry Bonté, 2e vice-président d’Amiens Métropole. L’automne me va bien au teint, lectrice.

Dimanche 21 octobre 2012.

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Il pleuvait sur Sailly, il pleuvra sur Etouvie

Lou-Mary chantait Barbara dans la salle des Provinces, dans le quartier d'Etouvie, à Amiens. Talent et émotions.

 Il tombait une pluie fine, très fine, poisseuse sur Sailly-Flibeaucourt. Une vraie pluie d’automne. La façade grisonnante de l’usine Vachette était un peu plus grise, couleur de ciment frais. J’étais dans la voiture du romancier Hervé Jovelin (qui publie chez l’éditeur Ravet-Anceau); nous roulions vers la mairie. Une mairie superbe, un ancien château, avec, à l’arrière, un parc profond. À l’intérieur de la maison commune: un drôle de maire. Le romancier et nouvelliste Philippe Sturbelle, collaborateur du Courrier picard, déguisé en élu, lisait la nouvelle qu’il venait d’écrire et s’apprêtait à publier dans nos colonnes, dès le lendemain. Il s’installa sur l’estrade. Avait besoin de deux figurants dans le rôle des mariés. Il tira par la main Brigitte Ternisien, libraire à Abbeville, et Hervé Jovelin qui se prêtèrent au jeu devant une petite assistance hilare. Il est drôle, Philippe Sturbelle. Sa fausse moustache ne cessait de tomber. Las, il décida à mi-parcours de s’en passer. Dominique Zay jouait le rôle de l’assesseur; il était marrant, lui aussi. Dominique lut ensuite l’une de ses nouvelles. Et tout ce petit monde se retrouva dans la salle annexe autour des œuvres du sculpteur Pierre Soufflet. En fait, cette opération avait pour but de réunir un artiste et des écrivains. Une bonne idée. Tu demanderas, lectrice c e que faisaient autant de romanciers dans ce sympathique petit bourg du Ponthieu. Un salon y était organisé. J’étais invité; j’y suis allé comme Henri Heinemann, Léo Lapointe, Denis Jaillon, Roger Wallet (il me confia qu’il suçait des Nicorettes par plaisir, pour se souvenir du goût du tabac qu’il a arrêté il y a fort longtemps), Dominique Cornet, Kevin Dumont (qui vient de sortir son premier roman aux éditions du Petit Véhicule, à Nantes), Dominique Delannoy, Gérard Devismes, Jean-Marie François, Gérard Guerbette, Guillaume Lefebvre, Xavier Patrigeat, etc. Il faisait bon dans la salle des fêtes; je regardais la pluie tomber. Quelques jours plus tard, je me suis rendu à la salle des Provinces, dans le quartier Etouvie, à Amiens, où Lou-Mary donnait son spectacle autour de Barbara. Et c’était magique, magnifique, délicat. Très fort. Le public, nombreux, apprécia. En sortant, le ciel était gris. Il ne pleuvait pas mais je sentais bien qu’il n’allait pas tarder à pleuvoir. Il pleut toujours dans ma vie. Ne me secouez pas, je suis plein de pluie, eût pu dire Henri Calet.

                                      Dimanche 14 octobre 2012.

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Un dimanche après-midi, sur le chemin de halage, à Amiens

Patrick Poulain en compagnie de Sylvie Gosselin (à gauche) et de Jeanne R.M.

 Il y avait longtemps que je ne m’étais pas promené sur le chemin de halage de la Somme, à Amiens, le dimanche. C’est incroyable le nombre de gens qui marchent, courent, roulent à bicyclette. Ils vont vite, foncent on ne sait où. Comme ils sont silencieux, on ne les entend pas venir. C’en devient dangereux. C’est étrange cette nouvelle manie de vouloir être en forme à tout prix. Moi, le dimanche, je n’ai pas envie d’en foutre une. Repos total. Inactivité salutaire. J’adore dormir. Alors que je matais un banc de vandoises dans la Somme, j’ai failli me faire renverser par deux filles à vélo qui pédalaient comme des folles, l’air hagard. C’est drôle ce goût soudain pour l’effort, de demander l’extrême à ses muscles alors que ceux-ci ne nous ont strictement rien fait. Sportifs du dimanche, à la dérive sur la rive. Je me demandai où ils pouvaient aller comme ça, droit devant, sérieux comme des animaux, concentrés et tendus comme des cadres de multinationales. En passant devant l’ancienne maison de Sylvestre Naour, dans les hortillonnages, en bordure de la Somme, je me suis souvenu que j’étais venu là en 2004, je crois. Je marchais lentement, regardais l’eau, ne recherchais pas l’effort, ni le bien être. Ma petite amie du moment venait de mettre les bouts; j’étais ivre. Je savais que chez Sylvestre il y aurait du vin, des apéritifs. Ça me mettait de bonne humeur. L’époque change. Y a-t-il encore des gens bourrés sur le chemin du halage de la Somme? Ou ne trouve-t-on plus que des zombies, casques sur les oreilles, qui courent après leur forme? Ce dimanche-là, j’ai fini par arriver au 89 du chemin de halage, où les photographes Patrick Poulain et Sylvie Gosselin, et le peintre Jeanne R.M., exposaient leurs œuvres en pleine nature. Une compression de Patrick Poulain m’a interpellé. Intitulée Boire ou conduire, elle présentait des boîtes de Heineken, Pilsator, Amadéus et 8,8 entourant une vieille affiche publicitaire: «Carrosserie Saint 0322858036, à Harbonnières.» Un dessin montrait une voiture rouge et une autre bleu de Prusse en train de se télescoper. Harbonnières m’a rappelé le Santerre et Lou-Mary. J’ai composé le numéro de téléphone. La carrosserie Saint existe toujours. Lou-Mary est partie à Montreuil. Je ne bois plus. Les temps ont changé.

Dimanche 30 septembre 2012.

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Qui était le graveur Paul Mansard?

Jeremy Kemp s'est passionné pour le mystérieux graveur Paul Mansard.

 La très belle lumière fade de fin d’après-midi d’automne imminent caresse l’adorable jardin de la maison de Mary et Jeremy Kemp, des amis chers de Lady Lys, à Morienne, près d’Aumale. Une brise douce fait frisonner les pois de senteur. Mary, violoniste, et Jeremy, ethnologue, Anglais, ont longtemps vécu dans le Kent. Ils ont acheté cette ancienne fermette en1986 comme résidence secondaire. Devenus résidents français, ils en ont fait leur résidence principale. Docteur en ethnologie, spécialisé dans l’Asie du Sud-Est, Jeremy a étudié dans la même London School que Mick Jagger. «Il était dans la même promotion que ma première femme», sourit-il. Ses autres passions sont les arts et la guerre de 14-18.Il y a huit ans, sur une réderie, à Grumesnil (76), son regard se pose sur deux gravures de procédé aquatinte représentant la Grande Guerre, œuvres d’un certain Paul Mansard. Coup de foudre. Il ne cessera de collectionner les gravures de ce mystérieux artiste dont on ne sait rien. Qui était-il? Un simple soldat? Un artiste? Un Français? Un Belge? A-t-il été fauché par la grande boucherie de 14-18? Mystère complet. Jeremy a effectué de puissantes recherches auprès des plus grands spécialistes, historiens et galeristes. Rien n’a été trouvé. Pourtant, les gravures témoignent d’un réel talent. Nombreuses sont celles qui évoquent les batailles de la Somme et l’Aisne. Jeremy vient même d’écrire un très beau livre en anglais (In Search of Paul Mansard).On rêverait qu’un éditeur français le traduise et le publie pour faire découvrir ce grand et très mystérieux artiste. Autre découverte, grâce à Lady Lys: celle de l’ensemble vocal A Piacere, placé sous la direction de la séduisante Joëlle Lothe. J’ai assisté au concert qu’il a donné au centre Picasso, de Longueau. Moi, le fou furieux de rock’n’roll, qui, jusqu’à présent, pensais que Josquin des Près était le nom d’un trotteur, Monteverdi l’avant-centre de l’Inter Milan, Clément Janequin un cuisinier réputé, Luzzasco Luzzaschi le batteur d’Adriano Celentano, eh bien j’ai adoré la prestation d’A Piacere dans lequel chante mon ancien voisin et copain Patrick Thiébault, coiffeur, avenue Henri-Barbusse à Longueau (où j’ai vécu quatre ans avec ma grande didiche de Lou-Mary), et dans lequel a chanté la conteuse lyrique Catherine Petit avec qui j’ai écrit mon dernier livre, Le dernier hiver de Victor (éd.La Licorne). Tu sais tout, lectrice puissamment convoitée.

Dimanche 23 septembre 2012.

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Pluie sur Paris, guerres, Allemagne et gueules cassées

 

Louisa Young, écrivain anglais. Juin 2012.

Ces derniers temps, il pleut souvent quand je vais à Paris. Il pleuvait lorsque j’arpentais la rue d’Aguesseau, dans le VIIIe arrondissement pour me rendre dans les salons de la Fondation des Gueules cassées, dans les locaux somptueux et chargés d’histoire de l’Union des blessés de la face et de la tête. Une soirée y était organisée à l’occasion de la sortie en France du best-seller anglais Je voulais te dire, de l’écrivain Louisa Young. Cette jolie blonde, qui parle très bien le français, avait à ses côtés le Pr Bernard Devauchelle, chef du service maxillo-faciale du CHU d’Amiens, et la sympathique Annette Becker, historienne. Le père de cette dernière, l’historien et écrivain Jean-Jacques Becker, se trouvait dans la salle. «Je suis venu écouter ma fille», me dit-il au moment des petits fours. Puis nous évoquâmes Blaise Cendrars, non sans passion. Quelques jours plus tard, il m’envoya «Blaise Cendrars et « La Main coupée »», un long article qu’il a écrit, en1994, avec Stéphane Audoin-Rouzeau pour la revue Guerres mondiales Conflits contemporains. Un texte passionnant. Il y est rappelé que si Cendrars s’est engagé dans la Légion et dans l’abominable conflit c’est qu’il «déteste les Boches». Voilà qui est clair. La guerre. La pluie sur Paris. L’Allemagne encore. Je me suis rendu, le weekend dernier, à l’ancienne gare de Sèvres, transformée en salle de spectacles, pour assister à l’excellente pièce Scènes de chasse en Bavière, de Martin Speer, mise en scène par Christian Termis. (C’est Lou-Mary – elle joue dans la pièce – qui m’avait invité.) J’ai aimé cette œuvre; elle évoque les malheurs d’un jeune homme étranger au village, qui se voit soupçonné d’être homosexuel par toute la population. Homophobie dégueulasse, crade. Méchancetés et mesquineries des «braves gens».Un texte noir qui plombe mais qui incite à la réflexion. Le lendemain, il pleuvait sur Bagnolet quand je suis allé interviewer le jeune humoriste Thomas VDB. Cette fois, on a bien rigolé; on a parlé de rock’n’roll. Je l’ai photographié devant l’immense photo de Sparks qui trône dans son salon. Thomas est né le 1er mars 1977, soit un mois avant que je n’intègre la rédaction de Best. Ça ne nous rajeunit pas, tu ne trouves pas, lectrice adorée?

Dimanche 1er juillet 2012.

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Ex-fans du marquis, deux petits baby dolls que vous dansiez bien…

 

Christine Lacoche, dite Féline et Lou-Mary (à droite), au Rétro, à Amiens.

 C’est déjà vieux, mais qu’importe: tu sais bien, lectrice, mon faucre, mon puits de jouissance, que la chronique les Dessous chics suspend son vol au-dessus de l’actualité et de l’éternité du temps qui fuit. (Voilà qui est dit et si sobrement dit qu’on dirait Lamartine, dépité, après la vente du château de Milly. Ridicule.) Donc, gros choc, l’autre soir, à la Maison de la culture d’Amiens, à l’occasion du spectacle Boxe Boxe, de Mourad Merzouki, avec le Quatuor Debussy, spectacle auquel m’avait convié Lady Lys, toujours au fait de bonnes vibrations. J’ai adoré Boxe Boxe. Cette alliance de la danse hip hop (genre qui, jusqu’ici, m’émouvait très moyennement), de la boxe française (que j’ai longtemps pratiquée à mon retour de la guerre d’Indochine afin de tenter de combattre les fièvres qui se rongeaient et sur lesquelles la quinine n’avait plus aucun effet) et de musique classique (sublime Quatuor Debussy avec une bande son remarquable: Franz Schubert, Verdi, Ravel, Glenn Miller, Philip Glass, Mendelssohn, etc.) Au bar, le spectacle terminé, alors que j’étais en train de dévorer un sandwich printanier au thon en devisant avec Fabrice Bihan (violoncelle), celui-ci me disait que sans le hip hop et la boxe, jamais ces gamins des quartiers et des lycées professionnels, n’eussent pu écouter et aimer Schubert. Il a raison, Fabrice. Il fallait entendre le silence; il fallait goûter ces applaudissements, cette manière de fièvre respectueuse pour ce spectacle de très haute tenue (merci Gilbert Fillinger à qui, plus jamais, je n’oserai reprocher une miette d’élitisme car c’est décidément un très grand programmateur).Deux semaines plus tôt, je n’étais pas en compagnie de Lady Lys, au restaurant Le Rétro, quartier Saint-Leu, à Amiens, mais avec deux de mes ex: Christine (1982-2002 dans ma vie de marquis) et Lou-Mary (2006-2012), copines depuis des années. À chaque fois que je sortais griller une cigarette à la terrasse, j’avais l’impression que mes oreilles sifflaient. Mais ce n’était qu’une impression, d’après mes deux adorables qui, avec délicatesse, me rassurèrent: «Tu n’es pas le centre du monde.» Alors, déçu, je replongeais mon long nez dans mon verre de mojito sans alcool tandis qu’elles me narguaient en attaquant leur deuxième coupe de champagne. Ma vie est un enfer, lectrice, ma fée complice.

Dimanche 27 mai 2012.

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