Du rock sous le baroque, des souvenirs en lambeaux

         Je suis peu allé écouter de concerts à l’auditorium Dutilleux, à Amiens. Pourtant, j’en garde de bons souvenirs, même si les dates, les époques, se mélangent dans ma tête comme dans un rêve. Des im

Arnaud di Pasquale présente son piano-forte.

ages se chevauchent, subreptices, s’enchevêtrent. Puis un flash-back. J’aurais dû faire des études de neurosciences pour tenter de comprendre tout ça. Oui, disais-je, lectrice surprise, première image de l’auditorium Dutilleux. Image à la fois douce, tendre et empreinte de nostalgie. De tristesse. C’était à l’occasion d’un concert de Daniel Darc. La regrettée Catherine Leroy, une bonne copine, m’avait prévenu que je pouvais le retrouver au cours de l’après-midi, avant les balances. Ça devait être l’hiver; je me souviens d’un temps gris, une lumière douce couleur de ventre de loir. Nous étions contents de nous retrouver, Daniel et moi. Nous nous souvînmes de nos années Best, au 23 de la rue d’Antin, à Paris. De Christian Lebrun, de Patrick Eudeline. Et de ce reportage – il était provisoirement critique de rock – que nous avions effectué lors d’un festival en Bretagne, en été 1985. Midnight Oil était sur scène; j’avais interviewé Leonard Cohen dans sa caravane, en compagnie de la charmante Emmanuelle Debaussard qui deviendra ensuite journaliste à Best, elle aussi. Je me souviens de Daniel, la tête dans les étoiles. Ailleurs, bien sûr. Et tellement là en même temps. Attentif, gentil, doux et fou. En Bretagne, nous avions parlé de Drieu la Rochelle et des Hussards. De Céline, bien sûr. À l’auditorium Dutilleux, je l’avais interviewé, assis dans les marches d’un grand escalier. Le soir, il avait donné un splendide et émouvant concert. Un pianiste, et lui, au chant et à l’harmonica si mes souvenirs sont bons. Ils ne sont pas bons; ils ne sont qu’émotions, lambeaux de mélancolie comme les rideaux passés des maisons de Villa triste, ce si beau roman de Patrick Modiano. Après le concert, je me souviens que Daniel avait pris Catherine dans ses bras; ils avaient ri et esquissé quelques pas de danse. Comme deux fantomes. Dansent-ils encore, là-haut, tout là-haut, dans les nuages où le présent est liquide et l’avenir de glace? Figé. Autre bon souvenir: un concert de Clarika. Quand? Je ne sais plus. J’étais en compagnie de Lou-Mary. Nous étions allés la saluer dans sa loge. Elle était douce et sympa comme le sont les anciens punks. Il y a quelques jours, je suis allé écouter Arnaud di Pasquale. Après avoir animé une master class avec les élèves des conservatoires d’Amiens, de Douai, de Lille, d’Arras et d’Abbeville, il a donné un concert gratuit, seul sur scène devant ce si bel instrument qu’est le piano-forte. Il joua des œuvres de Carl Philipp Emanuel Bach, de deuxième fils survivant de Johann Sebastian Bach, et d’autres de Mozart. C’était sublime, magique, superbe. Je fermais les yeux; je rêvais. Je revoyais la danse de mes deux fantômes biens aimés: Catherine et Daniel. Eux, si rock, ces mélodies baroques leur allaient si bien au teint.

Dimanche 5 février 2017.

 

Le cabaret des amours mortes

     

Les Sea Girls à la sortie du spectacle.

Les Sea Girls à la sortie du spectacle.

J’ai adoré, l’autre soir, à la Comédie de Picardie, à Amiens, Les Sea Girls, La Revue, un spectacle conçu et interprété par Judith Rémy, Prunella Rivière, Delphine Simon et Agnès Pat’. C’était tout simplement délicieux. Une manière de spectacle de cabaret à l’ancienne, mais totalement foutraque, dadaïste, allumé. Elles chantent, dansent, se moquent d’elles-mêmes, exhibent non seulement leurs jolies cuisses mais aussi leurs faiblesses. De grandes didiches qui m’ont bien sûr rappelées Lou-Mary, mon ex-petite amie, chanteuse, danseuse, comédienne et meneuse de revues de cabarets. Il me revenait à l’esprit La Belle Epoque, cabaret de Briquemesnil, près d’Amiens, dans lequel, longtemps, elle officia. Le rire strident et entraînant de Jean-Louis, le patron des lieux. Le buste d’Elvis Presley, près du bar auquel j’aimais m’accouder en dégustant (dégustant ? est-ce bien sûr ?) une bière sans alcool. Les odeurs de magrets de canards et de bons petits plats si français servis aux clients. Et les odeurs des produits de maquillages, dans les loges. Maquillages des danseuses et de ma grande didiche, Lou. Et c’était les tours du magicien et la partie dansante animée par l’ami Tony. Oui, en contemplant les Sea Girls, tout me remontait à la tête. Les trajets en voiture à travers la campagne désolée et rousse, l’automne. Rousse comme une fille. Les autocars qui déversaient les clients, adhérents de comités d’entreprises, personnes âgées, etc. Un dimanche après-midi d’hiver, j’avais entraîné Patrick Eudeline à la Belle Epoque ; il avait été subjugué. Et, à la Comédie de Picardie, quand l’ami Nicolas Auvray me glissa à l’oreille que Prunella Rivière n’était autre que la fille de l’immense parolier Jean-Max Rivière, je me mis de nouveau à rêver. Jean-Max Rivière est l’auteur de perles comme « La Madrague » (Brigitte Bardot), « A présent tu peux t’en aller » (Richard Anthony, adaptée de « I only want to be with you »), « Un petit poisson, un petit oiseau » (Juliette Gréco) et le lumineux et superbe « Il suffirait de presque rien » (Serge Reggiani). J’ai voulu aller la féliciter, lui parler aussi de son père. Mais, comme je suis une sorte de vieux benêt, je me suis trompé de danseuse. « Non, ce n’est pas mon papa ; Jean-Max Rivière, c’est le papa de la grande danseuse qui est là-bas », me répondit avec amusement et douceur, la fille, fruit de mon erreur. Mais il était déjà trop tard ; elle était en conversation. Prunella, j’espère que vous lirez ces quelques lignes ; j’eusse préféré vous les dire de vive voix, mais, parfois, la vie sépare ceux qui devraient se rencontrer. Il suffisait que presque rien… En revanche, je n’ai pas résisté au plaisir d’aller saluer Dani Bouillard, excellent guitariste qui jouait en live tout au long du spectacle en compagnie du percussionniste Guillaume Lantonnet. Dani Bouillard, qui utilisait une  guitare très sixties, avait un son génial et une main gauche (accords renversés, vibrato naturel) éblouissante. Un très grand guitariste. Et quand il interpréta la chanson « Mon cousin », brûlot hilarant de Pierre Vassiliu, je me mis à repenser à La Belle Epoque. Lou et Tony le chantaient en duo. C’était avant ; il y a un siècle.

Dimanche 17 janvier 2016

Saleté de magnéto !

Suis-je trop bon public ? Qu’y puis-je, j’adore les films de Charlots, Lo

Marc  Lavoine  devant un tableau de la libraire Anne Martelle qui est également un excellent peintre.

Marc Lavoine devant un tableau de la libraire Anne Martelle qui est également un excellent peintre.

uis de Funès, certains livres de Pierre Benoit et de Francis Carco, certains romans de gare, les filles du French Cancan (surtout quand elles lèvent leurs jolies gambettes de hases ; mon ex-chérie, Lou-Mary, faisait ça bien, sacrée grande didiche !). Je considère qu’il n’y a pas que Cioran et Proust dans la vie. J’étais ravi, il y a quelques temps, d’interviewer Mireille Mathieu qui me confiait avec force et vigueur (et non sans douceur) son amour de Dieu et du général de Gaulle. Une fois, au cours d’une résidence d’écrivain, j’ai failli me friter physiquement avec un auteur hautement intellectuel car j’avais osé dire que j’aimais le chanteur Carlos, qu’il ne faisait de mal à personne, qu’il faisait rire les gens. L’espèce de butor prétentieux disait que c’était de la daube et que cela relevait du commerce. Tout ça pour te dire, lectrice ma bouée charnue, que je sais apprécier certains éléments de la variété française. Je découvre toujours, sous les brillances, les mélodies sucrées, quelques passions acidulées et autres intérêts piquants. Pour Marc Lavoine, à dire vrai, je n’ai eu aucun mal. On le sait excellent chanteur. Quelques-unes de ses chansons sont des délices. C’est un comédien sensible, inventif et délicat. Le voici maintenant écrivain. Le récit qu’il vient de publier chez Fayard, L’homme qui ment, cartonne en librairie. Ce n’est que justice. Tout ne monde n’a pas la chance d’avoir un père communiste et coureur de jupons. (Je pense à ça : j’espère que quand j’aurai passé l’arme à gauche, mes enfants se mettront à écrire ; j’ai les qualités requises pour leur garantir un succès en librairie.) Marc Lavoine est un garçon sympathique et chaleureux. J’avais déjà pu m’en rendre compte il y a une dizaine d’années alors que j’étais allé l’interviewer dans les locaux de sa maison de disque, à Paris. Cette fois, j’ai profité de son passage à la librairie Martelle, à Amiens, pour le faire. Marc était accompagné par la charmante Pauline Faure, attachée de presse chez Fayard, ce qui ne gâchait rien. (Un plaisir n’arrive jamais seul, comme le malheur.) J’avais sept minutes pour interviewer Marc. En temps normal, ça peut paraître court ; là,  c’était déjà trop car mon magnétophone, cette petite saloperie, n’a pas fonctionné. Variété encore : j’ai été commis d’office pour me faire l’avocat de Dany Brillant qui rencontrait ses fans dans les locaux de notre journal. En discutant le bout de gras, je me suis rendu compte qu’il adorait la poésie (Apollinaire) et la philosophie (les Existentialistes). C’était épatant de discuter de Sartre avec le mec qui a composé « Suzette ». L’espèce d’abruti d’intello avec qui j’avais failli m’embrouiller la crinière, eût encore fait des bonds.

Dimanche 1er mars 2015

J’aime mon Saint-Leu, quand il pleut

                            

De gauche à droite : Loïc (guitare, chant), Flamm (batterie, choeur) et Maciel Bento (basse, choeurs). Le groupe Dust, l'autre soir, en concert au Couleur Café, à Amiens.

De gauche à droite : Loïc (guitare, chant), Flamm (batterie, choeur) et Maciel Bento (basse, choeurs). Le groupe Dust, l’autre soir, en concert au Couleur Café, à Amiens.

    Quel bonheur de retrouver les nuits de Saint-Leu et le rock’n’roll. Ces derniers temps, tu sais lectrice, ma fée charnelle tant convoitée, d’autres tâches m’occupaient (littérature, écriture, etc.). Je délaissai Saint-Leu, mon quartier préféré d’Amiens. Celui où j’ai posé mes valises à l’automne 2003, port d’Amont, fraîchement divorcé, nouvellement amoureux d’une adorable jeune femme qui avait la moitié de mon âge. Je me souviens encore du goût du verre de bourgueil que j’étais allé boire, seul, à une terrasse du quai Bélu. C’était septembre 2003. Il faisait doux. La Somme d’un vert céladon, dans lequel se reflétait un pâle soleil, me faisait de l’œil comme une fille de joie. J’étais bien. L’autre nuit, je me suis rendu dans un café, rue Saint-Leu, où se produisait Trio d’Vie. Musique chaleureuse, délicatement jazzy, discrètement fanfaronne (dans le sens de fanfare, lectrice, cervelle de sansonnet). Puis, j’ai filé, tel un chat de gouttière, au Couleur Café où se produisait le groupe Dust. J’y ai retrouvé des copains : Flamm, à la batterie, le meilleur drummer de Picardie, le plus sûr, le plus fraternel, le plus généreux ; Loïc Van Zon, à la guitare électro-acoustique et au chant, membre des Nightingales, dont j’ai beaucoup parlé dans cette même chronique ; et Maciel Bento à la basse. Maciel, multi instrumentiste certes, mais quel bassiste ! J’adore regarder ses doigts courir, à la fois calmes et rapides, félins, sur le manche de sa Fender Precision. J’étais heureux de retrouver Maciel. Il fut le clavier de notre groupe si sixties, les Scopytones. Nous évoquâmes les années mortes, les concerts d’antan, les parties de rigolades dans des galas de campagnes improbables et reculées. Et nous parlâmes, of course, de Lou-Mary, mon ex-grande Didiche partie vers d’autres horizons. Les souvenirs, toujours le passé. Je suis un homme du passé sinon je ne perdrais pas mon temps à écrire. Si j’étais dans le présent, je ferai des affaires, je m’enrichirai peut-être ; je dirais du bien du libéralisme. Je n’applaudirais pas des deux mains quand la délicieuse Aurélie Filippetti claque la porte d’un gouvernement dit de gauche. Le passé. La nostalgie ; la mélancolie, mes carburants essentiels avec quelques autres, plus personnels. Au Couleur Café, je regardai passer des ombres de la nuit. Je me souvenais. En sortant, à la terrasse du Rétroviseur, une jeune femme au jean déchiré au genou droit de façon assez érotique, lisait Ouvert la Nuit, de Paul Morand. L’idée me vint de l’entreprendre, de lui parler de ce grand styliste au cœur sec. Mais non. Je n’ai plus l’audace d’antan. Je me suis contenté d’allumer une cigarette et de regarder le pavé mouillé de la place du Don, de Saint-Leu. Il s’était mis à pleuvoir. Que je l’aime, mon Saint-Leu, quand il pleut.

                                                             Dimanche 26 octobre 2014

Lors tu vois un éléphant en ville, caresse sa trompe et suis-le

 

Au cours du raout à la CCI d'Amiens auquel Lys et moi n'avions pas été invités.

Lorsque tu vois un éléphant en ville, lectrice mon amour, mon petit animal docile, caresse sa trompe et suis-le. Il te procurera beaucoup de bonheur. C’était une belle soirée de presque été, douce comme une figue fraîche. Nous revenions, le cœur léger, du Gaumont d’Amiens, où nous avions vu le délicieux film Pop Redemption, œuvre de Martin Le Gall où Julien Doré se révèle un excellent acteur. Ce film est un peu plus qu’une comédie distrayante et bien française. L’écriture de Le Gall est limpide, précise et ciselée. Les comédiens assurent avec finesse et justesse. L’univers de l’histoire n’est pas banal: celui du black metal, une manière de hard rock teigneux et caverneux. Puis, à l’issue de diverses péripéties, le groupe est contraint d’évoluer vers une pop aérienne et acidulée. Là, Martin Le Gall se paie une belle tranche de références appuyées aux Beatles et en particulier au plus psychédélique des albums de Fab Four: Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Ajoutez à cela des comédiennes très craquantes, surtout la petite Audrey Fleurot, fortement excitante en gendarmette. Ce film est frais et bigrement réjouissant. Donc, comme je te le disais, lectrice, Lys et moi étions réjouis par cette belle soirée. Soudain passe un éléphant surmonté de son cornac. Une foule importante le suit. Peu contrariants, nous en faisons de même. J’aperçois l’éclairagiste Gilles Caron, qui semble s’occuper de la bête et court contre son flanc. Nous nous saluons. (Il nous louait, à Lou-Mary et moi, une belle maison de l’avenue Henri-Barbusse, à Longueau).Ainsi, nous arrivons à la Chambre de commerce et d’industrie où la cellule d’accueil des cadres a organisé un grand raout pour fêter ses vingt ans. En fait, toutes les personnes qui suivent la grosse bestiole, ont été prises en charge, lors de leur arrivée à Amiens, par cette cellule d’accueil; ils se jettent sur les verres et sur les petits fours. Nous en faisons de même. Je me retrouve nez à nez avec Gabriel d’Harcourt, directeur du Courrier picard, et madame. Il doit penser que je suis un sacré pique-assiette. Lui aussi a bénéficié de l’accueil de la cellule et en pense le plus grand bien. J’hésite à lui demander une augmentation, m’abstiens, sors précipitamment, monte à cru sur le dos de l’éléphant, Lys contre moi. J’ai demandé une rançon à la CCI. J’attends toujours.

Dimanche 23 juin 2013

Les montagnes russes de la vie

 

Un premier livre, ce n’est pas rien. Nouvelliste du Courrier picard, Patrick Poitevin-Duquesne vient de sortir un recueil de nouvelles, Réveils difficiles, aux éditions Le Petit Véhicule (20, Rue du Coudray, 44300 Nantes; tél. 0240521494; http://editionsdupetitvehicule.blogspot.fr/) dans la collection, Chiendents. Il était heureux, Patrick, l’autre soir, à l’occasion de la présentation et de signature de son ouvrage, à la librairie du Labyrinthe, dans le quartier Saint-Leu, à Amiens. Il y avait du monde, du jus de fruits et du vin rouge. Philippe Leleu, le maître des lieux, avait convié copines et copains. Patrick en avait fait de même. La chanteuse et comédienne Lou-Mary lut une nouvelle du recueil, «Un matin comme les autres».

De gauche à droite : Lou-mary, Marine, Féline et Patrick Poitevin-Duquesne, un soir de juin, sur terre, à la librairie du Labyrinthe, à Amiens.

Elle était bien mignonne avec ses boucles d’oreilles prolongées de plumes colorées (des manières d’amulettes à l’image de celles que j’avais offertes, il y a des lustres, à une adorable poulette brune de dix-neuf ans, aux jambes interminables et aux yeux noirs comme une toile de Pierre Soulages, des yeux piquetés d’éclats d’orangé de Mars).Je ne pus m’empêcher de tirer sur ses boucles d’oreilles. Elle me gronda gentiment comme elle me grondait quand nous partagions encore notre maison de l’avenue Louis-Blanc. C’est loin tout ça. À dire vrai, je n’étais guère dépaysé. Au côté de Patrick: les jolies Féline et Marine, dont les rires joyeux et latins résonnaient contre les livres qui, eux aussi, se mirent à sourire sur les étagères. Roger Nimier fit un clin d’œil à Féline. Antoine Blondin proposa d’entraîner Marine boire un verre au Couleur Café. L’ambiance était douce et belle, comme l’eau moirée de la Somme, toute proche qui filait vers Abbeville. Des souvenirs remontaient bien sûr. Mes premiers livres que j’ai dédicacés au Labyrinthe, il y a longtemps. J’habitais Abbeville, justement. Le comédien Gauthier Desbureaux me tira de mes rêveries; il se mit à lire l’émouvante nouvelle «Les Primevères».Je me demandais ce qui faisait la qualité d’un écrivain. Son style? Son ton? Son écriture? Un peu tout ça certainement. Mais surtout, c’est son univers qui fait la différence. Patrick Poitevin-Duquesne, en possède un, d’univers, fait de folie douce, de fantastique, de douleurs et de joies. Les montagnes russes de la vie. Lisez-le; c’est un écrivain.

Dimanche 9 juin 2013

Un champagne de l’Aube par un après-midi de pluie

 

Lou-Mary en duo avec Chris Evans.

J’ai toujours adoré les bars d’hôtels. Ils ont un côté à la fois intime et impersonnel qui me séduit. On y passe comme des ombres, nous, les hommes, en compagnie de femmes qui sont les nôtres.Ou pas. On y boit des champagnes improbables, rares, délicats; les conversations y sont feutrées comme les coussinets des pattes félines. À ce propos, je me souviens des longues après-midi pluvieuses que je passais avec Féline, mon ex-épouse, au bar de ce bel établissement qui se nommait encore Hôtel de France (quel joli nom, éminemment plus beau que ceux des chaînes mondiales ou européennes qui ne veulent plus rien dire), à Abbeville. Elle y buvait un champagne de l’Aube, non pas le matin, comme ce nom du breuvage délicat eût dû l’y conduire, mais vers 16heures; j’y savourais une bière pression aussi fraîche que la pluie de ces printemps incessants, dont les grosses gouttes molles s’écrasaient contre les vitrines comme des larmes. L’odeur poivrée de l’osier des fauteuil m’invitait à des rêves coloniaux. L’autre soir, Lys et moi étions au nouveau bar de l’Hôtel du Carlton, à Amiens, au premier étage. Le maître, des lieux, sympathique, a eu la bonne idée d’y installer un vaste salon fumeur ce qui prouve qu’il existe encore des gens qui savent vivre et qui résistent aux furies hygiénistes de lois frigides au nom viticole. Nous n’étions pas d’accord sur le film Hôtel Normandy, que nous venions de voir au Gaumont, œuvrette que je trouvais délicieuse (à l’image d’Helena Noguerra), charmante et légère, digne d’un Jacques Laurent ou d’un Félicien Marceau, et que Lys trouvait facile et convenue. En revanche, nous étions tout à faire d’accord pour dire que Mud est un chef-d’œuvre. Mud, c’est l’économie efficace du style de Steinbeck et l’universalité poignante de Mark Twain. Sublime. J’ai également adoré, la soirée d’anniversaire (60 ans) de Daniel Grardel, au Lucullus. Mon peintre préféré avait convié l’excellent rocker Chris Evans, élégant, intelligent et sympathique, à distiller son répertoire. Et quel plaisir le duo qu’il nous proposa en compagnie de mon ex-grande sauterelle, l’adorable Lou-Mary de retour en terres picardes. Lou était accompagnée d’Athos, son Westie, qui, après m’avoir reconnu, m’embrassa et me donna des nouvelles de son frère, le chat Bébert, resté à Montreuil.

Dimanche 19 mai 2013

Un retour scie… dérant!

Celui d’un musicos nommé Scieur Z. En stand-by depuis des années, il revient sciesur la scène avec deux CD. Et a aussi plein d’autres projets en vue.

La scie musicale a une âme. Son son est très mystérieux, planant même et peut-être beaucoup plus épuré que celui du synthétiseur qui a connu ses heures de gloire dans les années quatre-vin

Renaud Lacoche, dit Scieur Z. Un chanteur-auteur-compositeur étonnant, singulier. Entre pop et rock, il sort deux deux CD d'un coup, et va sortir, sous peu, un livre de ses textes autour du voyage.

gt. Cet instrument correspond vraiment à mon univers», explique Renaud Lacoche, le sourire aux lèvres.

Un chimiste musical

Un univers psychédélique qu’il alimente depuis une trentaine d’années et dans lequel chaque composition devient une aventure sonore à part entière: «Je suis comme un chimiste, mais, moi, je fais mes expériences avec les sons! D’ailleurs les deux CD « Train de vie » et « Scie-né muzik », plus expérimental, vont de pair avec des spectacles visuels. C’est par exemple un petit film d’animation réalisé avec mes élèves de troisième (N.D.L.R: Renaud est professeur d’arts plastiques dans l’Aisne) pour le concours « Postalents 2009 » qui accompagne la chanson « Les passants » sur « Train de vie ».» Des projections balisées de nombreuses références culturelles et cinématographiques qui invitent à faire escale, le temps d’une chanson, dans son parcours de vie: « »Train de vie », c’est un voyage aux « scies » coins du monde et dans l’univers ferroviaire qui a bercé mon enfance. Je suis né à Tergnier (Aisne), une ville cheminote par excellence. Ma cité du rock. Là où j’ai rencontré Culbuto, un ancien cheminot reconverti en clown, celui qui m’a initié à la scie musicale. Et après j’ai bossé tout seul avec la méthode Keller. Une méthode des années 50!» Et grand bien lui a pris: depuis 28 ans, elle est devenue sa partenaire privilégiée sur scène, osant même le pari fou de l’introduire au sein de la pop rock: «Au fil du temps, j’ai amélioré ma scie, inventant un petit système de sonorisation électrique. Une tige de bambou fixée à la manette d’inflexion surmontée d’un micro-cravate, ce qui me permet de faire les mêmes effets de distorsion qu’à la guitare. Alors oui, c’est peut-être dingue mais la scie se marie très bien avec la pop psychédélique.» Et la preuve: son premier 45 tours sorti en1987 fait un véritable carton! S’en suit une période de démarchage auprès de maisons de disques – «qui n’a forcément été à la hauteur de [SES]attentes mais qui a eu le mérite d’être extrêmement créatrice» – et d’un travail acharné au sein de groupes, de son duo avec Philippe Groulard – «un guitariste et choriste qui s’est installé dans le Sud», puis avec deux musiciens de jazz: «Je me suis remis à la composition en 2009 grâce à mon frère qui voulait mettre en musique des poèmes érotico-pop. Puis en 2010, j’ai accompagné la chanteuse Lou-Mary qui était à l’époque la copine de mon frère.» Un retour artistique qui se concrétise non seulement avec Train de vie et Scie-né musiz mais aussi avec la parution d’un recueil de textes et d’illustrations qui devrait sortir très prochainement.

BÉNÉDICTE BIOT

Plus d’informations:

http://scieurz.online.fr

« Trains de vie » sur www. upmystore.com

« Scie-né muzik » sur www.musearecords.com

Nos yeux sur son tulle

C’était en novembre 2005. Il faisait frisquet, humide à Amiens. Je venais d’arrêter de boire et traînais une douce saudade dans les rues de la capitale picarde en compagnie de mon copain Vanfi (qui deviendra le guitariste et chanteur des Scopytones). Nous atterrîmes au Lucullus, rue de la République, à Amiens, le bar le plus rock et le plus open de la cité. Sur scène, il y avait une longue fille, belle, à l’allure birkinienne, porteuse d’un jean qui lui allait comme le loup sur le visage de Marie-Antoinette lorsque Monsieur Axel de Fersen  la convoita. Elle avait recouvert son jean de tulle. C’était Lou-Mary. Et cette voix, un filet, fragile, adorable. Une présence; une aura. A la fin de son show, je fonçai vers elle et lui proposai de lui écrire une chanson. Elle me toisa. Hésita. Accepta. La nuit, vers 4 heures du matin, sous ma couette (la grosse rouge) de mon appartement de Port d’Amont, à Amiens, je lui écrivis « Tes yeux sur mon tulle », la lui envoyai, et l’invitai chez moi à écouter quelques disques amis. Elle grava la chanson sur l’album qu’elle s’apprêtait à sortir. Ainsi débuta notre histoire. Elle dura six ans.

L’autre jour, à l’anniversaire de Nasser, on nous prit en photo, Lou, Nasser et moi, au bar du Lucullus. Nasser qui, dans ma chanson, danse avec Lou qu’alors, il convoitait discrètement et avec élégance.(Nous aimions, Nasser et moi, laisser traîner nos yeux sur son tulle.)

Anniversaire de Nasser, du Lucullus. De g. à droite : Nasser, Lou-Mary, et votre serviteur. Jeudi 20 décembre 2012

Je vous embrasse, Lou, Nasser et Christian, metteur en scène, nouveau compagnon de la Longue Liane (qui a pris son envol de petite hirondelle vers Paris). La vie continue et elle n’est pas si mal que ça.

Ph.L.

Nasser, du Lucullus, a fêté ses soixante ans

Chaude ambiance, le 20 décembre au Lucullus. Nasser, le maître des lieux, fêtait ses soixante ans avec ses enfants et des amis parmi lesquels Lou-Mary, chante

Anniversaire de Nasser, du Lucullus. 20 décembre 2012. Amiens. Avec notamment de gauche à droite : Christian, metteur en scène, Lou-Mary, le fils de Nasser, la fille de Nasser, Nasser, Didier Cardon, un copain de Nasser, Patrick Poitevin, la compagne de Didier Cardon. 20 décembre 2012.

use-comédienne et son compagnon, Christian, metteur en scène, Didier Cardon, vice-président du Conseil régional chargé de la formation professionnelle, de l’emploi, du commerce et de l’artisanat (et madame), Patrick Poitevin-Duquesne, écrivain, notamment nouvelliste de notre journal, etc. Des musiciens amis se sont succédé et se sont adonnés à des bœufs tourbillonnants. Lou-Mary (qui se produira le samedi12janvier, à 21heures, au Lucullus dans le cadre de son spectacle autour de Gainsbourg-Birkin) a chanté plusieurs chansons dont, émotions pour votre serviteur, «Tes yeux sur mon tulle» que je lui avais écrite, en novembre2005, le soir de notre rencontre… au Lucullus. Le temps passe, impitoyable, mais on lui tire la langue, au temps car son pouvoir est limité: il n’efface que les mauvais souvenirs. Les bons, on les garde dans un petit coffret tout au fond de nos cœurs. En dehors du Lucullus, j’ai beaucoup fréquenté le Gaumont d’Amiens, ces derniers temps. L’adorable Lys est même parvenue à me faire apprécier la danse, art avec lequel je me croyais définitivement brouillé. Ainsi, avons-nous savouré la diffusion en direct depuis le Nederlands dans Theater (NDT) de la soirée Sol Leon et Paul Lightfoot. Danse contemporaine? Il paraît qu’on appelle ça comme ça.L’art contemporain, habituellement, me parle peu. Mais là, je dois avouer que je suis allé de surprise en surprise tant par l’écriture des ballets, leur côté déjanté, les grimaces, la grâce évidente et la poésie urbaine, constante. Adoré également deux films: Ernest et Célestine, épatant par ses messages de fraternité, d’appel à la tolérance, toutes ces valeurs qu’on nous sert trop souvent avec la guimauve de la démagogie et qui, ici, sont subtilement distillées dans nos esprits par une œuvre forte, toute en nuances. Et Les lignes de Wellington, au cinéma Orson Welles, de la Maison de la culture d’Amiens. Ce film m’a révélé un événement historique que je ne connaissais point: les troupes napoléoniennes, commandées par Massena qui affrontent celles, portugaises et anglaises, placées sous la houlette de Wellington. Une sublime réalisation de Valeria Sarmiento.

Dimanche 30 décembre 2012