Sly, des Rabeats, l’homme qui voulait parler Beatles

 Le chanteur-guitariste des Rabeats sort un remarquable album solo. Du travail d’orfèvre, des mélodies sublimes. Carrément magnifique !

    Quel est le titre de

Sly, des Rabeats.

Sly, des Rabeats.

cet album ?

Sly : San Fairy Ann.

    Pourquoi ce titre ?

Un de mes meilleurs amis, qui est londonien, que j’ai connu quand j’étais à Londres, un jour, nous étions au téléphone et on s’amusait se donner des expressions de nos langues mais dans l’autre langue. Je lui ai demandé de m’envoyer la liste de toutes les expressions françaises que les Anglais tous les jours. Il commence à me dire : « A la mode », « Femme fatale », « Je ne sais quoi », etc. et un moment il me dit « San fairy Ann »… Je lui réponds que ce n’est pas français. Je lui demande comme il écrit ça : il me répond : « San fairy ann »… Je lui dis : « Non, Paul, ça ce n’est pas français. Qu’est-ce que ça veut dire ? » Il me répond : « It doesn’ matter… avec son accent british. » En fait, il voulait : « Ca ne fait rien. » « San fairy ann », ça veut dire « Ca ne fait rien » ; les Anglais l’utilisent aussi. C’est un peu désuet. Ca date de la première guerre mondiale. Les soldats britanniques qui sont arrivés sur le sol français, on anglicisé plein d’expressions pour mieux comprendre ce qu’ils lisaient. J’ai trouvé ça magnifique. Moi, le Frenchy qui chante en anglais, fan d’Angleterre, je me suis dit qu’il y avait un lien direct puisque c’est un mot qui nous est revenu mais réécrit en anglais. A noter que ce disque est dédié à Hubert Mounier, le chanteur de l’Affaire Louis Trio avec qui j’ai fait ses deux derniers albums.

Vous disiez que vous aviez vécu à Londres. C’était quand et combien de temps y êtes-vous resté ?

Dans les années 90. J’y suis resté un an sans revenir. Depuis, j’y vais revoir mes amis. Là-bas, j’étais prof de français et je faisais également de la musique. Et quand je suis revenu, j’avais la ferme intention de devenir musicien. J’étais aussi parti en Angleterre avec l’intention de parler Beatles. C’était juste avant les Rabeats.

Quels sont les titres chansons ?

Il y a quinze plages et quatorze chansons. Le premier morceau s’appelle « Once upon a time ». « Il était une fois » ; c’est une petite intro qui amène sur la deuxième chanson qui s’appelle « When I was Superman ». Car j’ai été Superman mais c’est fini. L’idée, c’est que quand on est gamin, on est le roi du monde. Et puis, plus on avance, plus on s’aperçoit que non. Cette chanson raconte ça. C’est le regret de cette sensation d’être Superman. Mais j’y crois encore un peu. (N.D.L.R. : il bombe le torse et exhibe un magnifique tee-shirt à l’effigie de Superman.) Après il y en une qui s’appelle « When you father me ». Là, c’est le contraire. « Quand tu me feras ça ». J’ai fait un truc qui n’existe pas. J’ai pris des noms communs que j’ai transformés en verbes. J’ai envoyé ça à mon pote Paul pour lui demander si ça marchait. Il m’a répondu : « Carrément ! C’est super bien trouvé. » J’étais tout fier. J’ai écrit cette chanson quand ma femme était enceinte ; elle attendait ma fille, c’était il y a trois ans et demi. Ca veut dire « Quand tu me feras papa ». « I will rock you ». Rock, c’est le rock’n’roll mais ça veut dire aussi « bercer ». Pour toute cette chanson, j’ai pris des trucs : « If you sky me ». « Tu me cieles » ; ça ne veut rien dire. « Si tu me cieles, I wil bird you », « Je te oiserai ».

Et les autres chansons ?

“Round’n’round” (Kevin Price/Sly),  “Put on the light” (Sly), “Come on” (Sly), “Time” (Fiona Cox/Sly), “Radar for your love” (Paul Howell/Sly), “Love song” (Paul Howell/Sly), “I wouldn’t like to be me” (Sly), “Burning inside” (Sly), “Hey darlin’” (Sly), et “I can’t help falling in love with you” (connue par Elvis Presley). Au début de la dernière chanson, on entend pendant quelques secondes Hubert qui chante « Cinderella ».
Ce disque est une autoproduction. Comment pourra-t-on se procurer le disque matérialisé ? Et sur le net, quelle sera la procédure à effectuer pour l’écouter ?

Le disque objet, nous allons l’avoir bientôt. On va le mettre en place dans les magasins habituels à Amiens. Le disque-objet sera presque anecdotique parce qu’aujourd’hui c’est un peu moins prisé par le public.

A quoi ressemblera ce CD ?

Ce sera un disque qui sera glissé dans la pochette ; en couverture, il aura une photo moi ; la photo est de Raphaël Villatte, un photographe amiénois.

Y aura-t-il un livret avec les textes dans le CD ?

Non. Il y aura juste les crédits, quelques remerciements. En dématérialisé, ce sera sur iTune, Deezer… je ne suis pas connaisseur de tout ça, mais je vais le devenir. (Rires.)

Vous aviez réalisé d’autres albums auparavant. Quand et leurs titres ?

L’avant-dernier était en français. Je ne regrette rien, mais je me sens plus à l’aise pour chanter en anglais. Je ne parviens pas à dire pourquoi. C’est comme si je disais que je me sens plus à l’aise à la guitare qu’à la basse. C’est quelque chose de physique. Le précédent disque s’appelait Les Pensées magiques. Il est sorti il y a quatre ans. Avant encore, il y avait un groupe qui s’appelait Avril 67 (la date de sortie de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band). Ce disque était donc réalisé par ce groupe. C’était il y a dix ans. En même temps, il y a l’aventure Rabeats.

Comment avez-vous conçu le présent disque ?

Je fais des chansons de façon un peu compulsive. Je me réveille ; je pense à quelque chose. Ca m’amène à une suite d’accords, une mélodie, mais tout ça mentalement. Sans jouer. L’erreur à ne pas faire c’est se dire : « Je vais m’endormir, je m’en souviendrai demain matin. » En fait, on  ne se souvient de rien ; donc il faut se lever. La plupart du temps, c’est la nuit. Je prends mon iPhone et une guitare sèche ; je fais très peu de bruit pour ne pas réveiller les autres. Je chante ; je chantonne la ligne de basse pour avoir l’harmonie. Et le matin, quand je suis en train de prendre mon café, je me dis : « Tiens, au fait. J’ai enregistré un truc cette nuit. » Donc j’y retourne. J’écoute mon iPhone ; et là c’est parti. Cette fois, j’ouvre l’ordinateur avec le studio d’enregistrement. Je plante une première piste témoin. Je fais une guitare acoustique en même temps dans le même micro. C’est cette piste témoin qui me permettra d’empiler les idées.

Dans un texte vous racontez que vous avez écrit les chansons de ce disque au bord du lit, à l’hôtel, guitare sur les genoux.

Exactement.

Vous auriez pu appeler ce disque : Sur mes genoux.

Tout à fait ; je n’y ai pas pensé.

Ce disque est très Brit Pop ; il y a un côté Beatles, mais pas trop. A quels groupes pensiez-vous quand vous avez composé ces belles mélodies ?

Je fais beaucoup de footing. Et j’écoute de la musique en même temps. Il y a des associations qui se créent entre les musiques et les chemins de verdure, des odeurs… Quand je rentre chez moi, je ne pompe pas ce que j’ai entendu, mais je recrée l’atmosphère. D’ailleurs quand je les réécoute, je sais exactement à quel endroit j’ai pensé à cette mélodie, et j’ai les odeurs qui viennent avec. J’ai vu un nouveau truc à la télé ; un mec qui s’est fait implanter un ordinateur dans le cerveau avec ça, il voit les couleurs des sons. Ca fait sens car on est tous comme ça : on a tous des couleurs, des lumières qui nous rappellent des choses qui restent imprimées en nous.

Pourriez-vous revenir sur quelques chansons essentielles de ce disque ? Quel est le thème général de ce disque ? Y a-t-il un engagement ?

Il n’y a pas d’engagement dans le sens politique ou sociétal. Je ne suis pas fait pour ça. Je m’intéresse plus aux sensations, aux angoisses, ou dire son amour aux autres, ses joies… Je me suis fait aussi écrire des textes par des amis anglais ou irlandais. Dont mon ami Paul Howell et Fiona Cox m’a également écrit un texte. Elle allait souvent au Goodness, l’un des pubs d’Amiens où elle a été serveuse. Elle adore la musique. Je lui envoyé une de mes chansons qui s’appelle « Time » ; elle a écrit les paroles. Un autre mec à qui j’ai demandé un texte, c’est Kevin Price que j’avais croisé sur un bateau de croisière sur lequel nous jouions avec les Rabeats. Il m’a dit qu’il écrivait des summer songs ; des chansons pour l’été. Je lui ai dis que je voulais une summer song. Il m’a écrit le texte de la chanson qui s’appelle « Round’n’round ». Les autres textes, je les ai écrits.

Qui vous accompagne sur le disque ? D’où viennent-ils ? Et qui a procédé aux arrangements ?

En fait, le disque, je l’ai enregistré tout seul, sauf une chanson. Je me suis pris pour le Lenny Kravitz d’Amiens ; sauf la batterie car j’en suis bien incapable et ça me fait bien plaisir d’enregistrer avec Flamm. Une chanson a été enregistrée par Christophe Deschamps, le batteur star français et Dan Westin, un batteur qu’on voit très peu. (N.D.L.R. : en fait, il plaisante car c’est le nom qu’il donne à sa boîte à rythmes !) Les musiciens qui m’accompagnent sur scène sont des potes (c’est comme au tennis, je ne peux jouer qu’avec des potes). Avec eux, j’ai enregistré le dernier titre, « A rock of mine » qui est un single à part ; le texte est également écrit par Paul Howel. Ces musiciens sont donc Chicken, c’est Nicolas Poulet (Chick’N : poulet !). Jul Laurenson que j’ai rencontré 2005 à Fréjus. Je m’ennuyais ; je vais boire une bière dans un bar. Et j’entends les patrons qui se plaignent de ne pas avoir de monde à leur terrasse. Je vois un petit ampli Fender et un petit micro. J’ai ma guitare à l’appartement. Je leur dis : « Si vous voulez, on la remplit la terrasse ; vous me payez en bières ; ça me va très bien. » Pour le fun, je prends donc le petit ampli Fender et je branche le petit micro dedans. Et je commence à chanter tout seul, sur la terrasse qui se remplit. Jul Laurenson s’assoit et me dit : « C’est chouette ce que tu fais. Demain on va faire un tour en bateau. Tu viens ? » Notre amitié a commencé comme ça. J’ai appris par la suite qu’il était guitariste. Il était parisien ; aujourd’hui il habite Amiens car il est venu me rejoindre. C’est également lui qui joue avec moi dans un groupe qui joue du U2. Et, bien sûr, il y a Flamm qui se définit comme un batteur organique. La batterie et lui, c’est un seul animal. Cinq membres indépendants. Il y a également Philippe Messiot ; on avait commencé le groupe à quatre sans clavier. Mais sur mon album, il y en a, du mélotron, du clavier, de l’orgue… ca me manquait ; on se croise avec Philippe. On parle de musique, et je me rends compte qu’on parle de la même chose, et je ne le savais pas. Je lui confie que je cherche quelqu’un de discret et lui confie aussi que le musiciens que je compte recruter risque de s’ennuyer car il n’aura pas grand-chose à faire. Il y a un dilemme. Il me répond : « Je comprends mais moi, j’aime ne pas faire grand-chose, ou du moins, avoir l’air de ne pas faire grand-chose. »  Je lui dis : « Top là ! On y va. » Il m’envoie toutes les ambiances musicales, tous les sons que j’aime mettre sur les intros… des cris d’oiseaux… Philippe Messiot est la gentillesse à 100% ; la fiabilité. J’ai découvert un mec épatant ; il va super vite à tout comprendre…

Effectuerez-vous une tournée promotionnelle pour ce disque ? Et le concert de lancement du CD à Abbeville aura lieu quand ?

Ca approche, ce sera le vendredi 21 octobre, à l’espace Saint-André.

Pourquoi à Abbeville ?

C’est à nouveau une coïncidence ; on a fait les plateaux France Bleu, le printemps dernier. Le principe consiste à jouer quatre compositions et deux reprises. Ca s’est très bien passé avec le public ; la mairie d’Abbeville était représentée. Ils me disent : « Il faut faire quelque chose ; c’est chouette ; est-ce que vous avez un album ? ». Je réponds qu’il est quasiment prêt. Ils m’ont proposé d’attendre octobre pour qu’on fasse la sortie à Abbeville ; j’ai dit OK.

Il y aura d’autres dates ?

Oui, il y en aura d’autres, mais rien de confirmé ; donc je préfère ne rien dire.

Quels sont vos projets ?

Les Rabeats : plus on joue, plus on est content. On a joué ce week-end. A chaque fois qu’on se retrouve la magie reprend en quelques seconds.

Et ça ne vous empêche pas d’avoir vos projets parallèles.

Au contraire ; ça nous permet de les faire. Ca nous laisse du temps et ça nous fait faire des rencontres. Mon copain François Long, bassiste des Rabeats, sort lui aussi un album (N.D.L.R. : Light Years From Home ») ; je l’ai écouté avec lui dans le tour-bus ce week-end. Dans le silence. Je l’ai trouvé touchant. François a perdu ses deux parents en un an, d’où la pochette.  Ca m’a mis les larmes aux yeux. Il y a une chanson particulièrement touchante, pour son père, « The man I love (for Paddy) » qui est un petit bijou. C’est une chanson très étrange ; il a une voix pas comme d’habitude. Sur cette chanson, il s’est passé quelque chose, c’est sûr.

Propos recueillis par

                                 PHILIPPE LACOCHE

 

 

François Long, bassiste des Rabeats, sortira un album solo cet été

Francois Long, guitariste-bassiste des Rabeats.

    J’étais en train de travailler sur l’interview de John Steel, batteur historique, fondateur, avec Alain Price, Chas Chandler, Hilton Valentine et Eric Burdon, du groupe mythique les Animals. Ce sont eux qui ont donné au British Blues Boom ses lettres de noblesse. Quand François Long, alias Dip, bassiste et choriste des Rabeats, a appelé pour me dire qu’il avait son premier album à me faire écouter, je savais que je ne serais pas dépaysé. On s’en doute, François est fan des Beatles. Mais il adore également Paul Weller et les Jam, David Bowie, les Who et quelques autres pointures, bien inspirées par les divines sixties façon anglaise. Je ne fus pas déçu. Intitulé The Seven Others, l’album de François, qui comprend une dizaine de chansons, a été travaillé avec soin. Et patience. Il a mis trois ans à le réaliser, «car notre planning avec les Rabeats est chargé», confie-t-il, modeste. Il a fait toutes les parties de guitare, de basse, les programmations, les synthés. Il s’est fait aider par ses copains des Rabeats (l’incontournable Flamm, à la batterie, Marcel, à la guitare, et Sly, aux chœurs), mais aussi par Simon Postel (batterie), Sylvain Paré (batterie), Florent Elter (guitare), et Christophe Deschamps (célèbre batteur qui a notamment joué avec Voulzy et Goldman; «je l’ai contacté car c’est un fan de Keith Moon et de Ringo Starr»). Il est également question d’une invitée de marque sur le disque, mais cela reste à confirmer. Le résultat est d’excellente facture. Des chansons amples, fortes, à la fois puissantes et subtiles, taillées dans une pop-rock des plus convaincantes. Les mélodies sont là, présentes, entraînantes; les arrangements sonnent sans être entêtants. Tout est finement dosé. De l’excellent travail. Tous en anglais, les textes «s’inspirent de la vie quotidienne et des discussions que j’ai pu avoir sur les réseaux sociaux», explique-t-il. Ils évoquent aussi des rencontres: celle de Gail Ann Dorsey, la bassiste de Bowie, rencontrée en octobre 2011, à Amiens quand Lenny Kravitz préparait ses concerts, et celle de Paul Weller, la même année, tout à fait par hasard, dans les rues de Londres. «Ça a duré trois minutes, mais j’ai eu l’impression que ça durait des heures: je suis un fan de ce mec!». Un single, «Afraid», titre de la première chanson de l’album sortira sur le net en juin; le disque complet suivra, prévu en juillet. Des concerts? François y songe sérieusement, «mais rien n’est encore réellement décidé pour l’instant». Il prend son temps; ça lui va bien. Son excellent album prouve qu’il a raison.

                                       Dimanche 9 mars 2014