De l’archéologie à la résistance FTP, Alain Nice est un passionné

Médiateur culturel à la conservation des musées du Conseil général de l’Aisne, Alain Nice est également médiateur du Musée des temps barbare, à Marle.

 

Alain Nice, historien, archéologue, historien.Alain Nice, écrivain, historien, enfant, en 1962 ou 1963, à l'école de son village.

Détaché de l’Éducation nationale et médiateur culturel à la conservation des musées et de l’archéologie du Conseil général de l’Aisne, historien et archéologue faisant fonction de conservateur du musée des Temps barbares de Marle. Écrivain. Historien de la résistance FTP dans l’Aisne. Homme de gauche. (Pas la gauche caviar ni bobo; la gauche ouvrière.) Difficile de définir Alain Nice car il a plusieurs cordes à son arc. Né le 2avril1952 à Bosmont-sur-Serre, dans l’Aisne (où il passe toute son enfance et son adolescence), dernier d’une famille de neuf enfants, d’un père bûcheron, originaire de Thiérache, et d’une mère, femme au foyer, il avoue avoir joui d’une enfance heureuse. Avec des valeurs. Normal: son père, né en1907, mobilisé dans la cavalerie au début de la seconde guerre mondiale, revient avec un genou broyé. Ça n’empêche pas ce patriote d’entrer en avril1943 en résistance dans le groupe OCM de Tavaux. Après l’école primaire au village, il arrive au lycée de garçon de Laon en septembre1963.Il est bon en histoire-géographie, lit Jack London, Alexandre Dumas et les grands classiques. En1972, il obtient son bac A4. «Au lycée, j’ai fait mon apprentissage politique en militant dans les comités d’action lycéens en1969, 70 et 71.On a même fait des grèves de la faim pour boycotter la nourriture du réfectoire et pour améliorer la vie en internat.» Il arrive à la fac d’histoire d’Amiens en1972, loge à la résidence du Bailly: «J’ai connu mon cardiologue alors étudiant en médecine. Il est devenu chef du service cardio de Laon. Je l’ai retrouvé en octobre1989 lors de mon infarctus. Quinze jours de réanimation.»

Il garde d’excellents souvenirs d’Amiens, ville de francs engagements politiques: Front rouge, amitié franco-chinoises: «J’ai terminé dans un groupuscule nommé Révolution, synthèse entre les maoïstes et les trotskistes…» Il fréquente assidûment les cinémas. Deux à trois films par semaine. Licence d’histoire; passe le Capes à deux reprises, puis le concours de CPE. Première nomination comme conseiller d’éducation à La Ferté-Millon, en septembre1981.Titularisé, il restera pendant 22 ans au collège Jean-Mermoz de Laon. Il se passionne aussi pour l’archéologie. Un agriculteur de Goudelancourt-lès-Pierrepont, découvre un cimetière mérovingien des XIe et XIIe. Il est fait appel à des archéologues d’Amiens qui sont les copains de fac d’Alain. «De1981 à1987, on va fouiller bénévolement les 458 tombes de ce cimetière. On crée une association. Il nous est venu l’idée de trouver une salle pour y exposer les objets de nos fouilles.» Il rencontre Yves Daudigny (qui deviendra sénateur et président du Conseil général de l’Aisne) qui prend à cœur le projet de création d’un musée. Ce sera celui des Temps barbares. Le musée connaît un bon succès. «Puis on voudra proposer au public des reconstitutions grandeur nature d’habitat découvert dans une ferme mérovingienne que nous avions fouillée. Un peu le même principe qu’à Samara», explique Alain Nice. «L’idée de créer à Marle, un petit parc archéologique mais entièrement spécialisé sur l’époque mérovingienne.» L’ensemble est inauguré en1993 par Patrick Perin, conservateur du musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, spécialiste de l’archéologie mérovingienne. «On a mis sur pied une politique d’animation visant à faire revivre devant le public des personnages costumés. C’est ce qu’on a appelé les Journée mérovingiennes.» Puis ce sera la création d’un grand parc archéologique dévolu à l’époque mérovingienne sur quatre hectares, parc qui a été ouvert au public en2006. «Ce fut à cette occasion qu’on a lancé la première édition du festival international d’histoire vivante de Marle qui accueille des troupes de toute l’Europe.» La 7e édition verra le jour les 29 et 30juin prochains et aura pour thème l’armée romaine.

Alain Nice n’arrête pas une seconde. Il est, de plus, historien et écrivain: en juillet2002, il publie un livre sur la tragédie de Tavaux; et en décembre2011, un remarquable ouvrage sur la résistance FTP dans l’Aisne, après notamment avoir recueilli les souvenirs du tout aussi remarquable Dédé Legrand, courageux résistant du groupe Stalingrad, de Beautor, dans l’Aisne. Et il fourmille de projets: écrire deux autres livres (sur le village de Brunehamel, près de Rozoy-sur-Serre, en mai1940; et sur les réseaux anglais dans l’Aisne pendant la guerre) et édifier un mémorial à Tavaux. Et qui d’autre qu’Alain Nice pour évoquer cette formidable «promenade» des Anglais dans notre région?

PHILIPPE LACOCHE

 

 

Dimanche d’enfance

« L’archétype du lycée caserne décrit par Cabu »

Un souvenir d’enfance? Celui qui, d’emblée, vient à l’esprit à l’esprit d’Alain Nice lui a donné l’envie d’écrire son livre Tavaux, 30-30août 1944, paru en2009. «Je me souviens des repas de famille? Nous étions neuf enfants. Mon père et un de mes oncles, Julien, militant communiste (qui avait fait des voyages d’étude en URSS et en Chine), mari d’une sœur de ma mère, discutaient. Il avait participé à la Libération de Paris. Il nous racontait les épisodes des barricades. On évoquait ce qui s’était passé à Tavaux le 30août1944.Le repas se terminait en chansons et mon oncle Julien chantait « La Butte rouge ». On chantait aussi « L’Internationale ».J’avais aussi deux autres oncles, de Bosmont, qui avaient eu maille à partir avec la gendarmerie vichyste pendant la guerre car ils avaient chanté « L’Internationale » sur la place du village.» L’histoire se termina bien: l’affaire fut classée sans suite. «Ils auraient pu être inquiétés car le PCF était interdit.» Autre souvenir: son arrivée au lycée de garçons de Laon, en septembre1963, comme interne. «Je débarquais de ma campagne profonde. C’était un beau dimanche d’automne. Ma famille m’avait emmené en voiture; je quittais le cocon de l’école primaire. Je me souviens des hauts murs. L’archétype du lycée caserne décrit par Cabu dans Le grand Duduche.»

 

Bio express

2 avril 1952 : naissance à Bosmont-sur-Serre.

1963 : entrée en 6e comme interne au lycée de garçons de Laon (actuel collège Le Nain).

Mai 1968 : début de son engagement politique à gauche.

Septembre 1972 : entrée à l’université de Picardie, en faculté d’histoire, à Amiens. «Mes années militantes à l’extrême gauche pro chinoise.»

1982 : prise en charge de la fouille du site archéologique de Goudelancourt-lès-Pierrepont, près de Marle, dans l’Aisne.

1991 : ouverture du musée des Temps barbares de Marle.

Juin 2006 : premier festival international d’histoire vivante de Marle.

Décembre 2011 : parution de son livre La Guerre des partisans, sur les FTP de l’Aisne.

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Deux grands frères rock et les ombres des bordels des seventies

Slim Batteux, aujourd'hui, devant un carquois d'Indien. Chez lui, dans son appartement de la rue Diderot, à Vincennes, à quelques centaines de mètres du lieu de résidence de son ami Luc Bertin.

Slim Batteux, lors d’un concert à Charleville, dans les Ardennes. « J’égtais complètement bourré », reconnaît-il. D’où les bières sur l’orgue.
Les Brothers Mac Daniel avec (de droite à gauche), Luc Bertin, Slim Batteux, Jean-Pierre Josse (à la basse), Michel Girard (ba&tterie), Daniel Girard (guitare).

 Une grande pièce ovale baignée de lumière pâle. Une fenêtre large qui donne sur une rue de Vincennes, pâle elle aussi. Grise plutôt. D’un beau gris, doux et duveteux, comme seule la proche banlieue tranquille de Paris sait en produire. On se croirait dans un roman d’Emmanuel Bove, dans Mes amis ou dans Bécon-les-Bruyères. Nous ne sommes pas dans un roman de Bove. Nous sommes chez Slim Batteux, organiste, bassiste, choriste, multi-instrumentiste, l’un des meilleurs musiciens du blues et de la chanson française depuis des années. Slim et son copain Luc

Les Vizirs. Au centre, à la guitare, Slim Batteux. A droite, au tambourin, je crois recopnnaître mon copain Patrick Pain (qui deviendra par la suite chanteur de Up Session, puis de Purin) mais je n'en suis pas certain; il faut que je le lui demande.

Bertin, chanteur et pianiste, nous ont fait rêver, nous les petits Ternois des seventies, apprentis rockers. Eux, manières de grands frères doués, diplômés ès-rock’n’roll grâce à la base américaine de Crépy-Couvron, entre Laon et La Fère, où ils allaient s’approvisionner en 45 tours, avaient fondé un fantastique groupe de rhyth’m’n’blues, les Brothers Mac Daniel, avec lequel ils avaient fait fantasmer des centaines de minettes. En juillet1969, Slim et Luc mettent les bouts en Angleterre, en stop, façon beatniks. Puis se retrouvent à Paris, deviennent des presque clochards avant de rebondir comme musiciens de studio et de scène derrière les plus grands: Michel Jonazs, Johnny Hallyday, William Sheller, Ray Charles, Percy Sledge, Véronique Sanson, etc. Lorsque nous traînions dans les bordels de Tergnier, au cœur des seventies, le copains et moi, on ne cessait de nous parler d’eux et des Ricains. À la Huchette, la grande brune qui nous faisait des réductions, nous racontait comment, un soir bien arrosé, le Slim et le Luc avaient fait un quatre mains au piano. Boogie, rock’n’roll et rhythm’n’blues. J’étais heureux, ce samedi d’hiver, d’interviewer Slim chez lui, à Vincennes, comme j’étais heureux d’avoir interviewé Luc Bertin (qui lui aussi habite Vincennes, à quelques centaines de mètres de Slim) en2004. Je regarde Slim, avec sa bonne tête de Sioux. Puis, je regarde les villas de Vincennes, d’un gris doux comme les romans de Bove qui sont remplis d’ombres. Moi, mes ombres, ce sont mes souvenirs des seventies axonaises. Mes copains s’appelaient Fabert, Rico, le Colonel, Granger. Les bordels se nommaient La Huchette, La Loggia, Le Daguet. Certains copains sont au cimetière. Les bordels se sont transformés en épiceries ou en agences d’intérim.

Dimanche 29 janvier 2012.

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Lectrice tu sauras tout sur Bott avant tes copines !

François Bott, né à Laon, a passé ses vacances à Vorges, dans l'Aisne.

 Lectrice, mon faucre, mon amour, ma tendresse moite, mon animal humide, j’ai envie de te gâter. Ton mari n’en saura rien, je te le promets. En tout cas, il ne réagira pas publiquement car je ne manquerai pas de censurer – comme promis – ses commentaires velus et répugnants. Oui, disais-je, il n’y en aura que pour toi. Voici donc en avant-première tout ce que j’ai pas pas pu dire, faute de place, dans le remarquable portrait de l’écrivain-journaliste François Bott (ex-directeur du Monde littéraire, né à Laon, vacancier à Vorges, dans l’Aisne) que je dresserai – de ma prose turgescente et vigoureuse – dans le Courrier picard du dimanche 11 décembre. Ainsi, tu prendras de l’avance sur tes congénères. Je te vois déjà, abandonnant ta vaisselle, ta wassingue, ton ménage, ton tricot, ta tarte tatin sur le four, pour te jeter sur ton portable et raconter à ta meilleure copine que tu sais de François Bott ce, qu’elle, ne sait point encore. (Pointencore, pointancore, pouintancore, la liaison, à haute voix doit être singulière, étonnante.)

Allons-y lectrice, mon affidée, ma jument mal débourrée, mon ange terriblement sexuée. Première explication. Tu vas te demander comment j’ai fait pour raconter avec tant de détails l’affaire de l’assassin de Vorges qu’évoque François Bott dans l’entretien qu’il a eu la bonté de m’accorder. Je dois le reconnaître, il n’était pas si précis. Comme il se souvenait du nom de famille du bouvier de Vorges (je n’ai pas voulu divulguer son patronyme car, j’ai vérifié, il existe encore des dizaines de descendants dans le secteur et il n’ont rien à voir dans cette horrible affaire : il fracassa la tête d’un type, blessa grièvement son épouse à coups de serpe et tue, également à coups de serpe, la fillette de 5 ans, afin qu’elle ne fût jamais orpheline; l’assassin sait aussi être tendre et prévoyant), je suis allé effectuer des recherches sur Internet. Et sur un site dédié à tous les guillotinés de France, j’ai retrouvé mon impulsif Vorgien. D’où ma précision méticuleuse.

Ce que je n’ai pas eu la place d’écrire

    • Quand il entre au Monde des Livres, François Bott rencontre Jacques Fauvet (qui deviendra directeur du Monde). Il lui parle de ses vacances d’enfant à Vorges, adorable petit village de l’Aisne où le marquis des Dessous chics, enfant, allait se promener à bicyclette. « Incroyable coïncidence! », répond Fauvet ravi. « C’est là que j’ai passé une partie de la drôle de guerre! »
    • Courant des années 50. François Bott créé avec quelques amis la revue littéraire et politique Exigence. Ils sont contre la guerre d’Algérie. La DTS, fort courroucée, effectuera une perquisition au siège, place des Vosges. « Car on colportait les idées du FLN. En fait, on voulait faire une revue comme Les Temps modernes. »
    • J’ai repensé à mon grand copain Jean-Jacques Brochier quand François Bott m’a rappellé qu’il avait fondé le Magazine littéraire. Jean-Jacques, qui sortait de taule pour avoir porté de valises pour le réseau Jeanson, devint ensuite rédacteur en chef de cette belle revue. Ce fut lui qui, sur insistance de l’ami Jean-Louis Hue, m’embaucha comme pigiste à la fin des années quatre-vingt. Ils firent de même pour mon copain Yves-Marie Lucot, excellent journaliste axonais, ami des arts des armes et des lois qui, jamais, ne me nourrit du lait de sa mamelle. Jean-Jacques était un type épatant. A l’ancienne. Chasseur élégant, cultivé à l’extrême, jamais pédant, doté d’un redoutable humour et d’un sens inouï de la liberté, nous allions boire de multiples bières au Rouquet, à l’angle de la rue des Saint-Pères et du boulevard Saint-Germain. François Bott me rappela aussi que le Magazine littéraire avait d’abord établi son siège passage du Désir, derrière la gare de l’Est, puis rue des Martyrs. Tout ça m’a rappelé toi, lectrice, mon amour : d’abord, je te désire; je te possède enfin; tu te casses et je souffre le martyre. Tout ça n’a plus aucun rapport avec le sujet initial, mais c’est aussi ça le plaisir du blog (« Lacoche est en train de réfléchir sur l’outil », eussent dit les colins froids, les vieux daims – usés comme mes Clarks d’adolescent – du Nouveau Roman) : s’adonner aux digressions longues et drues, roccosiffrediennes, moi qui subis chaque semaine le carcan insupportable du 1500 signes de ma chronique dominicale dont tu repais sous les draps chauds tandis que ton mari fait du vélo pour perdre son bide.
    • Bott a cette formule magnifique, magique, quand nous parlons des Hussards (Nimier, Déon, Haedens, Laurent, Hecquet, Blondin, etc. : « La cavalerie légère, le bon usage de la grammaire au service des battements du coeur. » Tout ce que tente de faire avec toi, lectrice, mon faucre. Je serai ton épée littéraire. Abandonne-toi, please.

      Mercredi 30 novembre 2011.

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