Loin des bruits du monde capitaliste

Un souhait : me trouver loin des bruits du monde. Du monde capitalisme, s’entend. Le monde tout court, je n’ai rien contre. Bien au contraire : les femmes, les animaux, les arbres, les poissons, la pêche, le rock’n’roll, la sieste, le vin bio (avec modération), quelques Marlboros light… tout ça, ma foi, lectrice fessue, est plutôt agréable. Mais l’ultralibéralisme, franchement ? Est-ce bien raisonnable. D’autant que, depuis quelque temps, celui-ci nous est servi tout chaud par un gouvernement dit de gauche. C’est à se tordre de rire. Emmanuel Macron, dans un gouvernement de gauche ? Mais de qui se moque-t-on ? Cette même espèce de fausse gauche sournoise, reptilienne, insupportable, vient de nous pondre le projet de loi El Khomri. Même Sarkozy n’aurait pas osé. Je pensais à mes oncles, à Tergnier, ma bonne ville cheminote et rouge, qui se souvenaient, tout émus, qu’au sortir de la guerre, les gaullistes et les communistes, anciens résistants pour la plupart, s’étaient donné la main pour tenter de construire un monde meilleur. On oubliait ces saloperies de nazis qui nous avaient pourri la France pendant des années ; on allait de l’avant. L’Etat, bien présent, rayonnait. Les entreprises nationales rayonnaient aussi. Aujourd’hui, il n’y a plus d’état ou presque. Cette espèce de fausse gauche voudrait nous faire croire qu’il n’y a qu’une alternative : l’économie de marché. Tu parles d’un discours de gauche ! De qui se moque-t-on ? Cette société me dégoûte ; ces basses trahisons me dégoûtent. Cet après-midi-là, une fois de plus, j’avais envie de me trouver loin des bruits du monde capitaliste. Je roulais dans ma Peugeot 206 verte. Je rêvais, caressé par une mélodie de Bowie, quand, devant moi, un cortège de lycéens, pancartes et banderoles au bout des bras. Cela me fit chaud au cœur. Je repensais à ma bonne ville de Tergnier, à mes copains, aux bistrots dans lesquels, quand on était bourrés, on chantait « L’Internationale », puis « La Marseillaise », sans manquer de balancer quelques insultes à l’endroit de l’indéfendable – et sournoise, sournoise comme la fausse gauche ultralibérale-, Europe de Maastricht. J’étais content de les voir, ces petits lycéens qui manifestaient contre le projet de loi El Khomri. Loin du monde, je l’étais quelques jours plus tôt, quand je courrai me réfugier au temple protestant de la rue Catelas, à Amiens, où l’excellent Jean-Pierre Menuge (flûte à bec) et son ensemble OrfeO 2000 donnait un concert de musique baroque intitulé Chez Monsieur de La Fontaine. Je fermais les yeux ; tu eusses pu penser que je priais, lectrice pétrie de sacré. J’eusse pu, pourquoi pas ? (Il est préférable de prier que de donner un blanc-seing à Macron.) Non, je faisais le vide. Abstraction du monde capitaliste dans lequel cette espèce de fausse gauche ultralibérale veut nous abandonner. Ca ne lui portera pas chance ; c’est certain. La patience des gens, des gens du peuple, ce peuple qu’elle ne connaît pas, a ses limites. Les indéfendables

Jean-Pierre Menuge en pleine action, au temple d'Amiens.

Jean-Pierre Menuge en pleine action, au temple d’Amiens.

du Front national (engendrés par François Mitterrand) ne ricaneront pas toujours. Il y aura un vide, un de ces jours. Le peuple a horreur du vide. Il fonce droit devant car il a faim, car il en a marre qu’on le prenne pour un demeuré. Hollande, Valls, Macron, partez, partez, je vous en prie ! Vous ne nous méritez pas, nous peuple de France.

                                                      Dimanche 13 mars 2016