Bouleversant « Crosswind »

 

Patriok Plaisance : un fin lettré, collaborateur de "La Faute à Diderot" et de "L'Humanité"".

Patriok Plaisance : un fin lettré, collaborateur de « La Faute à Diderot » et de « L’Humanité » ».

Le Buzz, sympathique restaurant du centre-ville d’Amiens. Un midi d’avril. Soleil.  Devant moi : une tranche de foie de veau finement coupée et poêlée avec soin, sauce vinaigre balsamique. J’adore les abats ; c’est mon côté français. Je déjeune en compagnie de Patrick Plaisance, responsable action lecture à la Caisse complémentaire d’action sociale des électriciens et gaziers (CCAS) ; Patrick est un fin lettré qui écrit proses et poèmes (un de ses recueils est actuellement en lecture chez un éditeur parisien), et qui collabore à l’excellente revue La Faute à Diderot, et au non moins excellent journal toujours délicieusement marxiste (en ces temps du tout libéral, voire du tout ultra libéral, voire du tout extrême-droite facho) L’Humanité. C’est pour te dire à quel point, lectrice adulée, fessue et caressée, qu’on s’entend bien, le Patrick et moi. La discussion va bon train. (N.A.M.L.A. : normal, je suis fils et petit-fils de cheminot, et je ne le répéterai jamais assez, je suis issu de la ville la plus belle, la plus cheminote de la région : Tergnier) On parle littérature : Roger Vailland, bien sûr, mais aussi d’autres écrivains et poètes qui nous ravissent. C’est bon de discuter, de s’enflammer, tout ça pour des mots encrés sur du papier. J’aime aussi les notes qui s’éparpillent dans l’air du temps qui passe. Il paraît que ça s’appelle la musique. Je me suis rendu, en compagnie de Lys, ma complice de spectacles, au temple protestant d’Amiens pour y assister au concert de la harpiste Diane Segard et de l’organiste Antoine Thomas. Au programme, des œuvres de Bach, William Byrd, Louis Vierne, Benjamin Britten, Brahms, Vivaldi, Edith Lejet et Marcel Dupré C’était excellent. J’ai adoré comme en 1977 j’avais adoré les tonitruants exploits des Sex Pistols et des Clash.  Ces deux très jeunes musiciens ont un talent fou ; ils sont mignons comme tout, modestes, pas du tout divas agaçantes ou gosses de riches pourris. Le public, lui aussi, était adorable. Pas du tout cul serré, bourgeois 4-4 comme c’est parfois le cas dans certains concerts de musique classique. (N.A.M.L.A. : je rêve de faire un pogo en écoutant Mozart.) Je me sentais très bien dans ce temple protestant. Vais-je me convertir ? Je ne me sentais pas vraiment bien, mais totalement bouleversé en sortant de la projection Crosswind, La Croisée des vents, de Martti Helde, au Ciné Saint-Leu. L’histoire ? En juin 1941, les familles estoniennes ont été chassées de leurs foyers sur ordre de Staline. Erna, une mère de famille, est envoyée en Sibérie avec sa petite fille, loin de son mari. Pendant 15 ans, elle lui écrira des lettres. Ce sont avec celles-ci que Martti Helde a construit son film sous formes de tableaux. Une œuvre sublime, très poétique, poignante. Bouleversante. Antistalinienne ; jamais anti-communiste. Délicat, tout en nuance. Du très très grand cinéma.

                                            Dimanche 19 avril 2015

 

Valère Staraselski ou l’anti gauche caviar

Valère Staraselski, écrivain, journaliste. Mai 2012. Salon d'Arras.

 « Qui méprise le peuple n’a aucune exigence envers lui. Le plus souvent, il l’ignore ou bien le moque. Mais qui méprise le peuple ne possède pas non plus d’exigence envers soi-même et cultive, du reste, souvent l’anti-intellectualisme. Que ce peuple soit menacé d’être réduit à l’idéologie consumériste n’est visiblement pas fait pour déranger le petit bourgeois de gauche ou le petit bourgeois de droite qui vit, après tout, assez tranquillement dans le système économique et politique tel qu’il est.» Ainsi s’exprime Valère Staraselski dans une chronique intitulée Salauds de pauvres, l’un des textes publiés dans son livre Face aux nouveaux maîtres. On l’a compris, Valère Staraselski ne donne pas dans la gauche caviar. Ce spécialiste d’Aragon que L’Événement du jeudi présentait à la parution de son premier roman, en1990, comme «un profil idéal, façonné avec opiniâtreté à la grande école du militantisme politique», réunit ici un choix d’article, d’entretiens, de chroniques, parus dans L’Humanité, Libération, Témoignage chrétien mais aussi sur les sites Communisme 21, La faute à Diderot, etc. Et c’est toujours pertinent et éclairé.

PHILIPPE LACOCHE

«Face aux nouveaux maîtres», Valère Staraselski, préface de Vincent Ferrier, L’Harmattan, 238 p.; 24 euros.