Nouveaux ennemis, bonsoir!

Je vais encore me faire des amis. Mes goûts cinématographiques ne font pas l’unanimité. Tant mieux. Détracteurs, parangons du bon goût, de la bonne conscience humaniste, j’ai le regret de vous dire que je me suis pompeusement ennuyé, l’autre soir, au Gaumont, affalé devant La Jalousie, de Philippe Garrel. Ce film prétentieux, poseur, m’a paru interminable. Lourdingue. Peu crédible. Un côté sous-Eustache qui m’ennuie. Il y plein de sous Eustache au cinéma, comme il y a plein de sous-Céline en littérature. C’est gavant. Le petit Garrel (Louis) se regarde jouer et le nombril par la même occasion. Sa copine, Claudia (Anna Mouglalis) s’écoute parler d’une voix si grave qu’on croirait qu’elle la force. Tout sonne faux. On s’y sent aussi mal que dans un roman de Robbe-Grillet ou que dans une chronique rock du poseur Yves Adrien.

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Pluie de presque automne sur les rouleaux d’été

Guillaume Lecoque, excellent photographe et passionné de voyages.

     Il pleut. Une petite pluie froide. Ça sent l’automne. Place Gambetta, à Amiens, des employés roulent de grands morceaux de la pelouse de la plage installée là, tout l’été. Quand je passais devant, en juillet et en août, j’entendais les piaillements des enfants. Ils sont aujourd’hui en train de peiner en classe. Place Gambetta: ces gros et rondouillards rouleaux de pelouse ressemblent à des rouleaux de printemps. À des rouleaux d’été plutôt. La pluie froide de presque automne les rend gras. Un temps à s’enfermer au cinéma. Ce que je fais en compagnie de Lady Lys. Longtemps, j’ai boudé les salles obscures, concentré sur les livres et sur les concerts de rock. Je suis allé voir plusieurs films épatants: Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer, avec les délicieuses Kristin Scott Thomas (magnifique, splendide! J’adore) et Isabelle Carré (on lui donnerait vingt ans; très mignonne, craquante), l’efficace Jean-Pierre Bacri (avec qui je me suis réconcilié dans ce rôle où il apparaît plus fragile, moins cabotin), et l’immense Claude Rich, génial en vieux père cynique. Ce film, qui n’eût pu être qu’un film de gauche sur les sans papiers, est tiré par le haut par une écriture littéraire et des histoires d’amour émouvantes. On reste en famille avec Du vent dans mes mollets, de Carine Tardieu, avec Agnès Jaoui (la compagne de Bacri), Denis Podalydès et, une fois de plus, la craquante Isabelle Carré. Un petit film frais, assez poignant et discrètement mélancolique. Je me suis également rendu à la très belle exposition, «Harrar, le caché et le montré», qui se tient actuellement – jusqu’au 30 septembre-, au café-librairie Chapeau melon et piles de livres, rue des Lombards, à Amiens. Guillaume Lecoque, 37 ans, d’Amiens, propose à nos regards dix-sept photographies de ses œuvres, des tirages argentiques d’après fichiers numériques. Titulaire d’un beau regard de photographe sensible et inspiré, Guillaume Lecoque est parti, en 2009, sur les traces de Rimbaud et s’est demandé pourquoi s’était-il enfui dans cette ville de la Corne de l’Afrique. Beaucoup de monde au vernissage, dont Jean-Louis Piot, vice-président du Conseil général, et Hélène Quenot-Suarez, chercheur à l’Institut français de relations internationale qui évoqua les villes africaines.

Dimanche 16 septembre 2012.