L’apport de Brian Jones et de Bill Wyman aux chansons des Stones

Un livre de plus sur les Stones? Pas tout à fait. Celui-ci, grâce à sa forme (la carrière du groupe est égrenée au fil des chansons phares) et son fond (des petites informations sur les crédits des titres, les participations de chacun en dehors du duo Mick Jagger-Keith Richards). Il commence bien avec cet exergue incontournable, cette phrase de Bill Wyman: «Les Stones ressemblent à une grande famille, avec ses joies et ses conflits… J’ai toujours pensé qu’ensemble, nous étions meilleurs que la somme de nos individualités.» On y comprend mieux, par exemple, le travail et l’apport de Brian Jones et de Bill Wyman dans les compositions. Ils seraient à l’origine du merveilleux «Paint in black».Bill aurait trouvé, au piano, le riff de «Jumping Jack Flash».Chanson créditée… Jagger-Richards. Brian Jones, même s’il était, semble-t-il, incapable de mener à bien une chanson de bout en bout, a très souvent apporté mélodies, riffs, arrangements. Son rôle dans les compositions eût mérité d’être signalé; il eût même dû cosigner certains titres. Ce ne fut jamais le cas. Journaliste à Paris Match, VSD et Télé 7 Jours, Gilles Lhote revisite ici ses cinquante titres préférés des Stones. Intéressant et réussi.

PHILIPPE LACOCHE

«Rolling Stones, 50 ans de légende, 50 tubes mythiques», Gilles Lhote (avec Erika Hilt), Le Rocher, 129 p.; 13 euros

Rayonnant Aubert !

L’ex-chanteur de Téléphone revient de façon magistrale avec un double et un DVD exceptionnels de générosité et d’émotion. Beau à pleurer.

C’était le 2 mai1977. Première partie d’Eddie And The Hot Rods au Pavillon de Paris: Téléphone «vole» le show à la tête d’affiche, pourtant un excellent groupe de pub rock anglais. Magnifique, magistral; de la dynamite et surtout, surtout, une aura à vous couper le souffle. «Qui c’est ce groupe?» pouvait-on entendre dans l’assistance. On sentait bien qu’il venait de se passer quelque chose, qu’un grand gang de rock’n’roll était en train de naître. Peut-être même le plus grand car terriblement français même s’il allait puiser ses racines chez les Stones, les Them, les Pretty Things et les Who. Et de vrais textes. Jean-Louis Aubert, Bertignac, Kolinka et Corine avaient quelque chose de générationnel qui, on le sentait de par son côté populaire, resterait dans les mémoire. Comme quand, en mai1968, «Jumping Jack Flash», des Stones, déboulait sur les platines. «Jumping» symbolisait Mai 68; Téléphone préfigurait ce qui serait les années Mitterrand quatre ans plus tard. Et puis il y eut d’autres concerts, en province. D’autres salles des arts et loisirs, comme celle de Tergnier, en janvier1978.Trente-cinq ans plus tard, Jean-Louis Aubert nous surprend toujours en sortant Live= Vivant, un prodigieux album live équipé d’un DVD du meilleur cru. Et c’est exceptionnel; certainement la meilleure production discographique depuis pas mal d’années. Car trop souvent les albums live sont mal ficelés, pas très utiles, et servent de remplissage aux artistes en manque d’inspiration. Là, on est à l’antithèse de ça. Ce disque est essentiel. Il y a un souffle, un esprit, une urgence, une générosité. Aubert, Kolinka et leur équipe sont au meilleur de leur forme. L’entrée de Jean-Louis, dans l’ombre bleutée, 12 cordes et porte-harmonica, sourire plus jaggerrien que jamais, est sublime. La section de cuivre est digne de celle de Graham Parker à la fin des seventies. «Je reviens mouillé et même un peu ridé (…)J’ai appris la vie.Je reviens vers vous et je n’en reviens pas d’être toujours là…» chante Aubert. Par moments passent les ombres de Guillaume Depardieu, de Barbara, de son copain Olive (décédé en 2006), de William Burroughs. Richard Kolinka n’a jamais été aussi Keith Moon et Gary Brooker à la fois.

Jean-Louis Aubert : un album magique.

Dans «Ça, c’est vraiment toi», Jean-Louis et ses deux guitaristes font une battle de chorus à la Gibson, et c’est bien sûr le titulaire de la Lespaul Deluxe (la plus puissante) qui triomphe. «On aime (comme a été aimé)» une chanson d’amour belle à pleurer. Début à la gratte, montée d’orgue, puis de piano; on dirait Procol Harum dans Exotic Bird and Fruit. Un double, un DVD et un chanteur rayonnants. Merci Jean-Louis!

PHILIPPE LACOCHE

«Live= Vivant », Jean-Louis Aubert. EMI-Virgin.