Les coups de coeur du marquis…

Les coups de coeur du marquis…

Maxïmo Park très Joe Jackson

Composé de Paul Smith (chant), Duncan Lloyd (guitare), Lukas Wooler (claviers) et Tom English (batterie), Maxïmo Park est l’une des valeurs sûres de la pop indé anglaise. On peut le comprendre. Ses morceaux font mouche, épicés de grooves entraînants, piquetés d’une soul du meilleur cru et de mélodies efficaces et subtiles. Dans leurs textes, ils développent, par exemple, des messages de solidarité à l’endroit des migrants, et «leur grande colère» contre l’ordre établi de la société britannique. C’est tout à leur honneur. Ils ont écrit leurs chansons dans le Nord-Est de l’Angleterre dont ils sont originaires, mais les ont enregistrées dans le studio The Loft, à Chicago, au cours de l’automne 2016. Un bon disque, c’est induscutable, même si parfois, la ressemblance aux premiers albums de Joe Jackson (Look Sharp! et I’m the Man) est flagrante, voire parfois carrément gênante. Ph.L.

Risk to exist, Maïmo Park. Daylighting-Cooking Vinyl.

 

Attention : talent !

Attention: talent! Ce nouvel album, Nos voiles, de BaliMurphy, groupe de Bruxelles, distille onze chansons au charme certain. Elles oscillent entre la chanson, le folk, le rock’n’roll, le rockabilly, voire le skiffle, ce grâce à la fantastique et succulente guitare de Rémi Rotsaert (qui remplace François Delvoye parti vers d’autres horizons). Trémolos déchirants, reverb énamourée, riffs balancés tout crus, la six cordes de Rémi nous envoie en l’air. On est en droit de l’en remercier. Et il y a les textes. Parfaitement écrits, littéraires mais simples et sans afféterie, ils évoquent les filles, les brumes bruxelloises, l’humidité automnale. Les voix sont aussi tout autant remarquables. Un excellent disque. Ph.L.

Nos voiles, BaliMurphy. Les Disques de Bali.

Ska pour chat de gouttière à pattes de lapin

      Beaucoup de bonheur, ces derniers temps. Suis content. J’ai d’abord vu à la Maison de la culture d’Amiens le spectacle de François Morel, un récital de chanson intitulé La Vie, mis en scène par Juliette. Qu’est-ce que c’était bien ! De belles chansons françaises, bien écrites (Morel est un vrai littéraire, un écrivain, un poète). En bon comédien, il occupe la scène avec élégance, efficacité et sensibilité. Il détient une aura et une présence indéniables. Ses musiciens (Muriel Gastebois, batterie, vibraphone, percussions ; Amos Mah, contrebasse, violoncelle, guitares ; Antoine Sahler, piano, claviers, trompette ; Tullia Morand, saxophone, trombone, flûte, clavier) sont des parangons de précision, de talent et d’élégance. Et cette douce manière de ne pas jouer fort. Les types à la console du son étaient également épatants. Jouer à faible volume octroie un confort d’écoute duveteux, savoureux. Entendre les descentes de basse de l’excellent Amos Mah : un régal ! Ça m’a donné envie de regarder les Deschiens sur Youtube et Dailymotion. J’étais en compagnie d’une amie chère ; nous étions pliés en deux. C’est très fort, les Deschiens, tu sais lectrice fessue, amour discret, soumise et consentante. Bonheur encore et toujours, avec deux concerts de rock qui avaient lieu au même moment (le vendredi 28 avril) et en deux bars différents d’Amiens, heureusement distants de quelques centaines de mètres (Le Charleston et Le Capuccino). Dans le premier, j’ai découvert le groupe anglais Heavyball. Ce quatuor (Big Face : voix, batterie ; Johnny Iball, basse ; Habs, batterie ; Stone Gold Tom Frost, guitare) s’est formé à Nottingham, en 2011. Il égrène un ska poppy, mélodieux, entraînant et fruité qui n’est pas sans rappeler celui de The Selecter, de Madness, de Specials ou du Joe Jackson de Look Sharp ! Nous avons dansé co

L’excellent groupe anglais Heavyball photographié après le concert devant Le Charleston, à Amiens.

mme des fous. J’ai encore dû perdre quelques kilos, ce dont je n’ai vraiment pas besoin puisque à la machine à café du journal du journal les copines et les copains ne cessent de me dire que j’ai décollé, ce qui n’est pas faux. Maintenant, lectrice adulée et admirative, je pourrais accuser le rock et tout particulièrement l’excellent ska de Heavyball plutôt que de cafter le vin bio, les Marlboros light, les filles, le Brintellix 10 mg et le Seresta 10 mg du laboratoire Biodim. (Remarque, ça me donne un genre ; une douce amie m’a dit que je ressemblais à un chat de gouttière équipé de pattes de lapin ; c’est adorable !). Au Capuccino, j’ai beaucoup aimé le concert du groupe MPM, plus Dr. Feelgood que jamais, avec les prouesses du copain Laurent Goulet à l’harmonica. Là encore, j’ai dansé comme un fou. Je ne m’arrêterai de danser que quand je ne pèserai plus que 40 kilogrammes. J’arrêterai en même temps que le tabac. Mes bonnes résolutions, je ne les prends pas le 1er janvier, mais le 1er-Mai, comme tous les vrais marxistes. Le combat continue. Le rock et la littérature aussi. Je suis fier et droit sur mes pattes de lapin.

                                                         Dimanche 7 mai 2017.

 

Joe Jackson, le rocker éclairé

 

Joe Jackson.

Comment ne pas aimez Joe Jackson? Pas besoin de grands mots, de longs discours pour vous convaincre. Il suffit, à titre d’exemple, écouter l’interprétation de «Look Sharp», chanson éponyme de son magistral, inoubliable et délicieux album. Pour ce faire, reportez-vous à la version qu’il en a donnée en1991, lors d’un concert à Sydney; vous pouvez voir et écouter l’exploit sur Dailymotion: http://www.dailymotion.com/video/x7zthv_joe-jackson-look-sharp_music.Que dire d’autre? Qu’il n’y a pas plus musicien et compositeur british que lui. Né à Burton upon Trent (Staffordshire), il a commencé par apprendre le violon, puis le piano. À l’âge de 16 ans, il s’est mis à jouer dans les pubs. Et de gagner un prix pour étudier la composition à la célèbre Royal Academy of Music, de Londres. Une voix d’abord, mais c’est aussi un compositeur hors pair qui, au fil des décennies, a évolué. Au cours des seventies, sa musique est fortement marquée par le rock. À partir de1976 (année qui, à Londres, marque un tournant avec l’avènement du punk et la rupture totale avec la musique progressive), le Joe donne dans un rock mâtiné de new wave et de ska. Et c’est carrément délicieux. Cela produira son premier album, le sublime Look Sharp! (1979, A &<MC>M) qui comporte quelques-unes des plus belles chansons qu’un artiste eût pu déposer sur l’autel du rock’n’roll. Puis il y a aura le tout aussi succulent I’m the Man, la même année. Energie rock; c’est terrible toute cette énergie. Normal: le Joe n’a jamais autant ressemblé à Tintin. Regardez-le donc sur YouTube cette fois: http://www.youtube.com/watch?v=el66jnuItYc &feature=related. Et ces mélodies… Puis, il évoluera vers d’autres musiques qui vont des latineries au jazz assez sophistiqué. (Il voue une admiration sans borne au maçon Duke Ellington.) Est-ce pour cela que le Joe a eu la délicatesse éclairée d’enregistrer son album Body &Soul (en1984), dans une ancienne loge maçonnique de New York? Mystère et peau de Look Sharp!

PHILIPPE LACOCHE