Isabelle Rome : magistrate, écrivain, éclairée et humaniste

 

Isabelle Rome. Le 30 octobre 2012, à Paris.

Conseiller à la cour d’appel de Versailles, cette Picarde d’adoption vient de publier un livre remarquable sur son parcours professionnel et personnel. Passionnant.

 

Brillante magistrate (elle est aujourd’hui conseiller à la cour d’appel de Versailles), éprise de justice, de liberté et titulaire d’un sens républicain inébranlable, Isabelle Rome est également un talentueux écrivain. Elle a publié, le 4octobre dernier, un excellent document «Vous êtes naïve, Madame le Juge» (préfacé par Boris Cyrulnik), aux éditions du Moment. Un livre essentiel, fraternel et généreux, dans lequel, grâce à des tranches de vie (ceux de détenus qu’elle a croisés), de courtes histoires délicatement écrites, elle avance qu’il est possible «de punir autrement qu’en incarcérant systématiquement».Tout la prédisposait à disposer de cet état d’esprit. Née le 29avril1963, à Bourg-en-Bresse, de parents instituteurs à Saint-Etienne-sur-Reyssouze, dans l’Ain, elle vit jusqu’à 18 ans dans cette petite école: «Je descendais avec mon père; il entretenait le poêle, mettait sa blouse grise, nettoyait le tableau, écrivait la phrase du jour (il était question de respect de l’autre et de tolérance).» Son père, Albert, est issu d’un milieu paysan très modeste mais la mère de celui-ci était une militante communiste et féministe. Ça marque. «J’ai adoré ma grand-mère que je trouvais très forte, très pure jusqu’à sa mort. Les jeunes femmes venaient se confier à elle.» Côté maternel, le grand-père est préparateur en pharmacie et la grand-mère institutrice (elle écrivait les discours d’un sénateur de l’Ain). «Du côté de ma mère, on était engagé et républicain; du côté de mon père aussi, mais plus communiste. Tout ça m’a donné des valeurs.» L’enfance d’Isabelle est douce, encadrée par des parents attentifs, et un grand frère, plus âgé de huit ans, attentionné et gentil.Elle se souvient de vacances réjouissantes. Ses passions: le ski, notamment aux Rousses et à Lélex, dans le Jura, et aux Deux-Alpes; et le piano (Chopin, Beethoven).Puis, c’est le collège à Pont-de-Vaux, dans l’Ain.Isabelle est une excellente élève, grande lectrice de Victor Hugo, d’Alexandre Dumas, de Novalis, de Rousseau et de Steinbeck. À 17 ans, elle obtient son bac littéraire. Très sportive, elle adore nager, mais aussi jouer du piano (du classique, bien sûr, mais aussi de la chanson: Barbara, Michel Berger, Véronique Sanson, etc.).Elle étudie le droit, s’ennuie, découvre Le contrat social, de Rousseau et L’esprit des lois, de Montesquieu: «Je comprends alors pourquoi j’étudie le droit, et décide de devenir magistrate.» Elle poursuit ses études à Lyon, décide de passer de front la maîtrise, l’examen d’avocat et le concours de l’École de la magistrature. Réussit les trois. Impatiente d’entrer dans la vie active. Juste avant cela, elle a effectué un stage chez un grand avocat pénaliste de Lyon, Me La Phuong.Puis, elle part à l’École nationale de la magistrature, à Bordeaux, en sort bien classée ce qui lui permet de choisir la ville de sa première affectation: Lyon où elle devient, en janvier1987, juge d’application des peines: «Je rencontre des magistrats très engagés qui développent des alternatives à l’incarcération.» Elle découvre aussi le monde de la prison, œuvre avec des psychiatres, des travailleurs sociaux, des élus, des enseignants, des policiers, etc. «J’ai toujours refusé de me laisser enfermer dans une tour d’ivoire.» De1992 à1995, elle devient secrétaire générale du président du tribunal de grande instance de Lyon, puis juge d’instruction de1996 à1999, avant de partir à Paris à la Délégation interministérielle à la Ville, où elle est chargée du pôle prévention de la délinquance, à Saint-Denis; elle est appelée, fin2000, au cabinet de Marylise Lebranchu. «Une expérience très riche, au cœur des rouages de l’État.» Au cabinet interministériel, elle fait la connaissance d’Yves Rome qui deviendra son mari. Elle vient habiter à Bailleul-sur-Thérain, dans l’Oise, prend le poste de vice-présidente chargée de l’instruction, au TGI d’Amiens, et crée, en2002, l’association Paroles de femmes qui deviendra Femmes de liberté.De2006 à septembre2012, elle est nommée au TGI de Pontoise, d’abord comme juge des affaires familiales, puis comme juge des libertés. En septembre2012, elle arrive à la cour d’appel de Versailles comme conseiller. Le 4octobre dernier, elle sort son livre qui connaît un excellent accueil national dans la presse et auprès des lecteurs. «Je voulais faire passer un message humaniste», dit-elle. C’est réussi.

PHILIPPE LACOCHE

 

BIO EXPRESS

* 29 avril 1969: naissance d’Isabelle Rome à Bourg-en-Bresse.

* 1980: obtention du bac A au lycée de Macon (Saône-et-Loire).

*1987: prise de fonction comme juge d’application des peines à Lyon, et naissance de sa fille Anne-Sophie.

*1999: arrivée à Paris à la délégation interministérielle à la Ville au cabinet de Marylise Lebranchu.

mariage avec Yves Rome, député PS, et arrivée en Picardie.

*2002: elle crée l’association Paroles de femmes en Picardie, devenue Femmes de liberté.

*2012: arrive à la Cours d’Appel de Versailles comme conseiller à la Cours d’Appel, et sortie de son livre «Vous êtes naïve, Madame le Juge» (éd. du Moment).

 

Enfant, elle était spécialiste des imitations de Mireille Mathieu

La photo ci-contre a été prise à Hossegor, dans les Landes, au cours des vacances de1966.Isabelle Rome se trouve dans les bras de son frère, Jacques. «Je me souviens aussi que pendant ces vacances, j’allais faire des tours de manèges. Le forain mettait le pompon près de ma tête. Je comprenais qu’il le faisait exprès car je trouvais que c’était trop facile. Alors, je baissais la tête, au grand désespoir de mes parents…» Elle se revoit faisant du ski, en compagnie de son frère, sur une piste noire, aux Rousses, dans le Jura: «J’ai fait un vol plané spectaculaire. J’étais sonnée. Mon frère m’a fait boire de la chartreuse pour que je retrouve mes esprits.» Certains dimanches, elle se rendait avec sa famille chez ses grands-parents, à Reyssouze, dans l’Ain: «Mon grand-père m’emmenait faire un tour à vélo. Je prenais une bouteille d’Orangina fermée avec un bouchon de liège. Je me souviens des promenades en bord de Saône. J’ai gardé le goût pour les plans d’eau et les peupliers.» Elle précise qu’enfant, elle était la spécialiste des imitations de Mireille Mathieu: «Encore aujourd’hui, il m’arrive de l’imiter.» Et sa chanson préférée était celle du film Paris brûle-t-il?, avec ses paroles symboliques: «Liberté est pour moi l’un des mots les plus importants.»

Merci qui ? Merci Creil !

Sylviane Léonetti, directrice du salon du livre de Creil. Novembre 2012.

Le salon du livre de Creil a toujours été pour moi un rendez-vous émouvant et délicieux. Est-ce la qualité de l’accueil, grâce à la rayonnante Sylviane Léonetti et à son équipe? Est-ce l’atmosphère de la ville, très ouvrière, cheminote, cosmopolite, fière de son passé de cité résistante, avec ce côté gauche à l’ancienne (c’est-à-dire assez patriote et républicaine) qui ne cesse de me rappeler ma bonne ville de Tergnier où je suis quasiment né et où j’ai passé toute mon enfance et mon adolescence, et Longueau où j’ai vécu? C’était dans une autre vie. « Une autre saison« , eût dit Roger Vailland, le plus marxiste des Hussards. Mon hussard rouge préféré. A Creil, j’étais en compagnie de ma muse, mon adorable Lys, si anglaise avec son béret qui me ravit et qui la fait ressembler à Bonnie Parker. J’ai longuement discuté avec Sylviane mais aussi avec mes copines Catherine Petit, conteuse et écrivain, et Isabelle Marsay, romancière. Catherine m’a confié que Mado, sa mère (j’en profite pour vous saluer au passage, chère Mado) était fan de la chronique les Dessous chics, qu’elle la lisait chaque dimanche, et qu’elle découpait les articles pour les coller dans un cahier; j’ai trouvé ça touchant, adorable. Catherine m’a bien fait rire quand elle a lancé à la cantonade : « On ne se caresse pas assez la malléole! » Une sortie complètement folle et assez dadaïste digne de ma conteuse préférée. Je ne savais pas ce qu’était la malléole. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait de la face interne de la cheville. On a apprend de belle dans les salons littéraires. Lys a assisté avec passion à une conférence sur la nutrition bio où l’auteur-orateur vantait, notamment, les bienfaits des cures de citron. Je sais ce qui m’attend sous peu, lectrice ma fée; ça me changera des andouillettes, des abats et des plats en sauce. Plus sérieusement, j’ai sympathisé avec l’écrivain Abdelkader Djemaï, mon voisin à la table des dédicaces qui publie d’excellents romans au Seuil. Nous avons longuement parlé de littérature. Et j’étais ravi de retrouver mes copains Hervé Roberti et Thierry Ducret, du CR2L (centre régional des lettres de Picardie), ainsi que l’excellente Isabelle Rome (accompagnée de son époux, Yves Rome) qui vient se sortir un livre remarquable aux éditions du Moment. Elle m’en a parlé avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité. Merci qui? Merci Creil.