Ces spectacles et ces films qui nous emportent

   

Avec Christophe Salengro, de Groland, nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé (au centre sur la photo).

Avec Christophe Salengro, de Groland, nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé (au centre sur la photo).

Qu’est-ce qui fait qu’un spectacle ou un film nous emporte, nous emmène très loin ? Etrange alchimie entre le jeu des comédiens, la mise en scène, les éclairages, le son, et, bien sûr, l’histoire. A la Maison de la culture d’Amiens, je suis allé voir Contact, de Philippe Decouflé. C’était sublime, envoûtant. Très fort. Decouflé n’est pas un débutant. On doit à ce danseur et chorégraphe la mise en scène des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques d’Albertville, en 1992 et bien d’autres choses. Il s’est spécialisé dans la création de spectacles totaux qui mêlent avec gourmandise, folie et allégresse chorégraphies, costumes ébouriffants, lumières déroutantes et, parfois, vidéos. Contact n’est rien d’autre qu’une comédie musicale. Car, ici, la musique joue un rôle primordial grâce aux oeuvres originales composées et interprétées sur scène par les excellents Nosfell (chant, guitare) et Pierre Le Bourgeois (multi instrumentiste). Ces derniers égrenaient des compositions teintées de pop et de rock aux mélodies d’une limpidité et d’une beauté déconcertantes. Philippe Decouflé inscrit sa création sur la scène d’une manière de cabaret expressionniste. Les artistes passent en revue les moments essentiels du music-hall. Decouflé détricote ses souvenirs, part du mythe faustien de Mephisto, revisite West side story et s’adonne avec quelques clins d’œil appuyés à Pina Bausch. Parmi la quinzaine de comédiens-danseurs, l’inénarrable Christophe Salengro, célèbre président de la bande de Groland chère à Benoît Delépine et Gustave de Kervern. Un spectacle joyeux, fantasque, parfois tendre, sensible, émouvant ; parfois burlesque et dadaïste. Du grand art. A l’issue de la représentation, je retrouvais au bar de la Maison de la culture l’éclairant ami Jean-Pierre Bergeon, fondateur, en compagnie de Jean-Pierre Marcos, Jean-Pierre Garcia, Gilles Laprévotte et Denis Dormoy – au cours de sixties – de la revue Ciné Critique. Aujourd’hui notamment chroniqueur sur France Bleu, il n’a pas son pareil pour faire partager son enthousiasme, sa passion pour un spectacle, un film, un livre. Toujours avec humour. Nous discutâmes sans relâche de Contact, peu après que je me fus entretenu, au bar, avec Christophe Salengro avec lequel nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé. Je retrouvais Jean-Pierre Bergeon quelques jours plus tard, au Gaumont où je venais d’assister à la projection d’un superbe film 21 nuits avec Pattie, œuvre d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu avec la mignonne Isabelle Carré, la sensuelle et délurée Karin Viard, l’immense André Dussollier et l’éblouissant Denis Lavant, plus cintré que jamais. Fascinant. L’histoire ? En plein été, Caroline (Isabelle Carré), Parisienne quadra, mère de famille, débarque dans un village du sud de la France. Son but ? Organiser l’enterrement de sa mère, une avocate aux amours multiples et très indépendante. Sur place, c’est  Pattie (Karin Viard) qui l’accueille ; elle ne cesse de lui raconter par le menu et en terme poétiquement crus ses aventures amoureuses avec les autochtones mâles et vigoureux. Subitement, le corps de la défunte disparaît… Cette fable panthéiste est au final un hymne à la nature, au plaisir sexuel, au désir. A la vie. Inoubliable.

Dimanche 6 décembre 2015

 

Pluie de presque automne sur les rouleaux d’été

Guillaume Lecoque, excellent photographe et passionné de voyages.

     Il pleut. Une petite pluie froide. Ça sent l’automne. Place Gambetta, à Amiens, des employés roulent de grands morceaux de la pelouse de la plage installée là, tout l’été. Quand je passais devant, en juillet et en août, j’entendais les piaillements des enfants. Ils sont aujourd’hui en train de peiner en classe. Place Gambetta: ces gros et rondouillards rouleaux de pelouse ressemblent à des rouleaux de printemps. À des rouleaux d’été plutôt. La pluie froide de presque automne les rend gras. Un temps à s’enfermer au cinéma. Ce que je fais en compagnie de Lady Lys. Longtemps, j’ai boudé les salles obscures, concentré sur les livres et sur les concerts de rock. Je suis allé voir plusieurs films épatants: Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer, avec les délicieuses Kristin Scott Thomas (magnifique, splendide! J’adore) et Isabelle Carré (on lui donnerait vingt ans; très mignonne, craquante), l’efficace Jean-Pierre Bacri (avec qui je me suis réconcilié dans ce rôle où il apparaît plus fragile, moins cabotin), et l’immense Claude Rich, génial en vieux père cynique. Ce film, qui n’eût pu être qu’un film de gauche sur les sans papiers, est tiré par le haut par une écriture littéraire et des histoires d’amour émouvantes. On reste en famille avec Du vent dans mes mollets, de Carine Tardieu, avec Agnès Jaoui (la compagne de Bacri), Denis Podalydès et, une fois de plus, la craquante Isabelle Carré. Un petit film frais, assez poignant et discrètement mélancolique. Je me suis également rendu à la très belle exposition, «Harrar, le caché et le montré», qui se tient actuellement – jusqu’au 30 septembre-, au café-librairie Chapeau melon et piles de livres, rue des Lombards, à Amiens. Guillaume Lecoque, 37 ans, d’Amiens, propose à nos regards dix-sept photographies de ses œuvres, des tirages argentiques d’après fichiers numériques. Titulaire d’un beau regard de photographe sensible et inspiré, Guillaume Lecoque est parti, en 2009, sur les traces de Rimbaud et s’est demandé pourquoi s’était-il enfui dans cette ville de la Corne de l’Afrique. Beaucoup de monde au vernissage, dont Jean-Louis Piot, vice-président du Conseil général, et Hélène Quenot-Suarez, chercheur à l’Institut français de relations internationale qui évoqua les villes africaines.

Dimanche 16 septembre 2012.