Michel Houellebecq aime « Tendre Rock »

Je l’avoue humblement : j’ai été heureux, ému et honoré, mercredi, en ouvrant le numéro des Inrockuptibles dont le rédacteur en chef n’était autre que Michel Houellebecq.

La rédaction lui a notamment demandé ses choix de livres « d’auteurs qu’il aime mais qui n’ont pas reçu l’accueil médiatique qu’ils méritaient« .

L’auteur des Particules élémentaires a choisi dix-huit livres, dont Tendre rock, paru en 2003 aux éditions Mille et Une Nuits, certainement le plus autobiographique de mes romans.Inrock-Houellebecq-Critique tendre Rock-Ph.L.-Juin 2016 001 Inrock-Houellebecq-Livres-Intro-Ph.L.-Juin 2016 001 Inrock-Houellebecq-Ph.L.Couverture-Juin 2016 001

Dans cet ouvrage, je rends hommage à la revue Best (et à Christian Lebrun et Patrice Boutin; salut fraternel de ma part; vous me manquez) qui, en 1977, m’accueillirent à bras ouverts comme journaliste stagiaire; à l’arrivée du punk à Paris; et à mes amours naissantes avec Féline, mon ex-femme, dans cette bonne ville de Tergnier (Aisne), cheminote et rouge comme le sang des résistants communistes massacrés par les nazis.

Merci Michel; merci également à Bruno Juffin qui a rédigé cette épatante chronique littéraire.

Ph.L.

Les goûts sûrs d’Eric Neuhoff

 

Eric Neuhoff, écrivain. mars 2012.

L’écrivain, critique cinématographique au « Masque et la Plume », dresse un succulent panorama de ses admirations et de ses détestations. Très réussi.

Comment ne pas aimer un livre qui commence ainsi: «Que les choses soient claires: Rivette m’emmerde, Tati ne m’a jamais fait rire et Resnais a le don de m’assommer. Lecteur des Inrockuptibles et de Libération, passe ton chemin. Je te laisse à tes rétrospectives Almodovar, tes inédits de Jacques Doillon. Soyons honnête.Cela ne m’empêche pas d’aimer Antonioni, La maman et la Putain et les premiers Garrel.»

Et de poursuivre en reconnaissant que les goûts sont une affaire compliquée. Surtout en matière de cinéma, ce cousin de la littérature. Du goût, Éric Neuhoff n’en manque pas. Le romancier qu’il est nous l’a prouvé à maintes reprises avec des romans savoureux (Les Hanches de Laetitia, Albin Michel, 1989; La petite Française, Albin Michel 1997; Un bien fou, Albin Michel 2001; Mufle, Albin Michel 2012), et des essais pétillants comme un Drappier (Les Insoumis, Fayard, 2009; Champagne!, Albin Michel 1998).Le critique cinématographique qu’il est également («Le Masque et la Plume», sur France Inter) le confirme. Du goût.Et un sens inné du non-panurgisme et de l’impertinence. Son Dictionnaire chic du cinéma en est la preuve éclatante. Il s’adonne ici à un bel exercice de subjectivité comme Kléber Haedens l’avait fait au siècle dernier avec Une Histoire de la littérature française. Neuhoff est un fou de cinéma. Il aime autant qu’il déteste; il n’écoute que ses émotions, ses fous rires. Il se fiche des écoles, des modes, des vagues, des prétendues modernités. Il parle bien des actrices (délicieux profil de Charlotte Rampling; croquis d’une grande justesse de Romy Schneider: «Des comme elle, ça n’existe plus.»).Il est parfois là où on ne l’attend pas: tendre avec Anne Wiazemsky. Et il est bien là où on l’attend: dans le portrait bref et impeccable qu’il dresse de Jean-Pierre Rassam, ou dans son attendrissante notice consacrée à Pascal Jardin. «Longtemps, le cinéma a été une manière de ne pas vieillir. Je me demande si ça n’est pas aujourd’hui l’unique moyen de ne pas mourir», écrit-il à la fin de l’avant-propos de son dictionnaire. On est en droit de ne pas lui donner tort.

PHILIPPE LACOCHE

Dictionnaire chic du cinéma, Éric Neuhoff, Écriture. 383 p.; 24,85 euros.