A Creil, l’Oise a la couleur des yeux de Martine

Guy Vadepied sur le Salon du livre de Creil.

Guy Vadepied sur le Salon du livre de Creil.

    Je commence à avoir mes habitudes à Creil. J’ai la chance d’avoir été invité au salon du livre, par la délicieuse Sylviane Leonetti, depuis les presque débuts de l’événement. Ca fait combien de temps déjà ? Je revois des visages. Des écrivains, des filles, des femmes. Et l’Oise, majestueuse, large comme le ventre d’une carpe miroir, céladon comme les yeux de Martine Radionoff, une adorable petite Parisienne (porte de Choisy) que j’avais rencontrée, en août 1974, sur la plage de Fort-Mahon alors que j’étais guitariste dans un groupe de blues-rock en tournée en baie de Somme, et dont j’étais tombé irrémédiablement amoureux. Mais tout cela n’a aucun rapport, lectrice, déjà jalouse et curieuse. Tu n’en sauras pas plus. Je ne te dirais pas qu’elle sentait le patchouli comme toutes les apprenties hippies de ces années-là ; qu’elle portait un foulard de soie multicolore qu’elle m’avait donné quand nous avions dû prolonger notre tournée vers les plages bretonnes. Et qu’il y a deux ans, je l’ai retrouvée grâce au site Copain d’avant, que je l’ai contactée et qu’elle ne m’a jamais répondu. J’étais si déçu que j’eus envie de me saouler à la Gueuze cerise comme nous le faisions à l’époque. Martine, si tu me lis, réponds-moi ; je ne te veux aucun mal. Juste me replonger un instant dans tes yeux céladon comme on se replonge dans les eaux dans son adolescence évaporée. Mais on ne se baigne jamais deux fois dans les eaux du même fleuve. Tout ceci, lectrice n’a aucun rapport avec Creil. Creil, j’y ai commis des résidences d’écrivain, suis monté sur une péniche, ai courtisé une enseignante de gauche brune, belle et mystérieuse. Et j’ai même écrit un livre dédié à cette ville (Au fil de Creil, éd. Le Castor astral) dont je te recommande vivement la lecture, lectrice, adorable petite bécasse. Samedi 22 novembre, j’ai déjeuné en face de l’excellent et sympathique Guy Vadepied, ancien homme politique aujourd’hui brillant écrivain qui vient de nous donner un livre consacrée au peintre Mary Cassatt (éd. Encrage), une Américaine qui avait atterri à Mesnil-Théribus, dans l’Oise, près de Méru. J’aime bien Guy. Il est drôle, littéraire, cultivé. Nous nous sommes souvenus de nos jeunes années, quand au cœur des eighties, nous fîmes connaissance sur une course cycliste à Méru où il était maire. Le soir, j’ai aidé mon pote Yvan Stefanovitch et sa compagne, la charmante Evelyne, en panne de voiture sur le parking de la Faïencerie. On a dû abandonner la bagnole, et ils sont retournés dormir à l’hôtel Campanille, à Villers-Saint-Paul, qu’on avait quitté le matin même. Pour me remercier, ils m’ont invité à manger. Ce qui m’a permis de goûter au Beaujolais nouveau et d’entendre, en sortant dans la nuit noire, le chuintement de l’eau de Brèche qui serpente derrière l’hôtel. Je me suis demandé si, le jour, ses eaux avaient la couleur des yeux de Martine Radionoff.

                                                           Dimanche 30 novembre 2014