Michèle Torr a bien raison de chanter

    Sa voix enchante. Sa passion reste intacte. Elle est toujours aussi jolie. Elle sera à Abbeville, puis à Albert, vendredi et samedi.

 

Michèle Torr fêtera, demain, son anniversaire à Abbeville.

Sa mère et Edith Piaf lui ont donné l’envie de chanter. Elle a commencé très jeune, dans des radio-crochets. Elle a éclairé par sa blondeur pétillante et champagne nos chères années Yé-Yés. Elle a répondu à nos questions.

Michèle Torr, vous chanterez à Abbeville le vendredi 7 avril, et à Albert, le samedi 8 avril. Quel répertoire allez-vous proposer ?

Oui, c’est le jour de mon anniversaire !

    Le 7 ou le 8 avril ?

Le 7 avril. Le répertoire ? Il y aura bien sûr les chansons que mes fans attendent, en tout cas je l’espère. Des tubes évidemment. J’aime également reprendre des chansons des autres : une chanson de Brel, une autre de Piaf… Quelques reprises. Ce sont des cadeaux que je me fais et que ferai au public.

Les grands tubes des années 60 et 70 ?

Oui, exactement.

Avec quelle formation serez-vous sur scène ?

Les musiciens qui me suivent habituellement en tournée : une rythmique (basse-batterie), deux choristes, piano-clavier, guitare. Je travaille avec ces musiciens depuis longtemps. On est bien ensemble. On aime travailler, s’amuser. Ce sont des amis et de bons musiciens.

Il y a une grande complicité entre vous.

Oui ; ça ne peut être bien que comme ça. On est heureux de jouer ensemble.

Connaissez-vous la Picardie, et particulièrement les villes d’Abbeville et d’Albert ?

Oui, je les connais pour y être passée en concert. Vous dire que je connais bien ces villes, non ; car finalement, on connaît les théâtres et les hôtels. En revanche, je connais le public. Ce public, je ne l’oublie pas ; c’est une région où le public a du talent. Il aime les chanteurs, les artistes. Il aime faire la fête ; c’est en tout cas le souvenir que j’en ai. Je suis heureuse de chanter dans cette région car les gens sont chaleureux. C’est un public qui aime sortir, faire la fête ; qui aime la chanson.

On dit que deux personnes vous ont donné envie de chanter : votre mère et Edith Piaf. Pourquoi ?

Maman chantait très bien et chantait tout le temps. Ou elle sifflait. Elle criait aussi. (Rires.) C’était une Méridionale, très expansive. Quand elle était plus jeune, elle participait à des spectacles ; elle en organisait aussi. Elle participait à des radio-crochets. Jean Nohain, qui avait une émission à Marseille, voulait qu’elle vienne chanter à la radio. Elle aurait aimé faire carrière dans la chanson. Quand elle a vu que moi, sa fille, avais des possibilités et envie, elle m’a beaucoup aidée à mes débuts. Elle est venue à Paris avec moi. J’étais très jeune ; elle ne voulait pas me laisser partir seule. Elle me faisait répéter mes chansons ; elle m’accompagnait dans les concours de chant. Elle y croyait autant que moi.

Quelle profession exerçait votre mère ?

Elle n’avait pas de métier fixe. Elle faisait des travaux saisonniers dans les champs. Cela permettait à mes parents d’arrondir les fins de mois. Mon père, lui, travaillait au PTT. Maman a toujours travaillé de manière diverses : dans les champs, le ramassage des haricots, des tomates ; elle faisait les vendanges…

Pourquoi Edith Piaf a-t-elle si importante pour vous ?

Maman chantait ; on écoutait la radio ensemble. Quand j’ai entendue Edith Piaf, j’étais bouleversée par les fréquences de sa voix. Sa voix me touche toujours. Je chantais du Piaf quand j’étais très très jeune, même si ce n’était pas de mon âge. J’avais envie de chanter ces chansons-là.

Vous étiez donc très jeune ?

Oui. Lors de mon premier radio-crochet, j’avais 6 ans. Je chantais une chanson d’Annie Cordy : « Bonbons, caramels, esquimaux et chocolats ». Un peu plus tard, j’ai commencé à chanter du Piaf. Je faisais des petits spectacles dans la région jusqu’à ce que je gagne ce concours de chant à 14 ans, à Avignon. Cela m’a permis de passer une audition chez Philips et de signer mon premier contrat.

Quelles ont été vos autres influences ?

Brel. Lorsque que j’ai gagné ce fameux concours de chant (« On chante dans mon quartier »), Brel venait quelques jours plus tard chanter sur la place du Palais des Papes, à Avignon. Je suis allé le voir chanter ; on lui a dit que j’avais gagné le concours. On lui a demandé si je pouvais passer en première partie ; il a accepté. Donc, à 14 ans, je passais en première partie de Jacques Brel ! Forte émotion évidemment. Je voyais un géant sur scène. J’avais le trac. Je crois que je n’ai jamais rien vu d’aussi extraordinaire sur scène que Brel !

Vous avez été élevée au grade de chevalier, puis officier des Arts et Lettres. Qu’avez-vous ressentie ?

J’étais fière et honorée. Ma première pensée a été à mes parents qui n’étaient plus là. On est fier pour eux ; on a envie de les appeler et de leur dire… Maintenant, je suis commandeur. Je sais qu’ils auraient été très honorés, très fiers de cette distinction. Moi, je suis flattée.

Vous avez rencontré Sœur Emmanuelle. Dans quelles conditions ? Et vous avez entrepris des actions ensemble.

Je l’ai rencontré dans l’émission de Michel Drucker, sur Europe 1, le matin. Je ne la connaissais pas ; je l’écoutais. Je buvais ses paroles. Et je me disais : « Qu’est-ce que je peux faire ? » A la fin de l’émission, je lui ai dit : « Je vais faire un concert pour vous et pour les Petits chiffonniers du Caire. » J’ai organisé ce concert dans la région parisienne. J’ai été soutenue par Philippe Gildas qui était le producteur de l’émission de Drucker. Nous avons récolté beaucoup d’argent. Grâce à cela, elle a pu décrocher son premier prêt pour construire ces écoles au Caire. Nous ne nous sommes pas perdus de vue ; après j’en ai fait beaucoup d’autres. Ensuite, quand elle monté l’association Orange, pour ces enfants. « Au moins une orange par jour ! ». Elle m’a appelée pour être la marraine de l’association Orange. J’ai fait plusieurs concerts pour elle. Elle m’envoyait des petits mots, des petites lettres. Quand j’ai divorcé, j’ai eu envie d’en parler avec elle, comme on parle avec une maman. Je suis croyante, et j’étais bouleversée… enfin, je voulais divorcer. Est-ce que j’avais le droit de divorcer ? Est-ce que j’allais pouvoir continuer à communier ? Il s’agissait de mon divorce avec Jean Vidal.

Vous soutenez également d’autres associations humanitaires et sociales. Lesquelles ?

Maintenant, surtout de Sclérose en plaque du Pays d’Aix. En effet, mon fils Romain est atteint de cette maladie. Romain avait envie de s’occuper des autres. C’est très important pour lui les relations qu’il a avec d’autres malades. Le 15 juillet, à Pertuis, dans la ville où je suis née, sera organisé un spectacle au profit de la recherche pour lutter contre la sclérose en plaque ; c’est Nicoletta qui viendra cette année. On a eu Dave, on a eu Hervé Vilard, Claude Barzotti, Stone… Ces artistes viennent bénévolement tous les ans ; nous réalisons à chaque fois un bénéfice de quelque 35 000 euros qu’on remet au professeur Pelletier qui est chercheur à la Timone, à Marseille. Il existe aujourd’hui des traitements pour freiner l’évolution de la sclérose en plaque. On ne la guérit pas encore. On ne sait pas d’où vient cette maladie ; les chercheurs sont très actifs et ont besoin d’argent. On ne parle pas assez de cette maladie et les chercheurs ne sont pas assez soutenus par l’Etat.

Parlez-nous de vos derniers albums.

Le dernier album avec les nouveautés, c’était il y a deux ans. Il se nommait Diva ; « Diva » est une chanson d’Alice Dona et de Georges Chelon ; une magnifique chanson de scène que j’adore. D’autres chansons étaient signées par Charles Dumont, Charles Aznavour…  J’ai été gâtée par des auteurs compositeurs de grand talent.

Vous avez travaillez, il y a plusieurs années, avec l’écrivain et l’ex-critique rock Laurent Chalumeau. Etait-ce une belle expérience ?

Oui, bien sûr ! C’était une idée à lui ; il avait envie de m’entendre chanter des chansons country. Il les avait adaptées pour moi en français. Ce fut une très belle expérience ; j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Je fus étonné sur le moment, mais j’étais heureuse de cette envie qu’il avait. On a passé en studio des moments formidables.

Quels sont vos projets ?

Je serai en tournée tout l’été avec mon orchestre. En novembre, je partirai en tournée avec Age tendre ; ce sera la croisière. Et à partir de janvier, je referai la tournée Age tendre, dans les villes. Je vais enregistrer à la rentrée ; j’ai envie de reprendre des chansons de mon répertoire. De belles chansons qui sont passées un peu inaperçues et qui, pourtant, sont de belles chansons.

Propos recueillis par

                                                                          PHILIPPE LACOCHE

 

Magnifique article de Thomas Morales sur le recueil Les Dessous chics

Chères lectrices…

Thomas Morales, auteur du superbe article sur le livre Les Dessous chics, édité par La Thébaïde en partenariat avec Le Courrier picard

Thomas Morales, auteur du superbe article sur le livre Les Dessous chics, édité par La Thébaïde en partenariat avec Le Courrier picard

Les Chroniques picardes de Lacoche réunies

J’aime les écrivains de la pénombre, les crooners de province qui, chaque semaine, susurrent des mots tendres sur le ton de la confidence et de la bravade. L’exception française se niche dans cette relation fragile, essentielle, vitale entre celui qui écrit et celui qui lit. Deux solitudes éclairées par les mystères de la littérature. Depuis François Villon, la ballade est entendue ! Philippe Lacoche, hussard rouge de la lignée Roger Vailland/Jacques-Francis Rolland, tient une chronique régulière, « Les Dessous chics », dans le Courrier Picard où il exhale sa mélancolie cheminote, sa hargne rock et sa fibre aristo. Les Editions La Thébaïde ont réuni, pour la première fois, les exquis billets d’humeur de ce marquis vagabond sur la période 2005-2010. Enfermées dans leur HLM ou leur belle demeure, ses chères lectrices de la Somme, de l’Oise et de l’Aisne comme il les appelle, attendent, lascives, sa missive pleine de larmes, pleine de charme. Elles l’implorent même de les déshabiller d’une formule, oui mais pas trop vite, avec la langueur vespérale du Cardinal de Bernis. Cet enfant triste, héritier de Vialatte et Calet ne cache pas son dépit amoureux. Il a lu jusqu’au calice les réprouvés, ceux que l’Université et les médias méprisent depuis cinquante années. Chaque jour, il s’éloigne de notre époque qui fait la part belle aux imposteurs et aux falsificateurs. Un monde où le flirt et la littérature ne suffisent plus aux honnêtes hommes, n’a pas d’avenir raisonnable. Lacoche, pêcheur impénitent de chevesnes, se réfugie dans ses rêveries d’adolescents, se souvient de la silhouette d’une fillette à couettes, d’un roman de Kléber Haedens ou d’un film de Maurice Biraud. Il entretient la flamme d’une conversation imaginaire au fil de l’eau. Il évoque, à toutes les saisons de la vie, ses coups de cœur pour des groupes bruyants, des auteurs sensibles et des créatures évanescentes surgies de la brume picarde. Ce journaliste est un poète du quotidien qui sait extraire des terres ouvrières, des splendeurs de nostalgie. Ses émotions simples, les plus délicates à écrire, germent dans votre esprit. On ne se lasse pas de le suivre au gré de ses rencontres buissonnières, interviews dans la Capitale de quelques célébrités, virées nocturnes et expositions locales. Ce styliste élégant nous entraîne sur un chemin sentimental, improbable sentier où l’on croise aussi bien les Forbans, Yann Moix, Hervé Vilard, Jack Ralite, Patrick Eudeline que Michel Déon. Comment résister à la fragilité de quelqu’un qui crie « la littérature me rend fou » ? Nous avons trouvé-là un frère de papier. C’est la noblesse de la presse écrite régionale que d’ouvrir (encore) ses colonnes à quelques seigneurs de la plume. Partout en France, il existe de preux chevaliers, souvent incompris et moqués, qui ferraillent dans leur rédaction pour qu’un écrivain oublié lu jusqu’au petit matin ne tombe dans l’oubli. Ces résistants courent d’immenses risques professionnels car ils ne pissent pas de la copie, ils embellissent nos week-ends par quelques traits d’esprit. A Paris, trop souvent, les journalistes manquent de jus. Ils ont la prose sèche, le verbe claudiquant et la métaphore bancale. Gérard Guégan à Sud-Ouest, Christian Laborde à La Nouvelle République des Pyrénées ou Christian Authier dans l’Opinion Indépendante de Toulouse sont les derniers défenseurs d’un art d’écrire à la française. Pour les âmes sensibles, les caractères d’imprimerie n’ont pas perdu leur mystique. Philippe Lacoche, marquis d’ascendance communarde, chaussé de Doc Martens et roulant carrosse en Peugeot 206 possède la foi des premiers croisés. Ces textes d’une ferveur touchante nous accompagnent longtemps.

Thomas Morales

Les Dessous chics de Philippe Lacoche – Editions La Thébaïde –