Les beaux mots et les si belles fesses de Simone

 

Josiane Balasko, dans les loges, à la Comédie de Picardie, à Amiens.

Lorsque je suis allé saluer Josiane Balasko dans sa loge, elle était en train de manger un sandwich. A ses côtés, j’ai cru reconnaître son mari, George Aguilar, très bel acteur américain d’origine amérindienne. Josiane est fatiguée par le one-women-show qu’elle vient de donner à la Comédie de Picardie (La Femme rompue, de Simone de Beauvoir, dans une mise en scène d’Hélène Fillières) ; elle n’en reste pas moins souriante, agréable. Je ne peux m’empêcher de lui lâcher, d’emblée : « Votre Monologue, extrait de La Femme rompue, je n’avais pas du tout l’impression d’entendre un texte de Simone de Beauvoir ! C’était un vrai bonheur ! Ca aurait pu être écrit par un anarchiste de droite ou un communiste réactionnaire. » Elle sent bien que je me moque. C’est vrai, lectrice, mon amour, ma fée fessue, ma gloire, ma soumise, Simone de Beauvoir n’est pas mon écrivain préféré. Ce n’est pas son féminisme qui m’incommode ; loin s’en faut ! Ses combats étaient nobles, courageux, et nécessaires. Mais stylistiquement, non ; qu’y puis-je ? ce n’est pas ma tasse de Stella Artois. Comme l’a dit je ne sais plus trop qui, il y a chez elle, comme chez André Breton (sauf dans son sublime Nadja), un côté « style d’écriture cage à perruches ». En revanche, j’aime le style de son compagnon Jean-Paul Sartre qui, politiquement, s’est à peu près trompé sur tout, mais qui écrivait net et sec comme un Hussard. (Relis son recueil de nouvelles Le Mur, lectrice, ma cocotte en dentelles, en mules à pompons roses et en robe de chambre en pilou ; tu ne le regretteras pas. On dirait du Hemingway qui se serait saoulé la tronche avec Roger Vailland.) Mais, je dois le confesser humblement, j’ai craqué, il y a quelques années, sur une photographie de Simone nue, en train de se regarder dans la glace. J’ai rarement vu des fesses plus désirables, épanouies, gracieuses, rondelettes ; on en mangerait. A mon avis, cette photographie doit dater de l’époque au cours de laquelle, elle avait pour amant l’écrivain américain Nelson Algren, adaptée deux fois au cinéma avec des films aux titres révélateurs : L’Homme au bras d’or et La Rue chaude. (Les mauvaises langues prétendaient que Nelson n’avait pas seulement le bras en or, et chaude que la rue. Une chose est certaine : ce Rocco Siffredi des lettres US, grâce à ses assauts, procurait à Simone une mine splendide.) Sinon, le spectacle de Josiane était succulent. Seule un lit orange, elle hurle sa rage avec des mots violents, parfois amusants. « Laisser jaillir sa rage, son conflit intérieur, celui qui s’oppose à cette violente idée du bonheur que nous impose le monde, encore aujourd’hui dominé par les hommes. Pouvoir crier enfin, via le Monologue. Ce texte me bouleverse », confie le metteur en scène Hélène Fillières. C’est bien. C’est un grand texte, Balasko est une comédienne exceptionnelle. Et vive le combat des femmes, lectrice, ma fée fessue ! Même si je n’écrirai jamais de ma vie « écrivaine », « procureuse », « metteuse en scène ». Femmes, je vous aime. (Me voici devenu le Julien Clerc des Hauts-de-France. La vieillesse est un naufrage.)

                                                       Dimanche 12 mars 2017

 

Un Jean-Louis Piot dans mon piège à poulettes

     

L'excellent Jean-Louis Piot et sa médaille.

L’excellent Jean-Louis Piot et sa médaille.

Il y avait longtemps que je ne m’étais pas adonné à ce sport si particulier, propre à l’écrivain, qu’est la dédicace. Par un samedi lumineux, éblouissant, mais frais comme un Noël soviétique au goulag, je me suis rendu comme un seul homme (mais étais-je bien seul, lectrice adulée, convoitée, bientôt suçotée, puis dévorée ? Non, j’étais avec moi-même, ce qui n’est pas de tout repos) à la Fnac d’Amiens. Une jolie table recouverte d’une étoffe noire aux armoiries de la célèbre Fédération nationale d’achats des cadres, fondée en 1954 par Max Théret (je cite Wikipédia : « Engagé un temps au Parti communiste, Max Théret effectue un virage radical vers la gauche libérale, à l’époque, le Parti socialiste de François Mitterrand. N.D.A. : certes, il était libre Max, mais moi j’eusse préféré qu’il fît le parcours inverse) m’attendait. Quelques-uns de mes livres étaient posés dessus ; tout près un joli présentoir et surtout une grande photographie avec ma sale gueule de marquis. « Un vrai attrape-poulettes ! » songeais-je un instant, en bon vieux salopard concupiscent. Je m’installai, et commençai à rêvasser. Le temps passait ; point de poulettes. En revanche, que vis-je arriver ? Mon copain Jean-Louis Piot, conseiller départemental, radieux, rayonnant, réjoui. Il y avait de quoi : il venait de se faire remettre les palmes académiques des mains de mon autre copain Christian Manable, sénateur, membre de l’association des médaillés de l’ordre des palmes académiques (AMOPA). Une occasion pareille ne se manque pas : on peut être écrivain, on n’en reste pas moins journaliste. Je dégainai mon appareil photographique aussi vite que Josh Randall (Steve McQueen) dans Au nom de la loi, exigeai de Jean-Louis qu’il exhibât sa jolie médaille, et l’immortalisai à jamais devant les regards intrigués des chalands de la Fédération nationale d’achats des cadres. Jean-Louis ne l’a pas volé, sa distinction. Conseiller d’éducation, il a notamment contribué à la mise en place du parcours artistique et culturel des collégiens (PAC collégiens 80). Puis, nous nous mîmes à nous souvenir de notre chère Aisne car Jean-Louis est de Beautor et moi, comme tu ne le sais pas peut-être pas encore, lectrice soumise, car je n’en parle jamais, de Tergnier. Nous évoquâmes les brumes mauves et duveteuses qui, l’hiver, caressaient la pelouse blanchie du terrain de football de Beautor, près du pont du canal. (Mon ami Jean-Pierre Marcos, un autre Beautorois, n’a pas son pareil pour en parler.) Et les bars américains, peuplés de délicieuses créatures (Le Daguet, près de la MJC de Tergnier ; La Loggia ; La Huchette, rue Pierre-Semard…) où, timides, nous allions boire quelques bières en galante compagnie et en nous prenant pour Hemingway ou Bukowski. Sans transition : suis allé voir, au Gaumont d’Amiens, Dieu merci, de Lucien Jean-Baptiste, avec ce dernier et Baptiste Lecaplain. Une comédie tendre, émouvante et réussie. Mais, malade comme une bête, je n’ai pas pu assister à l’avant-première de Adopte un veuf, de François Desagnat avec André Dussollier, Bérengère Krief, Arnaud Ducret. La vieillesse est un naufrage.

                                                        Dimanche 20 mars 2016.

Etang et tanche

         Les rentrées ne sont jamais très amusantes. J’avance place Gambetta, à Amiens, ma grosse tête de Ternois protégée par un parapluie. Il pleut. Ciel de jais. Je marche d’un pas résigné vers mon destin. Je pense à mes problèmes de pognon. Les gens qui ont des problèmes de pognon sont de plus en plus nombreux. On se demande bien ce que fabrique la sociale-démocratie-libérale et ses alliés, le capitalisme de brutes qui rend les riches de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, qui broie les beaux outils étatiques et fraternels construits par de Gaulle et les communistes au sortir de la guerre, sans oublier cette espèce d’Europe des marchés aussi navrante et allemande qu’une surprise-partie en Prusse orientale. Voilà, lectrice. Tu sais tout : ma rentrée est celle d’un gagnant, d’un winner qui veut en découdre dans cette belle compétition où le meilleur gagne (parfois) et où le beau, le ric

Une grosse brune, belle comme une mama italienne.

Une grosse brune, belle comme une mama italienne.

he, le fort gagnent (toujours). Trêve de plaisanterie. Soudain, mon morale remonte d’un cran : je me mets à penser aux parties de pêche que je faisais, quelques jours plus tôt, après m’être fait mordre la main à sang (infection, antibiotique ; j’ai échappé de peu au billard !) par mon chat Wi-Fi qui, effrayé par l’énorme chien du voisin, se trouvait en panique, la queue énorme (à rendre jaloux Rocco Siffredi), bavant, crachant, jurant. Je me suis dit : il va se jeter sur le cabot (très gentil, il faut le reconnaître mais impressionnant car de la taille d’un poney) et lui crever les yeux. Je commets alors une erreur : je tente de l’attraper au lieu de le menacer avec un bâton ou lui balancer un seau d’eau afin qu’il recouvre ses esprits. Résultat : il m’a mordu avec une puissante de tigre. Voilà : où en suis-je, lectrice, ma fée sensuelle ? Oui, mes parties de pêche à l’étang du comité d’entreprise du Courrier picard, à Argoeuvres. J’ai adoré. Par une belle fin d’après-midi, j’ai capturé un brochet alors que je remontais ma ligne lestée d’un vif (un petit gardon). Par une soirée pluvieuse, j’ai chopé une énorme tanche qui dépassait le kilogramme. Avant cela, j’avais cassé une première fois ma ligne (montée trop finement avec un hameçon de 18), puis une deuxième fois (avec une ligne plus forte équipée d’un hameçon de 12), broyé net, avec au bout d’une manière de monstre puissant comme Mike Tyson. La troisième fois fut la bonne. Après un dur combat, je remontais la jolie brune, une mémère rondouillarde, sapée comme une princesse avec sa robe couleur de tabac brun. Je m’empressais d’envoyer une photographie de ma prise, via mon portable, à mon copain écrivain Franck Maubert, pêcheur devant l’Eternel. Il me répondit ces jolis mots : « Magnifique dans sa belle livrée d’un tailleur anglais. Quelle élégance! » Je repensais alors aux écrivains-pêcheurs : Hardellet, Hemingway, René Fallet. C’est tout de même plus poétique que de penser au pognon.

Dimanche 6 septembre 2015

Le journalisme : toute une histoire !

         

Robert de Jouvenel.

Robert de Jouvenel.

Deux livres viennent nous le rappeler : l’un, de Robert de Jouvenel ; l’autre de Roger Vailland. Et on détestera un peu plus la ridicule « modernité » de la « communication ».

Le journalisme : toute une histoire ! Deux livres savoureux viennent nous le rappeler : Le journalisme en vingt leçons, de Robert de Jouvenel, publié par les éditions La Thébaïde (collection Histoire), et Sacré métier ! Roger Vailland journaliste, publié au Temps des Cerises. Deux livres et deux journalistes-écrivains qui n’ont rien à voir avec notre époque. Ils ne sont plus « à la mode » (quelle expression ridicule, puante, indéfendable ! La mode : quelle horreur !) ; n’ont rien à voir avec les cabinets de communication qui, pour la plupart, tentent de fourguer de l’info comme on vend des boîtes de petits pois, du dentifrice ou de la poudre de corne de rhinocéros. Qui tentent de nous vendre des personnages politiques, des marques, des produits, de la haute technologie. Que tout cela est triste, pitoyable, consumériste ! Le capitalisme est décidément une saleté. Qu’eussent dit Kessel, Hemingway, Alfred Perlès, Jacques-Francis Rolland, Pierre Daix et quelques autres devant les assauts de la communication qui, sournoisement, voudrait détrôner le journalisme ? Ils se seraient rués sur leurs machines à écrire, auraient commandé quelques liqueurs fortes, des femmes et du tabac, et se seraient levés comme un seul contre ces tentatives d’intoxication généralisée. La communication a toujours quelque chose à vendre ; le journalisme, par essence, ne vend rien : il éclaire, fait savoir, cafte, rapporte. C’est déjà beaucoup. Le journalisme est prolétaire ou aristocrate ; la communication, petite poule poudrée, est bourgeoise.

Robert de Jouvenel – qui écrit alors que la communication n’existait pas encore, mais il subodorait son arrivée – nous explique tout cela en vingt leçons pleines d’humour, d’intelligence, de gentil détachement mâtiné de passion discrète. On sent qu’il n’est pas dupe ; le métier, il connaît.  Ce grand journaliste et polémiste (1882-1924), collaborateur de L’Intransigeant, de L’Oeuvre, moustachu qui, physiquement, ressemblait un peu à Maupassant, nous donne ici à lire une « véritable déclaration d’amour au journalisme », comme l’indique l’éditeur, l’excellent Emmanuel Bluteau, en quatrième de couverture. « Le style en plus », précise-t-il. Du style, Robert de Jouvenel n’en manque pas ; de ton non plus. Ce sont ceux d’un gentil hussard, parfois cinglant, comme, par exemple quand il écrit : « Ces vérités sont si évidentes que de bons esprits ont imaginé de fonder une école de journalisme. Auraient-ils songé à fonder une « école de l’apostolat » ? L’erreur de ces didactes fut d’enseigner seulement comment ont fait un reportage ou une chronique. Ils ont négligé d’exposer quelles puissances secrètes, quels mobiles obscurs interviennent dans la fabrication d’un journal. Ainsi, ils se sont exposés à duper leurs élèves. » Voilà qui est dit. Les secrétaires  de rédaction en prennent aussi pour leur grade : « De tous les ronds de cuir, le secrétaire de la rédaction est le plus puissant vis-à-vis de ses commettants et de ses subordonnés. C’est le plus traditionnaliste et le plus buté. Il a des idées arrêtées, dont rien ne sauraient le faire démordre, car qui le convertirait, lui, dont les expériences furent acquises, une fois pour toutes, et n’auront plus jamais désormais l’occasion d’être contrôlées ? »

Mais qu’on se rassure : le journalisme reste un métier épatant même si Robert de Jouvenel se plaisait à en débusquer les travers. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les articles de Roger Vailland, surtout la fraîcheur de ses premiers papiers. Et les autres, ceux du reporter, du grand reporter, du chroniqueur. Dans « C’était en 1914 : l’apprentissage de l’horreur », paru le 1er août 1954 dans L’Humanité-Dimanche, il convoque un souvenir d’enfance, se souvient de l’arrivée de Poilus dans le parc d’un château où il séjourne. Ils reviennent du front, ont connu l’horreur des tranchées, du corps à corps, de la mitraille. Ils sont hébétés. Vailland observe, analyse, conclut. Il n’y a pas plus beau pamphlet contre la guerre que ce petit texte, mi article, mi récit, mi nouvelle. Du grand art. Oui, le grand journalisme n’a rien à voir avec la communication ; il est le cousin de la littérature.

PHILIPPE LACOCHE

Le journalisme en vingt leçons, Robert de Jouvenel, La Thébaïde, coll. Histoire, 96 p. 9 €.

Sacré métier ! Roger Vailland journaliste, Roger Vailland, Le Temps des Cerises, 503 p. ; 22 €.

Patrick Besson : « Je lis très peu les articles politiques »

                  Il donne peu d’interviews. Surtout quand il s’agit de presse, de journalisme, de République et de politique. Long entretien avec le célèbre Hussard rouge.

Quel regard portez-vous sur le rôle de la profession de journaliste avant, pendant et après un conflit, une guerre ?

Patrick Besson : Auparavant, les journalistes, dans les conflits, servaient à la propagande de l’état, à l’exception de quelques journaux d’opposition qui étaient très rares et minoritaires. Le but est de mentir sur l’état des guerres. En gros, c’est un rôle lamentable. Cet état de fait a été sauvé par des gens courageux, des esprits exceptionnels, qui, souvent, ont donné leurs vies car ils s’étaient approchés trop près de la vérité, trop près du feu. Les récits de guerre sont rarement intéressants, mais quand ils le sont, ils le sont vraiment. Je pense au reportage qu’a fait Hemingway en 1944 quand il a pris le bar du Ritz (comme quoi il n’y a pas eu une résistance énorme…). Il était très myope ; il était gros. Les Allemands étaient déjà partis. Sinon, je crois qu’il n’y serait pas arrivé.

Robert Capa également.

Les photographes et les cameramen, c’est un autre problème. Ils ont la fausse impression qu’ils sont protégés par leur appareil. Comme ils voient à travers une image qu’ils fabriquent, ils pensent que c’est un spectacle, que c’est loin. Alors qu’ils sont souvent trop près. C’est comme ça qu’ils se font buter, les cameramen et les photographes. Le seul conflit que j’ai vu de près (en dehors de ma vie conjugale), c’est l’ex-Yougoslavie. Ce que j’y ai vu ne m’a donné une très bonne opinion des reporters. Je me souviens d’un reporter de FR 3 qui m’a dit : « Moi je suis musulman ; je chargerai les Serbes car je suis musulman. » Je lui dis : « Et tu me dis ça à moi ? ». Il répond : « Oui, tu vas le répéter mais ça n’a pas d’importance… » Tout ça pour montrer quel degré d’impunité ont certains journalistes par rapport à des événements parce qu’ils savent que ce qu’il faut penser est plus important que ce qu’il est juste de penser. Je n’ai pas une idée très haute des reporters de guerre. Je pense qu’une guerre, la seule façon d’être au plus près de la vérité, c’est de la faire, c’est d’être devant. Et pour être devant, il est préférable d’avoir une arme qu’un appareil photo. Les seules personnes qui connaissent la guerre sont celles qui l’ont faite. En plus de ça, les reporters de guerre vont d’un conflit à l’autre, comme quand tu vas d’une plage à une autre. Ce qu’ils savent du pays et des enjeux, c’est très limité. Ce sont les grandes lignes qu’on leur a tracées au journal, en leur disant, plus ou moins,  ce qu’il fallait qu’ils écrivent. Du coup, le travail qu’ils font sur le terrain – sauf quelques exceptions qui connaissent vraiment la situation – ce n’est pas vraiment intéressant.

Vous êtes allé en Serbie. Vraiment sur le terrain. Vous y êtes allé de votre plein gré ?

Oui, comme ça. J’aimais bien ces gens. (J’étais payé par l’état pour espionner les Serbes de Bosnie ; c’est comme ça que j’ai pu acheter mon château en Touraine. –Rires -) Des copains me disaient : « Viens à Cannes, à Monte Carlo… » Je leur ai répondu : « Non, je vais en Serbie, c’est bien plus marrant ! ».

Que représente pour vous le mot « liberté de la presse » ?

Je ne sais pas en quelle mesure la presse peut être libre. Il est un fait que si tous les journaux appartiennent à l’état, la presse ne peut pas être libre. Si elle appartient au grand capitalisme, elle est un petit peu plus libre, mais elle n’est pas libre non plus. En gros, aujourd’hui tous les journaux appartiennent à des milliardaires qui ne vont pas défendre les intérêts des classes populaires. Leur intérêt c’est que les classes populaires travaillent pour eux. Donc dans les deux cas, je ne sais pas trop ce que liberté de la presse veut dire. « Liberté », j’ai une petite idée ; « presse », j’en ai une autre. Mais « liberté de la presse », ça m’échappe. Pour moi, chaque personne en se levant doit défendre la liberté. Elle doit dire ce qu’elle pense ; elle doit mettre ses pensées en action. La première chose qu’on se doit à soi-même, c’est d’être libre. C’est le travail de chacun ; la liberté de la presse ne va tomber du ciel. La liberté non plus. C’est à nous de la fabriquer tous les jours ; c’est un combat sans cesse recommencé. Dans certains pays, cela a conduit à la mort, à l’emprisonnement. Il y a différentes sortes de morts et d’emprisonnements. Dans certains pays, on peut se retrouver mort sans être réellement mort. L’étouffoir fonctionne bien dans certains pays. La démocratie a un outil très perfectionné qui lui permet de se débarrasser des gêneurs sans les tuer. Je pense à l’autodestruction, à la retraite… Encore une fois, la liberté, c’est un combat quotidien qui doit être mené par tous, en permanence. En essayant de ruser pour survivre pour continuer de se battre. Il y a toujours un moment où ça casse.

Qu’est-ce qui vous paraît le plus dangereux ? Une liberté de la presse limitée par l’état, ou une liberté de la presse limitée par l’argent  et le capitalisme?

Dans une certaine mesure, vu ce que j’écris, je ne suis pas sûr quand dans le système communiste (alors que je suis communiste), ou fasciste, ou religieux, je ne suis pas certain que je pourrais écrire ce que j’écris. Pour moi, pour écrire ce que je pense, c’est le système dans lequel on vit qui permet le plus de liberté. En Iran, en Arabie-Saoudite ou au Rwanda, je ne pourrais pas écrire ce que j’écris. Peut-être quand dans la presse latino-américaine, l’expression est plus libre. Même à Cuba, ou aux Etats-Unis, je ne vois pas comment j’y arriverais… Aux Etats-Unis, on est passé à un stade ultra-moraliste… Peut-être que ça passerait – ce que j’écris – grâce à l’humour. Car les Américains sont très sensibles à l’humour. Peut-être qu’ils me laisseraient faire et dire… en même temps, il y a toujours un danger à passer pour original, iconoclaste, anticonformiste. Ca t’isole complètement. Moi, je ne me sens ni iconoclaste, ni original, ni anticonformiste. Je me sens complètement normal, sincère, droit. Aujourd’hui, quelqu’un qui dit des choses de façon différentes, on le met dans une case… Ca été le cas de Nabe, de Dieudonné… C’est le rôle de l’anticonformiste. C’est le rôle du mouton noir, du bouc émissaire. Après, on dit : « Regardez, on est démocrate… » Sauf qu’on fait passer à la télé, un mec original entouré par vingt mecs qui ne le sont pas. Le mec original a donc l’air tout seul et fou. C’est comme un slalom spécial ; il faut aller très vite, et tourner très vite devant la borne, pour ne pas être arrêté, ni catalogué. C’est un travail ultra complexe.

Est-ce que vous avez l’impression que le journalisme accompagne réellement, voire enrichisse, la réflexion politique ?

En fait, je n’ai pas d’avis car je lis très peu les articles politiques. Ca ne m’intéresse pas ; je trouve que c’est creux. Un an après, on ne sait de plus de quoi ça parle. La politique politicienne, ce n’est pas ce que je lis dans la presse. Je lis les papiers sur l’économie, car je trouve ça important. En gros, les économistes, c’est un peu comme les médecins. Ils sont obligés de lire les chiffres ; ils ne glosent pas les pensées de Vall

Patrock Besson se livre au cours d'un long entretien.

Patrock Besson se livre au cours d’un long entretien.

s, sur Cécile Duflot… On s’en fout. La politique politicienne ne m’intéresse pas. Je pense qu’on pourrait tenter de supprimer la politique, en tout cas lui donner moins de place dans les médias. Là tout d’un coup parce qu’il y a un con qui va remplacer dans un ministère de con, on ne parle plus que de ça… On s’en fout de savoir qui va remplacer machin ou machine… Peut-être qu’au fond, quand on va chercher très loin, c’est important… Mais pour moi, la rentrée littéraire, c’est plus important. Les expos qu’il va y avoir, c’est plus important ; les inventions, c’est plus important. On ne connaît même pas le nom du mec qui a inventé le tire-bouchon.

Quel regard portez-vous sur deux conflits que vous connaissez bien : ceux de l’ex-Yougoslavie, et ceux du Rwanda ?

Pendant les guerres, tout le monde est injuste, et tout le monde ment. Et tout le monde commet des crimes. Evidemment, on ne peut pas comparer Hiroshima et Auschwitz, mais quand même, Hiroshima, c’est bien dégueulasse. C’est vrai que ce sont les nazis qui ont commencé, mais quand même… Hiroshima, c’était un crime de guerre caractérisé. 150 000 civils assassinés le même jour avec une bombe que plus personne n’a osé depuis utiliser… C’est difficile d’avoir un avis dans un conflit ou un autre car, ou bien,  on n’a pas d’intérêt dans le conflit et là on est trop loin. Ou bien on a des intérêts amicaux, politiques, sexuels, littéraires, culturels, ou ethniques, et là on est trop près. En ce qui concerne les conflits en ex-Yougoslavie, en gros, les Serbes se sont fait baiser. Mais c’est un peu de leur faute parce qu’ils ont mal joué. Quant au Rwanda, effectivement il y a eu un génocide. Les Hutus ont massacré les Tutsis. C’est indiscutable. C’est aussi que depuis vingt ans, le Rwanda est une dictature. Mais c’est une dictature qui fonctionne bien. Personne ne peut l’ouvrir ; personne ne peut rien dire contre Kagamé, n’empêche que c’est un des pays d’Afrique qui marchent le mieux. Et c’est vrai que pendant quatre siècles, les Tutsis, les bergers, ont dominé et exploité les Hutus qui étaient des cultivateurs. Personne ne donne la raison, mais c’est quatre siècles de haine des opprimés Hutus contre les Tutsis. Mais d’un autre côté, je ne vois pas comment on peut justifier le génocide d’un million de personnes… Et aussi, ce qui s’est passé, c’est que le FPR  de Kagamé, en 1994, il occupait un tiers du Rwanda depuis plusieurs années. Et sur les tiers qu’il occupait, les gens avaient été massacrés ou expulsés. Il y avait un camp de concentration, un camp de regroupement où vivaient les Hutus qui avaient été chassés de leur terre par les Tutsis. Et les Hutus qui venaient les voir, se disaient si les Tutsis reviennent ça va être notre tour. Après l’attentat organisé par Kagamé, ils ont vu que la guerre recommençait, ils se sont dit : « Il faut exterminer les Tutsis . » Ce qui était  monstrueux, aberrant, et surtout une faute politique énorme. Mais ça se sont des choses qu’on n’explique pas ; pour les gens qui passent dans la rue, là, place de Clichy, ils te diront : « Les Serbes ont massacré les Bosniaques ; les Tutsis ont massacré Hutus. » Ils s’arrêtent là ; ils pensent à autre chose, à leur bite, à leur compte en banque, à leur bagnole ; ils n’iront jamais chercher ce qui s’est passé avant, ce qui s’est passé à côté. Moi, il me semble que notre rôle à nous, quand on peut le faire, c’est d’expliquer les choses. Ni justifier, ni excuser, mais juste expliquer. On a toujours cru que le régime soviétique tenait grâce au KGB, mais non, il tenait grâce aux écrivains et aux journalistes. C’est eux qui faisaient la propagande ; ils étaient très bien traités contrairement à ce qu’on peut croire. Les journalistes et les écrivains, n’importe lequel, et toi et moi, si on sortait un livre là-bas, on en aurait vendu des millions. Après ça, on dit : « Vous êtes communiste ? Ouais… » On aurait notre datcha, notre bagnole, nos vacances… c’était comme ça qu’ils étaient traités les écrivains et les journalistes en Union soviétique. On a l’impression que parce qu’il y a eu dix dissidents, tous les journalistes et tous les écrivains étaient des dissidents. Pas du tout ; ça a été des collabos. Comme d’autres ont été des collabos pendant l’Occupation. Ce n’est pas une profession de courage ; c’est le contraire. C’est la profession des lâches. (Rires.)

Quels sont, parmi les livres que vous avez écrits, ceux que vous conseilleriez à vos lecteurs qui s’intéressent aux guerres qui secouent ou qui ont secoué le monde ?

Il y a mon livre sur le Rwanda et le Congo sorti en 2009, Mais le fleuve tuera l’homme blanc, chez Fayard (on peut le trouver en Point-Seuil).  Et puis il y a Contre les calomniateurs de la Serbie (chez Fayard)qui rassemble tous les textes que j’ai écrits  sur le sujet pendant presque dix ans. Ces textes ont paru dans la presse française ou la presse serbe.

Pourquoi avoir sorti le roman La Mémoire de Clara, au Rocher ? Comment l’idée vous est-elle venue ?

J’avais signé, pour une belle somme, chez Plon pour une bio de Carla Bruni, et je me suis rendu compte qu’il ne lui était rien arrivé. Elle a défilé, puis elle a chanté, puis elle a épousé un président. C’est complètement banal ; je me suis dit : « Qu’est-ce que je vais raconter ? » On m’a dit que c’était une super idée. Et comme je pense que je suis con, et que les autres doivent avoir raison, tout le temps. Et je me suis rendu que les autres avaient tort. Ou alors, ils sont encore plus cons que moi. Alors, j’ai cherché. Je me suis dit, comment je vais faire ? Il fallait que je rende l’argent ? Là, ça je n’ai jamais pu le faire. Comme Serge Benamou dit dans La Vérité si je mens II. « Moi rendre de l’argent ? Tu peux me couper les doigts, les couilles… » Alors, je me suis dit que j’allais écrire un roman. C’est parti en vrille, un peu. Je me suis dit : un roman ils ne vont pas le publier, ils vont le refuser. Et puis moi, j’ai gardé l’argent. J’ai donc fait un roman, un roman le plus libre  possible; je me suis dit : « Je m’en fous, il ne paraîtra pas. » Je trouvais que le livre était super mais  hyper scandaleux, j’ai cherché longtemps un éditeur ou une structure qui pourrait le sortir. Je voulais le faire chez un petit éditeur de Montreuil. Au départ, il m’a dit : je n’ai rien à perdre. Mais quand il a lu le manuscrit. Il m’a dit : « Ah, ça va être difficile ! ». Je me suis rendu compte que les gens qui n’avaient rien à perdre, avaient plus à perdre que les gens qui ont quelque chose à perdre. Un mec du Rocher m’a dit que ça le faisait marrer. Et les gens qui l’ont lu depuis que le livre existe sont morts de rire. En même temps, j’étais content car c’est la première fois qu’on me refuse un livre depuis des siècles. Je me suis : « Il est peut-être bon celui-là ! ». (Rires…)

                                           Propos recueillis par Philippe Lacoche.

 

Franz-Olivier Giesbert est devenu journaliste par hasard

 

C’est ce qu’il confie dans l’entretien qu’il nous a accordé à l’occasion d’une séance de signature de son dernier roman (*) à la librairie Martelle, à Amiens.

  • Vous préférez Camus à Sartre, et vous le dites sans ambages? Pourquoi?

  • Chez Sartre, il y a beaucoup de choses. Des choses de qualité; d’autres moyennes. Et des pièces de théâtre qui ont beaucoup vieilli. Des oeuvres littéraires : Le Mur, La Nausée, etc. Une oeuvre philosophique intéressante mais il ne faut pas exagérer. Les pages d’explications de textes autour de Flaubert, de sa famille, était-ce bien nécessaire? Sartre est quelqu’un qui avait du talent; il laisse une oeuvre d’où ne se détache pas grand-chose. Il y a un côté fabriqué dans ses romans, surtout La Nausée. Tout est calculé; il veut démontrer. Au fond, il n’y a pas d’inspiration. Camus : c’est l’homme d’un livre qui est effectivement L’Etranger. Noces, aussi, est un livre très puissant parce que habité par une philosophie hédoniste résumée en des termes extrêmement simples, très poétiques; il a un côté enfant de Nietzsche

et c’est très bien écrit. La pièce Caligula, sublime, n’a pas vieilli. Par rapport au théâtre de Sartre, ça reste très fort. L’Homme révolté est un livre qui a plusieurs longueurs d’avance sur Sartre. Qui avait raison? Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour dire que Camus avait raison. C’était une minorité qui était derrière Camus dans les années cinquante. Je pense que Camus écrase Sartre littérairement et théâtralement.

  • Est-ce le fait que, chez Sartre, il y ait plus de charpente philosophique et démonstrative qui vous irrite ?

  • Oui, je pense que ces romans ne sont pas inspirés. Il veut démontrer. Camus a écrit L’Etranger (je l’ai lu cinq fois dans ma vie). Pourtant, on ne peut pas dire qu’il est servi par une écriture exceptionnelle. Mais tout est juste; le personnage est vivant. Pour moi c’est ça la littérature : faire des personnages vivants comme l’a fait Dostoïevski dans Crimes et châtiments. Il a réussi ça, Camus.

  • Vous êtes très partagé entre le journalisme de haut vol et la littérature. L’écriture de fiction vous passionne. Comment faites-vous?

  • A 9 ans, je voulais être écrivain; je voulais être écrivain ou rien. J’avais lu Quatre-vingt-treize; ça a changé ma vie. Et j’ai commencé à lire tout de manière obsessionnelle et frénétique comme on peut lire (tout Balzac, tout Maupassant, tout Flaubert, etc.). Ensuite, en pastichant tous mes auteurs de chevet, j’ai écrit un Balzac, après un Céline, un Dostoïevski. Et j’ai écrit mon premier livre. L’accueil n’a pas été exceptionnel chez l’éditeur; j’ai compris qu’ils étaient prêt à le publier mais qu’il y avait beaucoup de travail. Du coup, j’ai attendu. Et la vie m’a pris; le journalisme m’a pris. Je suis devenu journaliste, puis directeur de journal par hasard.

  • Vous avez fait le Centre de formation des journalistes (CFJ)

    Franz-Olivier Giesbert, écrivain, journaliste. Juin 2013. Librairie Martelle, à Amiens (Somme).

    .

  • – Oui, j’avais fait le CFJ car il me fallait un boulot pour croûter. Ma mère voulait que je trouve d’abord un boulot quand je lui disais que je voulais devenir écrivain. J’avais décidé d’être avocat, jusqu’à ce que je découvre les joie du journalisme qui m’ont permis, très vite, de gagner beaucoup d’argent. De vivre bien. Je ne voulais pas dépendre de mon père; je voulais très vite partir de chez moi. A 20 ans, j’étais autonome. Quand j’ai fait le CFJ, j’écrivais déjà des articles; j’avais ma voiture. J’invitais les filles au restaurant parce que, déjà, je travaillais tout en suivant les cours du CFJ.

  • C’était, en fait, la littérature qui, déjà, vous guidait.

  • – Oui, car mon admiration allait déjà vers le grands écrivains.

  • Les écrivains-journalistes?

  • – Non, pas du tout. Mes grandes rencontres ce sont Julien Green qui m’a beaucoup marqué, et m’a donné des conseils; il m’a expliqué comment il fallait justement « écrire ses livres pour savoir ce qu’il y avait dedans » (pour reprendre sa formule). Chercher son inspiration à travers les visages. Faire en sorte que les personnages nous racontent l’histoire. Norman Mailer avec qui j’ai eu des relations très très proches; je l’avais interviewé, j’avais écrit un article très long qui l’avait beaucoup fait rire car je me moquais de lui en le pastichant. Norman Mailer, je l’ai très bien connu; il m’a donné des tas de conseils. Michel Tournier, aussi, qui a joué un rôle dans ma vie. J’ai noué des relations d’amitié avec beaucoup d’écrivains; c’est clair.

  • Dans la production littéraire contemporaine, quels sont les auteurs que vous aimez?

  • – J’ai beaucoup d’admiration pour Yasmina Reza qui est un écrivain classique, qui a un statut différent des autres. Elle est très étrange; son écriture est universelle. Elle est jouée partout dans le monde. C’est un des grands écrivains contemporains. Elle vit très en dehors des codes. Chaque livre qu’elle sort est un événement important. J’aime son ironie un peu grinçante. J’aime beaucoup Le Clezio; c’est un ami. J’ai aussi David Vann, un écrivain américain; mais aussi Joseph Boyden qui a écrit des livres sublimes. Je suis très éclectique dans mes choix littéraires; j’ai régulièrement des petits coups de coeur. J’ai beaucoup aimé le dernier Foenkinos; son humour décalé – à travers les petites choses de la vie – me rappelle l’humour de Philip Roth. J’éprouve beaucoup de plaisir à découvrir de nouveaux auteurs en permanence.

  • Vous n’avez pas cité Malraux ou Bernanos ou Hemingway dans votre panthéon.

  • Ce sont de grands écrivains, mais, par exemple, Giono me parle plus. Beaucoup plus que Malraux en tout cas. Car devant la grandiloquence de Malraux, on a souvent envie de sourire. Giono est tellement plus vrai. Aragon, lui, est un génie; c’est l’un des plus grands poètes publiés en France. Je suis assez sévère dans mes choix, c’est vrai… Dostoïevski et Tolstoï sont des monuments. Les littératures qui m’attirent le plus sont les littératures américaine et russe. Et la littérature française du XIXe, c’est la meilleure. Au XXe, on se débrouille bien. Au XXIe, ça commence à devenir compliqué mais on va se battre. Personnellement, je vais avoir du temps pour écrire; j’ai des ambitions. On va s’amuser.

  • Vous avez envie de lever le pied en ce qui concerne le journalisme?

  • J’ai des lecteurs qui me sont fidèles; je devrais leur donner un peu plus. Ca me m’a jamais gêné qu’une partie de la presse m’ait boycotté. Je ne demande rien; je n’envoie pas les livres, c’est tout.

  • Vous aimez beaucoup le romancier René Frégni, et vous aimez également Giono. Est-ce laville de Manosque qui vous réunit?

  • J’ai vécu une partie de ma vie à Manosque; René Frégni y habite. On est devenu ami. J’aime la violence et la colère de la littérature de Frégni. Il a écrit de très beaux livres. Je suis très gourmand de littérature. Je suis cruel dans mes choix. Je n’aime pas lire de mauvais livres. Je n’en dit pas de mal non plus. En revanche, chaque année, il y a des surprises, des bons livres.

  • Aimez-vous les hussards?

  • Je suis un fou de Déon. J’aime beaucoup Blondin. Pour mon écriture, j’évite les amphigourismes, les adverbes, les adjectifs. Je fais toujours un gros travail là-dessus. J’ai beaucoup d’admiration pour Michel Déon qui a repris son roman Les Poneys sauvages en le purifiant pour lui redonner une nouvelle vie; il a enlevé toutes les scories.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

(*) La cuisinière d’Himmler , éditions Gallimard.

«Patrick Poivre d’Arvor : « Les livres, c’est capital dans ma vie »

Patrick Poivre d'Arvor dans le train entre Amiens et Abbeville, vendredi 12 avril, vers 15h30.

Il est venu signer son dernier livre « Seules les traces font rêver » à la librairie Ternisien à Abbeville. On savait qu’il y aurait un monde fou. Alors, l’interview qu’il nous a accordée, s’est déroulée dans le train entre Amiens et la capitale du Ponthieu.

 

Pourquoi avoir écrit ce livre de souvenirs et de portraits? C’est une manière de bilan de vie. Pourtant, vous n’avez pourtant que 65 ans.

Au départ, c’est en fait à cet âge-là que j’avais prévu d’arrêter le journal télévisé. Je l’avais toujours dit. Comme vous le savez, ça s’est arrêté de manière prématurée. Je me suis débrouillé pour avoir du temps afin de faire le point sur les gens que j’avais rencontrés, sur tout ce que j’avais vu, connu. J’ai donc arrêté l’émission que je faisais sur France Cinq, La Traversée du Miroir. J’ai pris tous mes petits agendas, comme celui que j’ai là, sur moi; je les ai tous regardés afin de retrouver les faits saillants, et j’ai réordonné la chose. Me connaissant (je suis toujours en train de galoper), il s’agissait là d’un moment unique de tranquillité. Je le vois aujourd’hui : je suis reparti dans la mise en scène de Don Juan; je suis en train de terminer un livre; je termine l’adaptation d’une pièce de théâtre, etc. Tout cela va me prendre à nouveau beaucoup de temps. Je suis content d’avoir trouvé cette année pour faire le point, cette année de recul.

Dans quelles conditions avez-vous écrit ce livre?

J’ai toujours conservé mes agendas depuis que j’ai 22 ans. Je les ai tous mis sur la table. Je les ai repris jour après jour; j’y voyais défiler les noms des gens que je rencontrais. Remontaient en moi des souvenirs. Ou pas. Ensuite, j’ai réordonnancé avec mes passions successives, chronologiquement la lecture, puis l’écriture. (La lecture et l’écriture sont pour moi essentiels.) Ensuite, le métier de journaliste. Troisièmement, les rencontres avec les chefs d’états étrangers. Ensuite, je suis arrivé sur les chefs d’état français avec les portraits assez fouillés des uns et des autres. Puis quelques chapitres sur les figures artistiques ou de foi et d’espérance.

Vous êtes né à Reims. Quel souvenir gardez-vous de cette ville? Y avez-vous gardé des contacts?

Oui, bien sûr. Saint-Exupéry a dit qu’on était de son enfance comme on est d’un pays. Incontestablement, je suis de mon enfance; et je m’en rends bien compte dans ce livre. Pourtant, je n’ai pas d’agenda entre zéro et 20 ans. Mais me remontent tous ces souvenirs d’enfance. Mes premiers livres de poche lus chez le soldeur de la ville (il existe encore); mes premières émotions sportives vécues soit devant un poste de télé en noir et blanc, dehors, devant un magasin d’électroménager car mes parents n’avaient pas la télévision; soit vécus au stade Auguste-Delaune qui aujourd’hui, vibre à nouveau, et ça m’a fait plaisir de voir Reims en première division.

Vous souvenez-vous de la Vesle?

Oui, j’en parle souvent car ils nous arrivaient d’aller pique-niquer au bord de la Vesle avec ma mère. Nous allions aussi sur la montagne de Reims qui culmine à 80 mètres ce qui est quand même assez exceptionnel! (C’était notre petite fierté.) Je me souviens du canal. Tous ces moments, sont importants pour moi.

Roger Vailland habitait Reims, lui aussi.

Bien sûr. Je l’évoque car imaginer qu’une bande de jeunes gens (Roger Vailland, Roger Gilbert-Lecomte, Daumal, etc.) avait fréquenté le lycée où j’étudiais… je trouvais ça magnifique. Ca me donnait de l’espoir; ça me laissait penser que c’était possible pour moi aussi. Ce qui n’est pas toujours facile car je venais d’un milieu modeste; mes parents n’avaient pas de relation. Il n’y avait aucune raison que je fasse un jour du journalisme, que j’écrive des livres… Mais qu’il y ait eu des gens comme eux, ou comme Rimbaud, à Charleville, à 70 kilomètres de chez nous , qui avaient eu cette audace, cela m’a apporté beaucoup.

Il n’y a pas de plaque sur la maison d’enfance de Roger Vailland, avenue de Laon, à Reims. C’est dommage, vous ne trouvez pas?

Oui, c’est dommage. Il faut que des gens très motivés fassent des démarches. Je suis parvenu à faire en sorte qu’une rue de Reims porte le nom de mon grand-père qui était poète (N.D.L.R. : son grand-mère maternel, Jean-Baptiste Jeuge, relieur et poète connu sous le nom d’auteur de Jean d’Arvor). Une rue un peu bizarre qui se trouve dans une zone de supermarchés mais c’était important pour moi qu’elle existe. Il y avait là une forte volonté de ma part. Vailland n’avait peu être pas d’héritiers qui aient pu entreprendre la démarche. Je n’oublie pas que Roger Vailland a eu le prix Interallié, comme moi (j’étais très heureux de l’avoir obtenu). Malraux l’avait récolté le premier; Vailland l’avait eu pour Drôle de jeu. C’était un joli cousinage.

Avez-vous déjà travaillé au journal L’Union?

Oui : à chaque fois que je revenais de mes reportages à l’étranger pour France-Inter, j’en faisais une version papier pour L’Union; je ne devais pas être payé pour ça. Mais j’étais très heureux de voir mon nom dans L’Union. J’étais très très fier. (N.D.L.R : à cet instant de l’interview, nous sommes toujours dans le train; il indique que nous passons tout près de la maison de Jules-Verne.) C’était des reportages que j’avais pu faire aux Philippines, à l’île Maurice, etc. Je signais également quelques tribunes dans les Libres opinions. J’étais très content; c’était un immense honneur qui m’était fait.

Votre livre – comme votre vie – , est riche et imposant. Il déborde d’histoires, d’Histoire et de rencontres. Quelle est la rencontre qui vous le plus marqué?

Jean-Paul II, le Dalaï Lama, en France l’abbé Pierre, soeur Emmanuelle qui est devenue une grand grande amie, le père Pedro, etc. Assez curieusement, ce sont des gens de foi alors que j’ai un rapport très compliqué avec la foi depuis que j’ai perdu un enfant, puis deux, puis trois, je me suis mis à avoir beaucoup de questions à poser à Celui qui a permis ça…

Et la rencontre la plus désagréable?

J’ai dû présenter dix mille journaux télévisés; on me parle toujours du dernier qui était très sympa, même s’il y a un côté sépulcral. Et on me parle toujours de deux minutes du conférence de presse de Fidel Castro. Si vous aviez comme ça m’énerve, s’agissant d’un homme que j’ai rencontré un an plus tard… s’agissant d’un truc que j’avais annoncé comme une conférence de presse… et de penser qu’il y a encore aujourd’hui des journalistes qui caquètent, répètent, par Wikipédia interposé, autant de rumeurs non vérifiés… Ils répètent quelque chose qui n’a jamais été ni de mon fait, ni sanctionné par qui que ce soit. Il n’y a eu que deux minutes d’un montage extrêmement maladroit. Oui, c’est l’une des choses qui m’a le plus énervé. J’ai été résumé à ça.. Ca en dit long sur notre métier, et sur le manque de confraternité.

Votre carrière se partage entre journalisme de haut vol et l’écriture littéraire et les livres. Vers quel domaine votre coeur penche-t-il?

Les livres parce que chronologiquement, ça a commencé par ça. J’ai écrit mon premier ouvrage à 17 ans; il a été publié bien plus tard et s’est appelé Les Enfants de l’Aube. Je ne suis devenu journaliste qu’à l’âge de 20 ans parce que j’avais gagné un concours à France-Inter. En importance et en trace (puisque c’est le titre de mon dernier ouvrage), évidemment les livres laissent plus de trace que les journaux télévisés. Les livres, c’est capital dans ma vie. Et c’est surtout ceux que j’ai lus qui ont été les plus importants. Ils m’ont formé.

Ne seriez-vous pas venu au journalisme dans le but d’accéder plus facilement à la littérature?

Mes modèles dans le journalisme étaient des écrivains. Kessel, Malraux, Bodard, Cendrars. Quand Victor Hugo écrit Choses vues, c’était déjà du journalisme. Du très grand journalisme; c’est ça que j’aimais. Au départ, si je voulais devenir diplomate, c’est que je pensais qu’on pouvait écrire très bien, très loin et que personne n’allait vous embêter pour le faire… Pour le journalisme, je me suis dit la même chose : je me suis dit que j’allais pouvoir continuer à témoigner, à raconter.

Vous venez de citer des écrivains-journalistes. D’autres écrivains ou personnalités diverses vous ont-ils marqué?

Oui, je suis fier d’avoir interviewé Andreï Sakharov , Norman Mailer, Alberto Moravia, Julien Green… et des gens qui sont devenus des amis. Car c’était impensable pour un petit garçon qui avait lu Françoise Sagan, Marguerite Duras, de devenir très proche de gens comme ça. Cela m’a rendu très heureux.

Vous sentez-vous plus proche d’un courant littéraire particulier (Nouveau Roman, les Hussards, les Existentialistes, etc.)?

J’avais fait une très bonne interview de Nathalie Sarraute; une interview très intéressante d’Alain Robbe-Grillet mais je ne me sens pas du tout proche du Nouveau Roman, ni de cette écriture-là. Les Hussards m’ont évidemment marqué. Roger Nimier, Antoine Blondin… Blondin et Jacques Laurent que j’ai eu la chance de rencontrer. Michel Déon que je revois toujours puisqu’on fait partie tous les deux des écrivains de marine. Ce sont des gens qui m’emballent.

Ex-Libris (TF 1, 1988-1999), Vol de Nuit (TF1, 1999-2008), Place aux livres… Quelle est aujourd’hui votre actualité en matière d’émissions littéraires et de critique littéraire?

Comme critique littéraire, je ne travaille plus que dans un magazine que j’apprécie beaucoup et qui s’appelle Plume. Sinon, j’ai arrêté les rubriques que je faisais dans Marie-France, dans Nice-Matin; je faisais trop de choses et je ne parvenais plus à m’en sortir. Actuellement, je travaille au sein de France-Loisirs pour les aider à dénicher des textes inattendus ou très anciens. Je suis en compagnie d’Amélie Nothomb, Franz-Olivier Giesbert, Françoise Chandernagor, Gilles Lapouge, etc. Nous disposons de deux pages. Nous nous entendons extrêmement bien. J’ai arrêté l’émission La Traversée du Miroir. Je n’ai plus d’émissions spécifiquement littéraires.

Ca ne vous manque pas?

Si. J’aimais vraiment beaucoup ça; si un jour ça peut se représenter, ça me ferait très plaisir. Cela me rendait heureux. J’ai pu faire découvrir de nombreux auteurs. C’est pour moi une fierté.

Vous êtes sur le point de vous rendre à Abbeville pour une séance de dédicaces à la librairie Ternisien-Duclercq. Connaissez-vous déjà Abbeville et la Picardie en général?

Oui, il y a quinze jours, je me suis rendu au Touquet avec mon frère pour faire une lecture. (J’aime beaucoup les lectures; j’en fait énormément en ce moment; soit des lectures de Cendrars et du Transsibérien avec un quatuor de jeunes femmes; soit avec un pianiste, un de mes amis d’enfance Jean-Philippe Collard avec des musiques de Chopin et des lectures de mon anthologie des plus beaux poèmes d’amour.). Au retour du Touquet, nous nous sommes arrêtés un peu à Abbeville, et nous sommes allés plus longuement dans la baie de Somme. Nous avons déjeuné à Saint-Valery-sur-Somme. J’ai beaucoup aimé; c’est très authentique. Il y a une vraie relation avec la nature. La terre et la mer se mélangent… J’aime beaucoup.

Vous êtes très attaché à la Bretagne. J’ai lu que votre famille était originaire de Fouquières-lès-Lens, dans le Pas-de-Calais. Est-ce exact?

Je l’ai lu comme vous, mais je ne le savais pas. C’est un généalogiste très sérieux qui affirme cela; il me fait descendre d’un certain Hugues Lepoivre. C’est tout à fait possible.

Vous avez été victime de diverses controverses (l’interview de Fidel Castro, accusation de plagiat par Jérôme Dupuis, de L’Express pour votre livre du Hemingway, etc. Quelle est celle qui vous a fait le plus souffrir? Comment l’avez-vous vécu?

On ne le vit jamais bien. On peut dire qu’on s’en fiche mais ce n’est pas vrai. Si c’est vrai c’est qu’à ses yeux, tout cela n’a pas beaucoup de prix. Or, la littérature et la vérité ont du prix. L’honneur, ça a aussi du prix. Maintenant pour vendre ou assouvir des rancoeurs personnelles, on est capable de faire n’importe quoi. On n’assassine pas les gens; on essaie juste de leur couper un peu les jarrets pour qu’ils courent moins vite car en général quelqu’un qui court vite ou qui a la tête qui dépasse, ça agace singulièrement dans ce pays; c’est dommage mais c’est comme ça. Il faut faire avec mais ça ne réconcilie pas vraiment avec la nature humaine, surtout dans un métier que j’adore mais qui est habité par un milieu que je n’adore pas tant que ça. Quand il y a des choses qui ne me plaisent pas, je le dis; alors quand vous dites que vous êtes écoeuré par une Une de Libération sur une rumeur sur Fabius, immédiatement, vous avez le droit à la vengeance ou aux tirs de barrages quelques jours plus tard dans le même journal. Mais à ce moment là, faut-il se taire? Garder ça pour soi? Non. Jusqu’au bout, je dirai ce que je pense.

Dans votre livre, vous expliquez que vous avez interviewé Jérôme Cahuzac.

Oui, c’est exact; c’était pour une émission qui s’appelle Place aux livres que je fais une fois par mois sur la chaîne parlementaire. C’était certainement le premier ministre que nous interrogions (nous sommes à trois pour les interviews). C’était juste après sa nomination, en juin dernier. Il était brillantissime. Pour beaucoup de gens, c’était une découverte car les gens ne le connaissaient pas. On découvrait un homme en pleine possession de ses moyens. Depuis, on a découvert quelqu’un qui était aussi en pleine possession d’un compte bancaire à l’étranger. Et peut-être de plusieurs; je ne sais pas. Ce qui est navrant c’est que cette affaire a jeté un discrédit sur l’ensemble de la classe politique. Et quand je lis un sondage dans Le Figaro qui dit que 70% des Français pensent que leurs élus sont corrompus, je me dis que c’est vraiment écoeurant pour les dits élus parce qu’on sait que ce n’est pas vrai; on les voit. Les politiques font un assez dur métier. Ils n’obtiennent pas assez de résultats; ils ont l’air d’avoir les bras ballants. On leur en veut beaucoup; il essaie pourtant de se démener. Ils ne sont pas servis pas le fait qu’ils se détestent tous les uns les autres. Ils se critiquent d’une manière assez puérile, y compris à l’intérieur de leurs propres camps. Il y a des scènes un peu théâtrale ou même tragicomiques à l’Assemblée qui, évidemment, ne font pas plaisir aux Français qui les jugent durement et de ce point de vue, ils n’ont pas tort. Sur le discrédit général, c’est un problème; on a vraiment besoin d’une classe politique. On a besoin d’autorité dans ce pays. On a besoin d’autorité à l’école. Là aussi, il y a des tas de gens qui contestent cette autorité. Des parents d’élèves qui rentrent dans l’école et se permettent de frapper des enseignants. Je trouve cette dérive-là lamentable. Tout va de pair : l’autorité est toujours contestée et, du coup, ce ne sont pas les meilleurs qui gagnent. J’espère que ce ne sera que passager, mais pour l’instant, c’est rude. Et ça fait beaucoup penser aux années Trente : l’antiparlementarisme, le rejet de toutes les élites, et tout le monde est fourré dans le même sac, les journalistes comme les autres.

Propos recueillis par Philippe Lacoche

Au nom d’Hopper, de Danquin, de Renoir et de la mélancolie

De gauche à droite : Jean-François Danquin, David, libraire, et Alexandra Oury, critique littéraire.

Lectrice convoitée, sache que, comme Roger Vailland, mon romancier préféré, j’ai mes saisons. Culturelles. Longtemps, elles furent rock’n’roll, puis Yé-Yés, puis terriblement littéraires, puis vides, puis cinéma. Ces derniers jours, elles furent résolument peinture. Je me suis rendu à la librairie Chapeau melon et piles de livres, rue des Lombards, à Amiens, pour découvrir l’adorable exposition de Jean-François Danquin. Il présentait soixante têtes d’écrivains (Vailland, Faulkner, Carver, Paul Auster, Marcel Aymé, Calvino, Hemingway, Fante, Salinger, etc.), fruit de la série Littéraire magazine, le tout sous le titre générique Littérature en revue. «J’ai peint plusieurs séries, toujours sous la forme de couverture de magazines», confie Jean-François. «Architecture magazine, Music magazine, Sexy magazine, etc.» Comme d’habitude, Danquin, c’est bien. Cours rue des Lombards, lectrice adulée! Tu ne le regretteras pas. En compagnie de Lys et dans le cadre d’un voyage organisé en car, je suis allé voir la superbe exposition d’Edward Hopper au Grand Palais, à Paris. C’est tout simplement magnifique, magique. Désespérant aussi. Il suinte des toiles de Hopper une mélancolie poisseuse, quasi autiste. Ses personnages ne se parlent pas, se regardent à peine. Ils ont les yeux hagards, perdus vers des horizons lointains; on ne sait pas ce qu’ils contemplent au juste. Une impression de vide qui vous prend aux tripes. C’est très fort. L’antithèse du rêve américain. Et quel bonheur : Hopper est obsédé par le chemin de fer. Il peint très souvent des rails. En face, au Petit palais, nous sommes allés voir les collections permanentes. Très hétéroclites, beaucoup d’impressionnistes, quelques fauves, le monde chrétien, la Renaissance. Passionnant. Je me suis amusé à noter les peintres exposés ayant un rapport avec la Picardie: Léon Bonnat (mort à Monchy-Saint-Eloi en 1922), Mary Cassat (morte à Mesnil-Théribus en 1926), Ernest-Jules Renoux (mort à Romeny-sur-Marne en 1932), Jean-Baptiste Oudry (mort à Beauvais en 1755).Les peintres se cacheraient-ils en Picardie pour y mourir? Renoir, lui, avait choisi la côte d’Azur. Suis allé voir au Gaumont d’Amiens, le film qui lui est consacré. Michel Bouquet est admirable. Et Christa Theret, ici assez agaçante, qui joue Andrée Heuschling, le petit modèle roux, a des fesses à croquer.

Dimanche 13 janvier 2013