Mon aventure avec Llançà, une brune, même pas majeure

 

L'excellent photographe Guillaume Lecoque.

Alain David, vice-président d’Amiens Métropole chargé de la culture, par ailleurs talentueux peintre, a exposé ses toiles dans l’adorable petite église romane de Fieffes-Montrelet. En compagnie de Lys, j’étais ravi d’aller les découvrir. Alain ne donne pas dans le figuratif. Il travaille les formes, les volumes, les couleurs. Ses toiles sont souvent imposantes. Elles s’intégraient bien dans ce lieu de pierres séculaires et dans cette ambiance automnale. Mon automne est rural. Après avoir parcouru la campagne pour gagner Fieffes-Montrelet, nous nous rendus, Lys et moi, au domaine du Marquenterre pour y faire du cheval. Oui, tu as bien lu, lectrice adorée; le marquis a délaissé son carrosse Peugeot 206 (5 VC) pour une magnifique jument henson nommée LLançà (comme la capitale de la Catalogne).Elle était justement très brune, titulaire d’une jolie crinière. J’ai demandé à la monitrice si Llançà était majeure, je fus déçu. «Elle a quinze ans», m’a-t-elle informé, intriguée, puis un peu inquiète surtout quand je lui répondis: «Tant pis! Je la monterai quand même…» Malgré mes hautes origines, je n’étais jamais monté sur un cheval. Ce fut une grande découverte. Promenade dans la forêt du domaine. Sous-bois de velours ocre et roux. Nous avons croisé des mouflons, des sangliers et autres bestioles. Lys, devant moi, était bien mignonne avec sa petite queue blonde qui dépassait de sa bombe. Llançà avait un sacré caractère; elle prenait la tangente dès qu’elle le pouvait pour manger à sa guise l’herbe fraîche. J’ai été tellement séduit par cette expérience il n’est pas exclu que je revende ma Peugeot 206 et que je m’achète un cheval. Venir travailler à cheval au Courrier picard, ça ne manquerait pas d’allure. Mon retour à la vie citadine m’a encore dépaysé.Je suis allé découvrir la belle exposition «Zanzibar-Michenzani Trains, un quartier en regard», à la maison de l’architecture à Amiens. Très belles photos de Guillaume Lecoque, et conférence, lors du vernissage, de Maïlys Chauvin, géographe et chercheur au laboratoire des Afriques dans le Monde. Je ne cessais de penser à Rimbaud et à Kessel. Et des hallucinations olfactives m’envahirent, parfumées au clou de girofle.

Dimanche 13 octobre 2013.

Pluie de presque automne sur les rouleaux d’été

Guillaume Lecoque, excellent photographe et passionné de voyages.

     Il pleut. Une petite pluie froide. Ça sent l’automne. Place Gambetta, à Amiens, des employés roulent de grands morceaux de la pelouse de la plage installée là, tout l’été. Quand je passais devant, en juillet et en août, j’entendais les piaillements des enfants. Ils sont aujourd’hui en train de peiner en classe. Place Gambetta: ces gros et rondouillards rouleaux de pelouse ressemblent à des rouleaux de printemps. À des rouleaux d’été plutôt. La pluie froide de presque automne les rend gras. Un temps à s’enfermer au cinéma. Ce que je fais en compagnie de Lady Lys. Longtemps, j’ai boudé les salles obscures, concentré sur les livres et sur les concerts de rock. Je suis allé voir plusieurs films épatants: Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer, avec les délicieuses Kristin Scott Thomas (magnifique, splendide! J’adore) et Isabelle Carré (on lui donnerait vingt ans; très mignonne, craquante), l’efficace Jean-Pierre Bacri (avec qui je me suis réconcilié dans ce rôle où il apparaît plus fragile, moins cabotin), et l’immense Claude Rich, génial en vieux père cynique. Ce film, qui n’eût pu être qu’un film de gauche sur les sans papiers, est tiré par le haut par une écriture littéraire et des histoires d’amour émouvantes. On reste en famille avec Du vent dans mes mollets, de Carine Tardieu, avec Agnès Jaoui (la compagne de Bacri), Denis Podalydès et, une fois de plus, la craquante Isabelle Carré. Un petit film frais, assez poignant et discrètement mélancolique. Je me suis également rendu à la très belle exposition, «Harrar, le caché et le montré», qui se tient actuellement – jusqu’au 30 septembre-, au café-librairie Chapeau melon et piles de livres, rue des Lombards, à Amiens. Guillaume Lecoque, 37 ans, d’Amiens, propose à nos regards dix-sept photographies de ses œuvres, des tirages argentiques d’après fichiers numériques. Titulaire d’un beau regard de photographe sensible et inspiré, Guillaume Lecoque est parti, en 2009, sur les traces de Rimbaud et s’est demandé pourquoi s’était-il enfui dans cette ville de la Corne de l’Afrique. Beaucoup de monde au vernissage, dont Jean-Louis Piot, vice-président du Conseil général, et Hélène Quenot-Suarez, chercheur à l’Institut français de relations internationale qui évoqua les villes africaines.

Dimanche 16 septembre 2012.