Jean-Félix Lalanne rend  la guitare humaine

Créateur du spectacle «Autour de la guitare», il sera au Zénith d’Amiens le 3 novembre en compagnie de prestigieux artistes. Entretien.

Les progrès de la technologie – cette fée vacharde qui, souvent, nous crée beaucoup de soucis – ont parfois du bon. Plutôt que de parler longuement de l’immense talent du guitariste Jean-Félix Lalanne, écoutons-le sur le site du Courrier picard. Il nous donne à entendre et à voir une version jazzy et sautillante de «Jeux interdits». Tout est là : la précision de la main gauche, les doigts, jamais démonstratifs ni bêtement rapides pour rien, qui virevoltent, élégants, sur le manche de la guitare; la main droite dont le pouce est équipé d’un médiator noir, qui pince, caresse, harmonise, main de harpiste, pour nous donner l’élixir émotionnel de ce morceau interprété par Narciso Yepes.

Passionné

Grand guitariste, Jean-Félix Lalanne? C’est indéniable. Il est également passionné fou de cet instrument. Pour lui rendre hommage, il a créé le spectacle Autour de la guitare, qui réunit quelques-uns des meilleurs guitaristes du moment. On pourra les entendre sur la scène du Zénith d’Amiens le 3 novembre prochain. «L’artiste principal, c’est la guitare», annonce tout de go Jean-Félix Lalanne. L’idée de monter ce spectacle lui est venue en 1999. À la salle du Réservoir, à Paris, il invite des guitaristes de tout style – jazz, blues, rock, flamenco, etc. – à venir s’exprimer sur scène lors de bœufs mémorables. Succès immédiat. Il a déjà un pied dans le monde de la chanson, ce qui lui permet d’inviter Goldman, Le Forestier, De Palmas, Zazie, etc. «J’ai eu envie d’en faire un spectacle.» Il appelle son ami Jean-Louis Boris. Le 28 novembre 2000 a lieu le premier Autour de la guitare, à l’Olympia. Bien vite, il se rend compte que ce sont les instrumentaux qui sont le plus applaudis. Après l’Olympia, la création est accueillie au Casino de Paris, au Palais des Sports et dans d’autres lieux; elle y rencontre le mêm

Jean-Félix Lalanne, il y a peu, dans les locaux du Courrier picard, à l'occasion de l'interview.

Jean-Félix Lalanne, il y a peu, dans les locaux du Courrier picard, à l’occasion de l’interview.

e engouement. Chanteurs, guitaristes, humoristes se retrouvent sur les planches pour fêter la six cordes (ou la douze, ou la quatre car la basse n’est rien d’autre qu’une guitare à grosse voix). Chaque année: succès renouvelé.

Son rêve: tourner en province

«Mon rêve, c’était de tourner en province mais c’était difficile car il s’agit d’un spectacle éminemment collectif.» Aujourd’hui, c’est chose faite. La première date aura lieu le 9 octobre au Zénith de Caen, le 30 octobre à celui de Dunkerque, le 31 octobre à celui de Lille, et le 3 novembre, à celui d’Amiens. L’affiche? Elle est splendide: sept guitaristes attitrés et onze chanteurs-guitaristes-artistes invités. On peut citer notamment Larry Carlton, Robben Ford, Christopher Cross, Johnny Clegg, Ron Thal (ex-guitariste du groupe Guns N’Roses), John Jorgenson, Paul Personne, Axel Bauer, Dan Ar Braz, Michael Jones, etc. «Il est hors de question que les artistes viennent jouer, faire leur show et repartent dans les loges», explique Jean-Félix. «Nous sommes tous, tour à tour, leaders et accompagnateurs. Notre but: construire trois heures de spectacle. Nous jouons tous à peu près le même temps, mais pas en même temps; juste par groupe de trois ou quatre. Il y a aussi des moments solos, plus intimes. Nous proposons des couleurs différentes, des tableaux différents. Ça reste plus un spectacle qu’un simple concert de guitares… Mais j’aime bien mettre la guitare au centre de ce spectacle. Le tout est conçu comme un vrai show. La guitare est prétexte à un rassemblement humain. C’est ça qui fait que l’événement est un succès.»

Autodidacte

Son parcours est celui d’un autodidacte: Jean-Félix Lalanne commence à jouer de la guitare – à l’oreille – à l’âge de 11 ans. Il est doué: un premier concert solo à 13 ans, découvre le picking, rencontre le regretté Marcel Dadi. Il entre au Conservatoire de Marseille. «Je possédais une gourmandise d’apprendre toutes les techniques», avoue-t-il. «Dès que j’entendais quelque chose, je voulais le reproduire. J’aime la variété des sons au sens premier du terme.» Il possède aujourd’hui une vingtaine de guitares, acoustiques et électriques (Fender, Martin, Gibson, etc.) «Je ne suis pas collectionneur; je les utilise selon mes besoins.» Il est en grande connivence avec le luthier français Lâg qui lui a fabriqué une guitare. Ses guitaristes préférés? Ils sont nombreux. Il cite cependant «avec gourmandise» Mark Knopfler, «il joue comme on chante»), Jeff Beck ( «pour son jeu aux doigts; un truc très chaud»), Chet Atkins… Ses yeux s’allument quand il parle des autres guitaristes. Modeste. Et passionné jusqu’au bout des doigts.

PHILIPPE LACOCHE

 

A savoir :

«Autour de la guitare 2015» spectacle de Jean-Felix Lalanne avec Robben Ford, Larry Carlton, Christopher Cross, Johnny Clegg, Ron Thale, Paul Personne, Axel Bauer, Dan Ar Braz, Norbert Nono Krief, Michael Jones.  Mardi 3 novembre, 20 heures, au Zénith, à Amiens. Rés. 03 22 47 29 00; http://www.nuitsdartistes.com.

François Long, bassiste des Rabeats, sortira un album solo cet été

Francois Long, guitariste-bassiste des Rabeats.

    J’étais en train de travailler sur l’interview de John Steel, batteur historique, fondateur, avec Alain Price, Chas Chandler, Hilton Valentine et Eric Burdon, du groupe mythique les Animals. Ce sont eux qui ont donné au British Blues Boom ses lettres de noblesse. Quand François Long, alias Dip, bassiste et choriste des Rabeats, a appelé pour me dire qu’il avait son premier album à me faire écouter, je savais que je ne serais pas dépaysé. On s’en doute, François est fan des Beatles. Mais il adore également Paul Weller et les Jam, David Bowie, les Who et quelques autres pointures, bien inspirées par les divines sixties façon anglaise. Je ne fus pas déçu. Intitulé The Seven Others, l’album de François, qui comprend une dizaine de chansons, a été travaillé avec soin. Et patience. Il a mis trois ans à le réaliser, «car notre planning avec les Rabeats est chargé», confie-t-il, modeste. Il a fait toutes les parties de guitare, de basse, les programmations, les synthés. Il s’est fait aider par ses copains des Rabeats (l’incontournable Flamm, à la batterie, Marcel, à la guitare, et Sly, aux chœurs), mais aussi par Simon Postel (batterie), Sylvain Paré (batterie), Florent Elter (guitare), et Christophe Deschamps (célèbre batteur qui a notamment joué avec Voulzy et Goldman; «je l’ai contacté car c’est un fan de Keith Moon et de Ringo Starr»). Il est également question d’une invitée de marque sur le disque, mais cela reste à confirmer. Le résultat est d’excellente facture. Des chansons amples, fortes, à la fois puissantes et subtiles, taillées dans une pop-rock des plus convaincantes. Les mélodies sont là, présentes, entraînantes; les arrangements sonnent sans être entêtants. Tout est finement dosé. De l’excellent travail. Tous en anglais, les textes «s’inspirent de la vie quotidienne et des discussions que j’ai pu avoir sur les réseaux sociaux», explique-t-il. Ils évoquent aussi des rencontres: celle de Gail Ann Dorsey, la bassiste de Bowie, rencontrée en octobre 2011, à Amiens quand Lenny Kravitz préparait ses concerts, et celle de Paul Weller, la même année, tout à fait par hasard, dans les rues de Londres. «Ça a duré trois minutes, mais j’ai eu l’impression que ça durait des heures: je suis un fan de ce mec!». Un single, «Afraid», titre de la première chanson de l’album sortira sur le net en juin; le disque complet suivra, prévu en juillet. Des concerts? François y songe sérieusement, «mais rien n’est encore réellement décidé pour l’instant». Il prend son temps; ça lui va bien. Son excellent album prouve qu’il a raison.

                                       Dimanche 9 mars 2014