Zabou dans ma tête

Zabou dans ma tête. Elle est bien bonne celle-là. J’aime les titres comme ça: entre Bigard, Trump et Blondin. Enfin, ça ne valait pas celui de la une du Courrier du jeudi 10 novembre: «Mystère président». La classe! On a même eu les félicitations de France Inter. Mon rédacteur en chef, d’un naturel modeste, m’a dit que c’était une œuvre collégiale. Bravo! Fierté de travailler dans ce sacré canard. Oui, ça bouillonnait dans ma tête, l’autre soir, à la Comédie de Picardie dès que Zabou Breitman arriva sur scène. Elle y présentait son spectacle La Compagnie des spectres, d’après le roman éponyme de Lydie Salvayre, qu’elle a mis en scène et adapté. Zabou m’a toujours fait rêver. (J’espère qu’elle lira cette fichue chronique.) Au cinéma, bien sûr, sur les planches, mais aussi à la radio. Sa série À votre écoute, coûte que coûte, sur les ondes de France Inter, en compagnie du facétieux Laurent Lafitte, était un régal; ça nous manque. Il faudrait remettre ça, Zabou. Et puis, que puis-je dire d’autre: q

Zabou Breitman à la Comédie de Picardie.

Zabou Breitman à la Comédie de Picardie.

uelle jolie brune! Elle me trouble tant que quand j’ai tenté d’aller lui poser quelques questions, au bar de la Comédie de Picardie, je me suis emberlificoté dans mon pourpoint de marquis, et, au final, ne suis parvenu qu’à capter la délicieuse photographie que je te soumets aujourd’hui, chère lectrice adulée, soumise, trumpetisée. Elle m’a donc répondu brièvement, puis s’est dirigée vers le comptoir où l’attendait Claude Gewerc, ancien président de la région Picardie (quand celle-ci ne s’appelait pas encore Hauts-de-France), et René Anger, ex-cadre de la même Région, guidée qu’elle était par l’ami Nicolas Auvray, directeur du lieu. Le spectacle en lui-même (c’est vrai, je patote, je digresse, je commente, je confie mon inclination pour les charmes – indéniables – de Zabou; en un mot: je chronique) était une totale réussite. La collaboration en France pendant la deuxième guerre mondiale y est épinglée. On rit quand la mère de la narratrice évoque le maréchal Putain, Darnand, et que Zabou danse avec un mannequin de Pétain en nain, qu’elle lui caresse le front, qu’elle lui suçote les doigts. Cela est bigrement bien vu. À titre personnel, je regrette que nos bons amis d’Outre-Rhin soient un peu oubliés. (On eût pu surnommer les hordes teutonnes les Deux car ils étaient deux fois plus barbares que les Huns. Ouaf! Ouaf!) Ce sont quand même eux qui sont venus nous dire bonjour trois fois en peu de temps. Sans leur caractère emporté (euphémisme!), il n’y aurait pas eu de collaboration française, ni Vel d’Hiv. Ni des millions de morts à travers le monde. C’est dit. Sans transition (bien que…): vu deux autres oeuvres magnifiques: au cinéma Gaumont, Ma vie de Courgette, de Claude Barras, d’après le très beau livre de l’ami Gilles Paris. Vu au même endroit: Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, une charge contre cette saloperie de système capitaliste dont plus personne ne veut: voir l’élection de Trump aux États-Unis. Ceci dit, si Sanders, mec de la vraie gauche, avait été candidat à la place de la très establishment Hillary (l’équivalent de nos socio démocrates de la fausse gauche), on n’en serait pas là. Remplace les USA par la France, Trump par Marine, et Sanders par Méluche-PC, tu sais ce qu’il te reste à faire, lectrice, mon amour.

                                                      Dimanche 13 novembre 2016.

 

Un Jean-Louis Piot dans mon piège à poulettes

     

L'excellent Jean-Louis Piot et sa médaille.

L’excellent Jean-Louis Piot et sa médaille.

Il y avait longtemps que je ne m’étais pas adonné à ce sport si particulier, propre à l’écrivain, qu’est la dédicace. Par un samedi lumineux, éblouissant, mais frais comme un Noël soviétique au goulag, je me suis rendu comme un seul homme (mais étais-je bien seul, lectrice adulée, convoitée, bientôt suçotée, puis dévorée ? Non, j’étais avec moi-même, ce qui n’est pas de tout repos) à la Fnac d’Amiens. Une jolie table recouverte d’une étoffe noire aux armoiries de la célèbre Fédération nationale d’achats des cadres, fondée en 1954 par Max Théret (je cite Wikipédia : « Engagé un temps au Parti communiste, Max Théret effectue un virage radical vers la gauche libérale, à l’époque, le Parti socialiste de François Mitterrand. N.D.A. : certes, il était libre Max, mais moi j’eusse préféré qu’il fît le parcours inverse) m’attendait. Quelques-uns de mes livres étaient posés dessus ; tout près un joli présentoir et surtout une grande photographie avec ma sale gueule de marquis. « Un vrai attrape-poulettes ! » songeais-je un instant, en bon vieux salopard concupiscent. Je m’installai, et commençai à rêvasser. Le temps passait ; point de poulettes. En revanche, que vis-je arriver ? Mon copain Jean-Louis Piot, conseiller départemental, radieux, rayonnant, réjoui. Il y avait de quoi : il venait de se faire remettre les palmes académiques des mains de mon autre copain Christian Manable, sénateur, membre de l’association des médaillés de l’ordre des palmes académiques (AMOPA). Une occasion pareille ne se manque pas : on peut être écrivain, on n’en reste pas moins journaliste. Je dégainai mon appareil photographique aussi vite que Josh Randall (Steve McQueen) dans Au nom de la loi, exigeai de Jean-Louis qu’il exhibât sa jolie médaille, et l’immortalisai à jamais devant les regards intrigués des chalands de la Fédération nationale d’achats des cadres. Jean-Louis ne l’a pas volé, sa distinction. Conseiller d’éducation, il a notamment contribué à la mise en place du parcours artistique et culturel des collégiens (PAC collégiens 80). Puis, nous nous mîmes à nous souvenir de notre chère Aisne car Jean-Louis est de Beautor et moi, comme tu ne le sais pas peut-être pas encore, lectrice soumise, car je n’en parle jamais, de Tergnier. Nous évoquâmes les brumes mauves et duveteuses qui, l’hiver, caressaient la pelouse blanchie du terrain de football de Beautor, près du pont du canal. (Mon ami Jean-Pierre Marcos, un autre Beautorois, n’a pas son pareil pour en parler.) Et les bars américains, peuplés de délicieuses créatures (Le Daguet, près de la MJC de Tergnier ; La Loggia ; La Huchette, rue Pierre-Semard…) où, timides, nous allions boire quelques bières en galante compagnie et en nous prenant pour Hemingway ou Bukowski. Sans transition : suis allé voir, au Gaumont d’Amiens, Dieu merci, de Lucien Jean-Baptiste, avec ce dernier et Baptiste Lecaplain. Une comédie tendre, émouvante et réussie. Mais, malade comme une bête, je n’ai pas pu assister à l’avant-première de Adopte un veuf, de François Desagnat avec André Dussollier, Bérengère Krief, Arnaud Ducret. La vieillesse est un naufrage.

                                                        Dimanche 20 mars 2016.

 Ces spectacles et ces films qui nous emportent

   

Avec Christophe Salengro, de Groland, nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé (au centre sur la photo).

Avec Christophe Salengro, de Groland, nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé (au centre sur la photo).

Qu’est-ce qui fait qu’un spectacle ou un film nous emporte, nous emmène très loin ? Etrange alchimie entre le jeu des comédiens, la mise en scène, les éclairages, le son, et, bien sûr, l’histoire. A la Maison de la culture d’Amiens, je suis allé voir Contact, de Philippe Decouflé. C’était sublime, envoûtant. Très fort. Decouflé n’est pas un débutant. On doit à ce danseur et chorégraphe la mise en scène des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques d’Albertville, en 1992 et bien d’autres choses. Il s’est spécialisé dans la création de spectacles totaux qui mêlent avec gourmandise, folie et allégresse chorégraphies, costumes ébouriffants, lumières déroutantes et, parfois, vidéos. Contact n’est rien d’autre qu’une comédie musicale. Car, ici, la musique joue un rôle primordial grâce aux oeuvres originales composées et interprétées sur scène par les excellents Nosfell (chant, guitare) et Pierre Le Bourgeois (multi instrumentiste). Ces derniers égrenaient des compositions teintées de pop et de rock aux mélodies d’une limpidité et d’une beauté déconcertantes. Philippe Decouflé inscrit sa création sur la scène d’une manière de cabaret expressionniste. Les artistes passent en revue les moments essentiels du music-hall. Decouflé détricote ses souvenirs, part du mythe faustien de Mephisto, revisite West side story et s’adonne avec quelques clins d’œil appuyés à Pina Bausch. Parmi la quinzaine de comédiens-danseurs, l’inénarrable Christophe Salengro, célèbre président de la bande de Groland chère à Benoît Delépine et Gustave de Kervern. Un spectacle joyeux, fantasque, parfois tendre, sensible, émouvant ; parfois burlesque et dadaïste. Du grand art. A l’issue de la représentation, je retrouvais au bar de la Maison de la culture l’éclairant ami Jean-Pierre Bergeon, fondateur, en compagnie de Jean-Pierre Marcos, Jean-Pierre Garcia, Gilles Laprévotte et Denis Dormoy – au cours de sixties – de la revue Ciné Critique. Aujourd’hui notamment chroniqueur sur France Bleu, il n’a pas son pareil pour faire partager son enthousiasme, sa passion pour un spectacle, un film, un livre. Toujours avec humour. Nous discutâmes sans relâche de Contact, peu après que je me fus entretenu, au bar, avec Christophe Salengro avec lequel nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé. Je retrouvais Jean-Pierre Bergeon quelques jours plus tard, au Gaumont où je venais d’assister à la projection d’un superbe film 21 nuits avec Pattie, œuvre d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu avec la mignonne Isabelle Carré, la sensuelle et délurée Karin Viard, l’immense André Dussollier et l’éblouissant Denis Lavant, plus cintré que jamais. Fascinant. L’histoire ? En plein été, Caroline (Isabelle Carré), Parisienne quadra, mère de famille, débarque dans un village du sud de la France. Son but ? Organiser l’enterrement de sa mère, une avocate aux amours multiples et très indépendante. Sur place, c’est  Pattie (Karin Viard) qui l’accueille ; elle ne cesse de lui raconter par le menu et en terme poétiquement crus ses aventures amoureuses avec les autochtones mâles et vigoureux. Subitement, le corps de la défunte disparaît… Cette fable panthéiste est au final un hymne à la nature, au plaisir sexuel, au désir. A la vie. Inoubliable.

Dimanche 6 décembre 2015

 

 Rose, puis, puis rouge comme un homard

        Députée, secrétaire d’Etat chargée des droits des femmes au sein du gouvernement Valls, Pascale Boistard et Lucien Fontaine, du Parti socialiste, ont eu l’amabilité d’inviter, il y a peu, quelques saltimbanques : le comédien et chanteur Jean-Michel Noirey, l’écrivain Jean-Louis Crimon, l’animateur François Morvan et le cinéaste Eric Sosso. Lys et moi étions également de la partie. La rencontre eut pour cadre la Galerie 34, de Jean-Michel Noirey. Après une visite des œuvres exposées, nous passâmes à l’apéritif. L’inénarrable Jean-Louis Crimon ne cessait de prendre tout le monde en photo. Lucien passait de l’un à l’autre, s’assurant du bon déroulement des choses. Pascale Boistard était souriante, affable. Je me retenais de lui dire ce que je pensais de la politique du gouvernement – c’eût été indélicat – mais ça me démangeait. Alors, je tentais de parler de culture ce qui me réussit un peu plus que d’entamer une discussion sur la physique quantique. Je levais également le nez vers le ciel que des avions lacéraient de la neige de leur kérosène. Il faisait beau, doux. Un temps printanier comme seule l’automne, saison facétieuse, sait en faire. L’ambiance était excellente, fraternelle, comme une Fête de l’Humanité. Pour peu qu’il y eût de la musique, j’eusse bien invité Pascale Boistard à danser une valse, mais eût-elle bien pris que ce mauvais jeu de mots à l’endroit de notre Premier ministre ? Je pense que oui ; elle a de l’humour. Ensuite, nous sommes allés au Mascaret où, une fois de plus, l’ami Jean-Louis fit de nombreuses photos de l’assistance. Voilà à quoi j’ai passé un samedi d’automne sur la terre, lectrice, ma fée fessue. Sur le chemin de retour, au volant de ma petite voiture verte, je me demandais si certains politiques m’invitaient de nouveau à manger, est-ce que j’accepterais ? Xavier Bertrand, oui ; Jean-Luc Mélenchon, oui ; Vladimir Poutine, oui. Marine Le Pen, non. Je pense sincèrement que si cette dernière prend les rênes de notre belle – et grande – région, je serai tondu comme certaines dames à la Libération ou que je serai décapité, comme ce fut le cas, en des temps anciens, pour de lointains ancêtres de ma lignée. Quand je ne mange pas avec les socialistes, je vais au cinéma. Vu deux petites perles au Gaumont : Asphalte, de Samuel

Devant la Galerie 34, au Crotoy.

Devant la Galerie 34, au Crotoy.

Benchetrit, avec Isabelle Huppert, Gustave Kervern et Valeria Bruni Tedeschi ; Belles familles, de l’excellent Jean-Paul Rappeneau, avec Mathieu Amalric, la succulente et très douée Marine Vacht et Gilles Lellouche. Grandiose ! Vu au Ciné-Saint-Leu : le carrément génial The Lobster, de Yorgos Lanthinos avec Colin Farrell. Un film complètement fou et inquiétant : les célibataires sont arrêtés. On les transfère dans un hôtel où ils ont 45 jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, ils seront transformés en animal de leur choix. Le héros opte pour le homard car il vit vieux et dans la mer. Burlesque, déjanté mais profond.

Dimanche 8 novembre 2015

 

 On ne se quitte jamais tout à fait

       Certaines semaines sont légères comme du tulle, peu encombrées; d’autres sont chargées comme la langue d’un hépatique. Ce fut le cas de ces deux dernières. Faut-il s’en réjouir ? Avec l’âge, courir me fatigue. J’ai envie de prendre mon temps alors qu’il faudrait, au contraire, se presser, tout voir, tout entendre, tout aimer, tout manger, tout boire car ce fichu temps se raccourcit. Je suis vraiment un drôle d’animal, lectrice. J’ai donc couru à la Comédie de Picardie où m’attendait Lys, enturbannée comme une Indienne blonde aux yeux azurins. Les poètes Sam Savreux et Vincent Guillier, procédaient à des lectures de poèmes, dont un long texte inédit de Pierre Garnier (il sera édité aux éditions des Voix de Garages, fondées par Vincent Guillier). Des œuvres graphiques de Dominique Scaglia étaient exposées. Quelques jours plus tard, je suis allé, de nouveau, à la Comédie de Picardie pour la présentation de la saison 2015-2016 par Nicolas Auvray, Pascal Fauve et Jean-Jacques Thomas. De très beaux spectacles en perspectives qui donnent envie : Née sous Giscard, de et avec Camille Chamoux (en miss avec sublime maillot de bain bleu ciel, Le Chat, de Georges Simenon (avec Myriam Boyer et Jean Beguigui), Le Roi Lear, de Shakespeare (avec Michel Aumont), Les affaires sont les affaires, d’Octave Mirbeau, etc. J’étais heureux, au cocktail, de retrouver mon vieux copain Jean-Jacques Thomas que j’ai connu, au début des années quatre-vingt ; nous étions tous deux journalistes à L’Aisne Nouvelle où nous étions parvenus à déclencher une grève pour soutenir notre rédacteur en chef d’alors : Guy Volmerange. Souvenirs, souvenirs, tandis que Nicolas Auvray et René Anger souriaient en nous entendant parler comme deux anciens combattants. Sinon, suis beaucoup allé au cinéma. Au Gaumont, j’ai adoré La  Vallée de l’amour, de Guillaume Nicloux. Isabelle Huppert et Gérard Depardieu sont vraiment deux comédiens exceptionnels ; le film repose sur eux. Entre leurs vraies vies, leurs regrets, leurs remords, et la fiction. Au cinéma Orson-Welles, j’ai découvert Contes italiens, de Paolo et Vittorio Taviani. Nous sommes à Florence, au XIVe siècle, en pleine épidémie de peste. (N.A.M.L.A. : «Il embrasse un pestiféré et attrape la lèpre » ; non, on ne va pas recommencer.) De très jeunes personnes, belles comme des aubes nouvelles, se réfugient à la campagne pour ne se raconter que des histoires d’amour. La fiction comme remède aux inquiétudes ? Magnifiquement filmé. Au Ciné Saint-L

Boris, du Ciné Saint-Leu, dans le RER; on vient de se retrouver parmi la foule sur le quai du RER, après que nous fûmes quittés, cinq minutes plus tôt, sur le quai de la Gare du Nord. Il ne nous restait plus qu'à prolonger nos conversations cinéphiles et littéraires jusqu'à la station Châtelet.

Boris, du Ciné Saint-Leu, dans le RER; on vient de se retrouver parmi la foule sur le quai du RER, après que nous fûmes quittés, cinq minutes plus tôt, sur le quai de la Gare du Nord. Il ne nous restait plus qu’à prolonger nos conversations cinéphiles et littéraires jusqu’à la station Châtelet.

eu, j’ai été ému par Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, présente dans la salle. En Turquie, cinq sœurs que des traditions féodales veulent soumettre, tentent de se révolter. Le matin-même, j’avais fait le trajet dans le train de Paris en compagnie de Boris, du Ciné Saint-leu ; il m’avait chaudement recommandé l’œuvre. Il avait raison. Nous nous sommes dit au revoir sur le quai. Et, cinq minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés dans la foule sur le quai du RER. Hasard inouï, une fois de plus. Nous avons pu reprendre nos discussions cinéphiles et littéraires…

                                                           Dimanche 28 juin 2015

 

Lucrèce et l’eau lourde

 

De gauche à droite : Sylviane Leonetti, directrice de ma médiathèque de Creil, Malek Chebel, écrivain, Danièle Carlier, élue à Creil, et Isabelle Rome, magistrate et écrivain.

De gauche à droite : Sylviane Leonetti, directrice de la médiathèque de Creil, Malek Chebel, écrivain, Danièle Carlier, élue à Creil, et Isabelle Rome, magistrate et écrivain.

Plus jamais je ne me moquerai des filles qui ont très fort envie de faire pipi. (N.A.M.L.A : ça remonte à l’enfance, à la cour d’école, à la cité Roosevelt, à Tergnier, nous n’étions peu évolués ; les filles, on les appelait « les pisseuses » ; sorry, lectrice adulée !) L’autre jour, je me suis pointé tout juste à l’heure pour assister au spectacle Lucrèce Borgia, d’après Victor Hugo, lesté d’une envie de pisser à ne pas laisser un platane dehors. Sur scène, Béatrice Dalle, Pierre Cartonnet et leurs amis pataugeaient dans des manières de piscines. A chacun de leurs déplacements : des gargouillis, des chuintements, des bruits aqueux qui ne faisaient qu’accentuer mon envie. N’y tenant plus, je préviens Lys, la dame de mon cœur, que je dois m’absenter quelques instants. Je fonce comme un dératé vers la sortie du bas. Et là, stupeur : pas moyen d’accéder aux toilettes, ni à la sortie principale. Dis-moi, Gilbert (Fillinger) : soit, je m’y suis pris comme un manche, soit il y a un truc qui n’allait pas ce soir-là car j’ai bien lu (« Sortie ») et j’étais comme enfermé. Je me suis donc tortillé sur mon siège pendant les deux heures qui restaient car je ne voulais pas déranger le public en remontant toute la salle pour accéder à la sortie du haut. C’était affreux ! Sinon, le spectacle, même vessie vide, ne m’a pas plu, mais vraiment pas plus du tout. C’est sur-joué, exagéré. L’effet de la flotte, qu’on comprend devient lourdingue. Les coups de flingue vers la fin sont ridicules. Béatrice Dalle était souvent inaudible. En revanche, j’ai adoré Catherine Dewitt, dans le rôle de La Negroni (elle assiste également David Bobée dans la mise en scène et la dramaturgie) ; mais, comme d’habitude, je ne suis pas très objectif car pour tout te dire, lectrice délurée, j’ai trouvé Catherine Dewitt  hyper sexy avec sa jupe fendue qui épousait de façon très érotique ses jolies cuisses laiteuses. C’était carrément délicieux. Sans transition, comme disait Loïc Gicquel, j’ai adoré le film Tokyo Fiancée (au Gaumont) d’après un roman d’Amélie Nothomb. Les amours d’une Française de 20 ans (campée par une Pauline Etienne très mignonne qui m’a rappelé une adorable très bonne copine) et d’un tout aussi adorable Japonais, doux, positif (campé par Taichi Inoue) Bien écrit ; bien joué. Très littéraire, pas prétentieux, pas chiant. J’ai tout autant adoré l’exposition David Bowie, au cours d’une visite retransmise, encore au Gaumont (j’avais les sens retournés au cours de « Life on Mars », mon morceau préféré), l’Orchestre de Picardie et le chœur Purcell Singers dans le Requiem de Mozart, à la Maison de la culture (je n’ai pas cessé de mater la cantatrice blonde, mignonne comme tout), et la conférence qu’a donnée Malek Chebel à la Faïencerie de Creil sur le thème de la République. Voilà, tu sais tout de ma vie, lectrice hanchue.

Dimanche 22 mars 2015.

 Fagots de mars

   Pluie, beau temps, pluie. C’est mars. J’aime. Suis en vacances. Quand le soleil est là, je fais du bois. Tu te souviens, lectrice (N.A.M.L.A : j’avais divulgué, dans une précédente chronique, une information essentielle : j’ai abattu ( ?)-élagué très courtement ( ?) dans mon jardin le grand benêt de saule qui me faisait de l’ombre. (Le marquis, très bel homme, 1,75 mètre, 72 kilos) ne supporte qu’on soit plus grand que lui.) Alors, j’ai pris une décision ferme : en finir avec la concurrence déloyale et végétale. Résultat : j’ai de quoi me chauffer pour les dix hivers à venir. Le souci, c’est qu’il faut couper. Je fais donc des fagots à n’en plus finir. De beaux petits fagots que je lie avec les fils de raphia que j’utilise habituellement pour les pieds de tomate. Tu me diras, lectrice adulée, que j’eusse pu laisser ce travail ingrat à quelques-uns de mes laquais ou subordonnés. Que nenni ! Le marquis a su rester humble et courageux. Donc, je fagote. Ca me fait un bien fou. Le

Christophe Truquin, guitariste, comédien, vidéaste, ici en train de filmer le spectacle de Vincent Gougeat, à Savignies, dans l'Oise.

Christophe Truquin, guitariste, comédien, vidéaste, ici en train de filmer le spectacle de Vincent Gougeat, à Savignies, dans l’Oise.

grand air me va aussi bien au teint que le rosé de Provence à la mine du regretté Lawrence Durrel. Quand, je ne fagote pas, je me rends à Savignies, charmant petit village de l’Oise, près de Beauvais, à l’invitation de  l’ami Jean-François Bedet qui y organisait un salon du livre. Sur place, j’ai eu le plaisir de retrouver le conteur Vincent Gougeat et son acolyte, le musicien-vidéaste-comédien Christophe Truquin. J’ai beaucoup aimé leur spectacle tissé d’humour et de bons mots. Et ils aiment tous deux la vraie littérature, ce qui ne gâche rien. Suis également allé au cinéma pour y voir deux films très émouvants et très réussis : Imitation Game (de Morten Tyldum), au Ciné Saint-Leu, et Still Alice (de Richard Glatzer et Wash Westmoreland avec Julianne Moore), au Gaumont. Le premier raconte la vie d’Alan Turing, mathématicien et cryptologue. Le gouvernement britannique le chargea de briser le secret de la machine de guerre de cryptage allemand Enigma. Il y parvint et, par son action, changea le cours de l’histoire. Par ailleurs, Alan Turing, homosexuel, fut victime du puritanisme borné de la société de l’époque ; il fut condamné à la castration chimique et mit fin à ses jours. Magnifiquement interprété, écrit de manière subtile et efficace, Imitation Game est un très grand film. Still Alice, lui, est une fiction qui évoque le parcours d’Alice Howland, professeur de linguistique renommé, mère de trois grands enfants. Elle commence à oublier ses mots ; on lui diagnostique la maladie d’Alzheimer… Là encore, les comédiens sont éblouissants de justesse. Julianne Moore y est délicieuse et bouleversante. Très réussi également Bouvart et Péchuchet, d’après Gustave Flaubert, dans une excellente mise en scène de Vincent Colin, vu à la Comédie de Picardie. Une pièce servie par deux acteurs de haut niveau : Roch-Antoine Albaladéjo et Philippe Blancher. J’ai adoré.

                                                       Dimanche 29 mars 2015

Nouveaux ennemis, bonsoir!

Je vais encore me faire des amis. Mes goûts cinématographiques ne font pas l’unanimité. Tant mieux. Détracteurs, parangons du bon goût, de la bonne conscience humaniste, j’ai le regret de vous dire que je me suis pompeusement ennuyé, l’autre soir, au Gaumont, affalé devant La Jalousie, de Philippe Garrel. Ce film prétentieux, poseur, m’a paru interminable. Lourdingue. Peu crédible. Un côté sous-Eustache qui m’ennuie. Il y plein de sous Eustache au cinéma, comme il y a plein de sous-Céline en littérature. C’est gavant. Le petit Garrel (Louis) se regarde jouer et le nombril par la même occasion. Sa copine, Claudia (Anna Mouglalis) s’écoute parler d’une voix si grave qu’on croirait qu’elle la force. Tout sonne faux. On s’y sent aussi mal que dans un roman de Robbe-Grillet ou que dans une chronique rock du poseur Yves Adrien.

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Tout ce cinéma

 

J’ai regardé une à une toutes les places de séances de cinéma que j’avais accumulées depuis un an. Des noms de salles (Gaumont, Ciné Saint-Leu, Orson Welles); des noms de films souvent atrophiés, mutilés, faute de place sur les tickets (Les Invinc, Pour une F, Lein soleil, Les parapluies, etc.). Je me demandais ce que j’avais retenu de toutes ces heures à coller mes jeans élimés sur les fauteuils de velours incarnat? Des films vite oubliés. D’autres pas. Au contraire. Des belles émotions. Exemples: la trilogie de Bill Douglas (My Childhood -1972 – My Ain Folk-1973-

Tout ce cinéma; toutes ces places... qu'en reste-t-il?

My way home – 1978). J’ai adoré. Bouleversé. Trois chefs-d’oeuvres. Les deux premiers films retracent l’enfance et l’adolescence du cinéaste à Newcraighall, village de mineurs du sud de l’Écosse. Bill Douglas avait une gueule de rocker. Son enfance a été broyée par des maltraitances, par un capitalisme impitoyable. Par les mines. Il raconte tout ça dans sa trilogie. Ce besoin de fraternité qu’il éprouve. Et cette main qui se tend, un copain d’une famille riche et cultivée, au service militaire. Douglas réalise son rêve: il devient cinéaste. Sa façon de filmer relève de l’épure. C’est une beauté magique. Son écriture est totalement nouvelle sans être chiante, intello. Bill Douglas est mort d’un cancer à 57 ans. Mon âge aujourd’hui. J’ai adoré également Tabou, film magnifique de Miguel Gomes. Une œuvre lente, bizarre. On se croirait dans India Song, de Duras. C’est beau à pleurer. J’ai également aimé Mon âme par toi guérie, de François Dupeyron. Émouvant. Et Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières, film étonnant, fascinant, violent (pas d’une violence gratuite, of course) avec Mads Mikkelsen. Plein soleil, de René Clément. Ce film de1960 avec Marie Laforêt, Alain Delon, Maurice Ronet ne pouvait que me plaire. C’est un film de hussards. Paul Gégauff a scénarisé. Nimier, Déon et Vailland eussent pu l’écrire. Aimé aussi Elle s’en va, d’Emmanuelle Bercot, avec la sexy sexa Catherine Deneuve, tellement épanouie dans sa soixantaine baba révoltée. Je me suis également rendu compte que je n’aimerais jamais Jour de fête, de Tati, que je trouve surestimé et, pour tout dire, totalement idiot. J’ai également détesté L’histoire de ma mort, d’Albert Serra, film bêtement violent, morbide, vulgaire, scatologique. Aussi crétin de Sade. Je préfère décidément les doux et sensuels badinages de Laclos.

Dimanche 22 décembre 2013

« Tom Traubert’s Blues », poignant chef-d’oeuvre de Tom Waits

Il pleuvait. Ou il ne pleuvait pas. Je ne sais plus. Disons qu’il pleuvait car nous étions le 1er novembre, jour de Toussaint, devenu, dans le cadre de notre étonnante mondialisation, Halloween. Il faisait humide en tout cas. Et le temps avait la couleur des jolis yeux de CléClémence Boulfroy, animatrice à Radio Campus, à Amiens. Novembre 2013.mence qui, ce matin-là, m’interviewait sur son émission de Radio Campus-Amiens (87,7MHz). Je lui parlais de mes derniers livres, lâchais des considérations sur la mélancolie de mes narrateurs, sur les longues jambes et les culs magnifiques et hauts perchés de Clara et de Katia, deux de mes héroïnes. En sortant, je me suis dit que je n’avais pas assez parlé de rock’n’roll. Mes remords se sont accentué quelques jours plus tard lorsqu’en compagnie de Lys, je me suis rendu au Gaumont pour la diffusion du concert des Rolling Stones, à Hyde Park. Lys, la plus Anglaise de tout le Royaume uni, avec son accent birkinien si craquant, son thé, et ses grands yeux bleus étonnés devant l’indécrottable Français que je suis, ne pouvait pas manquer ça. Intérieurement, j’avais peur d’être déçu. J’avais tort. Quelle claque! Les Stones sont toujours magnifiques de candeur, de provocation, emplis comme les chambres à air de camion gonflées aux pompes des ruelles de la cité Roosevelt (Tergnier, Aisne, 1961), emplis, disais-je, du bonheur d’être ensemble sur scène. Ensemble. «Jumpin’Jack Flash», «Midgnight Rambler», «Street Fighting Man», et cette éblouissante version de «Ruby Tuesday» qui me plongea dans une nostalgie acidulée. Je revoyais mon copain Rico, celui de nos petits bals sans importance, jouer ce morceau sur le clavier de son accordéon, un jeudi après d’hiver (Tergnier, Aisne, 1970).Rico, parti trop tôt.J’avais le blues, encore, quand, mercredi dernier, Lys a eu la bonne idée mettre la version de «Tom Traubert’s Blues», chef-d’œuvre de Tom Waits, interprété par Rod Stewart, sur son album Lead vocalist. Cette fois, il pleuvait, j’en suis certain. L’ombre des bâtiments de La Poste d’Amiens dansait sous mes yeux dans la nuit de novembre. J’imaginais les soldats australiens qui montaient au front. Ce laisser-aller, cet abandon dans l’alcool, dans la valse avec Mathilda. On a réécouté la version du Tom dont je te livre le lien, lectrice: tu comprendras pourquoi La Poste devenait floue devant mes yeux: http://www.youtube.com/watch?v=9ZmqbcBsTAw

Dimanche 10 novembre 2013