Claire de Lune pour Charlie

Claire Defarcy et Antoine Grillon.

Claire Defarcy et Antoine Grillon.

 C’était une soirée froide et humide. A la Lune des Pirates, à Amiens, on ne parlait que de ça. Que de l’horreur. Du retour de la barbarie ; la sauvagerie à l’état pur. La connerie en barre. Je pensais à Charb que j’avais interviewé à la dernière Fête de l’Humanité (et que j’avais revu au Cirque d’Amiens, pour un concert de soutien à Charlie, organisé par Dominique Leroy, au cirque d’Amiens), et Wolinski avec qui j’avais fait la fiesta, en 2000, à Belfort ; il faisait partie du jury (avec Cavanna) du prix Populiste qui avait eu la gentillesse de s’intéresser à l’un de mes opus. Des types adorables. Oui, on ne parlait que de ça, à la Lune des Pirates, à l’occasion du pot de départ de Claire Defarcy, responsable de la communication et de l’action culturelle depuis 2008 dans l’établissement le plus rock de Picardie. Il y avait là tout le gratin rock’n’roll, culturel et littéraire de notre belle région. Musiciens, journalistes, écrivains, chanteurs… La soupe de champagne, parfaitement préparée par le compagnon de Claire (un fan de la Beat Generation ; j’adore parler avec lui de Brautigan, de Kerouac, de Ginsberg et de Henry Miller) coulait à flots. Claire était en joie et en beauté. Elle me rappela qu’elle avait succédé à Aurore Becquet. Que sa mission était de « réfléchir à l’image du lieu et de la communication (presse, partenariat, réalisation de supports, actions culturelles, projet Bruits de Lune, action vers le public lycéen, expositions, etc.) ». Au final, pas une mince affaire. Son meilleur souvenir de concert ? Dälek (hip hop, électro) en 2009. Le concert le plus fou ? Caribou (électro) en 2011. Sa plus belle rencontre avec des artistes ? Stuck in the Sound et Gaspard Royant.

   Claire part pour la ville de Caen. Elle deviendra responsable du pôle communication du Cargo, une belle scène de musiques actuelles. Lui succédera Marine Duquesnoy, 26 ans, qui jusqu’ici oeuvrait pour le compte de A gauche de la Lune, producteur de musiques actuelles, à Lille.

    Le dimanche, il y eut la grande marche Charlie, à Paris. Superbe, fraternelle ; pleine d’espoir. Et ce beau geste de la direction du Courrier picard : offrir un exemplaire de l’hebdomadaire à tous ses salariés. Une manière, élégante et utile, de soutenir notre confrère. J’ai trouvé ça craquant. Tu comprends, lectrice adorée, adulée, mordue, convoitée, suçotée, comblée, pourquoi je suis fier d’écrire dans ces colonnes et pour ce titre, ex-coopérative ouvrière, qui a su préserver son esprit fraternel.

                                                 Dimanche 18 janvier 2015  

 

J’étouffe !

                                            

Gaspard Royant : la classe!

Gaspard Royant : la classe!

    Pourquoi te mentirais-je, lectrice, mon amour, ma fée fessu, ma soumise ? Cette chronique est un peu compliquée à rédiger. Why ? Because, je suis en train de la rédiger ce lundi 29 décembre, à exactement 10h24, que j’ai un bout de Sparadrap sur le pouce gauche, et un autre sur l’index droit (résultat de mes compétences pour le ménage que je n’avais pas fait depuis semaines ; je me suis énervé ; j’ai astiqué ; j’ai fait tomber plein de trucs ; me suis blessé avec un balai au manche métallique ; j’ai saigné comme un franquistes sous les balles républicaines du côté de Teruel, en 1936), que l’actualité ne me gâte pas (rien d’intéressant entre les fêtes en matière culturelle ; plus intéressant en matière cultuelle), et que je viens de me rendre compte, tout en rédigeant, non de Zeus !, que ce texte paraîtrait le dimanche 4 janvier 2015. Et je ne t’ai même pas souhaité mes vœux, lectrice pourtant désirée, puissamment convoitée. Donc, bonne année 2015. Beaucoup de plaisir, d’amants, de joie, de rock’n’roll. Que faire d’autre que de se souvenir. C’est ce que je sais mieux faire, moi qui ne comprends pas le présent, et encore moins l’avenir ; moi qui suis un homme du passé. Je me suis donc plongé dans les recoins de ma mémoire ; j’ai ouvert une enveloppe dans laquelle je conserve précieusement les tickets de cinéma, de concerts, etc. Bref, toutes ces salles dans lesquelles, le marquis des Dessous chics va se pavaner, fier comme un paon. ? Qu’en ai-je retiré, au hasard ? Les films Lawrence d’Arabie, de David Neal, la version restaurée, vue sur grand écran. Sublime. Dans la cour, délicieux film de Pierre Salvadori, avec le couple de l’année : Catherine Deneuve et Gustave Kervern. Deux automnes trois hivers, de Sébastien Betbeder, avec un Vincent Macaigne ébouriffé de talent. Jimmy’s Hall, de Ken Loach, émouvant, presque aussi émouvant que Pride, de Matthew Warchus, les homos qui viennent en aide aux mineurs gallois contre l’horrible et indéfendable Thatcher. Mr. Turner, de Mike Leigh, une suite de tableaux sur grand écran ; un grand film sur un immense peintre. La Famille Bélier, d’Eric Lartigau, of course, délicieux film populaire, magnifiquement écrit avec de grands comédiens. Bird People, de Pascale Ferran, film audacieux, gracieux, poétique et aérien. Party Girl, de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, qui,  grâce à ses atmosphères prolétariennes, m’a rappelé Tergnier. La prochaine fois je viserai le cœur, de  Cédric Anger, avec un fantastique Guillaume Canet, dans le rôle du gendarme Lamare, issu du livre d’Yvan Stefanovitch, ne pouvait que me passionner. J’ai adoré le concert de Gaspard Royant et de The Swinging Dice, à la Lune des Pirates, un soir de novembre. Un rhythm’n’blues superbement efficace, coloré et rutilant comme la guitare de Bo Diddley. Quoi d’autre encore ? Plein de choses, lectrice amoureuse. Trop peu de place dans cette chronique. Mon projet pour 2015 : demander de l’espace dans la page Expressions : j’étouffe !

                                                      Dimanche 4 janvier 2015