Les retrouvailles de deux fauves

Gérard Guégan redonne vie à la dernière rencontre entre Hemingway et Hammet.

En 2015, Gérard Guégan nous avait donné à lire, Qui dira la souffrance d’Aragon? (Stock) dans lequel il évoquait la fin de vie du poète-romancier; un an plus tard, il publiait Tout a une fin, Drieu (Gallimard) où il rendait compte des derniers jours de l’auteur de La Comédie de Charleroi. Cette fois, il imagine une dernière rencontre entre Ernest Hemingway et Dashiell Hammett. L

Gérard Guégan. Photo : C. Hélie.

es deux monstres sacrés de la littérature américaine en profitent pour régler leurs comptes. Ils sont tous deux au bout du rouleau. Ils ne tarderont pas à décéder, en 1961; le premier se suicidera, le second sera emporté par la tuberculose et l’alcool. Lorsqu’on demande à Gérard Guégan si cette rencontre a réellement existé, il répond tout de go: «Tout me porte à le croire.» Une chose est certaine: ils se sont rencontrés à plusieurs reprises préalablement mais à ce propos les archives sont très peu loquaces. Et quand on lui demande pourquoi, il choisit de qualifier son livre de «mélodrame», il avoue: «Parce que je n’aime rien tant que les mélodrames: Lucien Leuwen, Le comte de Monte Cristo, À la recherche du temps perdu, tout Hemingway, tout Brautigan, tout Vollmann, et tout le cinéma hollywoodien, de Minnelli à James Gray.» On est en droit de ne pas lui donner tort car le genre lui réussit. Son Hemingway, Hammett, dernière est un petit bijou littéraire. Le style y est vif, enlevé, plein de panache; les dialogues, succulents. La construction, tout simplement remarquable.

Contre le fascisme

Guégan mène son récit tambour battant. Les deux personnages ont de nombreux points en commun: ils avaient publié leur premier livre en 1929. Ils menaient aussi un combat virulent contre le fascisme, ce notamment depuis la guerre d’Espagne. Le FBI les pistait avec une certaine constance qui ne leur rendait pas la vie facile. Et puis, il y avait les femmes… Hemingway et Hammet étaient de sacrés séducteurs. Et de sacrés buveurs. Ils s’envoient des insultes dans la tronche; on pourrait penser qu’ils se haïssent ou qu’Hemingway, plus costaud, va casser la figure à Dash. Parfois, ça se calme. Ils redeviennent bons camarades. Gérard Guégan fait même surgir de beaux éclats de tendresse, notamment quand Ernest boite après s’être foulé la cheville. Hammet, alcoolique, insomniaque, shooté aux somnifères, en sort des bonnes; il est souvent drôle avec son ton caustique et revenu de tout. Communiste invétéré, il ne se prive pas de tenir de-ci de-là quelques propos réactionnaires. Hemingway tente encore de rouler les mécaniques, mais on sent bien que c’est la fin. Le corps se déglingue; la mélancolie s’installe. Ils repensent à leur jeunesse évanouie ce qui donne à ce «mélodrame» une belle profondeur de champ. Une profondeur tout court. Ce grand livre se boit cul sec, ce qui n’eût pas déplu à nos deux fauves dipsomanes.

PHILIPPE LACOCHE

Hemingway, Hammett, dernière, Gérard Guégan; Gallimard; 230 p.; 18 €.

 

Le premier roman de Michel Mohrt

Les éditions de La Thébaïde rééditent le premier roman, publié en 1945, de ce grand romancier.

Un groupe de chasseurs alpins. Michel Mohrt eût pu être l’un d’eux. (Photo d’archives.)

 

De nos jours, on lit moins Michel Mohrt (1914-2011). On a tort. Il reste l’un de nos meilleurs écrivains français du XXe. Un styliste incomparable, souvent très classique, doté d’une âme littéraire et sensible. Non seulement il fut romancier, mais il fut aussi essayiste, historien de la littérature et aquarelliste. Ce Breton adorait la mer et les écrivains américains. «Un Faulkner breton», estimait, non sans à-propos, Frédéric Mitterrand. Sympathisant de l’Action française, il devint avocat au barreau de Morlaix en 1937. Une expérience le marquera à jamais: la seconde guerre mondiale.

L’ombre de Stendhal

Officier, il fit la campagne de 1940 sur le front des Alpes contre Italiens, ce qui lui inspirera, en 1965, son roman La Campagne d’Italie (Gallimard). Le Répit, que rééditent aujourd’hui Emmanuel Bluteau et les courageuses et audacieuses éditions La Thébaïde, précède cette période cruciale. Le narrateur se nomme Lucien Cogan; il est lieutenant d’une section d’éclaireurs à ski de chasseurs alpins en poste aux alentours de Saint-Martin-Vésubie, à deux pas de la frontière italienne. (On comprendra que ce texte recèle une part d’autobiographie.) C’est ce qu’il est convenu d’appeler la Drôle de guerre. Le jeune soldat bénéfice du prestige de l’uniforme; il ne laisse pas insensibles, dames et jeunes filles, notamment au cours de ses délicieuses permissions à Nice. Il y a du Stendhal dans ce texte; on n’en attendait pas moins de Michel Mohrt qui, comme d’autres au sortir de la guerre (Michel Déon, Roger Nimier, Roger Vailland, etc.) vénéreront cet illustre confrère de plume. Du Stendhal dans le questionnement de Cogan aussi. Il se demande si, confronté au feu imminent, il n’aura pas peur. Fera-t-il «le poids»? Le répit, c’est cette parenthèse de neuf mois avant le déclenchement des opérations. C’est long, neuf fois, quand on aime la vie, ses plaisirs, et qu’on a le sens de l’honneur. Comme le souligne à juste titre Jérôme Leroy dans sa très belle préface, «sans même avoir l’impression de signer un chèque en blanc à la postérité, on peut parier que Michel Mohrt sera lu et relu dans une ou deux générations. Il y a en effet, chez cet écrivain, membre de l’Académie française, né en 1914 à Morlaix et qui nous a quittés au cœur de l’été 2011, un certain nombre de choses qui apparaîtront comme terriblement subversives dans un avenir proche, quand elles ne le sont pas déjà.» L’attachement au pays, aux racines bien sûr, «donc forcément un peu chouannes», note Jérôme Leroy. Un côté franc-tireur aussi. Et surtout, «relire Michel Mohrt sera aussi une excellente manière de nous apercevoir de tout ce que nous aurons perdu avec cet effacement d’un monde d’avant qu’il aura si bien incarné.» Tout est là, dans cette dernière, phrase; on ne saurait mieux dire. PHILIPPE LACOCHE

Le Répit, Michel Mohrt, de l’Académie française; La Thébaïde; coll. Roman; 216 p.;

18 €.

 

Vertige de l’amour et du temps qui passe

«Une jeunesse perdue», de Jean-Marie Rouart, un roman magistral. Il le présentera, demain mardi, à Amiens.

Contrairement à ce qu’en pensent certains, le roman est un art majeur. Lorsque Jean-Marie Rouart nous donne à lire Une jeunesse perdue, c’est irréfutable. Tout l’art du roman est là, ramassé et exprimé à la faveur de ces 166 pages d’une densité rare. Exceptionnelle. Les thèmes forts et fédérateurs du genre, l’amour et le temps qui passe, sont ici soutenus par un style impeccable, nerveux, élégant et sans graisse, qui nous ravit. La lecture de ce roman procure un pur instant de bonheur; on ne le lâche pas, comme on ne lâche pas la lecture de romans aussi denses qu’Amours, de Paul Léautaud, ou Nadja, d’André Breton. La même magie s’opère dans cette Jeunesse perdue.

La morsure de la jalousie

Que nous conte-t-il? Le narrateur, un homme vieillissant, marié las et trompé, bientôt divorcé, directeur d’une revue d’art, tombe éperdument amoureux de Valentina Orlov, une jeune Russe dont le mystère n’a d’égal que sa beauté. «Une idée un peu folle s’esquissait insensiblement: cette jeune femme n’était peut-être pas là par hasard mais – bizarreries que réserve parfois le destin – avait été désignée par la Providence pour me guérir de la maladie de l’âme qui me rongeait», médite le fol amoureux devant la jeune beauté; mais il ne tarde pas à ressentir la «morsure de la jalousie» (quelle belle expression!).

«Mon âge m’ôtait tout crédit. Pire, il m’ôtait toute audace »

Jean-Marie-Rouart, «Une jeunesse perdue»

Valentina est convoitée par de beaux jeunes hommes. Ce ne sera là qu’un début des souffrances du narrateur. Dès les premiers instants, il est ébloui, victime de ce qu’il est convenu d’appeler «un coup de foudre». Pire: un vertige. Suivi immédiatement d’hésitations. «Je me souviens de la sensation que j’éprouvai à cet instant: celle d’une brûlure. Cette jeune femme, autrefois, je n’aurais pas hésité à l’aborder, à lui faire porter un mot par un serveur pour l’inviter à ma table. Le même geste aujourd’hui m’aurait paru du plus haut ridicule. Mon âge m’ôtait tout crédit. Pire, il m’ôtait toute audace.»

Il se reprendra. Ils se rencontreront; il l’aimera jusqu’à la limite du délire. Car s’il a besoin de sa jeunesse, elle a besoin de son soutien. Il deviendra son amant, mais aussi son mentor. Il la poursuivra partout, du Paris germanopratin jusqu’à Florence. Son amour pour Valentina atteint des altitudes indicibles; sa souffrance aussi. Le temps qui passe est impitoyable. Et, parfois, la jeunesse est sans pitié. «(…) J’avais besoin de lire les écrivains qui avaient ressenti le mal dont je souffrais: comment aimer une femme jeune quand on a atteint ces rivages dont on a le sentiment qu’ils rendent l’amour impossible?» Lorsqu’il recouvre sa lucidité, il se pose des questions: qui est-elle au fond?

Une enquête qui le mènera à sa perte

Où se situe sa vraie vie? Recherche-t-elle une carrière, une protection? Son quotidien flirte-t-il, parfois, avec des pratiques douteuses qui lui permettre de vivre? Il mènera l’enquête et cela le conduira à sa perte. «Vertige de l’amour», chantait Alain Bashung.

À noter que la collection Bouquins des éditions Robert Laffont sort un livre réunissant cinq romans de l’œuvre de Jean-Marie Rouart, sur le thème de l’amour et du pouvoir. Comme le rappelle Philippe Tesson dans son excellente préface, «rares sont les personnages de Jean-Marie Rouart qui trouvent sinon le bonheur, au moins l’apaisement». Le narrateur d’Une jeunesse perdue, texte sublime, en est un parfait exemple. PHILIPPE LACOCHE

Une jeunesse perdue, Jean-Marie Rouart; Gallimard; 1

Jean-Marie Rouart, chez lui, à Paris.

66 p.; 19 €. Les romans de l’amour et du pouvoir, Jean-Marie Rouart; préf. Philippe Tesson; Robert Laffont, coll. Bouquin; 935 p.; 30 €.

 

Jean-Marie Rouart rencontrera les lecteurs ce mardi 21 février, à 18 heures, à la librairie Martelle, à Amiens.

 

 

Althusser nous manque

    Esprit libre mais sincèrement marxiste, Louis Althusser était l’un des penseurs essentiels du XXe siècle. Aliocha Wald Lasowski lui consacre un livre passionnant.

Dans ce monde de brutes, d’économie ultralibérale devenue folle, tentaculaire, où les salariés sont broyés par le système, où, l’establishment – de droite comme de gauche -contribue à entretenir l’idée que la société libérale soit l’unique solution, où l’état est ouvertement combattu (chasse aux fonctionnaires), où les penseurs marxistes sont considérés comme ringards, non « modernes » (la modernité, ce leurre scintillant et imbécile), qu’il est bon de se replonger dans l’œuvre de Louis Althusser. L’excellent et éclairé Aliocha Wald Lasowski (critique littéraire au Point Hors-Série, à L’Humanité, à Marianne, au Magazine littéraire, et enseignant), consacre un livre lumineux à Althusser, philosophe penseur du politique, marxiste et militant communiste ; l’opus est composé de vingt conversations avec des personnalités qui l’ont connu ou qui ont étudié son œuvre : Alain Badiou, Bernard-Henri Lévy, Philippe Sollers, Régis Debray, etc. Un livre indispensable. Rencontre avec Aliocha Wald Lasowski.

Aliocha Wald Lasowski, quel a été votre parcours ?

J’ai un parcours plutôt « classique » dans mes études de lettres et de philo : de l’hypokhâgne du lycée Louis-le-Grand, après le bac, jusqu’à la thèse de doctorat à l’université de Paris-8, à Saint-Denis. Des événements atypiques et originaux ont ponctué ce parcours, comme ma rencontre avec le poète Edouard Glissant, dont je suis devenu l’ami et le compagnon de route, ou mon travail dans les journaux, comme L’Humanité par exemple.

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser d’aussi près à Althusser ?

Althusser m’intéresse parce qu’il forme avec Jean-Paul Sartre, à qui j’ai consacré deux livres (chez Gallimard et chez Pocket), un couple étonnant et unique dans le paysage culturel français. Un duo opposé de pensée politique : l’humanisme de Sartre contre l’antihumanisme d’Althusser, l’existentialisme du premier contre le structuralisme du second. Une époque riche en débats vifs et engagés. Il faut s’y replonger aujourd’hui.

Pourquoi, en notre époque troublée (trouble ?), est-il nécessaire de lire ou de relire Louis Althusser ?

Lire Althusser nous aide à réfléchir sur des thèmes actuels, comme l’injustice sociale, la violence, la domination ou l’autoritarisme. Sa critique des procédures d’assignation annonce l’idée de sujet vulnérable, précaire, fragile, menacé d’exclusion. Et les idées d’Althusser accompagnent aujourd’hui le regain de récents mouvements populaires de contestation ou de résistance, d’Occupy Wall Street, jusqu’à Nuit debout. Althusser secoue l’agir politique.

Comment avez-vous procédé pour réaliser ces passionnants entretiens ?

Les vingt entretiens ont été réalisés uniquement à partir de rencontres humaines et de conversations autour d’un café. Avec beaucoup de générosité et de bienveillance, les philosophes m’ont reçu chez eux. J’ai parfois passé de longues après-midi en leur compagnie. Quel bonheur, ces rencontres ont été d’incroyable moment d’échange et de discussion. Tout n’a pas pu être mis dans le livre, j’ai gardé le meilleur, bien sûr, pour les lecteurs.

 Connaissiez-vous personnellement les gens que vous avez interviewez ?

J’ai eu la chance d’avoir eu certains de ces philosophes comme professeurs : Alain Badiou, Jacques Rancière, Etienne Balibar ou Pierre Macherey, très proches d’Althusser, ont été tous les quatre mes professeurs à différents moments de mon parcours. Je connais bien aussi l’écrivain Philippe Sollers, à qui j’ai consacré un livre (chez Pocket). C’était formidable de tous les revoir : pendant un an, je circulais de l’un ou l’autre, pour réaliser les entretiens.

Parlez-nous de la relation entre Althusser et François Maspero.

Maspero fut le principal éditeur d’Althusser et a joué un rôle essentiel dans la diffusion des idées de Mai 1968. De 1955 à 1975, les étudiants du quartier latin fréquentent sa librairie « La Joie de lire » et y trouvent des livres contre la guerre d’Algérie, certains censurés par le pouvoir politique : Maspero édite Frantz Fanon, Che Guevara. Maspero était attachant et généreux. Je lui rends hommage dans ma préface. Il nous a quittés il y a un an, en 2015.

Difficile de laisser de côté le meurtre de sa femme. Et sa folie. Il y a dans votre livre, cette formule lumineuse de Régis Debray : « (…) passer d’un coup de Marx à Simenon… ». Qu’en pensez-vous.

Discret et mystérieux, visage mélancolique et cigarette aux lèvres, il alterne entre humour vif et écoute attentive. Althusser est une personnalité complexe. Penseur marxiste exigeant et chaleureux, proche de ses élèves, il fait des cours d’une grande clarté. Puis, pendant des mois, Althusser disparaît. Interné en clinique, il subit des cures de sommeil, électrochocs et antidépresseurs. Et il y a le meurtre d’Hélène Legotien, sa femme, avec qui il vit et est marié depuis 1975. Meurtre par strangulation, le 16 novembre 1980. On est en plein roman noir et on passe, oui, de Marx à Simenon.

 « Althusser combat la pétrification du dogmatisme ». Pouvez-vous développer ?

Althusser combat le dogmatisme, l’idéalisme et l’idéologie : il renouvelle les idées politiques par ses travaux sur Rousseau et Machiavel, libère la pensée de Marx de l’influence de Hegel, fait découvrir les nouveautés en sciences humaines de l’époque : psychanalyse de Lacan, anthropologie de Lévi-Strauss, épistémologie de Bachelard, psychologie de Foucault, linguistique de Barthes. Althusser est un passeur formidable, au cœur des bouleversements de la philosophie et des innovations culturelles, en art, en sciences.

Althusser serait venu au communisme à cause « de son catholicisme universel ». Singulier ou logique selon vous ?

Althusser a un parcours personnel compliqué, d’abord il porte le prénom d’un mort, son oncle paternel Louis, fiancé de sa mère. Louis meurt à Verdun et sa mère épouse le frère de Louis, Charles. Pendant la guerre, Althusser est prisonnier, en dehors de tout, pendant cinq ans, au stalag en Allemagne. Cela participe d’une fragilité. En ce qui concerne le catholicisme, Althusser est pendant ses études « le prince tala », c’est-à-dire de ceux qui « vont à la » messe. Chef de file des jeunesses catholiques, il passe ensuite au communisme et y retrouve, peut-être, le même sens de l’universel.

Bernard Henri Lévy

Aliocha Wald Lasowski est également batteur dans un groupe de rock.

Aliocha Wald Lasowski est également batteur dans un groupe de rock.

dit que l’astre noir de sa folie a nourri toute son œuvre. Etes-vous d’accord ?

Pendant sa vie, Althusser a eu deux psychanalystes, dont René Diatkine, qu’il voit quotidiennement à partir de 1967. Althusser est un être double, comme dans L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mister Hyde, la nouvelle de Stevenson. Il y a l’Althusser du jour et l’Althusser de la nuit, à la fois le prof bienveillant du jour et le penseur torturé qui tapote frénétiquement la nuit sur sa machine à écrire Olivetti. Un homme bizarre, enfermé dans sa névrose, tout en restant proche et soucieux des autres.

En 2016, aurait-il été marxiste dans un monde ultralibéral et mondialisé, bouffé par le capitalisme, qui, justement, ne veut plus de Marxisme, ni de marxistes ?

Plus que jamais, Althusser aurait été marxiste en 2016. Il serait attentif aux bouleversements des dernières années. Ce qui passe actuellement dans le monde l’intéresserait : le parti anti-austérité Syriza d’Alexis Tsipras en Grèce, le Bloc de gauche au Portugal, le leader du parti travailliste en Angleterre Jeremy Corbyn, la vague des Printemps arabes, la mobilisation des étudiants chiliens, les Indignados espagnols, l’occupation de Gezi Park, à Istanbul ou le rôle de Bernie Sanders aux Etats-Unis. Althusser réfléchirait et écrirait sur ses sujets.

On sait que vous êtes batteur ; on suppose qu’il se pourrait que vous soyez marxiste. Si c’est le cas, vous êtes peut-être le seul batteur marxiste de France. Qu’est-ce que ça vous fait ? Et quelle musique faites-vous ?

La musique occupe une grande partie de ma vie et de mes activités. Fan depuis toujours des Stones, des Who, de David Bowie ou Bob Dylan, je joue dans plusieurs groupes, qui sont des laboratoires créatifs. Dans mon groupe actuel The Faarm, créé sur un campus universitaire, il n’y a aucune distinction entre professeurs et étudiants : chacun apporte son expérience, partage sa sensibilité et exprime son individualité artistique, sur fond d’égalité entre tous. Donc oui, je suis batteur marxiste, ça me va très bien !

Propos recueillis par

                                                        PHILIPPE LACOCHE

 

En concert

Aliocha Wald Lasowski donne un concert avec son groupe The Faarm à Lille (bar La Plage, 122, rue Solferino) le jeudi 12 janvier 2017, de 19h à 20h30. Au programme, reprises de Canned Heat, Stevie Wonder, Creedence Clearwater Revival… Placement libre assis.

 

 Hors de moi et hors-saison

                               

Avec la télévision, je fonctionne par périodes. «Par saisons», eût dit Roger Vailland, mon romancier stalinien préféré. Depuis quelques mois, je ne la regarde plus. Ou presque. À la faveur d’un arrêt de travail dû à un épisode de peste foudroyante, je me suis retrouvé, affalé sur mon canapé. Ne sachant que faire, seul, plutôt que de me couper une oreille ou de donner des coups de poing contre les murs, j’ai allumé cette fichue télévision. Et sur quoi, je tombe, devine lectrice fessue, adulée, convoitée, abusée, soumise? Je te le donne en mille: les résultats de la primaire de la droite. J’écarquille les yeux, affûte mes oreilles (mes deux oreilles puisque je n’avais pas mis à exécution le projet, étrange je le reconnais, de m’en couper une). Où suis-je? J’ai l’impression d’être dans la peau d’Hibernatus quand il découvre la société française de la seconde moitié du XXe siècle. Je les observe d’abord. Un grand brun au regard charbonneux, triomphant. Un chauve plein de morgue, mou dans sa vieillesse méchante. Une très jolie gonzesse. Un charme certain. Ma préférée, physiquement s’entend. Un candidat dont le nom correspond à une fonction d’élu, qui aime la littérature et publie chez Gallimard. Un autre  type qui répond au nom que j’adore: Poisson. Avec un nom pareil, si j’avais eu le courage de me déplacer pour voter en lignes ennemies, moi, pêcheur à la ligne, j’aurais voté pour lui. Et il y a un petit dernier. Que j’eusse pu tout autant aimer à cause de son score de cancre: zéro et des poussières. C’est adorable un type qui

Le Crotoy, hors-saison.

Le Crotoy, hors-saison.

fait zéro et des poussières. Et puis, il y a un petit nerveux, qu’on dirait sous cocaïne; il est plein de tics. Je crois comprendre qu’il vient de se prendre un râteau et qu’il va tout abandonner pour se consacrer à sa délicieuse chanteuse. (C’est raisonnable: quand on a une fille pareille, on ne perd pas le temps à faire de la politique.) Donc, je contemple d’abord leurs têtes. Puis, je les écoute. Là, une puissante envie de vomir me submerge. Ce sont tous des ultralibéraux, des inféodés au capitalisme. Ce capitalisme dont le peuple ne veut plus. Vais-je prendre un Vogalène? Pauvre France! Que propose-t-elle, cette engeance de nantis? Moins de fonctionnaires. De moins en moins d’état. Résumons: les riches de plus en plus en plus riches. Les pauvres qui triment comme des gueux jusqu’à cent ans. Ça y est: j’ai des hallucinations. Je rêve d’un peuple uni, solidaire, sur les barricades qui chante «L’Internationale». Je rêve des chars soviétiques aux portes de Paris qui viennent nous filer un coup de main pour nettoyer le pays de la racaille capitaliste et de ses hérauts. Et je me mets à penser à la fausse gauche. Les mêmes tronches de cakes. Sournois en plus. Et l’autre playboy-traitre qui ose intituler son livre Révolution avec ses idées ultralibérales d’ancien sbire de la finance. Le peuple a faim. Faites gaffe, droite arrogante et fausse gauche pitoyable. Ça va vous tomber sur la gueule. Pour aller me détendre, je suis allé marcher sur la plage du Crotoy. Le Crotoy hors-saison: du bonheur. J’expulsais les miasmes des primaires de l’affreuse droite. Et mes souvenirs de la fausse gauche lamentable qui, cette fois, pour rien au monde, FN ou pas, ne me fera me déplacer au deuxième tour. Ils se foutent de nous. Je me mets à courir sur le sable de la plage du Crotoy, hors-saison. Je suis bien.

                                                        Dimanche 27 novembre 2016.

Attention : chef-d’œuvre !

Benoît Duteurte signe là son roman le plus audacieux.

Benoît Duteurte signe là son roman le plus audacieux.

Avec « Livre pour adultes », Benoît Duteurtre propose le livre le plus touchant de la rentrée.

Attention: chef-d’œuvre! L’emphase ne fait pas forcément plaisir à un auteur; il ne lui rend pas forcément service non plus. Mais que dire d’autre? Livre pour adultes, de Benoît Duteurtre, est, sans conteste, l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur roman de cette rentrée littéraire. S’agit-il d’un roman, au fait? Pas si sûr. Une sorte d’habile mélange entre récits totalement autobiographiques, courtes nouvelles, pures petites fictions pleines de charmes et de bravoure. Ce livre est délicieux, même s’il est grave, inquiet, interrogateur, existentiel. Mais toujours plein de vie, de résilience, d’espoir, tissé d’une belle et bonne chair littéraire. «Ce livre est inspiré par la mort de ma mère, qui croyait à la joie de vivre. J’y dépeins aussi les transformations d’un village de montagne, quelques vieilles dames extraordinaires et les péripéties d’une journaliste dans la société contemporaine. Beaucoup de femmes dans ces histoires; beaucoup de questions sur la naissance et sur le déclin», écrit Benoît Duteurtre en quatrième de couverture. «La disparition de nos proches souligne cette double réalité de l’âge adulte: tandis que nous courons à l’abîme, le monde où nous avons grandi s’efface lui aussi.»

Quoi de plus littéraire que ce texte? Quoi de plus doucement mélancolique? Il contient une manière d’abandon, de lâcher prise qui tutoie la sérénité. Tout Duteurtre est là: à la fois nostalgique de ce qui n’est plus, d’un monde d’antan que nous sommes de plus en plus nombreux à regretter en ces périodes de brutes bestiales et de société de consommation abrutissante. Et, en même temps, Benoît est terriblement actuel par ses révoltes, ses coups de gueule, ses amusements. Son regard est celui de l’un des plus grands écrivains français. Lisez-le vite; il fait du bien.

«Fou de musique» est une nouvelle qui met en scène un avocat mélomane et un saxophoniste (allemand) SDF. L’avocat, bobo, vote, of course, à gauche. Mais le SDF teuton ne joue pas assez bien à son goût. Et il finit par lui casser les pieds. Alors, comme tout bon bobo hurleur de «Vive la sociale!» (quand elle concerne les autres), il mettra tout en œuvre pour le faire décaniller. La chute, que nous n’aurons pas l’indélicatesse de dévoiler, est à la fois terrible et sublime. On se régalera aussi de «Voyage au bout du voyage» où l’écrivain s’en prend à l’indéfendable nouvelle société mondialisée. On comprendra que, Duteurtre, est souvent une sorte de Houellebecq en moins dépressif. Ils aspirent à un monde ancien; ce sont eux les vrais révolutionnaires. Pas ces petits salopards de la prétendue modernité et de l’ultralibéralisme. Exemple, page 228, ce passage d’une noirceur rassérénante: «(…) j’ai compris, au fil du temps, que la souffrance et la mort l’emportent toujours in fine. L’adulte sait qu’il court à sa perte et que le monde court à sa perte, lui aussi. Il peut s’enfermer dans le ressassement de la catastrophe à venir, ou tâcher de saisir une lueur d’espoir. Il sait néanmoins que tout cela finira mal.» Imparable Benoît Duteurtre.

PHILIPPE LACOCHE

Livre pour adulte, Benoît Duteurtre ; Gallimard ; 239 p. ; 19,50 €.

 Pierre Drieu la Rochelle jugé par Roger Vailland

   Avec talent et beaucoup d’à-propos, Gérard Guégan imagine Drieu enlevé, puis jugé par un commando de résistants communistes.

Une fable n’est pas un roman. Souvent, la part de fiction est bien plus importante dans la première que dans le second. Pourtant, dès les premières lignes, pour peu qu’on dispose de quelques notions d’histoire littéraire, on se demande si l’histoire racontée par Gérard Guégan n’est pas réelle. C’est aussi cela, l’art d’un grand écrivain: vous faire prendre des vessies pour des lanternes. Et c’est si bon pour nous, lecteur, de se laisser berner. Ce n’est pas la vie réelle qui distille le rêve, donc le plaisir – la vie réelle est brutale et absurde – mais bien l’irréalité, manière d’onirisme cotonneux dans lequel, assez lâchement, on aime se réfugier. C’est pour cela qu’on préférera les velours littéraires de Jean de La Fontaine ou de Marcel Aymé, aux rêches étoffes peu élégantes de naturalismes décevants ou aux stériles stupidités du Nouveau roman. Malgré toutes ces considérations, on y croit à l’histoire qui sous-tend Tout a une fin, Drieu. Gérard Guégan imagine les derniers instants de Pierre Drieu la Rochelle, écrivain collaborationniste qui dit avoir raté son œuvre, démenti par ses lecteurs qui hurlent le contraire et qui ont bien raison. La prose de Drieu n’a pas vieilli, bien moins, en tout cas, que celle de cette fripouille infréquentable de Rebatet, par exemple. Guégan, qui connaît son sujet sur le bout des ongles, raconte comment un commando de résistants communistes (Héloïse, Marat, Rodrigue, Maréchal, etc.) enlève Drieu pour le juger de ses actes de collaborateur, et non pas pour l’exécuter, mais pour l’inviter à se supprimer.

Cela va si bien au créateur de Gilles et La comédie de Charleroi qui eût pu tout aussi bien pu basculer dans la résistance et militer au Parti communiste plutôt que d’aller flirter avec Doriot et sa clique de cloportes gluants. Drieu est un romantique, un écrivain avant tout.

C. Hélie.

Gérard Guégan.

Il veut laisser une trace. Cela le perdra. «Drieu doit mourir, c’est écrit d’avance, mais pas fusillé, pas exécuté, pas comme un collaborateur ordinaire», signifie Marat à ses amis. Marat est le portrait craché de Roger Vailland. (C’est du reste le nom du narrateur de Drôle de jeu, le roman de plus lucide sur la Résistance, de l’après-guerre.) Derrière Rodrigue, on aperçoit Jacques-Francis Rolland. Gérard Guégan pense juste, écrit bien, sec, serré comme un hussard; il sait très bien que Vailland eût bien été incapable de flinguer un écrivain, fut-il collabo.

Ce petit livre est superbe tant dans sa forme que dans son fond. Drieu n’a plus peur de rien. Il a tenté, il y a peu, de se suicider. En face de lui: Marat-Vailland. On assiste à un duel entre deux écrivains (l’un, reconnu; l’autre en devenir) qui rivalisent de panache. Ils ont tous deux le regard froid, et l’âme brûlante. Deux vrais héros stendhaliens. Tout a une fin, Drieu : un vrai bonheur de lecture.

PHILIPPE LACOCHE

Tout a une fin, Drieu, Gérard Guégan, Gallimard. 131 p.; 10 €.

Frégni, le fraternel, l’ami des humbles

Des récits au rythme des saisons; des portraits d’une émouvante justesse d’êtres fragiles. L’écrivain donne ici le meilleur de son art.

Il faut dire les choses; parfois les hurler. Quitte à passer pour un radoteur, un excessif, un louangeur. René Frégni n’est pas un bon écrivain; c’est un grand écrivain. Il parle des autres avec autant de sincérité, de justesse et de pudeur que de lui. C’est un immense conteur, comme l’était son voisin géographique (à Manosque), son voisin d’âme: Jean Giono. Mais il n’est pas seulement un conteur, un raconteur; c’est un artiste. Il sait nous envoûter avec cette lenteur quasi proustienne, merveilleux outil des atmosphéristes. Frégni écrit sur des cahiers d’écolier qu’il remplit d’impressions, d’émotions, de sentiments ténus, d’observations émues. Il peint les saisons d’une plume impressionniste qui ne s’en laisse point compter par le réalisme, ce Don Juan des écrivains. Il flâne, rêve, invente; cela nous donne des paysages littéraires plus vrais que nature. Ici, il commence à noircir ses cahiers en septembre, ce presque automne. «L’automne en Provence est limpide et bleu, ce n’est pas une saison, c’est un fruit.» Il nous invite à le suivre en tant que prévenu (ou d’accusé?) au palais de Digne. Il faut avoir vécu les atmosphères de ces petits tribunaux de province pour se rendre compte combien sont justes les mots de René Frégni à leur endroit. «Il y a une semaine que je suis cloué sur ce banc, cerné par d’immenses corbeaux perchés sur des boiseries. Ils battent des ailes à tour de rôle, puis les replient dans le silence de ce palais, qui accueille depuis un siècle de longues chaînes de pauvres, de déficients, de mal-aimés. Vulnérables, disent les ministres lorsqu’ils parlent à la radio.» Pas un gramme d’apitoiement, mais des tonnes d’humanité, de fraternité, de compassion pour ses frères humains. Tout Frégni est là. Majestueux.

Il évoque le «spectacle» qu’est l’audience. «Nous n’en étions pas les acteurs. Les vrais acteurs avaient tous une robe.» Comme c’est bon quand il se souvient des parties de chasse au côté de son père, qu’il nous dit «les ruelles du village qui sentaient la cave, le coulis de tomates et le poulailler», et qu’il savoure l’instant: «Une tomme de chèvre, une grappe de muscat et un bout de pain, juste avant l’automne, dans le silence doré des collines, si loin de l’odeur de la craie, de l’encre, de la peur physique d’être interrogé.» Un peu plus loin, il nous dresse le portrait de Joël Gattefossé, ce libraire militant, poète mélancolique, qui installe un palais des livres au bout du monde : à Banon, dans les Alpes-de-Haute-P

René Frégni, écrivain. Juin 2013.

René Frégni, écrivain. Juin 2013.

rovence. Un peu plus loin encore, il note qu’on «allume des feux au fond des jardins, les derniers jours d’octobre et ces gros moutons de fumée s’en vont sur les villes, apporter une vieille odeur d’herbe sèche et de mélancolie». Mélancolique et poète, René Frégni nous aide à vivre un peu mieux dans ce monde de brutes.

PHILIPPE LACOCHE

Je me souviens de tous vos rêves, René Frégni, Gallimard, 150 p.; 14 €.

Franz-Olivier Giesbert : «Je suis l’enfant des écrivains que j’ai aimés »

Franz-Olivier Giesbert était récemment à la librairie Martelle, à Amiens, où il a signé son excellent roman « L’arracheuse de dents ». Interview.

Il a le style sec et juste des Hussards, l’esprit documenté d’un Zola ou d’un Balzac, la verve retenue et fraîche d’un Giono. Franz-Olivier Giesbert n’est pas seulement un grand journaliste ; c’est un romancier remarquable. Son dernier roman, L’arracheuse de dents en est la preuve. Il nous promène dans les pas de Lucile Bradsock, qui se réfugie chez un dentiste au cœur de la Révolution françFranz-Olivier Giesbert.aise. Il lui apprend le métier. Elle croise Robespierre, part en Amérique, rencontre les grands de ce monde (Napoléon, La Fayette, Washington). Une aventureuse et une grande amoureuse. Bref : un portrait de femme comme on les aime.

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire au prime abord, ce roman est une pure fiction.

Franz-Olivier Giesbert : Le principe même du roman – ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est Aragon – , c’est le mentir vrai. Donc, dans ce roman, tout est vrai et tout est faux. Le personnage central, Lucile Bradsock, truculente, drôle, assez scandaleuse, n’a jamais existé. Mais les lieux, l’époque, les personnages qu’elle va rencontrer ont existé. Et derrière tout ça, il y a un gros travail d’enquête que je ne laisse pas transparaître car j’essaie d’écrire léger. Mais si on me dit qu’elle aurait pu très bien exister, je réponds oui : elle aurait très bien pu exister car tout ce cadre-là était bien présent ; j’ai beaucoup travaillé et je me suis inspiré de femmes qui, à l’époque, étaient déjà comme ça. Toute une vague de femmes qui arrivèrent à la fin du XIXe siècle et qui voulurent prendre le pouvoir ; mais les hommes les remirent à leur place en les envoyant à l’échafaud (comme ce fut le cas, avant, au cours de la Révolution française, et même ailleurs). C’est une période étrange dans l’histoire des femmes, période qui culmine avec George Sand, personnage absolument fascinant. L’une des femmes les plus fascinantes de l’histoire de l’humanité, bien plus que Cléopâtre. Elle connaissait tout le monde ; elle tirait toutes les ficelles…

Quelle est la part du travail de recherche pour un roman comme celui-ci ?

Pour moi, le personnage est vivant. Je le suis ; de temps en temps, il se rend dans des endroits qui n’étaient pas prévus. Donc, à ce moment-là, je m’arrête et j’enquête. C’est ce qui est en train d’arriver pour un autre roman. La Normandie, ce n’est pas prévu. Mais je n’ai pas eu besoin d’enquêter car c’est mon pays. Ce qui était prévu au départ, c’était les Indiens, et ça a dérivé sur la Révolution française. Ca tombe bien car je connais très bien cette période de l’Histoire ; comme par hasard, quand ça dérive, ça arrive toujours sur des sujets que je connais très bien. Donc, j’ai suivi mon personnage, Lucile, et elle va très vite par moments. Ce qui est amusant quand on écrit, car elle galope tellement vite qu’on a du mal à la suivre. On a l’impression d’être à la traîne.

Pourquoi lui avoir attribué cette profession de dentiste ? C’est singulier.

C’est venu comme ça…

Vous avez dû vous documenter, une fois de plus ?

Oui. Je me suis demandé ce qu’était la profession de dentiste à cette époque. Donc je me renseigne, je m’informe, j’achète des bouquins ; je tombe sur l’ouvrage de Pierre Fauchard, un personnage très important de la dentisterie à l’époque, et le truc part comme ça… Au fur et à mesure de l’écriture du livre, des périodes me paraissent plus faciles, et d’autres, moins ; elles me contraignent à m’arrêter, à me documenter. Je ne connaissais rien à la dentisterie ; je ne connaissais rien du personnage de Fauchard. Je n’ai pas de problème d’inspiration, mais de temps en temps je m’arrête. J’essaie de comprendre, d’apprendre.

Ne serait-ce pas le travail de journaliste qui reprendrait le dessus ?

Non, je crois que c’est celui de l’écrivain. C’est comme ça que j’aime travailler. Michel Tournier, par exemple, se documentait de manière dingue. On est là avec des livres qu’on a commandés, à prendre des notes, à vérifier, à faire des synthèses… On est toujours obligés de travailler sur tout ce qui se passe autour. Comment les gens vivaient ? S’ils regardaient l’heure tout le temps ? Ce sont les questions de base qu’on se pose en permanence pour être au plus près de l’histoire qu’on raconte.

Là, ne serait-ce pas votre côté balzacien qui ressort dans cette façon de procéder ?

Moi, j’adore ça ! Et quand on me dit ça, je considère ça comme un compliment. Balzac est un écrivain immense. Mais simplement, il écrivait à une époque où on pouvait traîner en longueur ; on avait le droit aux longueurs. Et même au début du XXe siècle, quand on regarde certains romans d’Aragon, c’est interminable. Maintenant, nous n’avons plus le droit à la longueur. Je fais partie de ceux qui pensent quand on écrit un roman, il faut aller vite. Les temps ont changé ; le roman est en concurrence avec plein d’autres choses. Il faut être réaliste ; on a un devoir de rapidité, d’accrocher. Hugo avait compris ça. Hugo écrit des bouquins trop longs mais il n’y a pas de longueurs. Ca va vite. Certains autres, comme Balzac, écrivaient très long, mais c’était génial.

Vous disiez, au cours de la conférence donnée à la librairie Martelle, que vous aimiez bien Stendhal mais que vous pouviez vous en passer. Cela m’a un peu étonné.

Il a écrit de très beaux textes sur l’amour évidemment. J’aime bien si… Mais pour moi, ce n’est pas Dostoïevski… Il y a une espèce de culture de Stendhal que je n’ai pas toujours bien comprise. Mais c’est un grand écrivain. On n’a pas l’impression qu’il approfondisse les sujets, ça passe comme ça… Je ne suis pas  bien emballé.

Vous devez lui préférer Zola ?

J’aime bien Zola ; c’est un très bon écrivain. Il enquête beaucoup. Parfois trop. Quand il écrit La Terre, on voit bien que c’est un homme de la ville et qu’il n’a pas travaillé assez le sujet ; c’en devient comique tellement c’est à côté de la plaque ! En même temps, il a réussi des livres qui sont extraordinaires.

Vous aimez beaucoup Steinbeck. Tortilla Flat notamment.

Tortilla Flat, c’est une fable. Steinbeck fait partie des gens qui ont été écartés pour des raisons politiques : il était communiste quand il ne le fallait pas et anti-communiste quand il ne le fallait pas. C’est-à-dire qu’il a toujours été à contre-courant ; c’est pour cela qu’il a disparu. Il a été très proche du Parti communiste pendant des années ; à un moment, il se retourne et il ne fallait pas car toute la culture dominante de l’époque était plus ou moins communiste. On a besoin de ces grands écrivains quand on écrit. Je revoyais Tom Wolfe il y a un an ou deux ; il me disait qu’il fallait relire un Zola par an. C’est ce que j’ai commencé à faire.

Vous êtes aussi passionné par les grands écrivains russes.

Il n’y a pas tant de pays qui soient parvenus à devenir de vrais creusets littéraires. Il y l’Angleterre, la France, la Russie et les Etats-Unis. Après, il y a quelques exceptions ici ou là… Je l’enlève pas à l’Allemagne la philosophie et la musique.

Il y a Zweig aussi, en Autriche.

Oui, mais, l’Autrice n’est pas l’Allemagne.

Exact.

La littérature russe est tellement profonde ; elle va au cœur des choses. C’est justement ce qu’on peut reprocher à Stendhal où on est toujours dans l’amour. Dostoïevski, c’est la folie humaine. Il écrit trop long, bien entendu. Ces personnages sont juste incroyables ! Il y a aussi Tolstoï ; j’adore Tolstoï ! Et ses nouvelles qui sont toujours aussi actuelles ; c’est un personnage extraordinaire.

Vous parliez tout à l’heure de Crime et châtiment ; vous aviez cette formule épatante et audacieuse : « C’est mal écrit mais c’est le plus grand livre de la littérature car les personnages sont vivants. » Tout est dit.

Dostoïevski : j’ai un souvenir très précis. Fin des années 80 ; j’étais à Saint-Pétersbourg, lors d’un dîner où les gens parlaient très bien le français ; il y avait là des Russes spécialistes de la littérature française. A un moment donné, la discussion part sur Dostoïevski. Je leur dis : « C’est dommage, en France, qu’il soit si mal traduit. » Je me rends compte que j’ai dit une connerie car les gens reprennent : « Ah, bon ? C’est mal traduit ? ». Jusqu’à ce que l’un des convives se marre et dise : « Mais non, c’est très mal écrit ! ». Les Russes le savent et le disent ; ça n’empêche pas qu’ils considèrent que c’est un très grand écrivain. En France, on devrait faire attention car on fait des romans emmerdants mais bien écrits. Dostoïevski, il y a plein de points d’exclamation, des points de suspension, des répétions, etc. mais ses livres vous prennent aux tripes et on voit les personnages. Ce sont des personnages vivants. Porphyre est vivant… ce sont comme des visions qu’on a… Dostoïevski est un écrivain majeur ; je ne sais pas si c’est le plus grand, on ne sait pas… Quand il y a Molière, Shakespeare, Hugo et Homère à côté, c’est difficile à dire… Il y a aussi Aragon ; en cela je suis comme Jean d’Ormesson. Aragon est mon poète préféré. Même ses trucs sur les communistes, on est un peu triste pour lui mais à la fin il n’y croit plus lui-même. Mais quelle beauté ! Il m’a dédicacé Les Poètes car je le connaissais ; je l’avais interviewé pour Paris Normandie. J’étais tout jeune ; j’avais 18 ans. Il y a un poème qui s’appelle « Second intermède » ; c’est sur l’amour. Ca m’arrive de temps en temps de le lire à haute voix ; ça me donne envie de pleurer pourtant ce n’est pas triste mais c’est tellement beau ; les mots sont tellement bien choisis. Je ne suis pas capable de le réciter ; j’ai une bonne mémoire mais je ne suis pas capable de réciter des poèmes.

Pour écrire un roman, il faut toujours un déclencheur.

Oui. Il faut par exemple un personnage. Je ne me dis pas : « Je vais écrire un livre pour raconter la Révolution française, ou sur la guerre de Sécession, ou sur la révolte indienne. » Non, dans mon dernier roman, j’avais une femme : justicière et violente ; c’était ça le concept ; la cuisinière d’Himmler (N.D.L.R. : il fait référence à son roman La cuisinière d’Himmler, Gallimard, 2013 ; Prix Epicure) où là j’ai une victime joyeuse. Là, ce n’est pas là même chose : c’est une justicière qui ne laisse rien passer. La cuisinière d’Himmler, elle, se vengeait un peu, mais elle laissait passer plein de trucs. De toute façon, elle en prend plein à la gueule. Elle voit toute sa famille mourir devant elle ; elle voit ses enfants mourir pendant la guerre. Elle essaie de faire ce qu’elle peut pour récupérer ses gosses, mais ça ne marche pas… Elle va d’échecs en échecs. Lucile, elle, n’échoue pas. Parfois, elle en prend plein à la gueule, elle aussi, mais elle rebondit et repart à l’attaque. C’est sa marque de fabrique. Et elle a ce côté vengeance, que moi je n’ai pas ; je considère que c’est une perte de temps la vengeance, la rancune. Il y a un grand chanteur qui m’a fait un procès horrible ; il avait tous les torts, du reste il a perdu… Je me souviens qu’il y a dix ans, je le vois ; je me précipite vers lui et il a fait comme si je voulais lui casser la gueule. Or, je l’ai salué car je n’en avais rien à foutre. C’est passé… Et j’avais gagné le procès.

Vous disiez que vous écriviez dans la joie et dans la jubilation.

Si c’était le contraire, je ne préférerais ne pas écrire. Je n’écrirais pas si je souffrais, si j’avais l’angoisse de la page blanche. Le problème, c’est que la page blanche se remplit trop vite. Après, il y a le travail derrière. Et moi, la page se remplit toujours dans la joie. Ce genre d’attitude (écrire dans la souffrance) pénalise beaucoup la littérature française. Dostoïevski, vous pensez qu’il n’écrivait pas dans la joie ? (Le souci c’est qu’un éditeur eût dû passer derrière avec une paire de ciseaux.) Il ne souffrait pas, même s’il racontait des histoires de souffrance, ça partait comme ça… Même si les histoires de Stefan Sweig sont tristes, je suis persuadé qu’il n’écrivait pas dans la souffrance lui non plus. Victor Hugo, il se marrait tout seul en relisant ses phrases ; et ça allait trop vite… La main n’arrivait pas à suivre. Il y a une sorte de jubilation ; après, il y a certes un travail à faire. Sinon, on est un génie ; je ne suis pas un génie, donc je suis obligé de retravailler derrière. Je préférerais ne pas trop travailler mais… Victor Hugo ne retravaillait pas tant que ça. Si, sur Les Misérables, il a passé beaucoup de temps.

Vous citiez tout à l’heure l’un de vos éditeurs chez Gallimard qui vous faisait beaucoup retravailler. Qui vous édite chez Gallimard ?

C’est toujours Richard Millet. Oui, j’ai besoin d’un regard dur pour me faire progresser.

C’est lui que vous évoquiez, qui vous faisait beaucoup retravailler ?

Oui, Richard Millet mais aussi Thomas Simonnet, que j’aime beaucoup également. J’ai besoin d’un regard différent. De toute façon quand j’ai terminé un livre, je sais qu’il n’est pas fini. Un livre n’est jamais fini ; le gros problème qu’on a c’est quand il est parti, on ne peut plus retoucher ; c’est pour ça qu’on ne l’aime plus. C’est comme ça pour tous les livres. Je ne veux pas relire mes livres après parution. J’admire énormément Michel Déon qui, dès années plus tard, a repris Les Poneys sauvages… car, comme il disait : « Il y a plein d’adverbes, d’adjectifs… On n’en peut plus… »

Le Poneys sauvages est un magnifique roman.

Oui, c’est une livre superbe. La première version était déjà superbe, la nouvelle version est encore mieux. Moi, je lutte toujours contre les adverbes et les adjectifs. Je n’ai pas trop de problèmes avec ça, sauf peut-être dans mes premiers livres. J’enlève, j’enlève… Je suis très dur là-dessus… Les livres qui restent, les livres qui restent ?… Regardez Maupassant, comme son écriture est moderne. C’est dingue ! Où est l’adjectif ? Il n’y en a pas. Ou un de temps en temps.

Oui, c’est juste et net.

Oui, c’est ça. Il faut écrire propre ; c’est ce qu’on doit au lecteur. J’essaie d’écrire les livres que j’aurais envie de lire. Des livres dans lesquels on s’amuse, on est libre. Ca y va. On donne des coups ; les pieds par ci-par-là ; à droite à gauche… J’adore ça.

Vous parliez de votre bonheur d’être sur terre, de votre joie de vivre. Vous me rappelez l’un de mes écrivains préférés, Kléber Haedens que vous avez peut-être lu… Vous partagez cela avec d’autres écrivains, notamment ceux des Hussards… Vous vous sentez proche des Hussards ?

Je n’ai pas l’impression de faire partie d’une école… mais les Hussards, c’est vrai que Michel Déon est un maître pour moi. Parfois, il se trouve que mes maîtres sont des amis. Ce n’est pas la même école mais je me sentais proche de Tournier, même si je ne travaillais pas comme lui, mais, comme moi, il enquêtait beaucoup. Pour moi, Le Roi des aulnes, c’est énorme ! C’est un chef-d’œuvre. Je suis, c’est vrai, passionné par les Hussards, mais en même temps, j’ai l’impression d’être l’enfant de Michel Tournier et de Jean Giono. Là, on est très loin des Hussards. C’est amusant car j’ai habité à Manosque ; je connais très bien Sylvie Giono, sa fille…

Vous connaissez également René Frégni, très certainement ?

Oui, bien sûr… Je me sens également très proche de l’école américaine ; j’ai très bien connu Norman Mailer qui était un ami… Julien Green m’a aussi énormément apporté. Et un écrivain que j’ai adoré sans l’avoir jamais rencontré, William Styron, a eu la gentillesse de faire la préface de l’un de mes livres dans sa version américaine… J’étais très fier… Etrangement, parmi les écrivains que je viens de vous citer, il n’y a pas de femmes mais je parle souvent de George Sand car c’est un personnage qui me fascine complètement. Je n’écrirais pas sa biographie car il y en a eu tellement qui sont excellentes (je les ai toutes lues)… Il y a aussi son autobiographie, Histoire de ma vie, qui est très bonne aussi… Elle, c’est un écrivain modeste, qui ne se la pète pas. J’adore ! Je suis l’enfant de tous les écrivains que j’ai aimés. Mais il y en avait des vivants. Julien Green, j’ai adoré certains de ses livres ; d’autres moins. Green m’a appris des choses incroyables. Même chose pour Tournier, pour Norman Mailer…

Pourriez-vous nous parlez de votre prochain roman dont vous avez déjà écrit la moitié ?

Je n’aime pas parler de mon livre à venir. Je peux dire que c’est encore un roman historique, en tout cas qui se passe dans l’Histoire. Mais j’ai du mal à parler de mes projets, même à mes proches. Il se passe quelque chose de bizarre quand on est en train d’écrire ; on est dans un processus qui est tellement jouissif ; il n’y a pas d’obstacles. On a toujours peur que ça s’arrête et ça peut s’arrêter. Je me souviens d’une panne monstrueuse pour un livre. Exemple : j’ai un livre de 600 pages que je n’ai jamais publié. C’est un livre que j’ai écrit il y a quinze ans. J’ai arrêté de l’écrire ; je me souviens d’une panne de ce genre-là. Je me souviens d’une autre panne à laquelle je m’étais confronté parce que j’avais lu justement Crime et Châtiment. C’était une erreur à ne pas faire parce que ça bloque tout ; on se dit : « Jamais, je n’arriverai à faire ça… Ce n’est pas la peine.» Les chefs-d’œuvre me cassent, me bloquent ; on a envie de les imiter, de retrouver cette énergie… On se trouve minable. On est très fragile quand on écrit. Là, je fais le malin ; là, en ce moment, tout me paraît facile mais on sait que demain, ça peut être tout autrement.

Mais là, ce n’est visiblement pas le cas. Votre écriture est portée par une manière de jubilation.

Oui, c’est vrai, mais il n’empêche qu’un de mes livres de 600 pages est resté comme ça, en plan… Et c’était un livre très ambitieux. Non, en fait, ce n’était pas Crime et Châtiment que j’avais lu… Je ne me souviens plus ce que j’avais lu et qui m’avait bloqué… Il faudrait que je retrouve.

Propos recueillis par

                                                    PHILIPPE LACOCHE

L’arracheuse de dents, Franz-Olivier Giesbert, Gallimard ; 435 p. ; 21 €.

Quelques petites chroniques littéraires

L’écrivain Angot

Il faut reconnaître ses erreurs; par le passé, j’ai écrit que Christine Angot n’était pas un écrivain. L’avais-je mal lue? Possible. Ce que j’avais parcouru ne m’avait pas plu. J’étais allé trop vite en besogne. Son dernier Un amour impossible, est un grand livre. Un très grand livre. Largement autobiographique, elle s’y raconte. Son enfance à Châteauroux, auprès de sa mère, Rachel, qui, avec Pierre (le père de l’écrivain) vit une relation amoureuse subreptice, mais passionnelle. Pierre est un bourgeois et un intellectuel plein de morgue, de suffisance; Rachel est une petite employée. Le choc des milieux; le choc des cultures. Parfois, on se croirait dans La Dentellière, Goncourt 1974, de Pascal Lainé. Christine naît. Pierre refuse d’épouser Rachel. Plus tard, Christine apprend à sa mère adorée que son père l’a violée. Un roman désespérément émouvant, poignant lu par son auteur. PHILIPPE LACOCHE

 

Un amour impossible, Christine Angot. Écoutez, lire; Gallimard.

 

PHOTO

Travail

Fils d’une famille modeste de Slovaquie, François Kollar (1904-1979), d’abord tourneur chez Renault, à Boulogne-Billancourt, devint photographe à la fin des années 20. Son excellente connaissance du monde du travail, lui permet d’œuvrer tant dans l’industrie que dans la mode et la publicité. Son talent singulier, indéniable, naît de sa grande sensibilité à la lumière et à la matière. Ses photo reportages industriels à travers le monde le rendent célèbre. Une exposition, «François Kollar, un ouvrier du regard», lui est consacrée au Jeu de Paume, à Paris, jusqu’au 22 mai 2016. Ce livre superbe en est le catalogue. Ph.L.

François Kollar, Un ouvrier du regard, préf. Marta Gili. La Martinière; 192 p. 35 €.

 

LIVRES

Morts si rock

Il n’est pas de bonne littérature sans l’ombre de la mort; il en va de même pour le rock’n’roll. L’écrivain Jean Mareska l’a parfaitement compris. Il nous donne à lire un excellent essai, à la fois précis, bien documenté, limpide et, parfois, émouvant : Dead Rock Stars, morts violentes du rock & roll. Il passe en revue ces rockers, folkeux, chanteurs, musiciens qui nous furent chers, passés, dans des conditions souvent très particulières, de l’autre côté du miroir. Il évoque, bien sûr, le sinistre «Club des 27» (ceux morts à 27 ans: Janis Joplin, Brian Jones, Jim Morrison, etc.) mais aussi tous ces autres artistes décédés d’accidents divers (parfois stupides), de manipulations d’armes (roulettes russes!), de suicides, d’abus d’alcool ou de drogues, de maladies, etc. On y retrouve, dans le désordre, Terry Kath, Sam Cooke, John Denver, Eddie Cochran, Keith Moon, Alan Wilson, Rory Gallagher, Gary Moore, Phil Lynott, Bon Scott et bien d’autres. Ph.L.

Dead Rock Stars, morts violentes du rock & roll, Jean Mareska; Camion Blanc; 183 p. 28 €.

Jean Mareska, écrivain.

Jean Mareska, écrivain.