Sous le vernis du marquis

                            

Le peintre Alain Mongrenier (à droite) et Christian Manable qui vient d'être élu sénateur.

Le peintre Alain Mongrenier (à droite) et Christian Manable qui vient d’être élu sénateur.

          Deux vernissages.  Deux bons moments. Le premier eut pour cadre la galerie Pop Up, 8 rue des Lombards, à Amiens, un nouveau lieu dont on parle beaucoup; je m’étais promis d’y aller faire un tour. L’occasion m’en fut donnée avec le lancement du livre Le Tombeau de Jules Renard, 77 haïkus, du poète Pierre Ivar, dit  Ivar Ch’Vavar, publié aux éditions des Voix de Garage (le libraire Vincent Guillier, le graveur Dominique Scaglia et l’informaticien, passionné de typographie Benjamin Bayart). Cinq cents exemplaires d’un adorable petit livre, composé à l’ancienne, avec une vraie presse, comme le faisait le regretté Jean Le Mauve et comme continue de le faire la compagne de celui-ci, Christine Brisset. Pierre est un poète, une manière de chaman mystérieux, un peu bourru, un esprit éclairé. J’aime beaucoup ce texte-là : « la perdrix affolée/ elle se court sur les pieds et/ comme ce n’est pas encore assez/ elle se marche dans l’œil. » Et j’adore la dédicace : « Pour Dominique, (j’ai épousé la femme la plus rousse du monde) ». On dirait du Cendrars. J’ai fait la connaissance de la dame qui a créé, il y a trois mois, la galerie Pop Up : Mélanie Ohayon. Elle entend en faire un lieu de rencontre autour de l’art contemporain, la poésie et la littérature. Il faisait doux dans le jardinet. Jean Detrémont était dans les parages, lunaire et affectueux. D’autres visages aussi qui, au fur-et-à mesure que le soir tombait, devenait des ombres modianesques de l’Amiens artistique et culturel. Le lendemain, je me suis rendu dans le hall de l’hôtel des Feuillants, au Conseil général de la Somme, rue de la République, pour le vernissage de l’exposition « Peintures et dessins », d’Alain Mongrenier. Alain est certainement le meilleur peintre de la région. Le plus sincère, le plus doué, le plus habité. Il se moque de la carrière et des modes comme d’une guigne. Il est simple, sait être facétieux. Christian Manable, président du Conseil général, dont,  à titre tout à fait personnel, je me réjouis qu’il soit devenu sénateur, prononça un discours éclairant et sensible : « Je vois tes tableaux et j’ai l’impression qu’ils ont toujours été accrochés à ces murs ancestraux. Une impression étrange donc, mais qui ne me surprend pas vraiment, te connaissant quelque peu… Il émane en effet de tes toiles, tant d’humanité, que l’expression de ta création semble nous habiter, depuis toujours. » J’étais heureux de discuter avec mes copains Jacques Béal et Jean-Louis Crimon. Je retrouvai ce dernier, dès le dimanche matin, puisque nous partîmes ensemble au Village du livre de Merlieux. Là, des amis encore, dont Francis Heredia, avec qui je refis le monde. J’en profitais pour me réconcilier chaleureusement avec Thierry Maricourt qui, dans un article, m’avait reproché mes amitiés avec des écrivains de droite. C’est ce qu’on appelle l’humour des anars. Comme pour les belles femmes, la bonne littérature n’a pas, pour moi, pas de couleur. Et pas de parti (es). Sorry.

                                              Dimanche 5 octobre 2015

Vais-je prendre ma carte ?

                            

Le stand de la section du Parti communiste de ma chère ville de Tergnier. J'hésite encore. Où vais-je prendre ma carte? A la section de Tergnier, à celle d'Amiens, à Paris XIe car je possède ma garçonnière boulevard Voltaire? Je lance donc un appel à ses trois sections : j'adhérerai à celle qui me fera la plus grosse ristourne. Avec celle-ci, lectrice, mon amour, je te paierai un nuit d'hôtel dans mes bras torride et nous nous saoulerons dans le meilleur restaurant. Communiste jusqu'au bout des boucles de sa perruque poudrée, le marquis des Dessous chics n'en reste pas moins homme.

Le stand de la section du Parti communiste de ma chère ville de Tergnier. J’hésite encore. Où vais-je prendre ma carte? A la section de Tergnier, à celle d’Amiens, à Paris XIe car je possède ma garçonnière boulevard Voltaire? Je lance donc un appel à ces trois sections : j’adhérerai à celle qui me fera la plus grosse ristourne. Avec celle-ci, lectrice, mon amour, je te paierai un nuit d’hôtel dans mes bras torrides et nous nous saoulerons dans le meilleur restaurant. Communiste jusqu’au bout des boucles de sa perruque poudrée, le marquis des Dessous chics n’en reste pas moins homme.

    Quel plaisir ce fut pour moi de passer deux jours à la Fête de l’Humanité ! J’étais invité à y signer mes livres. J’y retrouvais mes camarades écrivains Jérôme Leroy et Valère Staraselski. On file, Jérôme et moi, au stand de Loire-Atlantique, déguster de délicieuses huîtres. De retour, je salue d’autres écrivains : François Salvaing, Didier Daeninckx. L’ambiance est bonne. Fraternelle. Comme j’ai oublié mon Zippo chez moi, je demande du feu à un adorable petit couple d’adolescents. Le garçon me donne son briquet. « J’en ai un autre ! », me dit-il. C’est un beau geste, je trouve. Tu sais lectrice, avec l’âge, je deviens sensible, surtout dans ce monde capitaliste de brutes. J’ai pris soin de venir en train à Le Courneuve. En train, comme en septembre 1972, quand  nous avions pris le train en gare de Tergnier, Fabert, Déchappe, le Colonel, Pigaux, et quelques autres copains. On avait vu les Who en concert. C’était fantastique. Je suis allé voir sur Youtube. J’ai tapé « Who Fête de l’Humanité 1972 ». Suis tombé sur une interview de Daltrey. Derrière lui, Keith Moon fait le singe en tétant une cannette. Puis, ils bondissent sur scène et assènent « Summertime blues ». Divin. Je m’en suis souvenu comme si c’était hier. Il y a des images de la foule. Je regarde si, par hasard, je ne reconnais pas mes copains ternois et moi. 1972-2014. Même ambiance fraternelle. Sauf qu’en ces débuts de seventies, ça sentait un peu plus la colombienne et le shit. Mais nous, les Ternois, fils de cheminots, on préférait déjà la bière, le vin. On ne s’en  privait pas. La semaine dernière, je n’ai pas pu résister d’aller saluer les camarades du stand de la section de Tergnier. Tonio servait la bière. J’ai discuté avec Henri, ancien patron du café La Bouteille d’Or, à Fargniers, et avec Francis Heredia, candidat aux dernières municipales à Chauny, que je croisais sur les fêtes du Parti quand je faisais du blues dans des petits groupes de l’Aisne. On parle de la politique actuelle. On est d’accord comme deux frères qui convoiteraient la même fille : la vraie gauche. La Fête de l’Huma 2014. Les deux plus beaux jours de mon année, après ceux passés au creux de tes reins, lectrice, mon amour.

      Il y a quelques jours, j’étais en train de me raser en écoutant France Inter. J’entendais distraitement l’homme de droite qui était interviewé. Un libéral, un ami du monde l’entreprise, très estimé par le Medef. J’aime bien la voix du mec. Le journaliste finit par l’appeler par son nom : Manuel Vals. Je me suis alors demandé si je n’allais pas prendre ma carte du Parti. Compagnon de route, à 58 ans, ça fait un peu ado. Il est temps de passer aux choses sérieuses. Le combat continue.

                                            Dimanche 21 septembre 2014