Dame Felicity Lott aime « le champagne » de la langue française

 

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La grande chanteuse soprano anglaise, très francophile, sera en concert au festival de Saint-Riquier, ce soir, jeudi.

Elle adore la France et ne s’en cache pas. Elle chante avec délicatesse et un immense talent les plus grands compositeurs français sur les scènes des plus grands opéras. Une très grande dame au charme indéniable.  Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Enfant et adolescente, vous avez appris le piano et le violon. Finalement, vous avez opté pour le chant, à l’âge de 12 ans. Pourquoi ?

J’ai toujours chanté, bien avant de commencer à jouer du piano. A l’âge de deux ans, j’ai enregistré et gravé un petit disque avec deux chants de Noël que j’ai offert à ma grand-mère. C’est ma mère qui m’avait emmenée dans un studio de Cheltenham où je suis née. Je possède toujours ce petit disque en vinyle. Il comprenait deux chansons dont « Away in a manger ».

On dit de vous que vous êtes « la plus francophone des sopranos britanniques ». Qu’est-ce qui vous attire tant dans notre pays ?

Tout m’attire dans votre pays. La langue française d’abord. Et puis j’ai visité le pays quand j’avais 12 ans. Lens d’abord car j’ai une cousine qui habite dans le Pas-de-Calais. Ensuite je suis allée à Annecy car Cheltenham est jumelée avec cette ville. Il s’agissait d’un échange. J’avais 15 ans. J’apprécie aussi la culture, la poésie et la musique française je ne connais pas encore à ce moment-là. J’ai également été assistante d’anglais dans le lycée mixte de Voiron, près de Grenoble où j’ai suivi des  cours avec un très bon professeur de chant, ce qui a changé ma vie. J’avais 21 ans. Mes 21 ans, je les ai fêtés à Voiron.

Grenoble, était-ce par hasard ou pour Stendhal ? Et avez-vous aimé cette ville ?

A ce moment-là, j’étais Voiron. Je suis allée à Grenoble pour mes cours de chant. J’ai même chanté dans le chœur du Conservatoire pour l’ouverture des Jeux Olympiques, en 1968. J’ai toujours l’hymne olympique, chez moi,  dans tiroir. En fait, c’est la montagne que j’aimais. C’était tout nouveau pour moi, tout ça…

Vous avez interprété notamment Haendel, Mozart, Strauss, Offenbach, Gounod, Reynaldo Hahn, Fauré, Chausson, etc. Lequel préférez-vous et pourquoi ?

Impossible à dire ; ça fait partie du charme de la vie : pouvoir apprécier tous ces compositeurs, et interpréter des choses aussi différentes. La seule chose qui les rassemble c’est l’importance qu’ils attachent à la parole. Le livret est important pour moi. J’ai commencé par Mozart,  puis Strauss… dans l’œuvre de Strauss on se demande si c’est le texte est plus important que la musique. Ou l’inverse. C’est l’ensemble qui créé la magie ; quand le compositeur met en musique, c’est ça qui bouleverse. J’adore la poésie française : Victor Hugo, Vigny, Verlaine, Apollinaire, Eluard. J’ai découvert de nombreux poètes grâce à la musique.

Votre accompagnateur préféré au piano est Graham Johnson. Parlez-moi de lui, s’il vous plaît.

Nous nous sommes rencontrés quand nous étions étudiants à la Royal Academy of  music, à Londres ; il est extraordinaire. C’est  une encyclopédie vivante incroyable ! Il possède une très grande culture. C’est un autodidacte. Il est né en Rhodésie; il est venu en Angleterre quand il avait 17 ans ; il est curieux de tout. De la littérature aussi. Il aime beaucoup la musique française (il a écrit un livre sur Fauré). Par ailleurs, il a écrit  trois tomes immenses sur les lieder de Franz Schubert. Il aime également  la poésie allemande. Il a fait de très nombreux récitals.

En 1996, vous avez été anoblie par la reine du Royaume-Uni. Qu’avez-vous ressenti ?

Je pense que j’étais très fière ; c’est le prince Charles qui présidait la cérémonie. Cette distinction, c’est un peu comme la Légion d’honneur. Un remerciement de l’état ; oui, j’étais très fière mais ma maman encore plus…

Vous êtes née à Cheltenham, cinq ans après Brian Jones, fondateur des Stones. L’avez-vous connu ou croisé ?

J’étais en classe avec sa sœur, Barbara, un peu plus jeune que moi. A cette époque, j’étais très studieuse ; je chantais dans le choeur de l’église. Et je dois avouer que j’étais plus Beatles que Rolling Stones.

Vous avez souvent défendu l’opérette, genre trop sous-estimé. Pouvez-vous m’en parler ?

C’est en faisant La Belle Hélène que j’avais vraiment découvert l’opérette ; avant j’avais fait La Veuve joyeuse. Ces musiques apportent le sourire. Je viens de lire un article à Offenbach ; l’auteur disait qu’il n’appréciait pas. C’est dommage pour lui. Je trouve que les traductions des textes des opérettes françaises font perdre le « champagne » de la langue.

En dehors de la musique classique, l’opérette et l’opéra, aimez-vous d’autres musiques ?

J’aime beaucoup les quatuors, la musique du piano solo, et celle des grands orchestres. J’adore Serge Reggiani (je l’ai vu deux ou trois fois en concerts). Je n’ai pas encore osé reprendre ses chansons…. J’ai un peu peur… J’ai chanté une fois « L’Hymne à l’amour », d’Edith Piaf. Avec ces voix-là, c’est très difficile à faire ; Brel j’adore. J’aime sa façon de prononcer les textes…

Qu’allez-vous interpréter au Festival de Saint-Riquier.

Je viens avec des musiciens extraordinaires que j’ai rencontrés en Inde. Ensemble, nous avons fait un concert à Genève. A Saint-Riquier, nous allons interpréter une partie de la IVe symphonie, et trois lieder de Mahler ; « La chanson perpétuelle », de Chausson ; des mélodies de Hahn, et trois petits airs d’Offenbach.

Profiterez-vous de ce déplacement pour découvrir la Baie de Somme ?

Ce sera malheureusement un déplacement express. Je tourne beaucoup. La semaine dernière, j’étais à Mont-de-Marsan en compagnie de Lambert Wilson et de la pianiste Jacqueline Bourgès-Maunoury. Je serai à Paris demain (N.D.L.R. : mardi 7 juillet), puis à Saint-Sauveur-en Puisaye, à la maison de Colette.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Comme un parfum de vraie République…

    La France est souvent poujadiste ; on le sait. « Tous pourris ! »  Il suffit d’aller boire son demi au café du coin pour l’entendre, cette phrase. Les hommes politiques n’ont plus la cote. L’ont-ils mérité ? Certains ne l’ont pas volé. D’autres, non. Ils continuent à faire leur travail avec honnêteté, conscience, vertu, dévouement. « Tous pourris ! ». Quand ça s’en tient là, c’est la République qui est malmenée. La Gueuse en a vu d’autre. Quand ça se met à voter pour l’extrême droite et les blondasseries démagogiques, c’est plus grave. J’étais heureux l’autre soir, de me rendre à la salle polyvalente de Rainneville. Sénateur de la Somme, président du Conseil général, Christian Manable se faisait remettre les insignes de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur par Nicole Klein, préfète de la région Picardie, préfète de la Somme. Et que te dire d’autre, lectrice ma fée républicaine, ma Marianne, enfiévrée et généreuse comme Louise Michel, que de dire d’autre : c’était bien. J’étais bien ; nous étions bien. Tu me diras : « Christan Manable est un de tes amis de longue date. » C’est vrai. Il est de gauche ; c’est vrai, mais je te dirais qu’on n’est pas de la même, de gauche. Qu’importe : on s’entend bien. C’est un homme droit, généreux, qui a le sens du bien public et de la République. Et tout ça se ressentait très fort, en ce vendredi soir, dans la petite salle polyvalente de Rainneville. L’ambiance était joviale, fraternelle, humaniste. Le discours de Nicole Klein sonnait juste ; il rappelait des valeurs humaines, politiques qu’on a tendance à oublier dans ce monde du tout économique. Les mots de Christian Manable sentaient bon la littérature, l’histoire, Hugo et Michelet. Les gens dans la salle était des gens simples ; ils écoutaient, à la fois respectueux et admiratifs. La Légion d’honneur, ce n’est pas rien dans notre sacrée République. Et on savait tous que le récipiendaire la méritait. Et quelle belle leçon de tolérance quand il s’est retourné vers les autres élus qui se trouvaient à ses côtés sur l’estrade, certains légionnaires, comme lui, certains de son bord, d’autres pas du tout de son bord. Il les a salués avec force et vigueur. C’est ça la République. J’étais bien dans la salle polyvalente de Rainneville. Je pensais à Diderot, à Voltaire, à de Gaulle, à Jaurès. Je deviens grandiloquent, sûrement. Mais je me disais, qu’il eût été bon que ceux qui hurlent actuellement « Tous pourris ! » dans les bistrots fussent présents et qu’ils hument ce parfum d’espérance, de République. C’était une belle soirée.

    Autre belle soirée : le magnifique spectacle Où donc est tombée ma jeunesse, d’après l’ouvrage Les poètes de la Grande Guerre, de notre confrère Jacques Béal, mis en scène par Jean-Luc Revol, avec Tch

Christian Manable vient de se voir remettre la médaille de la Légion d'Honneur, à Rainneville, dans la Somme.

Christian Manable vient de se voir remettre la médaille de la Légion d’Honneur, à Rainneville, dans la Somme.

éky Karyo, à la Comédie de Picardie, à Amiens. Poèmes superbes ; bien mis en valeur. Décors admirables. L’after, au  bar, n’était pas mal non plus. On a dansé au son de Procol Harum, des Kinks. Nicolas Auvray n’était pas le dernier. C’était sympa comme tout.

                                           Dimanche 23 novembre 2014

La délicatesse de Tillinac

C’est l’un de nos meilleurs écrivains français. L’un de nos plus grands stylistes. Il aime son pays, la France, par-dessus tout. On est en droit de ne pas le lui reprocher ; il en parle si bien. Denis Tillinac a fait son entrée

Denis Tillinac : l'un des plus grands stylistes français actuels.

Denis Tillinac : l’un des plus grands stylistes français actuels.

en littérature avec un petit livre de chroniques exquises, Spleen en Corrèze, dans lesquelles il retraçait la vie du minuscule localier qu’il avait été pour la Dépêche du Midi il y a fort longtemps. À ce métier minuscule, il redonnait toute sa noblesse, toute sa grandeur. C’était juste, frais et magnifiquement écrit. Depuis, Denis n’a cessé d’écrire, romans, nouvelles, récits, biographies, essais. Il est de droite, ami de Chirac ; on le dit réactionnaire. Et certains beaux esprits lui font payer cher. C’est idiot. Il suffit de se pencher sur ses livres pour comprendre quel grand écrivain il est. Ces nouvelles, recueillies sous le joli titre générique Juste un baiser, en témoignent. Il nous conte des histoires parfois purement fictives, parfois plus proches du réel ; délicates et subtiles, toujours. On y retrouve un président de la République, qui las, met les bouts et fuit l’Élysée. Dans « L’Esclave », c’est une aristocrate qui avoue, non sans fierté, être l’esclave de l’homme qu’elle vénère. (On retrouve ce thème et quasiment les mêmes personnages dans son très beau roman Considérations inactuelles). Dans « La Hyène », il nous conte le retour inattendu d’une Allemande là… Amours ; sentiments forts, et, en filigrane, cette France de province qu’on aime tant. Tillinac : c’est Simenon, c’est Barrès. C’est bien. PHILIPPE LACOCHE

Juste un baiser, Denis Tillinac, La Table ronde, coll. La petite Vermillon (poche); 233 p.; 8,70 €. 

 

DICTIONNAIRE Bravo, Morales!

 

Ce livre est une pure merveille. Et il est courageux. Écrire sur l’automobile aujourd’hui c’est aussi mal vu que de dire qu’on aime la France, les douaniers et Brigitte Bardot. Les donneurs de leçons de l’écologie sont passés par là. Les ultra-féministes aussi qui dénoncent l’outil phallique qu’est la bagnole. Thomas Morales, lui, assume. Il a toujours aimé les voitures, et ce depuis toujours. Il commence son dictionnaire par l’Alfa Romeo Guilia et Charles Denner, l’un des meilleurs acteurs français, et le termine par Charlie Watts, batteur des Stones, collectionneur qui n’a pas son permis de conduire. Ce livre pétille d’intelligence, de vivacité, de littérature et bon conseils cinématographiques. Morales : un esthète et un excellent écrivain.

Ph.L.

Dictionnaire élégant de l’automobile, Thomas Morales, éd. rue Fromentin, 183 p.; 23 euros..

J’aime la France et Gérard Depardieu

J'aime mon pays. J'aime aussi Gérard Depardieu, Michel Déon (notre photo) et Michel Houellebecq.

J’aime Gérard Depardieu, l’immense comédien, la générosité de l’homme, sa folie. Ses fêlures, surtout. Il a pris; il a donné. Il a perdu. Beaucoup perdu. Des proches. Essentiels. Est-il nécessaire d’insister? Je n’aime pas le système du bouc émissaire, spécialité des médias. Souvent, je me dis, lectrice, que je pratique un drôle de métier. Je serai incapable de faire ce que vient de faire Gérard Depardieu, et ce qu’ont fait, en d’autres temps, deux de nos plus grands écrivains: Michel Déon et Michel Houellebecq. Vivre trop longtemps hors de France me serait impossible. Et malgré mon immense fortune, ces impôts qui m’accablent, ces fromages qui disparaissent, ces petits commerces qui ferment, ces écrans plats, ces images numériques qu’on fait apparaître au toucher sur la porte du réfrigérateur ou sur la glace de la salle de bains, cette Europe allemande et capitaliste qui nous gangrène, cette mondialisation économique qui m’incommode, je reste. La France me colle à la peau comme un second épiderme. Je suis français, européen et mondialiste sur le plan fraternel mais pas du tout sur le plan des fichus marchés. Français, terriblement français. J’aime les paysages de mon pays, ses odeurs, ses mœurs, sa culture, ses filles, son patrimoine, ses églises, son hymne, son drapeau, sa république. J’aime mon pays, nos voisins belges, britanniques et les autres. Et j’aime aussi Gérard Depardieu, Michel Déon et Michel Houellebecq. Qui suis-je pour me permettre de les juger? J’aime mon pays, ma région, mon département, ma ville (Tergnier, Aisne). Et quand je croise mon copain Jean-Pierre Marcos, Beautorois, donc presque Ternois, au très beau spectacle du cirque Eloize, à la Maison de la culture d’Amiens, on n’a pas besoin de se parler longtemps; on se comprend. On se souvient de l’odeur de la brume du canal de la Sambre à l’Oise qui longeait le stade de Beautor, les matins d’hiver, quand l’Entente sportive des cheminots ternois rencontrait l’Union sportive de Beautor. L’odeur du métal écorché de l’aciérie. Nos dirigeants, communistes pour la plupart. Ou fervents catholiques défenseurs des humbles et des sans grades. Des bernanosiens. Nos vieux guides, ces cheminots, ouvriers de l’aciérie Japy, anciens résistants FTP. C’est cette France-là, celle qui n’est plus, celle d’hier, qui nous aide à rester debout. Malgré tout.

Dimanche 23 décembre 2012

La France d’avant, c’était mieux

Ce matin, j’ai entendu l’ancien gaucho Daniel Cohn-Bendit sur France Inter. Il défendait l’Europe. J’ai eu mal. Mal à la gauche. Celui qui, en mai 1968, au côté de Sauvageot et de quelques autres, symbolisaient, pour nous, jeunes prolos, l’espérance d’un monde meilleur, l’espérance de mettre à genou cette cochonnerie de capitalisme, l’entendre ce matin défendre cette Europe des marchés, j’ai eu honte. Honte de m’être fait berner par tous ces anciens gauchos, néo-libéraux. Quand un confrère lui a demandé s’il était encore à gauche, il a hésité, et il a répondu qu’il ne savait pas, le Daniel. Dany le Rouge; Dany le Vert. Dany le Jaune, oui!

Je te livre, lectrice, l’article que j’ai écrit ce matin dans le Courrier picard sur le livre de Picouly. Je m’y retrouve dans ce livre jacobin, nostalgique. Certains diront que j’appartiens à une gauche ancienne, que je défends la France moisie. Je l’aime moi cette France. Garde ton Europe allemande, ton Europe des marchés, ton Europe de l’injustice sociale, Dany le jaune! Je n’en veux pas. Ph.L.

 

 C’était la France d’avant. Celle qu’on aime quand est né au cœur des années cinquante. La France des Trente glorieuses, celle du Général (qui inspirait discussions, admiration, contestation et respect), du plein emploi. On n’avait pas encore connu mai 1968, les années sida, l’ultralibéralisme, l’Euro-hystérie et la pensée unique. C’était la France d’un capitalisme doux, joyeux, paternaliste, républicain et patriote. Il y avait dans l’air des odeurs de craie, de tableau noir mouillé par l’éponge plongée dans le seau ramené par l’élève de corvée – comme à l’armée. Il y avait les leçons de morale dans le respect de la laïcité absolue. On apprenait la géographie avec de grandes images inspirées du géographe Vidal de La Blache. On y voyait une ferme, la mine, les cotonnades du Nord, la circulation urbaine. Tout

Daniel Picouly restitue une France qui m'est chère : celle des Trente glorieuses.

était à sa place. Rassurant. Plein de repères. Dans la cour de récréation, on se fichait des peignées. On ne se massacrait pas encore à coups de battes de base-ball. C’était hier ; c’était mieux.
PHILIPPE LACOCHE
«Nos géographies de France », Daniel Picouly, Hoëbeke, 188 p., 30,50 euros.