AUDIO-LIVRE Echenoz et Ravel

 

untitledJean Echenoz lit son propre roman qui retrace les dix dernières années de la vie du compositeur français Maurice Ravel (1875-1937). Ravel: dandy, personnage emblématique de la musique française, à la fois influencé par Rameau, le jazz et l’Espagne. Echenoz dissèque avec une élégante précision la fin de vie du maître, ravagé par la maladie qui l’emportera. «Ravel fut grand comme un jockey, donc comme Faulkner», écrit l’auteur. Adorable. Ph.L.

Ravel, Jean Echenoz, Audiolib.

« Qui fut l’agresseur en Bosnie ? Berlin… »

Patrick Besson : "Dans une chasse aux sorcières, on me trouvera du côté de la sorcière, surtout si elle est bien roulée."

 C’est notamment ce qu’affirme Patrick Besson dans un essai essentiel qui démonte un par un les arguments des calomniateurs de la Serbie. Des oreilles vont siffler.

 « Je déteste l’unanimité, surtout quand c’est l’unanimité contre quelqu’un. Quand la plupart des gens disent qu’une personne est infréquentable, c’est qu’elle est fréquentable, car la plupart des gens sont infréquentables. Mathématique. Dans une chasse aux sorcières, on me trouvera du côté de la sorcière, surtout si elle est bien roulée – car elle est innocente. De ce dont on l’accuse, en tout cas.»

Voilà qui est balancé. Drôle, piquant, inattendu. Et quand on comprend ici que la sorcière qu’il évoque est la Serbie, c’est totalement justifié. Et rédempteur. Du Besson tout craché. Comme il l’explique dans la préface écrite pour l’occasion, cette réédition comprend trois textes: Contre les calomniateurs de la Serbie (titre emprunté à Pouchkine et son Contre les calomniateurs de la Russie), Belgrade 99 un reportage écrit sur place pendant les bombardements de l’OTAN (publié en extraits dans le Figaro Magazine) et Haine de la Hollande. «Nul mieux que ces pages aujourd’hui rassemblées ne saurait expliquer les positions qui, sur le conflit en ex-Yougoslavie, furent les miennes à cette époque. Je n’ai pas grand-chose à y ajouter, sinon que de tous mes livres, c’est celui qui me tient le plus à cœur. Ça doit être parce qu’il y a mon cœur dedans», avoue-t-il.

«L’esprit de vengeance»

Et d’expliquer, de façon pertinente et limpide ce qui s’est réellement passé là-bas et que les médias européens, enfumés par nos bons amis d’outre-Rhin et les États-Unis, ont toujours refusé de faire savoir. «Qui est l’agresseur en Bosnie? Berlin […] Il est sot de croire que la défaite des Allemands en 1945 ne leur a laissé que des remords», écrit-il. «L’esprit de vengeance n’est pas réservé à certaines régions reculées de Corse ou du RPR. Dans l’action décisive et meurtrière qui consistait à reconnaître unilatéralement l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie – un peu comme si la Bretagne et la Normandie, se séparant de Paris, étaient aussitôt reconnues par le Royaume-Uni ou l’Espagne, puis par le reste de la CEE -, il ne faut pas voir seulement le désir, depuis longtemps affirmé, qu’ont les Allemands de transformer la côte dalmate en une Côte d’Azur germanique, mais aussi et surtout la volonté secrète et farouche de faire expier à l’Europe cinquante ans d’occupation militaire et de honte politique.»

Il explique aussi que cette guerre fut une guerre d’écrivains «tous les protagonistes croates, serbes, bosniaques avaient eu des prétentions littéraires (à commencer par Milosevic), qu’il n’y en a pas de pire, et qu’elle s’était prolongée par des guerres d’écrivains à Saint-Germain-des-Prés», souligne l’éditeur en quatrième de couverture de l’ouvrage. Difficile d’affirmer le contraire.

PHILIPPE LACOCHE

«Contre les calomniateurs de la Serbie», Patrick Besson, Fayard, 158p.,

16 euros.

Tout se tient dans ma drôle de vie, lectrice…

Tout se tient dans ma drôle de vie, lectrice, mon amour. Au Gaumont d’Amiens, j’ai eu le plaisir de voir Skyfall, le dernier James Bond, au Gaumont au côté de Lys, la plus anglaise des Amiénoises. Skyfall, réalisé par Sam Mendes, est un grand James Bond. Daniel Craig (qui ne ressemble pas à Poutine contrairement aux vilains quolibets qui circulent) est remarquable. Judi Dench, un Churchill en jupons, est adorable de séduction, de classe, d’élégance. Javier Bardem est sublime dans la peau du cinglé halluciné à la fois tendre (très œdipien en face de M, sa mère) et méchant comme une teigne. C’est un grand film, très symbolique, où le patriotisme anglais tente, au final, se résister à la folie d’un monde qui s’écroule. Du capitalisme qui s’écroule? Là, c’est mon analyse marxiste qui reprend le dessus. Tout se tient dans ma drôle de vie, j’étais l’autre jour à Pantin, rue des Grilles, chez mon ami Jean-Yves Reuzeau, écrivain, poète et directeur littéraire au Castor Astral (il est aussi mon éditeur) qui vient de sortir une biographie remarquable de Jim Morrison, chanteur des Doors. L’homme le fascine depuis des années. Il vient également de faire rééditer son poétique essai Jim Morrison ou les Portes de la perception au Castor music (avec une préface de Michka Assayas). Je l’interroge sur le voyage de Jim en Picardie, le 28

Jean-Yves Reuzeau, spécialiste de Jim Morrison, ici dans sa maison de la rue des Grilles, à Pantin.

juin1971, une semaine avant sa mort. Il est attablée avec sa petite amie, l’adorable Pamela Courson (qui mourra d’une overdose un peu plus tard), à la terrasse de l’Hôtel de l’Oise, à Saint-Leu-d’Esserent. Nous parlons également du comte Jean de Breteuil, le dealer des stars (Brian Jones, Janis Joplin, etc.), fils du comte Charles de Breteuil (compagnon de de Gaulle, propriétaire d’un empire de presse dans le Maghreb et l’Afrique de l’ouest). Personnage délétère, sulfureux, mort à 22 ans d’une supposée overdose à Tanger où il s’était réfugié. Jean de Breteuil me fait penser au frère d’un bon copain musicien, lettré, cultivé, très parisien, shooté à l’héro, qui, au coeur des seventies, lui ressemblait un peu et eût pu le côtoyer. Ce copain m’avait fait lire Henry Miller. Et ces jours-ci, je viens de terminer l’excellent livre Mejores no hay! de Miller (éd.Finitude). Ce copain et son frère junkie avaient une résidence en Espagne. Tout se tient, dans ma drôle de vie, lectrice.

Dimanche 11 novembre 2012

Henry Miller, le bienheureux en Espagne

Non seulement vous y découvrirez les aisselles appétissantes et non épilées d’Eve, sa jeune épouse, mais surtout un texte gouleyant et de chouettes photos.

 

Eve et Henry Miller en Espagne.

Quel plaisir de retrouver Henry Miller ! Et le retrouver là où il excelle : dans la marge de son œuvre, dans le texte court, la confession, le presque récit pour cet écrivain qui, au fond, fut si peu fictionniste. C’est un peu le même plaisir que de le savourer dans Jours tranquilles à Clichy, où les adorables petites dames de Paris (celles que quelque projet de loi actuel et scélérat voudrait retirer du trottoir et pénaliser leurs clients bienfaiteurs) sont le mieux décrites. Ou encore dans J’suis pas plus con qu’un autre, mignon petit texte qu’Henry rédigea directement dans un français approximatif au cœur des seventies et que les éditions Alain Stanké eurent la bonté de mettre entre nos mains. Cela ne veut pas dire qu’il est moins pertinent dans ses grands romans: Tropique du cancer, Sexus, Plexus, Nexus, Un diable au paradis, etc. Là, il est poignant, immense, assez impressionnant pour tout dire, et, certainement, moins immédiat à cause des longues digressions, certes pleines de sagesse, d’intelligence et de gourmande culture. Avec Mejores no hay!, on le retrouve en Espagne.En1953, il arrive en France où il n’a pas remis les pieds depuis les années trente. Il revoit ses copains et des amis chers, dont l’écrivain Joseph Delteil qui coule des jours tranquilles près de Montpellier. C’est mai; Henry est accompagné par sa jeune, brune et sensuelle jeune épouse: Eve. La sœur de cette dernière, Louise, et son mai, le peintre israélien Bezalel Schatz sont également de la partie. Delteil et sa femme Caroline sont sur le point de s’adonner à un petit séjour en Espagne. Ils convient les Miller et les Schatz à se joindre à eux ainsi que la photographe Denise Bellon (1902-1999), passionnée par le Surréalisme et photographe d’André Breton, Claude Roy, Marcel Duchamp, Jean Giono, Simone de Beauvoir, Prévert, etc. C’est en partie grâce à elle si ce charmant ouvrage existe. Car Denise ne cesse de «shooter» ses amis lors de leur périple à travers l’Espagne de Franco; ils se rendent à Barcelone, Valence, Alicante, Grenade, Séville, Cordoue, Tolède, Madrid, Saragosse, etc. Henry prend des notes. De retour à Big Sur, en Californie, il rédige ce récit de voyage qu’il souhaite faire publier avec les photographies de Denise. Peine perdue. Il faudra attendre soixante ans pour qu’il voie le jour aujourd’hui, chez Finitude, grâce à une traduction du regretté Georges Belmont. La genèse de ce livre, Frédéric Jacques Temple l’évoque avec une fraternelle justesse dans la préface. Miller s’adonne à ce qu’il fait de mieux: une ode à la vie, au soleil, aux paysages. Et surtout aux gens qu’il croise. Les photos en noir et blanc sont délicates et appétissantes, en particulier celles où Henry est à la plage avec la très sexy Eve aux aisselles non épilées. Adorable!

PHILIPPE LACOCHE

«Mejores no hay! Henry Miller, Un voyage Espagne photographié par Denise Bellon», Finitude, 92 p.23,50 euros.