La Résistance à hauteur d’homme

 Pierre-Yves Canu, Picard d’adoption, fut un grand résistant d’une modestie exemplaire.

Je resterai abeille. Déjà, le titre du petit livre de Pierre-Yves Canu, en dit long. Pierre-Yves Canu fut un très grand résistant. Il n’en fit pas une histoire; il en fit ce court récit, poignant de modestie qui sortit deux semaines après sa mort survenue le 17 décembre 2016. «Plus de soixante-dix ans après les faits, certains échos de Résistance résonnent encore. Ils semblent d’une autre époque», note fort justement l’éditeur, Emmanuel Bluteau fondateur de la Thébaïde qui ne cesse d’exhumer les textes importants des Hussards et

Pierre-Yves Canu : un résistant exemplaire.

de se faire l’écho de la voix de la Résistance (son travail autour de Jean Prévost est exemplaire). «L’abeille qu’est Pierre-Yves Canu se résout finalement à faire entendre sa voix de citoyen ordinaire. Sa place dans la ruche des combattants de l’ombre, il l’a trouvée tout naturellement, sacrifiant jeunesse et études. En temps de guerre, les tribulations forment l’esprit et le caractère – si besoin en était – et valent bien des diplômes.» On l’aura compris nous sommes loin du lyrisme de Malraux ou de Gary mais, comme le souligne dans la préface Gilles Vergnon, historien et maître de conférences en histoire contemporaine à l’Institut d’études politique de Lyon, on y retrouve «la fraîcheur d’un témoignage à hauteur d’homme, vif, précis, personnel, des choses vues où l’auteur choisit comme prisme unique son champ de vision et d’expérience».

Au lycée d’Amiens

Pierre-Yves Canu, né en 1922 à Fécamp, habitait à Moreuil, dans le Santerre, quand il étudia au lycée d’Amiens où il bénéficia des cours d’un professeur de français remarquable, Jean Cavaillès (en 1937-1938), qui deviendra un héros de la Résistance, fusillé en février 1944 à Arras. (Jean Cavaillès fut le co-fondateur du réseau Libération-Sud.) La guerre éclate. C’est l’exode. Il ne peut pas passer son bac. Retour dans la Somme en août 1940. Décembre 1942: il entre dans la Résistance active après un engagement dans l’infanterie coloniale à Toulon. Il rejoint le réseau Cohors, dirigé par son ancien professeur, Jean Cavaillès. Il évite une souricière de la Gestapo, à Paris, est exfiltré vers Lyon et intègre le maquis-école de cadres de Theys, en Isère. Il participe à la libération de Toulouse avec le corps-franc de Libération; il assure les liaisons avec le Résistant, futur historien et anthropologue Jean-Pierre Vernant. Il rencontre les Résistants Jean Cassous (directeur-fondateur du Musée national d’art moderne de Paris, et poète), Serge Ravanel et Malraux. La guerre terminée, il devient contrôleur social, puis psychologue du travail à l’AFPA. Une vie simple, discrète, à l’image de cet homme courageux. Page 79, il explique, avec une simplicité et une modestie rares, le désarroi des résistants à la fin des hostilités: «Après de longs moments d’activités non conventionnelles, voire illégales, comment retrouver un emploi ou plus simplement en trouver un? Il fallait également abandonner une vie aventureuse pour redevenir un simple civil «normalisé». Tous n’ont pas réussi cette reconversion.» Oui, ce récit d’une vie exemplaire est vraiment à «hauteur d’homme».PHILIPPE LACOCHE

Je resterai abeille, Échos de Résistance, Pierre-Yves Canu; préf. de Gilles Vergnon; éd. La Thébaïde, coll. Histoire; 108 p. 10 €.

 

 

Lacoche rend hommage à Vailland

Roger Vailland, écrivain. (à archiver, svp).

Roger Vailland, écrivain. (à archiver, svp).

Afin de célébrer le cinquantenaire de la disparition de Roger Vailland, Philippe Lacoche lui rend hommage

dans Roger Vailland, drôle de vie et drôle de jeu.
Bien cordialement,
Emmanuel BLUTEAU
COMMANDES : PAR DILICOM 

Notre GENCOD : 3019000280104

Un livre hommage à Roger Vailland

La Thébaïde
ÉditionsT`
Contacts
Caractéristiques

Roger Vailland, écrivain.

Roger Vailland, écrivain.

roger vailland,
drôle de vie et drôle de jeu
L’auteur
L’ouvrage
Cinquante années d’absence! Roger Vailland, le hussard rouge et le libertin au regard froid, a
tiré sa révérence en 1965. Et Philippe Lacoche,
son cadet, demeure inconsolable de cette perte. Il n’a
de cesse de le citer dans ses articles et dans ses livres,
entretenant sa mémoire à sa façon. Il sème des petits
cailloux…, soit autant d’invites à découvrir les écrits du
prix Goncourt 1957 (La Loi).
Pour lui, Vailland est davantage que Vailland. Natif
de l’Oise, le jeune Rémois séduit par le surréalisme
part à Paris pour ses études avant de devenir grand
reporter à Paris-Soir dans les années 30. Entré en
Résistance fin 1942, il débute dans les lettres avec un
livre inoubliable, Drôle de jeu (Prix Interallié 1945).
Lacoche le découvre avec 325 000 francs, Les
Mauvais coups, Un jeune homme seul… Résistance,
cyclisme, condition ouvrière : «Tout me parlait, m’interpellait,
m’émouvait, me révoltait. Je venais de trouver
Vailland; je ne le lâcherai plus.»
Vailland le poursuit. A qui il souhaite de demeurer
L’homme sans plaque : «Comme les milans, comme les
ducs, comme les busards, Vailland rêvait trop des hauteurs
aristocratiques. Quelques mots gravés dans le
marbre, trop peu pour lui…»
Il enquête, trouve et interviewe celui qui a servi de
modèle au personnage de Rodrigue dans Drôle de jeu.
Sa passion lui fait composer le livret d’un oratorio à ce
grand frère qu’il aurait sûrement souhaité avoir.
Cet ouvrage en forme d’hommage rassemble deux
hommes de qualité dans un jeu de miroir.
Du «jeu» de Vailland au «je» de Lacoche, en
quelque sorte. ●
Extraits
9 791094 295045
Collection histoire
«Je me retrouvais dans ces Ecrits intimes de Vailland
qui, souvent, jouèrent sur mes nerfs de jeune homme le
rôle d’un antidépresseur rassérénant. Vailland y parle de
ses saisons, de ses longues périodes de doute, d’angoisse ; je
le lis. Je me sens moins seul. C’est à cette époque que je
prends conscience que, bien qu’on l’eût dit rémois, parisien
ou jurassien, il est, en fait, picard. Picard, comme moi…»
* * *
«Cette scène, morceau de bravoure littéraire, est exemplaire.
Vailland dépose sur le bitume ses outils de marxiste;
il creuse, déterre les pavés de la philosophie idéaliste
pour atteindre la glaise du matérialisme. Ce n’est pas la
lutte des classes ; c’est la collision des classes.
Intérieurement, n’importe quel lecteur sensible enrage;
Roger Vailland sait y faire. C’est un très grand écrivain.»
* * *
«Jacques-Francis Rolland qui, entre-temps, avait pu
apprécier les qualités du Vailland résistant dans un Paris
rempli de dangers. «Il faisait son travail de renseignement
sérieusement mais sur un ton non dramatique; avec une
aisance parfaite; pas du tout le genre conspirateur qu’un
acteur de cinéma eût pu prendre dans un film. Il était élégant,
détendu, titulaire d’un style qui lui était propre, un
peu à la Fabrice del Dongo. Il était marqué par Stendhal.
Inconsciemment, il jouait les personnages stendhaliens
mais sans effort; c’était inné chez lui. A part ça, on allait au
restaurant, on plaisantait, on regardait les filles.»
* * *
On appelle ça le panache. Roger Vailland : un hussard
rouge. Pas étonnant que les Hussards (Roger Nimier,
Jacques Laurent, Kléber Haedens, Antoine Blondin,
Stephen Hecquet, etc.), bien qu’à mille lieues de ses
convictions politiques et philosophiques, le reconnaissent
tout de même comme un frère. Stendhal, Laclos,
Bernis et quelques autres écrivains servaient de ciment à
l’édification de leur respect mutuel. ●
Né le 27 janvier 1957 à
Chauny, dans l’Aisne,
Philippe Lacoche passe
son enfance à Tergnier,
ville ouvrière, cheminote
et résistante.
Journaliste au Courrier
picard, il vit et travaille à Amiens, en
Picardie. Il endosse aussi son habit de
marquis des Dessous chics le temps
d’une chronique hebdomadaire qu’il
tient depuis 2005 et dont un premier
recueil, préfacé par Patrick Besson, a
paru à La Thébaïde.
Romancier, nouvelliste et parolier,
pêcheur à la ligne, admirateur des
Hussards de tous bords en littérature,
il a publié une trentaine de livres dont
HLM, Prix populiste en 2000.
La Thébaïde
Emmanuel Bluteau
8 bis, bd de l’Ouest – 93340 Le Raincy
Tél. 06 84 11 47 39
editionslathebaide@orange.fr
Commandes
– DILICOM
Gencod 3019000280104
– La Thébaïde
editionslathebaide@orange.fr
hommage
• Genre : Essai littéraire / Hommage
• Thèmes : Littérature / Journalisme /
• Auteur : Philippe Lacoche
• Points forts :
– Livre d’hommage commémorant
le 50e anniversaire de la disparition
de Roger Vailland
– Roger Vailland vu par un admirateur
– Contient le livret d’un oratorio
— Repères biographiques et bibliographiques
de Roger Vailland
• Date de parution : 12 novembre 2015
• Prix public : 9 euros
• Broché
• 12 x 20,5 cm
• 80 pages
• ISBN 979-10-94295-04-5
• EAN 9791094295045

Le journalisme : toute une histoire !

         

Robert de Jouvenel.

Robert de Jouvenel.

Deux livres viennent nous le rappeler : l’un, de Robert de Jouvenel ; l’autre de Roger Vailland. Et on détestera un peu plus la ridicule « modernité » de la « communication ».

Le journalisme : toute une histoire ! Deux livres savoureux viennent nous le rappeler : Le journalisme en vingt leçons, de Robert de Jouvenel, publié par les éditions La Thébaïde (collection Histoire), et Sacré métier ! Roger Vailland journaliste, publié au Temps des Cerises. Deux livres et deux journalistes-écrivains qui n’ont rien à voir avec notre époque. Ils ne sont plus « à la mode » (quelle expression ridicule, puante, indéfendable ! La mode : quelle horreur !) ; n’ont rien à voir avec les cabinets de communication qui, pour la plupart, tentent de fourguer de l’info comme on vend des boîtes de petits pois, du dentifrice ou de la poudre de corne de rhinocéros. Qui tentent de nous vendre des personnages politiques, des marques, des produits, de la haute technologie. Que tout cela est triste, pitoyable, consumériste ! Le capitalisme est décidément une saleté. Qu’eussent dit Kessel, Hemingway, Alfred Perlès, Jacques-Francis Rolland, Pierre Daix et quelques autres devant les assauts de la communication qui, sournoisement, voudrait détrôner le journalisme ? Ils se seraient rués sur leurs machines à écrire, auraient commandé quelques liqueurs fortes, des femmes et du tabac, et se seraient levés comme un seul contre ces tentatives d’intoxication généralisée. La communication a toujours quelque chose à vendre ; le journalisme, par essence, ne vend rien : il éclaire, fait savoir, cafte, rapporte. C’est déjà beaucoup. Le journalisme est prolétaire ou aristocrate ; la communication, petite poule poudrée, est bourgeoise.

Robert de Jouvenel – qui écrit alors que la communication n’existait pas encore, mais il subodorait son arrivée – nous explique tout cela en vingt leçons pleines d’humour, d’intelligence, de gentil détachement mâtiné de passion discrète. On sent qu’il n’est pas dupe ; le métier, il connaît.  Ce grand journaliste et polémiste (1882-1924), collaborateur de L’Intransigeant, de L’Oeuvre, moustachu qui, physiquement, ressemblait un peu à Maupassant, nous donne ici à lire une « véritable déclaration d’amour au journalisme », comme l’indique l’éditeur, l’excellent Emmanuel Bluteau, en quatrième de couverture. « Le style en plus », précise-t-il. Du style, Robert de Jouvenel n’en manque pas ; de ton non plus. Ce sont ceux d’un gentil hussard, parfois cinglant, comme, par exemple quand il écrit : « Ces vérités sont si évidentes que de bons esprits ont imaginé de fonder une école de journalisme. Auraient-ils songé à fonder une « école de l’apostolat » ? L’erreur de ces didactes fut d’enseigner seulement comment ont fait un reportage ou une chronique. Ils ont négligé d’exposer quelles puissances secrètes, quels mobiles obscurs interviennent dans la fabrication d’un journal. Ainsi, ils se sont exposés à duper leurs élèves. » Voilà qui est dit. Les secrétaires  de rédaction en prennent aussi pour leur grade : « De tous les ronds de cuir, le secrétaire de la rédaction est le plus puissant vis-à-vis de ses commettants et de ses subordonnés. C’est le plus traditionnaliste et le plus buté. Il a des idées arrêtées, dont rien ne sauraient le faire démordre, car qui le convertirait, lui, dont les expériences furent acquises, une fois pour toutes, et n’auront plus jamais désormais l’occasion d’être contrôlées ? »

Mais qu’on se rassure : le journalisme reste un métier épatant même si Robert de Jouvenel se plaisait à en débusquer les travers. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les articles de Roger Vailland, surtout la fraîcheur de ses premiers papiers. Et les autres, ceux du reporter, du grand reporter, du chroniqueur. Dans « C’était en 1914 : l’apprentissage de l’horreur », paru le 1er août 1954 dans L’Humanité-Dimanche, il convoque un souvenir d’enfance, se souvient de l’arrivée de Poilus dans le parc d’un château où il séjourne. Ils reviennent du front, ont connu l’horreur des tranchées, du corps à corps, de la mitraille. Ils sont hébétés. Vailland observe, analyse, conclut. Il n’y a pas plus beau pamphlet contre la guerre que ce petit texte, mi article, mi récit, mi nouvelle. Du grand art. Oui, le grand journalisme n’a rien à voir avec la communication ; il est le cousin de la littérature.

PHILIPPE LACOCHE

Le journalisme en vingt leçons, Robert de Jouvenel, La Thébaïde, coll. Histoire, 96 p. 9 €.

Sacré métier ! Roger Vailland journaliste, Roger Vailland, Le Temps des Cerises, 503 p. ; 22 €.

Le panache et le style de Thomas Morales

Ce styliste remarquable, très français, nous éblouit avec quelque quatre-vingts chroniques où il évoque les meilleurs de nos écrivains.

 D’où vient? Que fait-il? Où va-t-il? Il y a un mystère Thomas Morales comme il y eut, en d’autres temps, un mystère Remy de Gourmont ou un mystère Henri Calet. On sait, pourtant, qu’il a beaucoup écrit, comme critique, comme journaliste, des articles, dossiers de presse. Sur la mode, le cinéma, les livres, nous confie son éditeur, l’excellent et érudit Emmanuel Bluteau celui pour qui la belle écriture française, d’où qu’elle vienne, n’a pas de secret. Le mystère Morales s’éclaircit quand on le lit. Sans conteste, il est «De chez nous», comme eût pu le dire Christian Authier qui vient de se voir décerner, il y a peu, le Renaudot de l’Essai pour l’ouvrage du même nom paru chez Stock. Oui, il suffit de le lire pour comprendre que Thomas Morales n’a pas seulement du talent; il a du style, du panache, de l’élégance. L’écriture n’est pas chez lui un luxe; c’est un besoin. Sa prose sonne juste comme le riff lancinant des Kinks dans la

L'excellent Thomas Morales : du style et du panache. Il écrit juste, sincère et vrai. Lisez-le sans tarder!

L’excellent Thomas Morales : du style et du panache. Il écrit juste, sincère et vrai. Lisez-le sans tarder!

chanson «Lola». Il est aussi français que les Kinks sont british, so british. Morales est si français que, quand on le lit, on a envie de sentir l’été finir sous les tilleuls du côté de Nieulle-sur-Seudre en compagnie et Kléber Haedens et on a envie de partir à la chasse pour un mauvais coup, aux côtés de Roger Vailland. Avec Lectures vagabondes, Thomas Morales nous donne à lire quelque quatre-vingts chroniques du meilleur cru. Elle se déguste, se suçote comme autant de petites friandises acidulées et succulentes. On y croise François Nourissier, Patrick Besson, Roger Nimier, Bernard Frank, Antoine Blondin, Jean d’Ormesson, Maurice Ronet, Gabriel Matzneff, André Vers, Renaud Matignon, Hardellet, Denis Tillinac, François Bott, Jacques Francis Rolland et bien d’autres.

 

«L’amertume du monde»

 

Et que faire d’autre, pour qualifier son style son panache, que de le citer – quitte à en faire souffrir sa modestie – page 15, dans sa chronique «Portrait d’un styliste», qu’il commence en ces termes: «Un styliste est un écrivain qui choisit la face la plus abrupte de la littérature, qui ne se contente pas d’aligner des mots pour raconter une histoire mais un homme, un peu fou, animé par un délire de pureté, atrocement sensible et éperdument orgueilleux, qui se bagarre avec eux, les fait chavirer, leur extrait une pulpe sanguine. L’amertume du monde est sa boisson préférée.»

 

Dans sa très belle préface, Jérôme Leroy qualifie bien l’état d’esprit de Thomas: «Il faut vraiment vivre une époque où les assignations ont force de loi pour oublier qu’on devrait aimer les écrivains en fonction de leur appartenance idéologique.» Thomas Morales a compris depuis longtemps que la grande littérature est bien au-dessus des éthiques, des politiques et des idées. Elle est là tapie au cœur de nos âmes perdues dans un monde de bruine. Lisez Morales : il rafraîchit les cœurs les plus secs.

 

PHILIPPE LACOCHE

 

 

 

Lectures vagabondes, articles buissonniers, Thomas Morales, éd. La Thébaïde, coll. Au marbre; 255 p.; 18 €.

Emmanuel Bove et Johnny Thunders me poursuivent

       

Laurent (à gauche) et Pierrot Margerin, au Relais du Campus, à Amiens.

Laurent (à gauche) et Pierrot Margerin, au Relais du Campus, à Amiens.

     Je suis allé voir Laurent Margerin en concert, au Bar du Campus où je n’étais pas allé au moins depuis six ans. L’endroit n’a pas changé ; Laurent non plus. Moi, si. C’est regrettable. J’avais plus de cheveux, moins de poches sous les yeux, moins de rides. La vieillesse est un naufrage. Laurent, équipé de sa guitare, a interprété ses belles chansons, douces balades, d’autres plus rock. Les textes sont bien écrits, nuancés. Jamais démagogiques. C’est agréable d’écouter un concert de Laurent Margerin. Peu de temps avant la fermeture, son frère Pierrot Margerin, lui aussi artiste émérite et joyeux drille, est venu le saluer, en compagnie de son batteur, le précis et talentueux Benjamin Nail. Je n’ai pas résisté au plaisir de prendre les deux frères en photo. Dans dix ans, si Dieu ou Marx me prêtent vie, je regarderai cette photographie et me rappellerai de ce moment. De mon départ dans la nuit humide, picarde, bovienne, sous les arbres maigrelets du boulevard de Chateaudun à Amiens. Bove, parlons-en. Je suis allé à Paris pour assister à la projection en avant-première de La prochaine fois je viserai le cœur, film remarquable de Cédric Anger, avec Guillaume Canet et Ana Girardot. L’œuvre s’inspire de l’affaire du gendarme Alain Lamare, gendarme de 22 ans, au PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) de Chantilly qui, entre 1978 et 1979, va tuer une jeune fille et en blesser d’autres. Jeune journaliste à l’Agence France Presse dans l’Oise, Yvan Stefanovitch enquête sur l’affaire et en tirera un livre très réussi Un assassin au-dessus de tout soupçon, chez Balland, en 1985. Ce dernier – que J’ai lu vient de rééditer – a servi de base au film La prochaine fois je viserai le cœur. Cédric Anger a donné le nom de Franck Neuhart, au personnage de Lamare joué par Canet. Neuhart : mon sang de lecteur n’a fait qu’un tour. J’ai tout de suite pensé au roman, L’Amour de Pierre Neuhart,  d’Emmanuel Bove. « Bove ? C’est mon écrivain préféré ! » m’a répondu tout de go Anger. Et quand, dans le film, une chanson de Johnny Thunders (chanteur des Heartbreakers, mon groupe préféré de la fin des seventies), s’échappe de l’autoradio de la voiture volée par Lamare, il me confie aussi qu’il adore ce combo et Thunders tout particulièrement. Que de coïncidences ! L’après-midi, je suis allé rendre visite à mon éditeur Emmanuel Bluteau – qui publiera, sous peu, un recueil des chroniques Les Dessous chics que tu dévores tous les dimanches, lectrice adulée – au Raincy, dans l’Est parisien, je me suis dit que Bove eût pu habiter dans cette ville faite de maison en meulière, avec des jardinets proprets. Une atmosphère un peu grise, à la tristesse acidulée. Comme la mélancolie de Pierre Neuhart et celle de Thunders.

                                             Dimanche 2 novembre 2014