L’élégance de Jean-Marie Rouart et de ses mots

       

Jean-Marie Rouart s’est dit « heureux de revenir à Amiens ».

Il est des conférences et des rencontres qui vous marquent, vous transportent, vous font changer. Vous consolent. La consolation que procure la littérature. Cette sublime expression c’est justement Jean-Marie Rouart qui me l’avait confiée, à la faveur d’une interview lorsqu’il m’avait reçu, l’an passé, à l’occasion de la sortie de son livre aussi épais que passionnant : Ces amis qui enchantent la vie (éd. Robert Laffont). Il y a quelques jours, il est revenu à la librairie Martelle pour y présenter son dernier roman Une jeunesse perdue (éd. Gallimard) auquel j’avais déjà consacré un article très laudatif. Ce roman m’avait bouleversé. Il s’agit d’une histoire d’amour. Le narrateur, un homme qui se sent vieillir, rencontre une jeune femme russe, une femme tempête, irrésistible, d’une beauté indicible. Ils vivront une passion folle, dévorante, dévastatrice et délétère ; elle lui en fera voir de toutes couleurs. Interviewé avec délicatesse par Anne Martelle, Jean-Marie Rouart a évoqué ce dernier roman devant une assistance fournie. J’étais dans la salle ; mélancolique comme un jour sans Tranxène. Les propos de l’écrivain m’ont rasséréné. D’emblée, il s’est dit « heureux de revenir à Amiens ». Il a confié que son mot fétiche était « adolescence », « car pour un écrivain, pour un artiste tout se passe dans l’adolescence. L’adolescent rêve sa vie ; il essaie de se rapprocher de ses rêves et tente de devenir adulte. La jeunesse est synonyme d’espoir. Je partage certains traits de caractère avec le narrateur de mon roman. Mais lui se sent vieux. Moi, je ne me considère pas comme vieux. Mon narrateur est plongé dans le monde de l’art. Sa création, ce sont les tableaux qu’il a chez lui ; il ne crée pas. Il est marié ; moi, je ne le suis pas. » « En tout cas, pas encore », sourit-il. Et il évoque la femme tempête : « Très belle et bipolaire. Elle le trompe ; elle participe à des orgies. » De l’humour, Jean-Marie Rouart n’en manque pas : « Un jour, je tentais ma chance auprès d’une dame. Je l’invitai à dîner. Je lui dis que j’étais à l’Académie française. Elle me répond : « Je ne savais que vous étiez aussi vieux ! »… » De l’humour, oui. Un jour l’écrivain Simon Leys lui a dit qu’il le considérait comme un romantique qui a de l’humour. « Or, ceux qui ont de l’humour sont rarement romantiques. Et l’inverse… » Il estime que pour écrivain, l’amour est un champ d’inspiration, tout en précisant : « Il y a une sorte de masochisme dans la passion amoureuse. C’est du domaine du romanesque. Personne n’a jamais su résoudre ce mystère. » Et j’ajouter cette belle phrase : « Quand je relis Proust, je me sens consolé. Albertine disparue, c’est un exemple de souffrance universelle. On a toujours un cœur qui bat très fort même à un âge avancé. Paul Valéry est mort d’amour. » Cette conférence de Jean-Marie Rouart était éblouissante d’intelligence, de simplicité et d’élégance. Un ravissement.

                                             Dimanche 5 mars 2017.

 

Vertige de l’amour et du temps qui passe

«Une jeunesse perdue», de Jean-Marie Rouart, un roman magistral. Il le présentera, demain mardi, à Amiens.

Contrairement à ce qu’en pensent certains, le roman est un art majeur. Lorsque Jean-Marie Rouart nous donne à lire Une jeunesse perdue, c’est irréfutable. Tout l’art du roman est là, ramassé et exprimé à la faveur de ces 166 pages d’une densité rare. Exceptionnelle. Les thèmes forts et fédérateurs du genre, l’amour et le temps qui passe, sont ici soutenus par un style impeccable, nerveux, élégant et sans graisse, qui nous ravit. La lecture de ce roman procure un pur instant de bonheur; on ne le lâche pas, comme on ne lâche pas la lecture de romans aussi denses qu’Amours, de Paul Léautaud, ou Nadja, d’André Breton. La même magie s’opère dans cette Jeunesse perdue.

La morsure de la jalousie

Que nous conte-t-il? Le narrateur, un homme vieillissant, marié las et trompé, bientôt divorcé, directeur d’une revue d’art, tombe éperdument amoureux de Valentina Orlov, une jeune Russe dont le mystère n’a d’égal que sa beauté. «Une idée un peu folle s’esquissait insensiblement: cette jeune femme n’était peut-être pas là par hasard mais – bizarreries que réserve parfois le destin – avait été désignée par la Providence pour me guérir de la maladie de l’âme qui me rongeait», médite le fol amoureux devant la jeune beauté; mais il ne tarde pas à ressentir la «morsure de la jalousie» (quelle belle expression!).

«Mon âge m’ôtait tout crédit. Pire, il m’ôtait toute audace »

Jean-Marie-Rouart, «Une jeunesse perdue»

Valentina est convoitée par de beaux jeunes hommes. Ce ne sera là qu’un début des souffrances du narrateur. Dès les premiers instants, il est ébloui, victime de ce qu’il est convenu d’appeler «un coup de foudre». Pire: un vertige. Suivi immédiatement d’hésitations. «Je me souviens de la sensation que j’éprouvai à cet instant: celle d’une brûlure. Cette jeune femme, autrefois, je n’aurais pas hésité à l’aborder, à lui faire porter un mot par un serveur pour l’inviter à ma table. Le même geste aujourd’hui m’aurait paru du plus haut ridicule. Mon âge m’ôtait tout crédit. Pire, il m’ôtait toute audace.»

Il se reprendra. Ils se rencontreront; il l’aimera jusqu’à la limite du délire. Car s’il a besoin de sa jeunesse, elle a besoin de son soutien. Il deviendra son amant, mais aussi son mentor. Il la poursuivra partout, du Paris germanopratin jusqu’à Florence. Son amour pour Valentina atteint des altitudes indicibles; sa souffrance aussi. Le temps qui passe est impitoyable. Et, parfois, la jeunesse est sans pitié. «(…) J’avais besoin de lire les écrivains qui avaient ressenti le mal dont je souffrais: comment aimer une femme jeune quand on a atteint ces rivages dont on a le sentiment qu’ils rendent l’amour impossible?» Lorsqu’il recouvre sa lucidité, il se pose des questions: qui est-elle au fond?

Une enquête qui le mènera à sa perte

Où se situe sa vraie vie? Recherche-t-elle une carrière, une protection? Son quotidien flirte-t-il, parfois, avec des pratiques douteuses qui lui permettre de vivre? Il mènera l’enquête et cela le conduira à sa perte. «Vertige de l’amour», chantait Alain Bashung.

À noter que la collection Bouquins des éditions Robert Laffont sort un livre réunissant cinq romans de l’œuvre de Jean-Marie Rouart, sur le thème de l’amour et du pouvoir. Comme le rappelle Philippe Tesson dans son excellente préface, «rares sont les personnages de Jean-Marie Rouart qui trouvent sinon le bonheur, au moins l’apaisement». Le narrateur d’Une jeunesse perdue, texte sublime, en est un parfait exemple. PHILIPPE LACOCHE

Une jeunesse perdue, Jean-Marie Rouart; Gallimard; 1

Jean-Marie Rouart, chez lui, à Paris.

66 p.; 19 €. Les romans de l’amour et du pouvoir, Jean-Marie Rouart; préf. Philippe Tesson; Robert Laffont, coll. Bouquin; 935 p.; 30 €.

 

Jean-Marie Rouart rencontrera les lecteurs ce mardi 21 février, à 18 heures, à la librairie Martelle, à Amiens.

 

 

Une ampoule à l’âme et un Noël gris

    Que la vie est étrange! Tout part d’une ampoule grillée, sur le phare avant droit de ma Peugeot 206 toute cabossée (275 000 kilomètres au compteur; je ne m’en séparerai pour rien au monde; c’est ma façon à moi d’emmerder la société de consommation; ne pas racheter de voiture; on développe la Résistance que l’on peut; celle-ci, je le reconnais, lectrice adulée, est minuscule). Noël approche. Des guirlandes fades pendouillent dans la rue Jules-Barni que je remonte pour me rendre à Longueau afin de faire changer, dans un garage, cette fichue ampoule. Avant, j’étais passé à Saint-Leu, devant l’immeuble où j’avais emménagé, en septembre 2003, après avoir quitté Abbeville, et ma vie d’antan par la même occasion. Je longeai la Somme, me souvenais qu’à Abbeville, justement, je résidais dans un appartement duquel j’apercevais le fleuve. Je m’étais retrouvé à Saint-Leu, en 2003, devant le même cours d’eau. Étrange impression de suivre le fil de l’eau. J’arrive à Longueau; je passe devant la maison de l’avenue Henri-Barbusse que je louais avec Lou. Une autre vie encore. J’avais avancé vers l’Est, vers mon cher département de l’Aisne, celui de mon enfance, de mon adolescence. Tergnier. Ce matin-là, la lumière était grise, humide; je me demandais quel temps il faisait à Tergnier. Les mêmes guirlandes certainement. Je roulais vers le garage; ma vie défilait dans ma tête. Tous ces lieux quittés, abandonnés; toutes ces femmes, ces filles. Les Kinks, sur l’auto

Claire Barré, auteur du livre « Phrères » sur le Grand Jeu.

radio, accompagnaient ma mélancolie qui avait la couleur du temps, de l’air, du ciel. Grisâtre, humide, un peu gras. Je me disais qu’après Longueau, je m’étais retrouvé faubourg de Hem, à l’Ouest où je vis toujours. Un nouvel éloignement de l’enfance, de l’adolescence. La vie file comme l’eau de la Somme. Que faire? Changer l’ampoule pour tenter de retrouver la lumière? Peut-être. Les Kinks sont là; ils me tiennent chaud. «Plastic Man», «King Kong». Mélodies immuables; pansements colorés comme des tubes de Smarties. Il en est quelques-uns, comme ça, dont j’ai besoin. La littérature en fait partie. Je me souvenais aussi que j’avais résidé trois ans à Beauvais. J’avais fait la connaissance de Jacques-Francis Rolland, ami de Roger Vailland. Vailland: mon Kinks de la littérature. Pansement essentiel; quand le blues me noue les tripes, je replonge dans ses Écrits intimes. Ça m’aide à tenir debout. Le garage était en vue. Je me souvins que deux semaines plus tôt, je m’étais rendu à la bibliothèque d’Amiens pour y rencontrer Claire Barré qui donnait une conférence pour y présenter son livre Phrères (éd. Robert Laffont) dans lequel elle évoque le Grand Jeu, mouvement littéraire, fondé par Lecomte, Daumal, Meyrat. Et Vailland. Les Phrères simplistes. Un drôle de jeu, à Reims. Le garagiste changea l’ampoule de ma 206. La ville était toujours aussi grise. Noël ne me réussit plus, moi qui les aimais tant, le Noëls d’antan, blancs, familiaux, douillets. Je repassais devant la Somme. Même eau grisâtre qui filait vers la mer, immense, profonde et absurde. Infinie. «On ne devrait jamais quitter Montauban», disait Lino Ventura. Fallait-il quitter Tergnier?

                                                          Dimanche 8 janvier 2017

« Toute une vie, plus une année »

     Voilà ce que répond Jean-Marie Rouart lorsqu’on lui demande combien de temps il a mis pour écrire son magnifique et épais livre.

 

L’académicien Jean-Maric Rouart, auteur d’un excellent et lumineux livre, Ces amis qui enchantent la vie (éd. Robert Laffont, 906 p.), sera présent à la librairie Martelle, à Amiens, le mardi 8 décembre, à 18 heures. Nous l’avons rencontré chez lui, à Paris.

A propos de Roger Nimier et de ses romans, vous écrivez : « Il a laissé des romans attachants et acides comme des fruits verts qui ne mûriront jamais. » Puis : « L’art de son œuvre et de sa vie : avoir su se faire regretter. » Comment faites-vous pour cerner au près et à ce point un écrivain ?

Jean-Marie Rouart : C’est l’art du portrait ; j’adore les portraits. J’essaie à la fois de résumer, de cerner, de cibler une personnalité et de la rendre vivante ; c’est un peu comme la caricature.  Je dois dire que le personnage de Nimier est très paradoxal ; c’est un homme qui a très peu écrit mais qui a laissé une légende importante ; j’ai essayé de décrypter, de comprendre pourquoi on était toujours aussi attaché à Roger Nimier.  Même si on le lit peu, parce qu’il y a peu à lire. Ce qui est remarquable chez lui, c’est la critique littéraire qu’il parvient à hisser au niveau de l’œuvre d’art.  Il a une intelligence, une compréhension des écrivains. Parfois les écrivains sont autant attachés à leur œuvre propre qu’à l’œuvre des autres.  C’est le cas de Proust par exemple.  A la fois, ils écrivent leur œuvre, mais ils sont très attachés à leurs devanciers. Est-ce que ce sera toujours comme ça ? On peut craindre que non. Mais moi, je suis le dernier des Mohicans, je suis très attachés à tous les écrivains qui m’ont aidés à écrire, tous ces écrivains dont je suis le résultat.  Dans mon livre, il y a cent vingt écrivains.

La critique littéraire ne serait-elle pas une tradition des Hussards, classés à droite, alors que les écrivains dits de gauche ne s’adonneraient-ils pas plus facilement aux essais ?

Je crois qu’il est très difficile de ramener les écrivains à leurs options politiques et à leurs idéologies. La littérature dépasse complètement les idéologies.  Moi, j’aime d’un même amour des écrivains qui se situent autant à droite qu’à gauche.  J’aime Drieu La Rochelle, mais j’aime également Aragon, Malraux (qui était compagnon de route du Parti communiste).  Les idéologies me sont complètements égales. En revanche, j’essaie de déceler ce qui les rapproche.  Ce qui les rapproche, c’est, peut-être, d’essayer d’embellir la vie et de donner aux gens à la fois un sentiment d’excitation et de consolation, ce à travers leurs personnages, les situations. Je pense à Stendhal, Balzac. La littérature a une valeur consolante, notamment quand on a une peine de cœur, ou que l’on ressent le sentiment de la jalousie (On lit La prisonnière, de Proust).  Ainsi, on se rend compte qu’on n’est pas seul. C’est un des caractères importants de la littérature : la consolation.  Ca me paraît impensable de vivre sans avoir ce formidable renfort des grands auteurs, de la lecture, de la littérature.  Il y a livre et livre. La littérature c’est la recherche de la vérité par la beauté.

Peut-on retrouver ce caractère de consolation dans la peinture, le cinéma, la musique, etc. ?

Bien sûr.  Tous les arts émanent de la même angoisse, de la même interrogation.  Pourquoi, parfois de gâchis : la perte de l’être aimé, la perte d’un parent, d’un enfant.  Toute cette souffrance qui ne sert à rien. Seuls les artistes ont le privilège de faire quelque chose avec la souffrance.  Ils font grâce à leurs œuvres une matière de consolation. C’est vrai que les artistes ont souvent des vies malheureuses. Mais comme toutes les vies. Leur privilège, c’est de savoir donner un sens à tout ça.

Combien de temps avez-consacré à l’écriture de ce livre ?

J’ai l’habitude de répondre : « Toutes une vie, plus une année. » C’est-à-dire tous les livres que j’avais lus au cours de toute ma vie, et qui me demeuraient en mémoire.  J’y pensais, ils m’obsédaient comme une mélodie qui me poursuit. Je voulais montrer aux lecteurs – car souvent ils sont perdus dans une librairie – que la littérature était l’occasion de trouver l’âme sœur.  Je ne pense pas qu’on puisse être rebelle face à la littérature ; c’est simplement qu’on n’a pas encore trouvé l’auteur qui nous convient. L’âme sœur. En fait, j’ai consacré une année entière à écrire ce livre.

Avez-vous, au cours de l’année d’écriture, procédé à des plans, à des relectures, des prises de notes, etc. ?

Je voulais faire le contraire d’un travail universitaire.  Je souhaitais que le lecteur s’amuse en s’instruisant.  Ca, c’est une tradition française : tenter de trouver la vérité par la beauté.  Etre à la fois léger et profond. Je n’ai pas tenté de classer les écrivains par écoles (rien ne me paraît plus faux que les écoles). Je pense que la littérature abolit le temps.  C’est le lieu de l’universel, de la tolérance. Je crois qu’au jugement dernier, si les écrivains (Balzac, Aragon, Malraux, etc.) se retrouvaient, ils communieraient ensemble dans cet amour de la littérature.

Comment faites-vous pour aimer avec autant de passion Stefan Zweig et Guitry ? Zola et Henry Miller ? Bernanos et Simenon ? C’est parfois le grand écart.

Ce que j’aime dans la littérature, c’est la particulière diversité.  Je n’aime pas les chapes, je n’aime pas les chapelles ; je n’aime pas m’enfermer dans des options politiques.  Dans mon livre, il y a des cardinaux un peu atypiques (Retz, un gai luron ; Bernis qui a piqué des maîtresses à Casanova) Voltaire, des athées, des catholiques, etc. Ce ne sont pas des saint

Jean-Marie Rouart, chez lui, à Paris.

Jean-Marie Rouart, chez lui, à Paris.

s ; ce ne sont pas des salauds.  J’aime la diversité ; chacun a sa musique, chacun a son expression et ses obsessions.  Je suis très tolérant. J’apprécie les gens qui ont envie de s’élever.

Que représente pour vous la littérature ? La liberté ?

Pour moi la littérature, c’est plein de choses.  C’est effectivement la liberté. Et en même temps c’est  quelque chose – dans l’élévation – de quasiment religieux.  La littérature, c’est une spiritualité.  C’est à la fois la vérité, la bonté,

Parmi les cent vingt écrivains que vous évoquez, pourriez-vous nous citer vos dix préférés ?

Non, car si j’ai fait ce livre, c’est pour montrer à quel point il y en a beaucoup.  C’est comme si vous demandiez à une mère de famille qui a douze enfants lequel d’entre eux elle préfère ?  J’aime autant Aragon que Drieu La Rochelle, le cardinal de Bernis que Tolstoï. Et ils n’ont rien à voir entre eux.  Je n’ai pas voulu faire de hiérachie. L’important, c’est de découvrir tous ces écrivains.

Quel regard portez-vous sur la critique littéraire d’aujourd’hui ?

On est toujours mauvais juge… J’ai eu la chance pour mes premiers livres d’avoir des articles d’Antoine Blondin, puis de Kléber Haedens… J’ai eu beaucoup de chance. Robert Kanters, François Nourissier, etc. Aujourd’hui on a toujours tendance à penser que la critique n’est parfois pas à la hauteur, c’est un phénomène de l’âge ; cela vient du fait qu’on mélange souvent les livres fabriqués (pour vendre) et la littérature.  Ces livres sont mêlés dans la liste des best-sellers. Je suis hostile à la liste des best-sellers. Ce sont les choix des critiques qui doivent faire la hiérarchie. Les critiques doivent être les guides.  Je n’ai rien contre la distraction ; je me distrais beaucoup en lisant, même en lisant Montaigne.  Je n’oppose pas la littérature ennuyeuse et la littérature amusante.  Toute la littérature doit être un peu amusante.  Mais aujourd’hui ça devient difficile de savoir – à cause de ces mélanges – ce qui sera le livre de distraction ou le livre réellement littéraire.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Je travaille sur une fiction.  Un roman. Je suis profondément romancier.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE