A 13 heures, je cause à Radio Campus

Aujourd’hui 6 décembre, saint Nicolas, fête de notre regretté président titulaire de la plus belle femme du monde, à 13 heures, je parlerai de mon dernier roman Vingt-quatre heures pour convaincre une femme (paru aux éditions Ecriture), sur les ondes de Radio Campus (87,7 Mhz), invité par l’excellent Emmanuel Clouet, un ancien journaliste du Courrier picard, dans son émission Bistrot Vedette, « l’émission qui vous retourne la tête et vous met le coeur en fête« . Pour une fois que je vais au bistrot sans y boire, lectrice adorée, comblée, soumise, fessée et fessue, ne manque pas de rendez-vous qui te passionnera et fera chavirer ton petit coeur d’hirondelle. A tout de suite, bande de lectrices!

Aujourd'hui, à 13 heures, sur Radio Campus (87,7 MHZ)

Aujourd’hui, à 13 heures, sur Radio Campus (87,7 MHZ)

Un dictionnaire lumineux, éclairant

       Avec son Dictionnaire chic de littérature française, Christian Authier nous régale et nous guide. Totale réussite.

Dans l’avant-propos de son livre, Christian Authier annonce la couleur : « Ce Dictionnaire chic de littérature française est d’abord un dictionnaire « vivant », contemporain, qui s’efforce de rendre hommage ou de rendre justice à des écrivains dont la plupart sont parmi nous, construisent leur œuvre sous l’attention des médias et des lecteurs ou dans leur totale indifférence. » C’est une belle tâche, noble, salvatrice, généreuse. Car, le sait-on, rien n’est pire pour un écrivain – qui plus est quand il est sincère, désintéressé – que l’indifférence. Ce dictionnaire remplit sa tâche à merveille. On est en droit de remercier Christian Authier. Nous le savions excellent romancier (Enterrement de vie de garçon, Les Liens défaits, prix Roger-Nimier 2006), essayiste pertinent et précis (De chez nous, prix Renaudot essai 2014), il se révèle dans ce dictionnaire comme un critique littéraire de premier ordre et un exquis portraitiste qui, à l’instar d’un Jean-Marie Rouart par exemple, parvient à débusquer chez un écrivain la faille minuscule, la fêlure infime ou, au contraire, la force jusqu’ici passée sous silence.

Les écrivains qu’il nous présente sont pour la plupart vivants. Il nous les montre, souvent, sous un jour nouveau. Grâce à lui, c’est un autre Patrick Besson qu’on découvre, plus sensible et mélancolique qu’il n’y paraît. Il faut dire qu’il connaît bien son sujet. Ne lui-a-t-il pas consacré, dès 1998, une biographie aux éditions du Rocher ? Le portrait de François Cérésa, empreint d’une grande délicatesse, ravit par sa justesse, sa pertinence. Il en va de même de celui de Michel Déon dont il écrit qu’il « aiguise sa lucidité désolée et implacable sans perdre sa faculté d’émerveillement. Il se promène parmi les ruines, mais n’oublie pas de ramasser les dernières pépites offertes à ceux qui n’ont jamais cédé au renoncement ni au désespoir. » Il consacre un beau texte à François Bott, estimant qu’il est « de ceux qui écrivent leurs livres en se promenant dans les villes, en flânant, en sachant trouver aux décors du quo

L'excellent écrivain Christian Authier.

L’excellent écrivain Christian Authier.

tidien des airs de cour de récréation éternelles propices aux vagabondages de l’imagination. » Et celui dans lequel il dépeint Patrick Modiano : « Ce romancier archiviste plonge sans cesse dans le maelström de la mémoire. Sa mémoire, la mémoire collective, la mémoire de personnages réels ou inventés. C’est un kaléidoscope ou un manège. On en ressort souvent avec les yeux brouillés et le cœur à l’envers. »

Il ne faut pas non plus passer à côté des portraits qu’il nous donne à lire d’Eric Holder, d’Eric Neuhoff, de Michel Houellebecq, de Pierre-Louis Basse, de Stéphane Denis, de Bernard Chapuis, de Jérôme Garcin, de Sébastien Lapaque, ou de Benoît Duteurtre. Et comment oublier ces écrivains défunts, mais toujours bien présents dans nos mémoires et nos cœur : Frédéric Berthet, Roger Nimier, Félicien Marceau, Frédéric H. Fajardie, Michel Mohrt… Ce Dictionnaire chic de littérature française est une totale réussite ; il est éclairant, lumineux.

                                                      PHILIPPE LACOCHE

Dictionnaire chic de littérature française, Christian Authier ; Ecriture. 285 p. ; 22 €.

Quand le style reste souverain…

Grâce à Éric Neuhoff et son «Dictionnaire chic de littérature étrangère», la langue française triomphe.

C’est pire que les migrants. Les livres étrangers entrent chez nous comme dans un moulin (…) Dire que certains traitent les Français de xénophobes. Il n’y a pas plus ouvert, plus curieux que ce peuple qu’on accuse de tous les maux. Est-ce notre faute si nous aimons voyager,

Eric Neuhoff : son dictionnaire de littérature étrangère est d'excellent e qualité. Photo : Laurent Monlaü

Eric Neuhoff : son dictionnaire de littérature étrangère est d’excellent e qualité.
Photo : Laurent Monlaü.

mais sans bouger?» Voilà qui est envoyé, écrit avec fraîcheur, humour, légèreté, distance et panache. Du Neuhoff, tout craché. Celui qui nous a donné quelques-uns des plus pétillants romans de la littérature contemporaine nationale (La Petite Française, 1997, Mufle, 2012), celui qu’on pourrait considérer comme le plus français de nos écrivains nationaux, nous donne à lire aujourd’hui un savoureux Dictionnaire chic de littérature étrangère. Une gageure? Un régal, surtout! Qu’il s’intéressât à la littérature d’ailleurs, on le savait déjà. Il faut être aveugle et sourd (sourd, oui, car sa prose non seulement pétille, mais elle possède sa petite musique bien singulière, comme les bulles d’un Drappier 100% pinot noir qui éclatent contre les parois d’une coupe) pour passer à côté de sa chronique «Affaires étrangères» du Figaro littéraire; certains des textes du présent dictionnaire en sont, du reste, issus. Style? Bien sûr. La chute de son texte d’introduction en est le vibrant exemple: «Dans ma bibliothèque, des réfugiés se cachent par dizaines. J’espère que les pages qui suivent ne pousseront pas les autorités à les reconduire à la frontière.» Il y a peu de chance pour cela. Et c’est tant mieux. Éric Neuhoff nous communique sa passion. Ses textes sur Bracewell, Carver, Roth, Barnes ou Fante interpellent. Jamais aveuglés ni hagiographiques, ils restent d’une lucidité qui force le respect et invite le lecteur normalement constitué à se découvrir – ou redécouvrir – ces grands écrivains. Et quand Neuhoff, à propos de Bukowski constate, amusé, «on l’a beaucoup comparé à Céline : ses bagatelles ne conduisaient qu’au massacre de quelques canettes de bière», on s’incline, et on se dit, pas peu fier, que quand la langue française invite à mieux connaître les grands étrangers, ce n’est vraiment pas mal du tout.

PHILIPPE LACOCHE

Dictionnaire chic de littérature étrangère, Éric Neuhoff, Écriture; 448 p.; 23,95 €.

« Vingt-quatre heures pour convaincre une femme » dans « Madame Figaro »

Magnifique article d’Isabelle Potel dans Madame Figaro de ce matin sur mon roman

Dans "Madame Figaro" de ce vendredi matin, 4 septembre 2015.

Dans « Madame Figaro » de ce vendredi matin, 4 septembre 2015.

Vingt-quatre heures pour convaincre une femme (éd. Ecriture). Douze lignes; tout est dit, tout est là. Bien décrypté, bien compris. Suis ravi.

Ph.L.

Bonjour à tous,

Voici mes prochaines dates de signatures-dédicaces, pour la promotion de mon dernier roman « Vingt-quatre heures pour convaincre une femme », paru aux éditions Ecriture :

– Dimanche 27 septembre 2015 : Village du livre de Merlieux, dans l’Aisne.

– Vendredi 2 ( à partir de 13h30; lecture d’un de mes textes à 17 heures) et samedi 3 octobre (de 9h30 à 18 heures), Salon du livre audio, salle Dewailly, à Amiens, dans la Somme.

– Vendredi 9 octobre, à 17h30, librairie Martelle, avec débat autour du livre.

– Samedi 10 octobre, Salon d’Aumale, en Seine maritime.

– Samedi 17 octobre 2015 : 15 à 18 heures, librairie Cognet, à Saint-Quentin, dans l’Aisne.

– Dimanche

IMG_390325 octobre, à partir de 15 heures jusqu’au lundi 26 octobre 2015, à 21 heures, signature à l’occasion de la présentation de ma pièce L’écharpe rouge, publiée au Castor astral, jouée par la troupe du Théâtre de l’Alambic, sélectionnée pour le festival national de Théâtre amateur, à Saint-Cyr-sur-Loire, dans l’Indre-et-Loire.

– Mardi 10 novembre 2015, 20h30, Comédie de Picardie, à Amiens, dans la Somme, à l’occasion de l’interprétation de L’Echarpe rouge : signature-dédicaces.

– Samedi 14 novembre 2015, 11 heures à 12h30, médiathèque de Tergnier, dans l’Aisne, rencontre-dédicaces, et à 13 heures, Café de la Poste, à Tergnier, rencontre-dédicaces. Et de 15 heures à 19 heures, dédicaces à la librairie Le Dormeur du Val, à Chauny, dans l’Aisne.

– Vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22 novembre 2015, Salon du livre de Creil, dans l’Oise.

  • Samedi 28 novembre 2015 : librairie Ternisien, à Abbeville, dans la Somme, de 15 heures à 19 heures.

– Vendredi 4 décembre 2015, librairie le Labyrinthe, à Amiens, dans la Somme.

– Dimanche 6 décembre 2015, espace Saint-Jacques, à Saint-Quentin, dans l’Aisne, salon du livre.

L’art de l’argot

     Avec « les princes de l’argot », François Cérésa propose un livre rafraîchissant, bien documenté, drôle, facétieux. Et émouvant. Une belle réussite.

   Les princes de l’ar

François Cérésa, à la terrasse du café Le Rouquet, à Paris.

François Cérésa, à la terrasse du café Le Rouquet, à Paris.

got, livre de François Cérésa, est un régal. Cette sorte d’essai – qui mêle aussi de courtes biographies – fait, en quelque 230 pages, le tour de la question avec brio, précision, passion et inventivité. C’est une prouesse tant cette langue – cet opus le prouve – est diverse, variée. Et très riche.  « L’argot d’autrefois était aristocratique, celui d’aujourd’hui est démocratique. Il est l’épandage, il pue pour tout le monde. Jacter l’argot chez Lipp ou dans une émission de télé à la mords-moi-le-schpatche est du dernier cri. C’est un must. Et une certaine forme de décadence », estime l’écrivain qui, en la matière, en connaît un rayon puisque ton texte est truffé d’expressions chères à cette langue.

    Il convoque ici – pour notre plaisir – les plus grands, les plus talentueux, les plus « pratiquants » : François Villon, François Vidocq, Eugène Sue, Aristide Bruant, les Pieds Nickelés, le sulfureux Albert Simonin, le courageux et grand résistant Alphonse Boudard, Frédéric Dard, Michel Audiard, Auguste Le Breton, le chanteur Renaud et quelques autres. Sans oublier l’incontournable et encombrant Louis-Ferdinand Céline, faisait suivre le chapitre qu’il lui consacre par un autre intitulé – c’est significatif – « Après Céline ». Comme s’il eût écrit « Après Jésus-Christ ». Les mots, exquises trouvailles, truffent la prose de Cérésa, explosent aux oreilles du lecteur comme des grenades de champagne du peuple : jaspiner (parler), la mousse (la merde), le daron (le maître), la tocante (la montre), le patelin (le pays), la caruche (la prison), les écoutes (les oreilles), la baude (la vérole), gy (oui), etc. Il y a aussi d’autres petites perles comme le soissonnet (le clitoris).

    Passent également d’autres écrivains, comme des ombres éclairantes et radieuses : Maurice Raphaël (connu sous un nombre incroyable d’autres pseudonymes, homme au passé trouble, proche de la sinistre rue Lauriston, siège de la gestapo française et de sa pègre peu reluisante), Jean Richepin, mais aussi Francis Carco, Rabelais, Cavanna et Pierre Mac Orlan.

    Les passages émouvants ne manquent pas car l’argot, comme François Cérésa, ne manque pas de cœur : « J’ai connu Alphonse Boudard pendant vingt ans. Il m’avait aidé pour mon premier livre. Je le croyais immortel. En 2000, pour le réveillon, je les avais invités Gisèle et lui. Il avait appelé au dernier moment pour annuler. Alphonse Boudard n’était pas homme à annuler. Quatorze jours plus tard, Louis Nucéra m’avertissait qu’Alphonse nous avait faussé compagnie sans prévenir. Il était homme à ne pas prévenir. Il restera toujours dans le « le jardin de nos cœurs » ». La langue verte, toute aussi facétieuse qu’elle soit, ne voit pas forcément toujours la vie en rose.

                                                     PHILIPPE LACOCHE

Les princes de l’argot, François Cérésa, Ecriture, 233 p. ; 17,95 €.

Les goûts sûrs d’Eric Neuhoff

 

Eric Neuhoff, écrivain. mars 2012.

L’écrivain, critique cinématographique au « Masque et la Plume », dresse un succulent panorama de ses admirations et de ses détestations. Très réussi.

Comment ne pas aimer un livre qui commence ainsi: «Que les choses soient claires: Rivette m’emmerde, Tati ne m’a jamais fait rire et Resnais a le don de m’assommer. Lecteur des Inrockuptibles et de Libération, passe ton chemin. Je te laisse à tes rétrospectives Almodovar, tes inédits de Jacques Doillon. Soyons honnête.Cela ne m’empêche pas d’aimer Antonioni, La maman et la Putain et les premiers Garrel.»

Et de poursuivre en reconnaissant que les goûts sont une affaire compliquée. Surtout en matière de cinéma, ce cousin de la littérature. Du goût, Éric Neuhoff n’en manque pas. Le romancier qu’il est nous l’a prouvé à maintes reprises avec des romans savoureux (Les Hanches de Laetitia, Albin Michel, 1989; La petite Française, Albin Michel 1997; Un bien fou, Albin Michel 2001; Mufle, Albin Michel 2012), et des essais pétillants comme un Drappier (Les Insoumis, Fayard, 2009; Champagne!, Albin Michel 1998).Le critique cinématographique qu’il est également («Le Masque et la Plume», sur France Inter) le confirme. Du goût.Et un sens inné du non-panurgisme et de l’impertinence. Son Dictionnaire chic du cinéma en est la preuve éclatante. Il s’adonne ici à un bel exercice de subjectivité comme Kléber Haedens l’avait fait au siècle dernier avec Une Histoire de la littérature française. Neuhoff est un fou de cinéma. Il aime autant qu’il déteste; il n’écoute que ses émotions, ses fous rires. Il se fiche des écoles, des modes, des vagues, des prétendues modernités. Il parle bien des actrices (délicieux profil de Charlotte Rampling; croquis d’une grande justesse de Romy Schneider: «Des comme elle, ça n’existe plus.»).Il est parfois là où on ne l’attend pas: tendre avec Anne Wiazemsky. Et il est bien là où on l’attend: dans le portrait bref et impeccable qu’il dresse de Jean-Pierre Rassam, ou dans son attendrissante notice consacrée à Pascal Jardin. «Longtemps, le cinéma a été une manière de ne pas vieillir. Je me demande si ça n’est pas aujourd’hui l’unique moyen de ne pas mourir», écrit-il à la fin de l’avant-propos de son dictionnaire. On est en droit de ne pas lui donner tort.

PHILIPPE LACOCHE

Dictionnaire chic du cinéma, Éric Neuhoff, Écriture. 383 p.; 24,85 euros.

Une fable réjouissante brocarde le Vélib’

 

François Marchand, écrivain. 2013.

Hilarant, méchant, voire cruel, « Cycle mortel », de l’excellent François Marchand, met une pincée de selles dans la littérature bien-pensante.

Ce livre est drôle, très drôle. Méchant, féroce aussi. Les élus socialistes de Paris en prennent plein dans la tronche; les bonnes conscience des Droits d’ Homme et les donneurs de leçons de l’écologie intégriste aussi. Quant aux cyclistes bobos, ils sont totalement massacrés. (C’est vrai que quand un type en catogan se croit tout permis et qui vous frôle à vive allure dans une zone piétonne ou sur un trottoir, ce livre fait du bien au moral!) C’est une fable; qu’on se rassure. L’auteur en rajoute des tonnes, comme le ferait un caricaturiste ou un chroniqueur de la matinale de France Inter. Tout ici est excessif, mais qu’est-ce qu’on se marre! Pourquoi se marre-t-on autant? On est en droit de se demander si, justement, ce n’est pas parce que tous ces gens se prennent souvent trop au sérieux. L’amusant François Marchand imagine Paris en 2015. Les usagers du Vélib’ tombent comme des mouches, terrassés les uns après les autres. Ils chutent mystérieusement. La médecine se penche sur le question mais, elle non plus, n’y comprend rien.

Béchétoile, maire socialiste de la capitale, attrape le phénomène au vol pour y voir un complot de la droite la plus ultra pour éliminer ses électeurs. C’est sans compter l’inénarrable commissaire Moullinard qui n’est pas du tout convaincu par cette piste, trop peu cyclable à son goût. Il tente de résoudre l’énigme.

Pendant ce temps, cette belle âme de Béchetoile, à l’occasion de la prochaine Nuit blanche, prépare une contre-attaque du feu de Dieu et mobilise ses troupes boboïstes. Résultats : des hordes de bobos tentent de mettre la ville à sac, révoltés par ce cycle mortel…

Une fable, oui, une hilarante fable qui fait du bien dans un monde où certaines valeurs dites modernes sont inattaquables. Marchand s’amuse comme un fou; il fait circuler les usagers du Vélib’ dans une rue des Porteurs-de-Valises, fait mourir Bernard Kouchner, brocarde « les humanistes à roulettes », imagine un député UMP, Bassompierre, qui tente de mettre fin à l’expérience Vélib’ qu’il trouve exaspérante : « D’un tempérament sanguin, il devait se maîtriser pour ne pas écraser, au volant de sa berline foncée, les cyclistes qui s’éparpillaient sur les boulevards rétrécis par les argousins écologistes de Béchétoile. » Bassompierre qui, au final, est aidé par un vieux membre du Parti communiste qui, lui aussi, fulmine contre les bobos roulants. Tout cela doit se passer rue de la Mémoire-des-crime-du-général-Pinochet pendant une manifestation de l’association Vélorution.

Nom d’une chaîne : que ce livre excessif fait du bien!

PHILIPPE LACOCHE

« Cycle mortel », François Marchand, Ecriture, 123 p.; 13,50 euros.

L’amour, la nostalgie, la vie

Journaliste au Courrier picard, Philippe Lacoche signe « Les matins translucides », sorti ce 28 août, avec sa Picardie en guise de décor.

Philippe Lacoche photographié par Guillaume Clément.

Il a encore commis un roman, Philippe Lacoche. Encore? Certes, Les matins translucides possède quelques liens de parenté avec les précédents ouvrages du journaliste-écrivain picard. Ses tics d’écriture par exemple ; ou quelques personnages empruntés aux aventures précédentes. Surtout, le décor: une petite ville de Picardie, marquée par l’activité ferroviaire et le passé ouvrier, résistant et communiste de ses habitants. Sans oublier les références musicales qui parsèment les pages comme les pétales de rose qu’on dissémine sur une longue table de banquet. Pour faire joli, et pas seulement…

Cette nouvelle histoire révèle aussi un nouveau style. Une ambiance mélancolique mais pas triste. Un amour intense mais pur: quand il a rencontré Delphine pour la première fois, Jérôme était en cinquième, elle en sixième! Jérôme en a aujourd’hui soixante. Il est journaliste – tiens donc, la fiction malaxerait-elle des éléments de la réalité? Et décide, sur un coup de tête, de retrouver les lieux de sa jeunesse, les clés de son amour sans lendemain avec Delphine.

Le récit offre à Philippe Lacoche de belles occasions de raconter la passion, le passé, la manière qu’avaient les ados de se rencontrer et de s’occuper «à son époque». Mais aussi l’autre passé: celui des oncles, des anciens, les résistants, ceux qui ont connu la guerre et combattu l’occupant allemand. Parce que Delphine et Jérôme ont grandi dans cette ambiance du souvenir vivace des maquis. Vivace, mais pas toujours exprimé. Ils avaient leurs secrets, les tontons. Pas tous très avouables.

Jérôme parcourt donc la Picardie de sa jeunesse à la recherche de réponses. Il mène deux enquêtes. De celles qu’on aimerait, finalement tous un peu mener au soir d’une vie, dans un moment de fatigue mélancolique. On s’y croirait d’autant plus que les descriptions, sobres mais précises, des villes, des étangs, des lumières brumeuses, ou des bistrots nous ramènent à la Picardie d’aujourd’hui. À lire avec un zeste de nostalgie mais sans obligation de perdre sa bonne humeur!

DAVID GUÉVART

«Les matins translucides», Philippe Lacoche, éd. Écriture, 17,95 euros. Dédicaces dans toute la Picardie de septembre à décembre, à commencer par Ham et Chauny le 14septembre. http://blog-picard.fr/dessous-chics/

L’ombre d’une tante

Prix Rernaudot Essai 2012 avec « Le Dernier modèle », Franck Maubert sort un roman d’une grande qualité. « Entre Simenon et Dhôtel », selon Modiano.

Franck Maubert vient d’écrire un roman plein de charme et de poésie.

Villa close (quel beau titre! Digne de Villa triste, de Patrick Modiano) n’est pas seulement un vrai roman; c’est un grand roman. On y plonge; on y nage avec l’impression, angoissante et singulière, de s’y noyer comme dans une mare de plaisir. On en ressort fortifié et avec une immense impression de bonheur. Celui d’avoir passé un joli moment de rêverie poétique. Franck Maubert – qui s’est vu décerner le Prix Renaudot Essai 2012 pour le très beau Le Dernier modèle, éd.Mille et une nuits dont notre consœur Claudine Marillot avait rendu compte dans ces mêmes colonnes- nous invite à suivre pas à pas Julien Collardeau, journaliste gastronomique recyclé dans la nécrologie de célébrités. Il décide de se retirer à Richelieu, dans l’Indre-et-Loire, dans la maison de tante défunte dont il fut très certainement l’amant. Ici, tout est dans le «très certainement».Car, Franck Maubert, seulement, le suggère. Et par là même, il inocule à cette idée une puissance érotique rare. Comme un parfum ambré de mystère musqué. Collardeau, peu à peu, fait la connaissance de cette ville, construite par le cardinal du même nom, une ancienne ville nouvelle. Climat étrange. En effet, les faits divers s’accumulent: meurtres, assassinats, morts brutales, suicides, rumeurs douteuses… Des personnages énigmatiques rôdent: un vieux comédien élégant et bourru, un colosse, manière d’ogre sensuel à la Philippe Noiret; un libraire louche assez pervers, fou d’érotisme; un décorateur homosexuel, conducteur d’une Triumph, et dont l’amant américain a été assassiné…

Julien Collardeau mène l’enquête et tente de démêler les fils de cette touffe d’énigmes translucides comme du fil à pêche. Mais c’est aussi sur lui-même qu’il enquête sous la houlette de deux ombres tutélaires: sa tante si charmante et ce cardinal qui, un jour de1642, décida de fonder entre Poitou et Touraine «cette ville close». Il y a quelque chose de terriblement français dans ce roman qui, en ces tristes époques où tout se mondialise, fait un peu figure d’Ovni littéraire. «J’ai trouvé qu’il y avait là du Simenon, et aussi un peu d’André Dhôtel, écrivain que j’aime beaucoup…» Beau compliment.

PHILIPPE LACOCHE

«Villa close», Franck Maubert, Ecriture, 184 p.; 18,95 euros.