Michèle Torr a bien raison de chanter

    Sa voix enchante. Sa passion reste intacte. Elle est toujours aussi jolie. Elle sera à Abbeville, puis à Albert, vendredi et samedi.

 

Michèle Torr fêtera, demain, son anniversaire à Abbeville.

Sa mère et Edith Piaf lui ont donné l’envie de chanter. Elle a commencé très jeune, dans des radio-crochets. Elle a éclairé par sa blondeur pétillante et champagne nos chères années Yé-Yés. Elle a répondu à nos questions.

Michèle Torr, vous chanterez à Abbeville le vendredi 7 avril, et à Albert, le samedi 8 avril. Quel répertoire allez-vous proposer ?

Oui, c’est le jour de mon anniversaire !

    Le 7 ou le 8 avril ?

Le 7 avril. Le répertoire ? Il y aura bien sûr les chansons que mes fans attendent, en tout cas je l’espère. Des tubes évidemment. J’aime également reprendre des chansons des autres : une chanson de Brel, une autre de Piaf… Quelques reprises. Ce sont des cadeaux que je me fais et que ferai au public.

Les grands tubes des années 60 et 70 ?

Oui, exactement.

Avec quelle formation serez-vous sur scène ?

Les musiciens qui me suivent habituellement en tournée : une rythmique (basse-batterie), deux choristes, piano-clavier, guitare. Je travaille avec ces musiciens depuis longtemps. On est bien ensemble. On aime travailler, s’amuser. Ce sont des amis et de bons musiciens.

Il y a une grande complicité entre vous.

Oui ; ça ne peut être bien que comme ça. On est heureux de jouer ensemble.

Connaissez-vous la Picardie, et particulièrement les villes d’Abbeville et d’Albert ?

Oui, je les connais pour y être passée en concert. Vous dire que je connais bien ces villes, non ; car finalement, on connaît les théâtres et les hôtels. En revanche, je connais le public. Ce public, je ne l’oublie pas ; c’est une région où le public a du talent. Il aime les chanteurs, les artistes. Il aime faire la fête ; c’est en tout cas le souvenir que j’en ai. Je suis heureuse de chanter dans cette région car les gens sont chaleureux. C’est un public qui aime sortir, faire la fête ; qui aime la chanson.

On dit que deux personnes vous ont donné envie de chanter : votre mère et Edith Piaf. Pourquoi ?

Maman chantait très bien et chantait tout le temps. Ou elle sifflait. Elle criait aussi. (Rires.) C’était une Méridionale, très expansive. Quand elle était plus jeune, elle participait à des spectacles ; elle en organisait aussi. Elle participait à des radio-crochets. Jean Nohain, qui avait une émission à Marseille, voulait qu’elle vienne chanter à la radio. Elle aurait aimé faire carrière dans la chanson. Quand elle a vu que moi, sa fille, avais des possibilités et envie, elle m’a beaucoup aidée à mes débuts. Elle est venue à Paris avec moi. J’étais très jeune ; elle ne voulait pas me laisser partir seule. Elle me faisait répéter mes chansons ; elle m’accompagnait dans les concours de chant. Elle y croyait autant que moi.

Quelle profession exerçait votre mère ?

Elle n’avait pas de métier fixe. Elle faisait des travaux saisonniers dans les champs. Cela permettait à mes parents d’arrondir les fins de mois. Mon père, lui, travaillait au PTT. Maman a toujours travaillé de manière diverses : dans les champs, le ramassage des haricots, des tomates ; elle faisait les vendanges…

Pourquoi Edith Piaf a-t-elle si importante pour vous ?

Maman chantait ; on écoutait la radio ensemble. Quand j’ai entendue Edith Piaf, j’étais bouleversée par les fréquences de sa voix. Sa voix me touche toujours. Je chantais du Piaf quand j’étais très très jeune, même si ce n’était pas de mon âge. J’avais envie de chanter ces chansons-là.

Vous étiez donc très jeune ?

Oui. Lors de mon premier radio-crochet, j’avais 6 ans. Je chantais une chanson d’Annie Cordy : « Bonbons, caramels, esquimaux et chocolats ». Un peu plus tard, j’ai commencé à chanter du Piaf. Je faisais des petits spectacles dans la région jusqu’à ce que je gagne ce concours de chant à 14 ans, à Avignon. Cela m’a permis de passer une audition chez Philips et de signer mon premier contrat.

Quelles ont été vos autres influences ?

Brel. Lorsque que j’ai gagné ce fameux concours de chant (« On chante dans mon quartier »), Brel venait quelques jours plus tard chanter sur la place du Palais des Papes, à Avignon. Je suis allé le voir chanter ; on lui a dit que j’avais gagné le concours. On lui a demandé si je pouvais passer en première partie ; il a accepté. Donc, à 14 ans, je passais en première partie de Jacques Brel ! Forte émotion évidemment. Je voyais un géant sur scène. J’avais le trac. Je crois que je n’ai jamais rien vu d’aussi extraordinaire sur scène que Brel !

Vous avez été élevée au grade de chevalier, puis officier des Arts et Lettres. Qu’avez-vous ressentie ?

J’étais fière et honorée. Ma première pensée a été à mes parents qui n’étaient plus là. On est fier pour eux ; on a envie de les appeler et de leur dire… Maintenant, je suis commandeur. Je sais qu’ils auraient été très honorés, très fiers de cette distinction. Moi, je suis flattée.

Vous avez rencontré Sœur Emmanuelle. Dans quelles conditions ? Et vous avez entrepris des actions ensemble.

Je l’ai rencontré dans l’émission de Michel Drucker, sur Europe 1, le matin. Je ne la connaissais pas ; je l’écoutais. Je buvais ses paroles. Et je me disais : « Qu’est-ce que je peux faire ? » A la fin de l’émission, je lui ai dit : « Je vais faire un concert pour vous et pour les Petits chiffonniers du Caire. » J’ai organisé ce concert dans la région parisienne. J’ai été soutenue par Philippe Gildas qui était le producteur de l’émission de Drucker. Nous avons récolté beaucoup d’argent. Grâce à cela, elle a pu décrocher son premier prêt pour construire ces écoles au Caire. Nous ne nous sommes pas perdus de vue ; après j’en ai fait beaucoup d’autres. Ensuite, quand elle monté l’association Orange, pour ces enfants. « Au moins une orange par jour ! ». Elle m’a appelée pour être la marraine de l’association Orange. J’ai fait plusieurs concerts pour elle. Elle m’envoyait des petits mots, des petites lettres. Quand j’ai divorcé, j’ai eu envie d’en parler avec elle, comme on parle avec une maman. Je suis croyante, et j’étais bouleversée… enfin, je voulais divorcer. Est-ce que j’avais le droit de divorcer ? Est-ce que j’allais pouvoir continuer à communier ? Il s’agissait de mon divorce avec Jean Vidal.

Vous soutenez également d’autres associations humanitaires et sociales. Lesquelles ?

Maintenant, surtout de Sclérose en plaque du Pays d’Aix. En effet, mon fils Romain est atteint de cette maladie. Romain avait envie de s’occuper des autres. C’est très important pour lui les relations qu’il a avec d’autres malades. Le 15 juillet, à Pertuis, dans la ville où je suis née, sera organisé un spectacle au profit de la recherche pour lutter contre la sclérose en plaque ; c’est Nicoletta qui viendra cette année. On a eu Dave, on a eu Hervé Vilard, Claude Barzotti, Stone… Ces artistes viennent bénévolement tous les ans ; nous réalisons à chaque fois un bénéfice de quelque 35 000 euros qu’on remet au professeur Pelletier qui est chercheur à la Timone, à Marseille. Il existe aujourd’hui des traitements pour freiner l’évolution de la sclérose en plaque. On ne la guérit pas encore. On ne sait pas d’où vient cette maladie ; les chercheurs sont très actifs et ont besoin d’argent. On ne parle pas assez de cette maladie et les chercheurs ne sont pas assez soutenus par l’Etat.

Parlez-nous de vos derniers albums.

Le dernier album avec les nouveautés, c’était il y a deux ans. Il se nommait Diva ; « Diva » est une chanson d’Alice Dona et de Georges Chelon ; une magnifique chanson de scène que j’adore. D’autres chansons étaient signées par Charles Dumont, Charles Aznavour…  J’ai été gâtée par des auteurs compositeurs de grand talent.

Vous avez travaillez, il y a plusieurs années, avec l’écrivain et l’ex-critique rock Laurent Chalumeau. Etait-ce une belle expérience ?

Oui, bien sûr ! C’était une idée à lui ; il avait envie de m’entendre chanter des chansons country. Il les avait adaptées pour moi en français. Ce fut une très belle expérience ; j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Je fus étonné sur le moment, mais j’étais heureuse de cette envie qu’il avait. On a passé en studio des moments formidables.

Quels sont vos projets ?

Je serai en tournée tout l’été avec mon orchestre. En novembre, je partirai en tournée avec Age tendre ; ce sera la croisière. Et à partir de janvier, je referai la tournée Age tendre, dans les villes. Je vais enregistrer à la rentrée ; j’ai envie de reprendre des chansons de mon répertoire. De belles chansons qui sont passées un peu inaperçues et qui, pourtant, sont de belles chansons.

Propos recueillis par

                                                                          PHILIPPE LACOCHE

 

 Patricia Kaas : « Aujourd’hui, tout va bien »

Elle est venue présenter les chansons de son dernier album éponyme, le mercredi 15 février, au Zénith d’Amiens. Interview.

Une voix. Une personnalité. Une aura. Patricia est l’une des chanteuses françaises les plus attachantes. Après son disque hommage à Edith Piaf, sorti en 2012 à l’occasion du 50e anniversaire de la mort de l’artiste, elle vient d’éditer, en fin d’année dernière, un album éponyme d’une grande qualité tant par la puissance évocatrice de son interprétation que par les chansons écrites par divers créateurs. La presse a unanimement loué la force de ce CD. Patricia Kaas a donné

Patricia Kass, dernièrement, à Paris.

un concert le mercredi 15 février, au Zénith d’Amiens. Nous l’avons rencontrée à Paris.

Vos derniers albums remontent à combien de temps ?

J’ai fait deux albums après Sexe fort, sorti en 2003 : Kabaret et Kaas chante Piaf. Deux disques studio. Kabaret était un album consacré aux chanteuses des années Trente, sur lequel il y avait peu de chansons inédites. Et le Kaas chante Piaf sur lequel, bien sûr, il n’y avait que des chansons de Piaf. Ca fait donc treize ans que je n’avais enregistré un album avec mes propres chansons. Quand je sors un album, je pars en tournée presque deux ans ; donc, en fait, il n’y a pas treize ans ; j’étais tout le temps sur la route, et j’ai fait plein de choses.

Ce fut le cas de la tournée autour du disque consacré à Piaf.

Oui, nous avons terminé la tournée en juin 2014. Ensuite, il me fallait un peu de temps pour faire ce nouvel album, trouver les chansons, me préparer ; il n’y avait donc pas eu grand vide. Du tout.

Après la tournée Piaf, vous auriez été victime d’un burn out, selon certains articles. Est-ce exact ?

Ce n’est pas la tournée Piaf ; cela faisait 15 ans, je ne cessais de bosser. Et à certaines périodes de ma vie, j’ai reporté certaines émotions comme le deuil de maman et de papa. On se dit qu’on est fort ; on le compense par autre chose. Le public est là pour vous donner une certaine chaleur. On se dit : « Ca va aller, ça va aller ! » Et puis, ces dix dernières années, j’avais fait une autobiographie (L’Ombre de ma voix, chez Flammarion) ; j’avais fait un télé film (Assassinée) dans lequel je jouais le rôle d’une maman qui perdait sa fille. Emotionnellement, c’était très difficile ; et puis, il y a eu Piaf… Un moment, ça a pété. J’étais épuisée physiquement et psychiquement. Tout cela était beau mais je ne savais pas trop où j’en étais. Il y avait une belle enveloppe, mais à l’intérieur, qu’y avait-il ? Très vite, je me suis fait aider ; je suis quelqu’un qui est dans la construction. Ca a été mieux. Et aujourd’hui, j’ai un nouvel état d’esprit… Les années passent ; je ne me pose plus les mêmes questions. Je me dis : « Qu’as-tu à prouver ? Tu es là depuis 30 ans. » Les gens me suivent. Je sais qu’une chanson ou un album marquent ; mais je me dis aussi que le personnage que je suis doit marquer également. Ca me met donc en confiance. J’ai beaucoup fui dans la vie. Là, en tout cas, aujourd’hui je me suis rattrapée ; et aujourd’hui, tout va bien.

Pourquoi un album éponyme ? Pourquoi ne pas l’avoir nommé ?

Au début, je voulais l’appeler Polyloves car ce disque parle d’amours différentes. Mais quand on reçoit des chansons qui parlent d’inceste ou de femmes battues, on ne parle plus de la même chose. Ensuite, je voulais l’appeler La langue que je parle, mais comme mes albums sortent aussi dans des pays étrangers, ce n’était pas évident. L’album ressemble à la femme que je suis aujourd’hui ; tout cela se reflète dans le choix des chansons, dans ma façon de chanter, de parler, etc. Je me suis dit : « Voilà, ce disque, c’est Patricia Kaas. » De plus, je n’avais jamais eu d’album à mon nom. Voilà la raison.

Vous disiez que vous étiez une nouvelle femme. En quoi ?

En général, je me sens beaucoup mieux avec moi-même.

Amoureuse, peut-être ?

Non, pas forcément, mais amoureuse de la vie, de ma passion. Au début quand je faisais des spectacles, et que je me disais : « Tiens, je voudrais chanter là ou là… » Il y avait toujours un truc qui me faisait comprendre que c’était compliqué. Ou qu’on ne gagnait pas d’argent en allant là. Donc, je me suis mise à produire mes tournées. Ensuite, j’ai produit mes albums. Tu deviens donc « une femme d’affaires ». Je me suis débarrassée de tout ça. Je voulais juste monter sur scène et me dire : « C’est ça ma passion, le partage que j’aime. » Alléger toutes ces responsabilités. J’ai toujours eu une distribution dans une maison de disques, mais là, j’ai signé chez Warner, et Live Nation World pour la tournée, toujours en co-production avec Richard Walter Productions. Je me suis dit que j’avais confiance en moi, que j’avais un meilleur regard sur moi-même. Je parviens à me féliciter, à me dire : « C’est quand même génial ; regarde tout ce que tu as fait… » Je suis devenue plus positive en ce qui me concerne, ce qui, jusqu’à présent, n’était jamais le cas. Peut-être que depuis des années, je vivais à travers l’ombre de maman. Je voulais qu’elle soit fière de moi. Au bout d’un moment, je me suis dit : « J’ai tout donné. Maintenant, il est temps… » Tout à l’heure, vous me parliez du burn out, finalement, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée. Comme je suis quelqu’un qui se bat dans la vie, ça m’a beaucoup aidé.

La presse est unanime pour dire que votre dernier album est de grande qualité. Comment a-t-il été conçu ? Quand ? Avec qui ? Où ?

Le fait d’être dans une maison de disque, il y a un directeur artistique, avec qui j’ai passé beaucoup de temps à discuter. On a écouté, ensemble, beaucoup de musiques. Ce n’est pas évident : il y a ce qui vous va, ce qu’on attend de vous. Et ce que vous écoutez, vous. Et faire un mélange de tout ça, ce n’est pas évident. Ce que je voulais surtout, c’était de choisir les chansons sans savoir qui étaient les auteurs-compositeurs. Je ne voulais pas être influencée. Je ne voulais pas avoir peur de me dire : « Comment on va dire pouvoir dire non à cet artiste ? ». Il y a eu, bien sûr, des auteurs que j’ai rencontrés, avec qui on a papoté, qui m’ont écrit la langue que je parle. J’avais envie de travailler avec Arno qui m’a écrit « Marre de mon amant ». Cela faisait dix ans que je lui demandais, il me disait toujours : « Je ne sais pas, je ne sais pas… ». Et puis, là, enfin, il nous a fait cette chanson.

Aurélie Saada, de Brigitte, a également écrit pour vous.

Oui, elle a fait un texte co-écrit avec  Pierre Jouishomme.

Vous vous êtes rencontrées, Aurélie Saada et vous ?

Non, nous n’avons pas eu l’occasion. C’est la chanson « Madame tout le monde », qui est un peu un pont entre la Patricia que les gens connaissent, et qui vous amène à la femme que je suis aujourd’hui, avec un autre état d’esprit. Au départ, je n’étais pas à 100% avec le texte… C’est ça aussi construire un album ; j’ai des textes que j’aimais mais les musiques je ne les aimais pas alors on a fait une, deux ou trois nouvelles compositions. Ou le contraire. On avait de superbes musiques mais les textes, j’accrochais moins. « Madame tout le monde », contenait une légèreté qu’au début je ne sentais pas. J’avais pensé à Ben Mazué au début. Ensuite, le directeur artistique, m’a demandé ce que je pensais d’Aurélie. J’aime bien Brigitte ; c’est premier degré et sensuel en même temps. C’est aussi aguichant. Elle a donc commencé à écrire ce texte. Je l’ai juste croisé une fois car, avant Brigitte, elle travaillait un peu avec mon manager.

D’autres chansons sont plus graves, comme « Le jour et l’heure » qui évoque les attentats. De qui est-elle et quelle est sa genèse ?

C’est Rémi Lacroix qui a écrit la musique. Et le texte est de David Verlant. Je l’ai reçue ; j’ai tout de suite aimé, mais bizarrement, j’ai compris que ce sentiment de bascule je l’avais aussi ressenti dans des choses plus personnelles. La chanson était vraiment écrite par rapport aux attentats. Je l’ai faite un peu changer pour qu’elle ne soit pas uniquement sur les attentats. Je lui ai dit : « Moi tu sais, quand j’ai appris que j’avais perdu mon frère, je me souviens exactement où j’étais. Ce que je faisais. Mon papa, oui… j’étais tout de même assez présente. » On est marqué par les moments difficiles. Je suis incapable de vous dire où j’étais et ce que je faisais quand j’ai appris une bonne nouvelle. J’ai donc voulu que cette chanson parle des attentats mais aussi quelque chose de plus proche. Je voulais que cet album me ressemble.

Votre chanson « La maison en bord de mer » traite d’un thème grave : l’inceste. Pourquoi ce thème ? Est-ce vous qui l’avez sollicitée ?

Je suis arrivée dans le bureau de Bertrand Lamblot, mon directeur artistique. Il m’a dit : « Je sais que tu as un esprit ouvert, tu ne veux pas de barrières. J’ai eu cette chanson pour toi ; je ne sais pas si je dois te la faire écouter ou pas. » J’ai voulu l’écouter. Il m’a dit : « Ca parle de l’inceste. » J’ai écoutée, et je l’ai tout de suite voulue pour l’album. Je lui ai dit : « C’est fini les barrières. Quand tu vas voir un film, tu es touché, ou tu n’es pas touché. » Quand j’ai entendu cette chanson, je me suis dit : « C’est incroyable ! ». Ensuite, j’ai rencontré quelqu’un d’une association. C’est quand même fou qu’il y ait silence autour de sujets aussi importants… Est-ce une timidité ou une arrogance de se dire : « Ca, ça reste en famille. On n’en parle pas. » C’est incroyable en 2017 !… Je trouve que ces deux dernières années, sur ces questions, on fait chemin arrière. On recule. Je ne suis pas une artiste engagée  (en tout cas pas encore ; il ne faut jamais dire jamais…); je ne tape pas sur la table en disant : « Il faut faire quelque chose ! » Mais je suis engagée émotionnellement ; il faut dire que ça existe, qu’on en a tous conscience, que c’est là beaucoup plus que ce qu’on pense.

La chanson « Le Refuge » est dédiée aux jeunes homosexuels. Pourquoi cette chanson ?

Ca, c’était une envie. « Le Refuge », c’est le nom d’une association. Il y a beaucoup de choses avec lequel on embête les homosexuels, le mariage, etc. En fait, qui ça gêne ? J’ai connu cette association par l’intermédiaire de la chanteuse Jenifer. Je ne parvenais pas à croire qu’il existait une association, « Le Refuge » qui accueille les homosexuels rejetés par leurs familles. Je me disais : « On rejette encore ses enfants parce qu’un homme aime un homme ou une femme aime une femme. » Je n’en revenais pas. J’ai demandé à Pierre-Dominique Burgaud – qui m’avait déjà donné « La langue que je parle » -, de m’écrire une chanson là-dessus. On a discuté ; il a carrément pris le nom de l’association. L’association est très contente. Ils l’ont mise sur leur site accompagnée d’une petite vidéo. De plus, je suis concernée indirectement dans le sens où dans ma famille, il y a des homos ; et dans mon public, il y a plein d’homos.

Et Arno, vous vous étiez rencontrés ?

On s’était rencontrés plusieurs fois. J’étais allée le voir en concert. C’est un personnage ; il est rock. Et en même temps, il est hyper timide. Il est drôle. Quand on s’était rencontré, il avait peur. La première fois que nous nous sommes vus pour parler chansons, c’était, je crois, il y a plus de dix ans. On s’était donc rencontré et il prenait un verre, un deuxième verre, un troisième verre… Il me disait qu’il ne savait pas écrire pour les autres. Je lui disais : « Ne pense pas à écrire pour quelqu’un ; écris pour toi. » Et ça ne c’était pas fait. Je crois que c’est la première fois qu’il écrit pour quelqu’un. Là, je l’ai bousculé un petit peu, et est arrivée la chanson « Marre de mon amant », qui est géniale. Je ne l’ai pas dirigée, car je ne voulais pas ; c’est un peu « Mon mec à moi » d’aujourd’hui. « Mon mec à moi » c’était plus l’adolescente. Là, je dis, après ces années : « Tu peux toujours parler… marre de mon avant. » Voilà. Il y a aussi un côté provocant dans « Marre de mon amant ». Il y a des allusions sexuelles. Et j’aime ça, chez Arno. Il m’a appelé, très timidement pour me dire : « C’est bien ce que tu as fait avec la chanson. »  Autre belle rencontre, c’est Ben Mazué. « Adèle », quelle belle chanson ! J’avais rencontré Ben car il avait fait le texte de « Sans nous ». J’aimais bien ; on a déjeuné ensemble et même pas 48 heures plus tard, est arrivée « Adèle ». L’atmosphère de cette chanson est due aux arrangements. Il y a ce chanteur guitariste anglais qui s’appelle Fink, que j’adore ; je l’avais moi-même contacté par Facebook. Je me disais qu’il n’allait jamais répondre ; et il a répondu. Je lui ai dit que mon rêve serait de faire un album ; il m’a dit : « Faisons-le ! » On était déjà en train d’enregistrer ; il a fait quatre chansons.

Vous êtes issue d’un milieu modeste. Vous venez de Moselle qui a trinqué en matière sociale. Les politiques ne lui ont pas fait de cadeaux. Quel regard portez-vous sur tout ça ?

Politiquement, je n’ai pas trop de point de vue. Economiquement, un peu plus parce que dans ma famille, il y a des mineurs ; je ne suis pas sur place, c’est difficile. Avant, déjà, les mines fermaient ; et là-bas, c’est ça, les mines ; il n’y a pas d’autre travail. C’est effectivement une région qui a un problème par rapport à l’emploi.

Avec quelle formation serez-vous à Amiens, sur scène ?

Aujourd’hui, j’en sais un peu plus car on a fait cinq concerts. On a commencé la tournée. Il y a cinq musiciens (batterie, basse-contrebasse, clavier, guitare-violon, clavier-guitare). Les arrangements ont été faits par Frédéric Elbert. Supers arrangements, sans bousculer les anciens arrangements, mais en leur donnant un petit coup de dynamique. Beaucoup de chansons lentes. Et des pics qui donnent une certaine énergie. Kabaret et Piaf, c’était plus un spectacle ; là, c’est plus un concert. J’enchaîne des chansons anciennes et des nouvelles auxquelles j’ai envie de donner vie car c’est ça aussi : les faire découvrir, les emmener avec moi pour la première fois. J’ai dessiné les décors car j’aime bien faire ça. C’est un peu élégant, un peu chic. Je recherche le, positionnement des musiciens ; il y a aussi une grosse ampoule très spéciale sur scène. Et un lustre très moderne. En même temps, je veux que ce décor soit un peu roots. Mais avec une certaine élégance ; j’ai toujours aimé ce côté fille, femme. Voilà. Après il faut que ça se simplifie. Sinon, ça fait trop construit. C’est pour ça aussi qu’on fait des dates de rodage. Car quand on fait des répétitions dans une salle vide, la réaction du public, on ne la connaît pas. Quand on se retrouve devant le public, on comprend si l’enchaînement des chansons est bon. Depuis, on a changé deux ou trois chansons de place. Je crois que c’est un spectacle qui est dynamique et dans l’émotion aussi. Je crois que les gens me redécouvrent à nouveau car en faisant des spectacles comme Kabaret et Piaf, ce n’est pas que les gens m’avaient perdue, mais j’étais allée ailleurs. Ils sont contents car ils me retrouvent avec, en plus, des années d’expérience. Les gens me disent : « Tu chantes mieux que jamais ! » Il vaut mieux que ça aille dans ce sens-là.

                                               Propos recueillis par

                                              PHILIPPE LACOCHE

Lambert Wilson et Yves Montand : la même tessiture pour le même goût des mots

      Le comédien  donnera son spectacle « Lambert Wilson chante Yves Montand », le jeudi 15 décembre, à la Maison de la culture.

Il n’imite jamais ; il reste lui-même. Lambert Wilson possède assez de métier pour ne pas tomber dans les écueils du genre. Les chansons de Montand, il les passe au filtre de sa sensibilité. Lambert Montand ? Yves Wilson ? On  n’est pas loin de ça tant les expressions de ces deux artistes sont proches. On les sent en connivence. Et c’est très bien. Lambert explique sa démarche.

Lambert Wilson, comment avez-vous rencontré l’œuvre d’Yves Montand ? Par quelles chansons ? A quels endroits ? Quand ?

Tout a commencé en 1990. J’étais au cours de mon premier spectacle de tour de chant qui s’intitulait Lambert Wilson chante (de façon assez prétentieuse, du reste ; mais peu importe !). De Montand, j’ai chanté « Les feuilles mortes », « Trois petites notes de musique », etc. En 1997, toujours avec mon camarade Bruno Fontaine, on a fait un spectacle sur la chanson dans le cinéma. Là, nous avions fait d’autres titres de Montand, dont « Amour, mon cher amour », etc. En fait, je me trouvais très bien dans ces chansons, notamment au niveau de la tessiture. (On a exactement la même.) Il y a aussi un goût commun pour les mots et la poésie qu’on peut dire. Lui et moi, nous sommes amoureux des auteurs, des mots, de la poésie. Lui pouvait ne faire que réciter « Barbara », de Prévert, ou la chanter. C’est un endroit où l’on se trouve à mi-chemin entre le jeu et la musique ; c’est-à-dire le lyrisme des mots finalement. Je n’ai pas pensé an terme de tour de chant au départ. L’idée, c’est comme si j’avais vu une photo noir et blanc (avec poursuite) de lui de dos ; lui sur scène. Une affiche, un peu. Je me suis dit  qu’il y avait là une idée, un personnage derrière lequel je pourrais me planquer afin de faire un spectacle théâtral en musique. J’insiste sur le côté théâtral ; je ne voulais pas seulement faire un tour de chant. Je voulais me servir de ce personnage pour le raconter. Ne pas du tout l’imiter mais raconter sa vie par son répertoire. Il se trouve que j’avais mis ça un peu de côté. J’avais rencontré Carole Amiel, sa veuve ; elle m’avait donné sa bénédiction. Mais mes activités dans le cinéma m’avaient happé. Et voilà… Entre temps, les gens de Sony m’ont contacté ; ils m’ont proposé de faire le disque. J’ai dit oui ; on a foncé. Ca a été un petit détour pour arriver jusqu’à Montand. Ce que j’avais alors en tête, c’est ce que je propose maintenant. C’est-à-dire une évocation de Montand comme un acteur qui se raconte. C’est pour cela que je voulais absolument un metteur en scène de théâtre. En l’occurrence il s’agit du directeur du Théâtre national populaire de Villeurbanne (Christian Schiaretti) ; j’ai eu du nez car c’est un artiste qui défend les couleurs du TNP dans son Histoire. Il a fait une salle de répétition Georges-Wilson (mon père) à Villeurbanne. Il a su trouver la connexion entre l’histoire du TNP et Montand qui a chanté pour Vilar, en 1952, à Gennevilliers, en même temps que Gérard Philipe jouait Le Cid.  Il y avait un engagement partagé, un engagement politique clair, très prolétaire ; et ça, ça plaît beaucoup à Christian. Christian m’a aidé à faire le lien grâce à des textes de

L’excellent Lambert Wilson.

Semprun, le grand ami de Montand, qui a écrit des choses magnifiques sur lui, sur son passé ouvrier, sur les grandes rencontres de sa vie (Simone Signoret, Piaf, Marylin, etc.). Sur son engagement politique. Sur sa gloire aussi. A son rayonnement quand les gens sont suspendus à ses lèvres. Son rêve de l’Amérique ; son rêve de fils d’émigré qui eût pu aller en Amérique. C’est toute cette courbe que Semprun évoque. Moi, je dis ces textes entre les chansons.

Une sorte de fil rouge narratif ?

Exactement. C’est ça la différence avec un tour de chant traditionnel. On peut jouer sur les mots : bien sûr que c’est un tour de chant. Je chante trente chansons… ca nous permet de couvrir un panorama très large, qui est le sien. Ca va de chose très évocatrices des années 40 (« Battling Joe » », « Luna Park »…) à des choses très épurées de Prévert (« Les feuilles mortes », « Barbara »…). Et des choses plus engagées comme « Casse-tête », d’après un poème de Gébé, de Charlie-Hebdo, qui avait écrit ce poème sur les violences policières. Mais aussi des chansons comme « Le chant de Partisans », ou encore « Le temps des cerises ».

Est-ce que vous l’avez réellement rencontré ou pas du tout ?

Pas du tout. En revanche, quand j’étais très jeune, j’avais fait un film avec Catherine Allégret qui avait organisé quelque chose. Elle m’avait raconté son effort, son retour d’Amérique. Rencontrer à nouveau l’Amérique, aller chanter à New York où il avait été célébré, ça m’avait plu. Il avait ça en lui ; il fallait qu’il refasse de la musique. C’était mon seul contact avec lui.

Qu’est-ce qui vous fascine en lui ? Le chanteur ? Le comédien ?

C’est son désir d’auto construction. C’est un peu ça qu’on raconte ; c’est l’émigré. Ce n’est pas simplement une nécessité d’adaptation ; c’est un désir de dépassement par la langue française qui est sublimé. C’est ça qui me fascine le plus ; son ambition de vivre le rêve du père, qui est le rêve de l’Amérique. Un truc qui le pousse au cul… Je suis très fasciné par le chanteur, et tout particulièrement le chanteur au milieu de sa carrière, c’est-à-dire les années 60. Là où il est le plus épuré. Je respecte énormément l’acteur qui a une présence incontestable. Dans mon inconscient, je suis très attiré par la fin des années 50 et le début des années 60.

La période compagnon de route du Parti communiste. Période que votre père avait également connue.

Exactement ; c’est là que l’on rejoint l’histoire du TNP. Dans l’après-guerre, il y a un désir d’héroïsme. C’est toute une génération de gens qui ont beaucoup souffert, et de la pauvreté, et de la guerre. Et cette énergie-là me fascine. Ce désir d’héroïsme s’exprime dans le choix des textes. Ce qui me fascine aussi chez Montand, c’est que ce n’est pas une œuvre ni écrite, ni composée. Ce sont ses choix ; il a laissé un ouvrage de choix. Il a marqué au fer rouge des chansons qui sont définitivement associées à lui : « Les feuilles mortes », par exemple. Il est difficile de ne pas penser à Montand quand on écoute cette chanson, même si elle a été chantée dans le monde entier.

Vous chanterez à la maison de la culture d’Amiens le jeudi 15 décembre. Avec quelle formation serez-vous sur scène ?

Bruno Fontaine a réarrangé une deuxième fois. Il aura certains titres en commun avec le disque, mais il a tout de même réarrangé… Il y aura – lui compris- six musiciens. Ce sont des musiciens qui sont aussi à l’aise dans un son classique que dans un style jazz.

Ce ne sera donc pas l’orchestre symphonique qui vous accompagnait et que l’on voit sur certaines vidéos?

Non, ce sera encore autre chose. A un trio jazz (piano, basse, batterie), il a ajouté un violoncelle, un clarinettiste (qui joue toutes les clarinettes) et un instrument inattendu : le cor (et aussi du bugle). C’est vraiment génial. C’est donc un ensemble extrêmement polymorphe dans le son. Parfois, c’est vraiment jazz des années 50, de club ; parfois, on est dans un classique plus épuré (pour « Barbara », pour « Les feuilles mortes »). Dans un son de sonates. La difficulté fut de trouver des musiciens qui étaient souples pour passer d’un style à un autre. Par exemple, le batteur est également percussionniste chez Boulez… Tous ces musiciens sont très polyvalents.

Comment s’est faite la rencontre avec Bruno Fontaine ?

On s’était rencontré car je souhaitais faire un tour de chant ; ce fut une évidence immédiate. C’est très difficile de passer des mains de Bruno Fontaine à celles d’un autre pianiste. Il est aussi à l’aise dans le classique que dans le jazz. Il est plus qu’un accompagnateur ; c’est quelqu’un avec qui on respire.

Vous êtes en totalement connivence.

Oui, c’est fou ! Si nous faisions juste piano voix, nous pourrions ne pas répéter, tellement on se connaît, tellement il connaît la moindre de mes respirations. Artistiquement et humainement, c’est une chance pour nous qu’on se soit trouvés.

Quelles sont vos deux ou trois chansons préférées de Montand ?

J’ai une tendresse particulière pour « Les feuilles mortes » car cela me rappelle des moments-clé de ma vie ; des moments graves, heureux. Ou même très graves. Il y a aussi des chansons de Francis Lemarque qui sont merveilleuses. Bien entendu « A Paris », chanson merveilleuse, difficile à chanter. Et une autre chanson de Francis Lemarque qui s’appelle « Toi, tu ne ressembles à personne ».

Avez d’autres points communs avec Yves Montand en dehors de la tessiture ?

Oui, je pense que nous avons la même utilisation du corps sur scène ; mais attention ; je ne l’imite pas. Je n’ai pas voulu regarder les vidéos. La joie de vivre du corps également. On est à mi-chemin entre la revue, le danseur… c’est une sorte de liberté ; un goût de s’exprimer à travers le corps ; oui, nous avons ça en commun.

Quels sont vos projets ?

Il y a trois films qui vont sortir. Le premier, une comédie, que j’ai tournée avec Juliette Binoche et Camille Pottin; ça s’appelle Telle mère, telle fille. Ca sortira en mars. C’est un film de Noémie Saglio. Ensuite, le 5 avril, je serai dans le film Corporate, un film sur le monde du travail. C’est un film de Nicolas Silhol. Je joue le rôle d’un DRH épouvantable. Et je viens de terminer, en Belgique, le film du romancier Marc Dugain ; il a adapté le livre de Chantal Thomas  qui s’appelle L’échange des princesses, magnifique film d’époque où je joue le roi d’Espagne, Philippe V, le petit-fils de Louis XIV. C’est un film avec Olivier Gourmet.

                                      Propos recueillis par

                                      PHILIPPE LACOCHE

 

 

 

 

Dame Felicity Lott aime « le champagne » de la langue française

 

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La grande chanteuse soprano anglaise, très francophile, sera en concert au festival de Saint-Riquier, ce soir, jeudi.

Elle adore la France et ne s’en cache pas. Elle chante avec délicatesse et un immense talent les plus grands compositeurs français sur les scènes des plus grands opéras. Une très grande dame au charme indéniable.  Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Enfant et adolescente, vous avez appris le piano et le violon. Finalement, vous avez opté pour le chant, à l’âge de 12 ans. Pourquoi ?

J’ai toujours chanté, bien avant de commencer à jouer du piano. A l’âge de deux ans, j’ai enregistré et gravé un petit disque avec deux chants de Noël que j’ai offert à ma grand-mère. C’est ma mère qui m’avait emmenée dans un studio de Cheltenham où je suis née. Je possède toujours ce petit disque en vinyle. Il comprenait deux chansons dont « Away in a manger ».

On dit de vous que vous êtes « la plus francophone des sopranos britanniques ». Qu’est-ce qui vous attire tant dans notre pays ?

Tout m’attire dans votre pays. La langue française d’abord. Et puis j’ai visité le pays quand j’avais 12 ans. Lens d’abord car j’ai une cousine qui habite dans le Pas-de-Calais. Ensuite je suis allée à Annecy car Cheltenham est jumelée avec cette ville. Il s’agissait d’un échange. J’avais 15 ans. J’apprécie aussi la culture, la poésie et la musique française je ne connais pas encore à ce moment-là. J’ai également été assistante d’anglais dans le lycée mixte de Voiron, près de Grenoble où j’ai suivi des  cours avec un très bon professeur de chant, ce qui a changé ma vie. J’avais 21 ans. Mes 21 ans, je les ai fêtés à Voiron.

Grenoble, était-ce par hasard ou pour Stendhal ? Et avez-vous aimé cette ville ?

A ce moment-là, j’étais Voiron. Je suis allée à Grenoble pour mes cours de chant. J’ai même chanté dans le chœur du Conservatoire pour l’ouverture des Jeux Olympiques, en 1968. J’ai toujours l’hymne olympique, chez moi,  dans tiroir. En fait, c’est la montagne que j’aimais. C’était tout nouveau pour moi, tout ça…

Vous avez interprété notamment Haendel, Mozart, Strauss, Offenbach, Gounod, Reynaldo Hahn, Fauré, Chausson, etc. Lequel préférez-vous et pourquoi ?

Impossible à dire ; ça fait partie du charme de la vie : pouvoir apprécier tous ces compositeurs, et interpréter des choses aussi différentes. La seule chose qui les rassemble c’est l’importance qu’ils attachent à la parole. Le livret est important pour moi. J’ai commencé par Mozart,  puis Strauss… dans l’œuvre de Strauss on se demande si c’est le texte est plus important que la musique. Ou l’inverse. C’est l’ensemble qui créé la magie ; quand le compositeur met en musique, c’est ça qui bouleverse. J’adore la poésie française : Victor Hugo, Vigny, Verlaine, Apollinaire, Eluard. J’ai découvert de nombreux poètes grâce à la musique.

Votre accompagnateur préféré au piano est Graham Johnson. Parlez-moi de lui, s’il vous plaît.

Nous nous sommes rencontrés quand nous étions étudiants à la Royal Academy of  music, à Londres ; il est extraordinaire. C’est  une encyclopédie vivante incroyable ! Il possède une très grande culture. C’est un autodidacte. Il est né en Rhodésie; il est venu en Angleterre quand il avait 17 ans ; il est curieux de tout. De la littérature aussi. Il aime beaucoup la musique française (il a écrit un livre sur Fauré). Par ailleurs, il a écrit  trois tomes immenses sur les lieder de Franz Schubert. Il aime également  la poésie allemande. Il a fait de très nombreux récitals.

En 1996, vous avez été anoblie par la reine du Royaume-Uni. Qu’avez-vous ressenti ?

Je pense que j’étais très fière ; c’est le prince Charles qui présidait la cérémonie. Cette distinction, c’est un peu comme la Légion d’honneur. Un remerciement de l’état ; oui, j’étais très fière mais ma maman encore plus…

Vous êtes née à Cheltenham, cinq ans après Brian Jones, fondateur des Stones. L’avez-vous connu ou croisé ?

J’étais en classe avec sa sœur, Barbara, un peu plus jeune que moi. A cette époque, j’étais très studieuse ; je chantais dans le choeur de l’église. Et je dois avouer que j’étais plus Beatles que Rolling Stones.

Vous avez souvent défendu l’opérette, genre trop sous-estimé. Pouvez-vous m’en parler ?

C’est en faisant La Belle Hélène que j’avais vraiment découvert l’opérette ; avant j’avais fait La Veuve joyeuse. Ces musiques apportent le sourire. Je viens de lire un article à Offenbach ; l’auteur disait qu’il n’appréciait pas. C’est dommage pour lui. Je trouve que les traductions des textes des opérettes françaises font perdre le « champagne » de la langue.

En dehors de la musique classique, l’opérette et l’opéra, aimez-vous d’autres musiques ?

J’aime beaucoup les quatuors, la musique du piano solo, et celle des grands orchestres. J’adore Serge Reggiani (je l’ai vu deux ou trois fois en concerts). Je n’ai pas encore osé reprendre ses chansons…. J’ai un peu peur… J’ai chanté une fois « L’Hymne à l’amour », d’Edith Piaf. Avec ces voix-là, c’est très difficile à faire ; Brel j’adore. J’aime sa façon de prononcer les textes…

Qu’allez-vous interpréter au Festival de Saint-Riquier.

Je viens avec des musiciens extraordinaires que j’ai rencontrés en Inde. Ensemble, nous avons fait un concert à Genève. A Saint-Riquier, nous allons interpréter une partie de la IVe symphonie, et trois lieder de Mahler ; « La chanson perpétuelle », de Chausson ; des mélodies de Hahn, et trois petits airs d’Offenbach.

Profiterez-vous de ce déplacement pour découvrir la Baie de Somme ?

Ce sera malheureusement un déplacement express. Je tourne beaucoup. La semaine dernière, j’étais à Mont-de-Marsan en compagnie de Lambert Wilson et de la pianiste Jacqueline Bourgès-Maunoury. Je serai à Paris demain (N.D.L.R. : mardi 7 juillet), puis à Saint-Sauveur-en Puisaye, à la maison de Colette.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Moulinex ou deux filles pressées

J’adore les correspondances, les faits du hasard, ces manières de jeux de la vie qui semblent faire des pieds de nez à la réalité, à la rationalité. André Breton eût aimé. Suis en voiture. Je roule dans les rues d’un Amiens ensoleillé, un matin de printemps 2015. J’écoute, sur mon autoradio, Constellation, d’Adrien Bosc, Grand prix du roman de l’Académie française 2014, lu par le comédien Bernard Gabay, grâce à un audio livre (Audiolib-éd. Stock). Je n’avais pas lu l’œuvre en son temps. Je me régale. L’histoire ? L’avion Constellation, à destination de New York, s’écrase le 28 octobre 1949, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant ; quarante-huit victimes parmi lesquelles  Marcel Cerdan

Mélanie (à gauche) et Lucie en pleine action.

Mélanie (à gauche) et Lucie en pleine action.

, boxeur émérite et amant d’Edith Piaf, Ginette Neveu, violoniste virtuose et adulée. Adrien Bosc, dans ce succulent premier roman, reconstitue avec la précision d’un entomologiste (normal : un insecte, comme un Constellation, souvent ça vole ; parfois, ça s’écrase, ou on les écrase) ces existences broyées, ces destins fracassées, ses espoirs brisés. Construction exemplaire, petite musique modianesque, style limpide et épuré, ce livre est épatant. Je me régale ; je rêve au volant de mon carrosse Peugeot 206 (250 000 km au compteur et quelques gnons). Bosc évoque Blaise Cendrars, l’un de mes écrivains et poètes préférés. Blaise y parle de son fils Rémy, tué dans un accident d’avion au Maroc. Bosc décrit Cendrars, buriné, un verre de rhum à portée de main, un mégot de gris aux lèvres. L’Homme foudroyé, Aix-en-Provence, Doisneau qui le photographie. Blaise souffre, saigne, peste contre la Bochie et ces Boches qu’il déteste. L’inspiration, peu à peu, lui revient après cette saleté de débâche… Je rêve. Mon téléphone sonne. C’est Mélanie, de la galerie Pop Up qui m’appelle. Elle doit me fournir des informations sur le duo Moulinex que j’ai vu une nuit en train de diffuser de la musique au Cappuccino, bar réjouissant de la rue des Lombards, à Amiens. Je traînais en compagnie de Carlos, un copain du journal. Devant nous, deux très jolies filles. Une blonde (Lucie, longue liane aux yeux bleus) et une brune (Mélanie, longue liane au regard d’ébène). Nous sommes sous le charme. Envie de danser… Le concept ? « On en avait marre de voir que c’était souvent des mecs qui diffusaient de la musique dans les bars. Alors on a créé Moulinex », résument-t-elles. Elles fondent leur duo de « sélection musicale » pour « faire danser les filles ». Elles diffusent de tout : disco, rockabilly, pop, électro, chanson française. De Madonna à Prince, en passant par les Stones et Lio.  Cette nuit-là, je suis rentré fort tard. Et je devais refaire mon lit. (N.A.M.L.A. : tu sais, lectrice, je ne pas très manuel). Mon angoisse : replacer la couette dans la housse. C’est bien tombé, au Cappuccino, une copine m’a indiqué la technique : il suffit d’entrer dans la housse en tenant fermement la couette. Ca a marché d’enfer. Dans des draps propres et frais, j’ai attrapé un livre au hasard. C’était L’Homme foudroyé, de Blaise Cendrars. Il était quatre heures du matin.

                                                             Dimanche 31 mai 2015.

Mireille Mathieu : authentique, gaulliste et française

             L’ambassadrice de la chanson à l’étranger donnera un concert au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, le samedi 15 novembre. Elle aime aussi Dire Stra

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l'Oise, à 20h30.

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise, à 20h30. (Photo : AFP).

its et les Pink Floyd.  Elle a répondu à nos questions.

Comment expliquez-vous que votre cote de popularité n’a jamais cessé auprès du grand public ?

Mireille Mathieu : Je viens de chanter à l’Olympia, puis en Belgique, puis à Lyon, etc., c’était extraordinaire. Un accueil superbe ! L’accueil du public vient peut-être du fait que finalement on me voit peu. Il y a aussi le fait que je suis française et fière de l’être. Je suis authentique et je suis moi-même. Il m’arrive aussi de chanter dans la langue du pays dans lequel je me produis. C’est important. J’ai même fait un florilège des chansons que j’interprète dans des langues étrangères.

Quels sont les temps forts que vous retenez de vos cinquante ans de carrière ?

Le Jeu de la chance, le 1er novembre 1965. Le fait aussi d’avoir pu chanter tout en haut de la Tour Eiffel. Il fallait des autorisations délivrées par un comité. C’était présenté par Stéphane Bern. Il y a de cela environ deux ans. Autre moment fort : ma rencontre avec Jean-Paul II. Je suis catholique. Cela m’a impressionné. Il avait une force dans les yeux, une détermination. Cette rencontre s’était effectuée dans le cadre d’une audience privée avec ma maman ; il y a de ça une dizaine d’années.

Vous êtes restée absente un certain temps de la scène. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

J’ai effectivement été absente pendant neuf ans. Aujourd’hui, je suis de retour sur scène pour fêter mon jubilé, mes cinquante ans de carrière. Pendant ces neuf ans, j’ai voyagé et chanté à travers le monde. Le public m’apprécie ; il m’aime. Une personne, à l’étranger, m’a dit qu’elle avait le français grâce à mes chansons. Cela m’a fait très plaisir. Notre langue est si belle.

Vous êtes en quelque sorte l’ambassadrice de la chanson française à l’étranger. Comment expliquez-vous ce fait ? Pourquoi vous ?

Je suis restée authentique. Je chante en français. Il existe des artistes qui font dans le genre anglo-saxon. Je ne les critique pas mais ce n’est pas mon truc. Si vous allez chanter à l’étranger, le public vous attend comme artiste français. Avant, les chanteurs interprétaient beaucoup d’adaptations anglo-saxonnes ; il y en a beaucoup moins maintenant.

Que représente la France pour vous ?

Je suis gaulliste. Avant la France était sur un piédestal ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je me demande parfois si les Français se rendent compte de notre savoir-faire. Dans l’Oural, on enseigne le français. Il y a aussi notre gastronomie, nos fromages. Je ne fais pas de politique mais, au final, on a tous quelque chose du général de Gaulle. Il avait un nom magnifique ; c’est ça, la France !

Qu’écoutez-vous ? Quels sont vos goûts musicaux ?

J’aime les Pink Floyd, Lady Gaga, Lionel Richie, Edith Piaf, la Callas, Dire Straits…

Lisez-vous et quoi ?

Je lis peu car je n’ai pas le temps. Exemple : je ne vais pas tarder à repartir chanter en Russie. Je manque de temps pour lire.

Parmi les nombreux duos que vous avez faits, quels sont ceux qui vous ont marquée ?

Ceux avec Julio Iglesias, avec Patrick Duffy, avec Paul Anka, etc. En fait, tous m’ont marquée. C’est toujours un plaisir de chanter en duo. On a des voix différentes. Une complicité s’instaure. C’est toujours gratifiant et enrichissant.

Vous serez le samedi 15 novembre au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise. Quelle formation vous accompagnera ? Et quel sera votre répertoire ?

Je serai en compagnie de mes quatorze musiciens, de mes choristes, des techniciens son, etc. J’interpréterai à la fois des anciennes chansons et des nouvelles chansons, dont celles qui figurent sur mon dernier triple CD, Une vie d’amour.

Connaissez-vous la Picardie ?

Ma mère est de Rosendaël et de Lille. Je connais plus le Nord de la France mais pas encore la Picardie.

Quels sont vos projets ?

Je prépare une chanson pour Noël pour l’Allemagne. Puis, je repartirai à Moscou. L’an prochain, j’effectuerai une grande tournée en Allemagne et en Russie.

                                                     Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

 

Son prénom, c’est Micheline

 

«Mon prénom, c’est Micheline!» Elle est donc venue, Micheline; elle a quitté son poste d’observation, la fenêtre de sa maison qui donne sur la Bresle et sur le pont qui l’enjambe (la Bresle, pas Micheline). «C’est moins le défilé que les autres années, on dirait», m’avait-elle dit quand je l’avais traversée (la Bresle) pour me rendre au restaurant la Villa des Houx, lieu des agapes du Salon du livre d’Aumale où j’étais invité. À Micheline, j’ai demandé si elle voyait passer des truites sous sa fenêtre. «La Bresle, c’est une première catégorie», fis-je, en bon pêcheur. Mais je sentais bien que les truites, ça l’intéressait moyennement, Micheline. Ce qui l’intéressait, c’était le défilé des écrivains. Les vedettes. «Il y a trop d’herbe. On ne les voit pas», fit-elle, pour me faire plaisir, avant d’embrayer sur les vedettes. Et de citer Pierre Bellemare et Charles Dumont. Après le repas, je regagnais ma table d’écrivain dédicaçant, à la droite non pas du père, mais de Charles Dumont qui signait à tour de bras, alors que j’avais péniblement signé cinq exemplaires de mon dernier roman. (Si j’avais composé «Non, je ne regrette rien» pour Édith Piaf, je n’en serais pas là.) Je m’endormais un peu, quand, soudain: «Mon prénom, c’est Micheline!».Elle était donc venue, etc. Charles mit un mot aimable sur l’une des premières pages d’un de ses livres. Puis elle est repartie dans la foule du salon. Est-elle allée acheter un livre à Pierre Bellemare? Je n’en sais rien. Pierre, j’avais vue sur son dos, large, puissant, sur son cou, large, puissant, comme les eaux de Bresle, l’hiver. Toujours penché sur ses livres qu’il signait, lui aussi, à tour de bras. Jean-Jacques Blanger doit l’admirer, Charles Dumont. Il avait fait le forcing pour me remettre en mains propres un cd de ses œuvres. «Je suis chanteur. Chanson française des années cinquante», m’avait-il dit. Il m’a remis son disque. J’ai écouté. Et c’est très bon. Des chansons à l’ancienne, bien interprétées, bien arrangées. Blanger a joué dans les cabarets parisiens pendant des années. Pierre Barouh et Bernard Dimey lui ont écrit des chansons. Il reprend également des chansons de Ferrat. Il y a quelque temps, il est revenu habiter Airaines, sa ville d’origine. «Ce n’est pas évident de trouver des concerts en Picardie», m’a-t-il. Organisateurs, contactez-le: 03 22 92 43 25 ou 06 12 39 03

Jean-Jacques Blanger, chanteur, Amiens. Septembre 2013.

50.

Dimanche 3 octobre 2013