Les coups de coeur du marquis

CHANSON POP

Les belles mélodies de Dominique Py

Belles mélodies, arrangements vifs, précis, naturels, sans électro, musiciens efficaces, très seventies, Dominique Py a plus d’une corde à son arc. Et pour faire court, son mini-album Tout est ici se révèle fichtrement séduisant. Auteur compositeur-interprète d’origine bordelaise, Dominique Py partage son temps entre Paris et l’Abbevillois. Débarqué à Paris en 1986, il eut la chance, «du débutant», sourit-il, de signer chez Polydor et de sortir un succès, «Stéphane «(1989) et que l’on retrouve sur le présent disque. Les textes, simples, évidents, fraternels mais jamais mièvres, ne manquent pas de charme. Ses musiques, manière de chanson pop-folk très années 1970, non plus. Un artiste qu’il faut découvrir au plus vite. (Il sera en concert le jeudi 30 juin, à 20h30, à l’Espace Saint-André, à Abbeville.)

PHILIPPE LACOCHE

Tout est ici, Dominique Py. MyMajorcompany-Editions Chris Music. CD 6 titres. (Contacts: dpy@free.fr; HTTP://dominiquepy.com)

 

AUDIO LIVRE

Vernon Subutex, le retour

«C’est une Albertine Sarrazin qui ne serait pas morte à 30 ans sur une table d’opération, une Françoise Sagan en parka…» dit d’elle l’inimitable Patrick Besson. Il a raison. Virginie Despentes ne manque ni de style, ni d’audace, ni de panache. Son style sonne rock’n’roll dans le bon sens du terme. Toujours Besson: «Elle écrit un français rude qui reste classique; c’est la belle langue de l’école de la rue.» Le second volet de son Vernon Subutex sort en audio livre. Ne manquez pas cette belle occasion d‘écouter ce bel écrivain. Ph.L.

 

Vernon Subutex 2, Virginie Despentes. Texte lu par Jacques Frantz. audiolib.

 

POéSIE

Retrouver Jean Colin d’Amiens

Après avoir remis en lumière le poète Maurice Blanchard, de Montdidier, l’excellent Vincent Guillier, écrivain, œuvre pour faire redécouvrir un jeune peintre amiénois méconnu : Jean Colin d’Amiens. Il y a peu, il lui consacrait un subtil essai, Jean Colin d’Amiens ou le jeune homme et la mort (Encrage éditions). Décédé en 1959 de la maladie de Charcot à l’âge de 32 ans, Jean Colin laisse derrière lui une œuvre picturale émouvante, inspirée, forte, condensée en deux cents tableaux. Mais aussi des textes. Ce sont quelques-uns de ceux-ci que Vincent a choisi d’éditer sous le titre Poèmes retrouvés. On y découvre les mêmes thèmes qui hantent ses toiles : la ville, la brume, la pluie, la mort. Mais aussi un secret espoir assez mystique et apaisant. «Les cheminées fument/ Les toits dorment/ Et brillent de pluie/ Et le ciel d’un gris sale/ Et je rêve.» Beau comme du Perros.   Ph.L.

 

Poèmes retrouvés, Jean Colin d’Amiens. Avec une gravure de Dominique Scaglia. Éditions des Voix de Garages (16, rue de Cachy, 80000 Amiens; http://voix-garages.fr)

 

LIVRE ALBUM

Chez Coluche

Le 19 juin 2016, ce sera le 30e anniversaire de la disparition de Coluche. Jean-Claude Lamy (journaliste et écrivain, Goncourt de la biographie pour Prévert, les frères amis) et Philippe Lorin (peintre, illustrateur et dessinateur) lui rendent hommage dans un livre album de belle qualité. Créateur des Restaurants du cœur, clown gén

Virginie Despentes : une écriture crue, brute; celle de la rue et du rock'n'roll. Lu par le talentueux Jacques Frantz, son Vernon Subutex II reste dans votre crâne. J'adore!

Virginie Despentes : une écriture crue, brute; celle de la rue et du rock’n’roll. Lu par le talentueux Jacques Frantz, son Vernon Subutex II reste dans votre crâne. J’adore!

ial, «toujours grossier, jamais vulgaire», comme il se plaisait à le dire, Coluche appartient à la légende des comiques.

Chez Coluche, Histoire d’un mec inoubliable, Jean-Claude Lamy et Philippe Lorin; éditions du Rocher; 118 p.; 20,90 €.

 On ne se quitte jamais tout à fait

       Certaines semaines sont légères comme du tulle, peu encombrées; d’autres sont chargées comme la langue d’un hépatique. Ce fut le cas de ces deux dernières. Faut-il s’en réjouir ? Avec l’âge, courir me fatigue. J’ai envie de prendre mon temps alors qu’il faudrait, au contraire, se presser, tout voir, tout entendre, tout aimer, tout manger, tout boire car ce fichu temps se raccourcit. Je suis vraiment un drôle d’animal, lectrice. J’ai donc couru à la Comédie de Picardie où m’attendait Lys, enturbannée comme une Indienne blonde aux yeux azurins. Les poètes Sam Savreux et Vincent Guillier, procédaient à des lectures de poèmes, dont un long texte inédit de Pierre Garnier (il sera édité aux éditions des Voix de Garages, fondées par Vincent Guillier). Des œuvres graphiques de Dominique Scaglia étaient exposées. Quelques jours plus tard, je suis allé, de nouveau, à la Comédie de Picardie pour la présentation de la saison 2015-2016 par Nicolas Auvray, Pascal Fauve et Jean-Jacques Thomas. De très beaux spectacles en perspectives qui donnent envie : Née sous Giscard, de et avec Camille Chamoux (en miss avec sublime maillot de bain bleu ciel, Le Chat, de Georges Simenon (avec Myriam Boyer et Jean Beguigui), Le Roi Lear, de Shakespeare (avec Michel Aumont), Les affaires sont les affaires, d’Octave Mirbeau, etc. J’étais heureux, au cocktail, de retrouver mon vieux copain Jean-Jacques Thomas que j’ai connu, au début des années quatre-vingt ; nous étions tous deux journalistes à L’Aisne Nouvelle où nous étions parvenus à déclencher une grève pour soutenir notre rédacteur en chef d’alors : Guy Volmerange. Souvenirs, souvenirs, tandis que Nicolas Auvray et René Anger souriaient en nous entendant parler comme deux anciens combattants. Sinon, suis beaucoup allé au cinéma. Au Gaumont, j’ai adoré La  Vallée de l’amour, de Guillaume Nicloux. Isabelle Huppert et Gérard Depardieu sont vraiment deux comédiens exceptionnels ; le film repose sur eux. Entre leurs vraies vies, leurs regrets, leurs remords, et la fiction. Au cinéma Orson-Welles, j’ai découvert Contes italiens, de Paolo et Vittorio Taviani. Nous sommes à Florence, au XIVe siècle, en pleine épidémie de peste. (N.A.M.L.A. : «Il embrasse un pestiféré et attrape la lèpre » ; non, on ne va pas recommencer.) De très jeunes personnes, belles comme des aubes nouvelles, se réfugient à la campagne pour ne se raconter que des histoires d’amour. La fiction comme remède aux inquiétudes ? Magnifiquement filmé. Au Ciné Saint-L

Boris, du Ciné Saint-Leu, dans le RER; on vient de se retrouver parmi la foule sur le quai du RER, après que nous fûmes quittés, cinq minutes plus tôt, sur le quai de la Gare du Nord. Il ne nous restait plus qu'à prolonger nos conversations cinéphiles et littéraires jusqu'à la station Châtelet.

Boris, du Ciné Saint-Leu, dans le RER; on vient de se retrouver parmi la foule sur le quai du RER, après que nous fûmes quittés, cinq minutes plus tôt, sur le quai de la Gare du Nord. Il ne nous restait plus qu’à prolonger nos conversations cinéphiles et littéraires jusqu’à la station Châtelet.

eu, j’ai été ému par Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, présente dans la salle. En Turquie, cinq sœurs que des traditions féodales veulent soumettre, tentent de se révolter. Le matin-même, j’avais fait le trajet dans le train de Paris en compagnie de Boris, du Ciné Saint-leu ; il m’avait chaudement recommandé l’œuvre. Il avait raison. Nous nous sommes dit au revoir sur le quai. Et, cinq minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés dans la foule sur le quai du RER. Hasard inouï, une fois de plus. Nous avons pu reprendre nos discussions cinéphiles et littéraires…

                                                           Dimanche 28 juin 2015

 

Sous le vernis du marquis

                            

Le peintre Alain Mongrenier (à droite) et Christian Manable qui vient d'être élu sénateur.

Le peintre Alain Mongrenier (à droite) et Christian Manable qui vient d’être élu sénateur.

          Deux vernissages.  Deux bons moments. Le premier eut pour cadre la galerie Pop Up, 8 rue des Lombards, à Amiens, un nouveau lieu dont on parle beaucoup; je m’étais promis d’y aller faire un tour. L’occasion m’en fut donnée avec le lancement du livre Le Tombeau de Jules Renard, 77 haïkus, du poète Pierre Ivar, dit  Ivar Ch’Vavar, publié aux éditions des Voix de Garage (le libraire Vincent Guillier, le graveur Dominique Scaglia et l’informaticien, passionné de typographie Benjamin Bayart). Cinq cents exemplaires d’un adorable petit livre, composé à l’ancienne, avec une vraie presse, comme le faisait le regretté Jean Le Mauve et comme continue de le faire la compagne de celui-ci, Christine Brisset. Pierre est un poète, une manière de chaman mystérieux, un peu bourru, un esprit éclairé. J’aime beaucoup ce texte-là : « la perdrix affolée/ elle se court sur les pieds et/ comme ce n’est pas encore assez/ elle se marche dans l’œil. » Et j’adore la dédicace : « Pour Dominique, (j’ai épousé la femme la plus rousse du monde) ». On dirait du Cendrars. J’ai fait la connaissance de la dame qui a créé, il y a trois mois, la galerie Pop Up : Mélanie Ohayon. Elle entend en faire un lieu de rencontre autour de l’art contemporain, la poésie et la littérature. Il faisait doux dans le jardinet. Jean Detrémont était dans les parages, lunaire et affectueux. D’autres visages aussi qui, au fur-et-à mesure que le soir tombait, devenait des ombres modianesques de l’Amiens artistique et culturel. Le lendemain, je me suis rendu dans le hall de l’hôtel des Feuillants, au Conseil général de la Somme, rue de la République, pour le vernissage de l’exposition « Peintures et dessins », d’Alain Mongrenier. Alain est certainement le meilleur peintre de la région. Le plus sincère, le plus doué, le plus habité. Il se moque de la carrière et des modes comme d’une guigne. Il est simple, sait être facétieux. Christian Manable, président du Conseil général, dont,  à titre tout à fait personnel, je me réjouis qu’il soit devenu sénateur, prononça un discours éclairant et sensible : « Je vois tes tableaux et j’ai l’impression qu’ils ont toujours été accrochés à ces murs ancestraux. Une impression étrange donc, mais qui ne me surprend pas vraiment, te connaissant quelque peu… Il émane en effet de tes toiles, tant d’humanité, que l’expression de ta création semble nous habiter, depuis toujours. » J’étais heureux de discuter avec mes copains Jacques Béal et Jean-Louis Crimon. Je retrouvai ce dernier, dès le dimanche matin, puisque nous partîmes ensemble au Village du livre de Merlieux. Là, des amis encore, dont Francis Heredia, avec qui je refis le monde. J’en profitais pour me réconcilier chaleureusement avec Thierry Maricourt qui, dans un article, m’avait reproché mes amitiés avec des écrivains de droite. C’est ce qu’on appelle l’humour des anars. Comme pour les belles femmes, la bonne littérature n’a pas, pour moi, pas de couleur. Et pas de parti (es). Sorry.

                                              Dimanche 5 octobre 2015