D’un « M » qui veut dire Montana

Cyrille-Montana-1-

Un soir de novembre, café l’Aquarium, boulevard Voltaire, Paris (XIe). Suis en terrasse. Pas le moral. Je regarde le soir glacial et humide comme un drap noir épouser les formes veloutées de la rue. Des gens passent, les regards plein d’hiver. Et nous ne sommes qu’en automne. Pas envie de rentrer à Amiens. Sors mon portable. Tente d’appeler quelques amis. Sébastien, Patrick, Eric, Cyril. Pas de réponse. Déjà en weekend, certainement. Je laisse des messages. Cyril Montana rappelle. « Ah, mon Lacoche ! Depuis le temps ! Je t’attends chez moi. Je vais cuisiner un truc et je sors le vin. » Je fonce dans le métro, station Rue des Boulets. J’arrive chez Cyril, rue Legendre. Il ne change pas. Vif comme un lièvre, bouillonnant comme un Espagnol. Littéraire comme l’excellent écrivain qu’il est. Imaginatif comme le cinéaste qu’il est en train de devenir. A ce propos, il me parle du documentaire qu’il est en train de réaliser, et de son action de défense de Lacoste, le village de son enfance, près d’Avignon, dans le Vaucluse. Cyril est remonté. Il me montre, sur son ordinateur, un article qui vient de paraître dans Libération (samedi 7 et dimanche 8 novembre 2015, pages 20 et 21). Deux pleines pages leur sont consacrées, à son village et lui. Cela les vaut, mais ce n’est pas simple. Dans le chapeau de son excellent article, l’envoyée spéciale du quotidien, Stéphanie Harounyan, annonce la couleur : « Appelé à la rescousse pour sauver le château de Sade, le créateur (N.D.L.R. : le couturier et richissime homme d’affaires Pierre Cardin) a depuis acquis une bonne trentaine de bâtisses à Lacoste. Une fièvre acheteuse qui divise les habitants et que la mairie est bien en peine d’endiguer. » Oui, Lacoste recèle en son sein le château du marquis de Sade. Il est en ruine. Cardin le restaurera, dès 2000, avant d’acheter d’autres maisons, qu’il rénove à grand frais, brisant, dit-on, le charme des lieux. Dans ces habitations, il expose notamment ses pièces de collection : ouvrages retraçant sa carrière, mobilier design, vêtements, etc. Là, le Montana s’emporte. A l’instar de ses copains de classe du village, ses copains de football, il n’a aucune envie que son village d’enfance soit dénaturé. Lacoste est un peu à Cyril ce que Liré, village d’Anjou, fut à Joachim Du Bellay. Il entreprend donc une campagne de contre-communication à l’endroit de Pierre Cardin, et peaufine son fameux documentaire. « Je veux pouvoir transmettre à mes enfants le village dans lequel j’ai grandi », explique-t-il à Libération. Sur le journal, il s’est fait photographier en Zorro, le vengeur masqué, à l’occasion des récentes fêtes d’Halloween. Tout un symbole. Sacré Cyril ! Le soir de ma visite, chez lui, il me fait voir la photographie de sa grand-mère bien aimée. Près du cadre, il allume une bougie. Il ne veut pas que ses rêves d’enfance s’éteignent. Puis il fonce, vaillant. Actions. A Lacoste, pas de larmes de crocodile.

Dimanche 15 novembre 2015

D’un prix l’autre

de gauche à droite : Florian Zeller, Emilie de Turckheim, lauréate du prix Roger-Nimier 2015, et Nicolas d'Estienne d'Orves.

De gauche à droite : Florian Zeller, Emilie de Turckheim, lauréate du prix Roger-Nimier 2015, et Nicolas d’Estienne d’Orves.

D’un prix l’autre, eût dit Louis-Ferdinand Céline comme il l’eût dit des châteaux. Je me suis rendu au Fouquet’s pour la remise du prix Roger-Nimier. J’étais joyeux car je savais que celui-ci était attribué à ma copine Emilie de Turckheim pour son roman Le Disparition du nombril (éd. Héloïse d’Ormesson). Emilie était en verve ; son discours de remerciement valait son pesant d’humour, de bons mots, d’élégance. Elle évoqua sa découverte du romancier Nimier, dans la bibliothèque familiale qui contenait Les Epées, égaré entre quelques opus de Gérard de Villiers (SAS). Autour d’elle, les membres du jury étaient hilares. Emilie ne manque pas de panache ; ce prix Roger-Nimier lui va bien au teint. Sa grossesse devait, elle aussi, lui procurer un joli masque de future jeune maman. Car c’est l’histoire de son roman (récit ?). Émilie, dès qu’elle sait qu’elle est enceinte, tient son journal. Sincère, elle confie tout – ou presque, l’essentiel en tout cas : son quotidien de femme enceinte, les anecdotes, ses espoirs, ses tracas ; elle parle de ses amis, de ses amours passées et présentes, de son fils de deux ans… « Et surtout l’émouvante rencontre avec la « petite prune » qui grandit jour après jour dans ce ventre qui lentement s’arrondit et s’alourdit jusqu’à faire disparaître son nombril », comme l’écrit joliment son éditeur en quatrième de couverture. J’étais également ravi de retrouver quelques écrivains, amis ou copains pour certains : Florian Zeller, Eric Neuhoff, Nicolas d’Estienne d’Orves, Arnaud Guillon, Bernard Chapuis, entourés de leurs aînés, Jean-Marie Rouart, Philippe Tesson, Patrick Poivre d’Arvor, Denis Huisman, Didier van Cauwelaert, etc. J’ai dit à Philippe Tesson, l’écrivain de plus axonais de la terre avec moi, que je revenais d’un reportage dans son cher pays de Thiérache ; je lui ai parlé d’Iron (« C’est juste à côté de chez moi », m’a-t-il confié). Florian, Nicolas, Emilie et moi, nous nous sommes donné des nouvelles du microcosme littéraire. C’était pétillant et joyeux comme le champagne Fouquet’s servi alors que sur l’avenue des Champs Elysées, le cortège des voitures accompagnant le roi d’Espagne en visite à Paris, luisait sous le soleil de cette fin de matinée de presque été. Le soir, je me suis rendu à l’hôtel Montalembert où était remis le prix Marie Claire du roman féminin, attribué à l’Iranienne Saïdeh Pakravan (Azadi, éd. Belfond). J’y retrouvais avec plaisir mon copain l’écrivain Cyril Montana et son adorable fiancée, saluait l’écrivain et critique Fabrice Gaignault, rédacteur chef culture à Marie Claire, lui glissait un mot sur Vince Taylor (qui lui a inspiré son dernier roman), juste avant qu’il ne proclamât le nom de la lauréate. Belle ambiance également, à la Maison de la culture d’Amiens cette fois, à l’occasion du vernissage de l’exposition Liberté et contrainte (de Craig Thompson et Edmond Baudoin en compagnie d’autres bédéistes) qui marquait l’arrivée officielle de la bande dessinée à la Maison de la culture. Pour le plus grand plaisir de Justin Wadlow, membre du conseil d’administration de l’association « On a marché sur la bulle », qui a servi de lien entre les uns et les autres. Super !
Dimanche 7 juin 2015

Salut, Jean-François !

      C’était une intelligence rare ; c’était aussi un artiste. « Un point de repère dans la culture picarde », comme le souligne son ami de toujours,  Raymond Défossé. Jean-François Danquin nous a quittés, mercredi, en début d’après-midi. Il nous manque déjà. Docteur ès lettres de la Sorbonne (il avait soutenu sa thèse sur Paul Morand), il était fou de littérature. Lorsque nous nous croisions, dans les rues d’Amiens, souvent dans notre cher quartier Saint-Leu, quelque fût le temps, nous discutions longuement des écrivains qui nous avaient bouleversés (Roger Vailland, Blaise Cendrars, Henri Calet, Emmanuel Bove) ou intrigué (Paul Morand, les Hussards, Drieu la Rochelle, Brasillach), ou des chanteurs de rock (Van Morrison, Dr Feelgood). Sa culture en matière culturelle était immense. C’était un homme de liberté, d’une grande tolérance, capable d’aimer à la fois Dubuffet et Andy Warhol, l’art brut ou africain et les plus peintres les abstraits du FRAC. Nous avions fait connaissance, grâce à Raymond Défossé, en 1982. Je travaillais à la fois à L’Aisne Nouvelle et à la revue de rock Best. Il était

Jean-François Danquin : une intelligence vive; un artiste sincère et doué. On ne l'oubliera pas de si tôt.

Jean-François Danquin : une intelligence vive; un artiste sincère et doué. On ne l’oubliera pas de si tôt.

alors directeur des affaires culturelles au Conseil régional. Avec la complicité de Raymond, il avait mis sur pied les fameux tremplins rock en Picardie. Grace au regretté Thierry Haupais, alors label manager chez Virgin, et au producteur Michel Zacha, nous avions pu enregistrer en live les prestations des groupes picards (F4 Coulé, Sexe des Anges, Karkass, etc.) et sortir une compilation sur le même label Virgin. Lorsqu’il devint responsable de la communication, des activités culturelles et des éditions au Musée de Picardie, il me contacta afin d’inviter des écrivains que nous appréciions (Cyril Montana, Thierry Séchan, etc.). Le jeu consistait à leur faire écrire une nouvelle inspirée par une œuvre du musée, nouvelle qu’il lisait devant un public constitué des abonnés du même musée. Ses peintures ne laissaient pas insensible. Jean-François aimait les gens qu’ils soient célèbres ou totalement inconnus. Il les immortalisait dans ses séries de peintures très réalistes, réalisées à partir de photos qu’il prenait sans cesse, dans la rue, au restaurant, au bistrot. Cet intellectuel de haut vol, cette intelligence vive, cet homme d’une immense culture, cachait une sensibilité rare qu’il dissimulait sous un humour parfois acidulé. Jamais méchant. Il écrivait aussi, sous le pseudonyme de Jean-Louis André, des nouvelles, de courts récits. Notre journal avait publié l’une de ses fictions, il y a quelques années. Oui, les gens et les destins le fascinaient. Le temps qui passe aussi. Comme tous les littéraires. Les rues de Saint-Leu vont être bien tristes sans toi, JFD. Salut, Jean-François !

                                        Dimanche 25 janvier 2015

Les dessus chics des Dessous

Ses chères lectrices lui pardonneront son infidélité: on ne retrouvera pas aujourd’hui la traditionnelle chronique de Philippe Lacoche. Mais s’il est absent, c’est parce qu’il est doublement présent dans cette «chronique intérimaire».

Déjà «marquis» autoproclamé, Lacoche est, désormais aussi «chevalier». Des Arts et lettres. Sur décision de l’ex-ministre de la Culture (homophonie aidant, il était naturel qu’une Filippetti honore un Philippe).

La chose a été formalisée samedi dernier, à Paris, Espace Jemmapes, au bord du Canal Saint-Martin, lors d’une soirée nettement plus conviviale que protocolaire. La ministre n’étant forcément pas là, c’est l’écrivain et journaliste Patrick Besson qui a épinglé notre collaborateur, avant qu’Alain Paucard, en plus de celles d’écrivain ne démontre ses qualités de chanteur et guitariste (accompagné par le saxophoniste Francis Courney). Dans l’assistance, la famille se mêlait aux écrivains amis dont Cyril Montana et Thomas Morales, à la sociologue Marcela Iacub (venue avec son petit chien et son joli turban) ou à un producteur de la RTBF venu en souvenir de moments partagés du temps de Best. Quelques Picards avaient aussi fait le déplacement, tels Mireille et Philippe Béra (éditeurs de la maison Cadastre8zéro), le bouquiniste-photographe Jean-Louis Crimon ou notre collaborateur Christian Legris. Le Courrier étant représenté par l’un de ces rédacteurs en chef adjoint; présence justifiée par l’autre objet de cette soirée: le lancement des Dessous chics, le livre.

Chronique locale amiénoise, puis régionale et picarde, ces «Dessous chics» hebdomadaires – déjà présents sur le blog-picard.fr/dessouschics/- ont fourni la matière à un beau recueil de 350 ERpages, balayant la période 2005-2010. Magie littéraire, ces textes éphémères et légers prennent plus de profondeur, et par là même d’universalité, ainsi rassemblés. Occasion de constater que le «contrat de lecture» a été respecté: c’est bien un portrait décalé de la vie culturelle régionale qui est saisi dans ces pages. Le mérite en revient à Emmanuel Bluteau, responsable de La Thébaïde. Petite, mais grande maison d’édition par ses publications, consacrées à Jean Prévost (l’écrivain tombé dans le maquis du Vercors) ou à Pierre Bost. Et son éditeur enthousiaste et courageux, Emman

Patrick Besson, pensif, après avoir remis la médaille de chevalier des Arts et lettres au marquis, réjoui, gonflé de vanité, la cravate tendue par l'amidon de la prétention. "Ai-je bien fait de céder à la demande du célèbre hobereau rouge picard?", semble se demander Patrick Besson.

Patrick Besson, pensif, après avoir remis la médaille de chevalier des Arts et lettres au marquis, réjoui, gonflé de vanité, la cravate tendue par l’amidon de la prétention. « Ai-je bien fait de céder à la demande du célèbre hobereau rouge picard? », semble se demander Patrick Besson. (Texte de légende confectionné par Ph.L.)

uel Bluteau, nous ramène aussi à la Picardie et à Philippe Lacoche. Longtemps journaliste à l’Union, à Tergnier, dans l’Aisne, c’est là qu’il rencontra notre «hussard rouge». La boucle se boucle… Et bien sûr, Philippe Lacoche revient la semaine prochaine. Histoire de nourrir, peut-être, le prochain volume de ces Dessous si chics.

Daniel Muraz

Paris sous le soleil de presque automne

                    

Une brochette de Hussards : de gauche à droite : Arnaud Le Guern, Franck Maubert et Cyril Montana (à la terrasse de L'Ami Chemin, dans le XVe arrondissement, un excellent restaurant tenu par une charmante dame). Le quatrième hussard (rouge) se trouve derrière l'appareil photo. Le marquis himself!

Une brochette de Hussards : de gauche à droite : Arnaud Le Guern, Franck Maubert et Cyril Montana (à la terrasse de L’Ami Chemin, dans le XVe arrondissement, un excellent restaurant tenu par une charmante dame). Le quatrième hussard (rouge) se trouve derrière l’appareil photo. Le marquis himself!

    Soleil. Je fonce à Paris rejoindre des amis. J’adore le soleil de presque automne. Il est doux comme une nouvelle de Jane Austen. Mystérieux et plein de promesse aussi. Comme l’étaient justement Paris et ce jour-là. Première halte au café Delmas, place de la Contrescarpe, dans le Ve. Il y a longtemps que je n’étais pas venu dans ce quartier qui fleure bon les jours anciens, la capitale d’antan, les films des sixties. J’interviewe Emmanuel Ethis, un brillant enseignant, président de l’université d’Avignon et des pays de Vaucluse qu’il dirige avec brio et conviction depuis 2007. Il est élégant comme Paul Morand, passionné comme le vrai Picard qu’il est (né à Compiègne en 1967), et ses mots sont ceux de l’espoir. Une manière d’espoir rimbaldien. Il rappelle que le budget moyen disponible par étudiant, une fois qu’il a payé son logement, sa nourriture, ses livres, s’élève à 5 et euros par jours. Il pense que tout cela peut être amélioré. Contrairement à Paul Morand, grand écrivain mais indécrottable conservateur, Emmanuel Ethis, croit au progrès, à l’humanisme, et pense qu’il est nécessaire que les étudiants des classes les plus défavorisées aient accès à la culture. Je regarde le soleil de presque automne à travers les vitres du Delmas. Les petits jets d’eau ; les pigeons qui roucoulent sur les rebords. On dirait le Paris de Doisneau, de Calet, de Léon-Paul Fargue. Les mots d’Emmanuel Ethis me mettent de bonne humeur. Métro. Je file au restaurant L’Ami Chemin, 31, rue Boulard, dans le XIVe, la cantine de mon éditeur Arnaud Le Guern. Il n’y attend en compagnie du copain Cyril Montana, écrivain à scooter, séducteur impénitent, frère de sortie et de cœur, et de Franck Maubert que je ne connais pas encore mais dont j’ai lu l’avant dernier roman Ville Close (Ecriture, 2013) que j’ai adoré. Je suis ravi de faire sa connaissance. D’emblée, le contact s’établit entre Maubert et moi. Il est fou de la pêche à la ligne ; il pêche dans le Loir. Nous parlons des sandres et des brochets qu’on capture, l’hiver ; des barbeaux poissons qu’il est si difficile de décoller du fond ; des perches épineuses comme des roses d’eau douce. Et de littérature, of course. La patronne, une élégante quinquagénaire, nous confie qu’elle chante dans une chorale du quartier. On se met tous à entonner des chants de l’Armée rouge. Rien de tel que les mélodies soviétiques pour sceller l’amitié. Un orage éclate. On se quitte à regret. Le soir, Cyril et moi, nous nous rendons au Salon d’Anaïs, boulevard Pereire, où est remis le Prix Paris à l’écrivain Catherine Enjolet pour son roman  Face aux ambres, aux édition Phébus … Anaïs et son mari sont des gens charmants, cultivés, éclairés et littéraires. Leur fille Léa, une très jolie brune, est adorable et talentueuse. Je croise les frères Bogdanoff, discute avec Gonzague Saint Bris et, très longuement, avec Jean-Noël Pancrazi, romancier élégant et sensible, ancien critique littéraire au Monde, et avec Thierry Clermont, critique au Figaro. Il est tard. Ma thébaïde du boulevard Voltaire m’attend. Je m’écroule sur le canapé. Le soleil d’automne me réussit, lectrice, ma muse exclusive.

                                       Dimanche 28 septembre 2014.

« Chacun fait, fait, fait, Ce qu’il lui plaît, plaît, plaît… »

Frédéric Beigbeder à la terrasse ensoleillée du cercle La Société, place Saint-Germain. Il me parle du lancement du retour du magazine Lui. Suis en compagnie de mon copain Cyril Montana qui, lui aussi, découvre la revue. Entretien.

Pourquoi « Lui »? On est venu vous chercher?

J’étais à l’hôtel Montana, en compagnie de Jean-Yves Le Fur, l’homme qui racheté cet établissement. Il devait être 2 heures et demi du matin; il m’a dit : « Lui est à vendre! ». Là-dessus. Le titre « Lui » est à vendre, insiste-t-il. Je reprends un verre. On se dit : « On ne va laisser passer une chose pareille. On pourrait être les patrons de Lui. » Quand on te propose des choses comme ça, on ne peut pas dire non. Mais je ne savais pas que ce serait autant de travail depuis avril et jusqu’à maintenant. Et je n’aime pas le travail. Et fondamentalement je pense que c’est une fausse valeur, et qu’on sous-estime l’honneur qu’est le chômage. C’est vrai, on culpabilise les chômeurs comme si c’était horrible d’être au chômage; moi, je suis un gros paresseux. Là, Lui, c’était trop marrant, trop séduisant. Pouvoir faire écrire des écrivains que j’aime : Liberati, Nicolas Rey, Patrick Besson, Arnaud Viviant, Gaspard Proust, etc.

Je me souviens des filles magnifiquement dessinées dans la première version de Lui. Est-ce que ça va continuer?

Bien sûr, mais c’est compliqué de trouver de nouveaux dessinateurs. J’étais très heureux d’avoir pu convaincre Voutch, que j’adore; il y a Louise Bourgoin qui a fait un dessin assez amusant. Il y a un jeune homme qui s’appelle Jonathan Bey qui est un peu notre nouvel Aslan.

Vous avez gardé le côté littéraire.

Oui; à l’époque, c’était Jacques Lanzmann qui avait monté la rédaction. Il y avait des analyses et des entretiens; Truffaut faisait le cinéma.

Vous allez donc préserver cet esprit éditorial?

Oui, bien sûr; c’est une revue entrecoupée de photos de filles nues. Le plaisir et l’esprit. Un certain esprit français. Une défense d’une civilisation menacée (si on emploie des grands mots). Je l’ai dit : il est hors de question qu’il y ait la moindre homophobie chez nous mais on interdit aussi l’hétérophobie. Il est temps d’être fier de notre sexualité quelque quelle soit.

Cyril Montana, écrivain, découvre Lui à la terrasse du Rouquet, boulevard Saint-Germain, où nous avons fait une petite pause.

On couche avec qui on veut; on fait ce qu’on veut. Chacun fait, fait, fait… ce qui lui plaît, plaît, plaît…

Propos recueillis par

Philippe LACOCHE

Pour lui, pour elle et pour Lui

Frédéric Beigbeder présente Lui, nouvelle version.L'ami Cyril Montana découvre Lui à la terrasse du Rouquet où nous venons de faire une pause.

Mardi 3 septembre, il coule une lumière de miel sur la rue des Moulins des Prés, à Paris. Je vais interviewer Philippe Gloaguen, fondateur du Guide du Routard, dont la dernière livraison s’intitule Picardie 14-18, Centenaire d’un conflit mondial. Tu liras, lectrice curieuse et fidèle (au Courrier picard, à ton mari et à moi-même), l’interview qu’il m’a accordée dans ce même numéro (L’entretien du dimanche). J’ai confié à Philippe que j’avais emporté le Guide du Routard quand je me suis rendu en Grèce, pour la première fois, en train, avec mon pote Gaëtan, dit le Petit Prince de Vouël, en août1975.Le Cyclades. Le bleu aigue-marine des yeux d’une petite Londonienne, le soir, dans la touffeur des soirées de Syros. Le retsina. Puis, j’ai foncé au cercle La Société, place Saint-Germain, où m’attendaient mon copain Cyril Montana et le lancement du retour en kiosque de Lui, qui ressort après neuf ans d’absence. Le résultat est magnifique: «C’est une revue entrecoupée de photos de filles nues», m’a expliqué Frédéric Beigbeder, directeur de la rédaction. «Le plaisir et l’esprit. Un certain esprit français. Une défense d’une civilisation menacée (si on emploie des grands mots). Je l’ai dit: il est hors de question qu’il y ait la moindre homophobie chez nous mais on interdit aussi l’hétérophobie. Il est temps d’être fier de notre sexualité quelle qu’elle soit. On couche avec qui on veut; on fait ce qu’on veut. Chacun fait, fait, fait… ce qui lui plaît, plaît, plaît…» Il nous a invités, le Cyril et moi, au raout du soir, avenue Foch. Il y avait tout le gratin. J’ai retrouvé avec plaisir Arnaud Viviant que je n’avais pas recroisé depuis nos années Best. J’ai fait la connaissance de Fabrice Gaignault, rédacteur en chef Culture et Célébrités à Marie Claire (qui prépare un livre sur Vince Taylor) et d’un type épatant, Julien Millanvoye, rédacteur en chef du site Lui.fr. Vers deux heures du matin, en quittant les lieux, une dame très élégante, 65 ans environ, complètement ivre, s’apprête à remonter sur son scooter pour regagner sa banlieue dorée. Devant moi, un type tente de l’en dissuader. Elle refuse. Il insiste pendant cinq minutes. Elle accepte de le suivre; il la dépose dans un taxi. Il lui a certainement sauvé la vie. Je l’en félicite. Lui demande son nom. C’est le photographe Denis Rouvre (auteur de la superbe photo de Tahar Rahim, p.207, dans Lui). Cette chronique est pour lui, pour elle et pour Lui.

Dimanche 8 septembre 2013

Un Ovni signé Cyril Montana, fils de hippies, quadra qui ne veut pas vieillir

 

De gauche à droite : Cyril Montana, Nicolas Rey et Patrick Besson, écrivain. Paris. Février 2012.

On connaît le talent de romancier et de nouvelliste de Cyril Montana. Le voici de retour avec un roman par nouvelles très original et inclassable. Vivement recommandé. Il s’en explique.

 

Cyril Montana a du talent. Et du succès. A juste titre la critique littéraire et les – nombreux – lecteurs s’étaient émus et avaient applaudi à la lecture des savoureux Malabar Trip (Le Dilettante 2003; J’ai lu, 2006), Carla on my mind (quel joli titre! Le Dilettante 2005; J’ai lu 2008) et La faute à Mick Jagger (Le Dilettante 2008; J’ai lu 2010). Il aurait pu continuer dans cette veine, l’épuiser, s’épuiser lui-même. Mais point. Il est vaillant, le Cyril. Et sincère. Alors, celui qui avait écrit, en juillet 2011, une succulente et érotique nouvelle pour notre journal, nous donne aujourd’hui un roman singulier, très différent de sa production habituelle. Il s’en explique.

 

Votre dernier roman, Je nous trouve beaux, est un peu un Ovni. Assez différent en tout cas de votre précédent livres. Pourquoi cette démarche?
La raison est très simple: après la parution de mon troisième roman La faute à Mick Jagger, j’en ai écrit un quatrième qui m’a été refusé par tous les éditeurs que j’ai sollicité. Après un an et demi de travail, j’avoue que j’ai été assez désoeuvré. Je ressentais la même chose que lorsque, adolescent, j’ai fait une chute de cheval : un traumatisme, avec l’intime conviction qu’il faut vite remonter sur un canasson pour ne pas en être dégouté à vie. C’est ainsi que je me suis mis à écrire les tranches de vie d’un même personnage: Romane Grangier. Cela permet d’écrire des histoires courtes et d’avoir à chaque fois un résultat et un plaisir immédiat, puisque chaque chapitre a sa propre trame tout en faisant partir d’un tout. Alors que lorsque j’écris une seule et même histoire, c’est bien plus astreignant, et le véritable résultat n’apparait qu’à la fin. J’avais juste besoin de me faire plaisir en écriture plus vite

Peut-on parler, à son sujet, de roman par nouvelles?
Je ne dirais pas par nouvelles, mais par tranches de vie. Puisqu’il s’agit de la vie quotidienne d’un seul et même personnage, Romane Grangier, au sein de sa famille, de son boulot, de ses amis, etc. Et même si nous n’avons pas à proprement parler de trame historique, nous retrouvons des situations et des personnages chapitre après chapitre.

Votre narrateur est fils quarantenaire, fils de hippies. Serait-ce un peu vous?

Je suis effectivement fils de hippie, quadra avec des enfants et une femme que j’aime; mais tout n’est pas exactement moi. Ainsi les parents qui sont présents dans le roman ne sont pas du tout les miens, même s’ils sont aussi hippies. Et puis fils de hippie, ça veut tout dire et rien dire, il y a mille et une façons d’être hippie, et tout autant de manière aussi d’élever ses enfants. C’est moi sans l’être, cela représente ce que j’ai été et ce que je suis, et comme nous le rappelle Camus en appendice « on voit parfois plus clair dans celui qui ment, que dans celui qui doit vrai ».

On le sent coincé entre son adolescence dont il est nostalgique, et sa vie de père de famille qu’il voudrait mieux assumer, n’est-ce pas?

Tout à fait exact, et c’est en ce sens, que Je nous trouve beaux possède une partie générationnelle, dans cet aspect adulescent qu’incarne le personnage principal Romane Grangier. Aujourd’hui, il existe une génération de quadras qui jouent aux jeux vidéos, font du skate l’hiver et du surfe l’été sur les plages. Avec une volonté farouche de ne pas sombrer dans les stéréotypes du quadra, installé, mur, sérieux, limite ennuyeux, etc. Cette envie de garder intacte la fraîcheur de l’enfance, que le groupe Stupeflip résume très bien dans son morceau Stueflip vite !!! « il est ou le petiot que t’étais?, tu l’as séquestré, baillonné, ligoté! » (http://www.youtube.com/watch?v=PdaAHMztNVE)

Préserver une candeur juvénile, une soif d’apprendre, de rencontre, curieux, rester tout simplement en vie, à l’écoute !

La grand-mère est un bien joli personnage. Comment l’avez-vous composé? Part-il d’une réalité?

 

La grand-mère est très importante dans ce roman, tout comme elle l’était dans La faute à Mick Jagger et cette partie est totalement autobiographique. Il s’agit donc du départ de ma grand-mère dont j’avais besoin de parler, mais sans entrer dans le pathos, toujours en tâchant de garder une distance qui ouvre à une tendre nostalgie. C’est aussi l’occasion pour notre personnage de s’interroger sur ses quarante ans, et à sa manière, sur le temps qui passe. Encore une fois sans s’appesantir en étant larmoyant, mais toujours dans un registre décalé et si possible drôle.

Vieillir, est-ce difficile pour l’écrivain que vous êtes?

Je vais vous étonner, mais plus j’avance dans le temps et plus je suis heureux. Je n’ai d’ailleurs jamais été aussi heureux qu’aujourd’hui, et pour rien au monde je souhaiterais avoir de nouveau vingt ans, période de doutes, d’errements affectifs, la fac, pas la fac, pas terrible pour moi cette période avec le recul. Alors bien sûr, il m’arrive de me sentir en décalage quand je me retrouve entouré de gens plus jeunes que moi, ou qu’on me donne du « Bonjour monsieur! » au lieu de « Salut ça va , toi? ». Mais finalement ce qui m’intéresse c’est que ma vie m’apporte ce dont j’ai besoin. Et cela se résume facilement, être entouré avec ma femme, mes enfants, des projets, des livres intéressants à lire, des amis avec qui je me sens bien, et des fous rire avec celle que j’aime à deux heures du mat dans la cuisine, par exemple… Ou alors pourrais je vous citer Patrick Besson: « Il faut être jeune. Être vieux, c’est ridicule et le ridicule, c’est mal. » (Un état d’esprit, Fayard)

Vos auteurs préférés?

Salinger, Boris Vian, Patrick Besson, Frédéric Beigbeder, Molière, David Foenkinos,  Charles Bukowski, Céline. Mais ceci dit, si ça ne vous embête pas trop, j’aimerais vous parler des derniers livres que j’ai aimé comme le Prix Renaudot obtenu par Scholastique Mukasonga pour Notre Dame du Nil (Gallimard), une évocation si précise et décrite avec une finesse et une justesse incroyable sur la vie d’un couvent de jeunes filles au Rwanda avant la terrible guerre civile qui a décimé des centaines de milliers de personnes. On y découvre les rapports très particuliers existants justement entre les Hutus et les Tutsis, et qui nous éclaire sur la suite des événements, mais vu de l’intérieur.

Et puis, il y a ceux que je dois lire et que je ne peux rater à aucun prix, Diderot, de Jacques Attali (Fayard), Je vais mieux, de David Foenkinos (Gallimard), L’amour sans le faire, de Serge Joncour (Flammarion). Je vous tiendrai au courant… (rires)

Sur quoi travaillez-vous actuellement?

Je commence à établir le plan de mon prochain roman prévu chez Albin Michel. Je suis également en discussion pour adapter La faute à Mick Jagger sur France Culture, et puis je projette de suivre une formation d’adaptation d’oeuvres littéraires au cinéma. En parallèle, j’écris une histoire pour enfant que je suis en train de travailler avec les élèves de la classe de ma fille Kirana. C’est vraiment génial de bosser avec des gosses. Je fais des réunions régulières avec eux pour leur demander leur avis, leurs suggestions, puis je repars, j’écris et je reviens les voir jusqu’à ce que nous ayons une histoire qui nous plaise. Je peux vous dire que c’est tellement revigorant, ils sont drôles, vifs, et vous donne une de ces énergies pour la journée, un vrai bonheur! Je vous ai dit, je n’ai jamais été aussi heureux! Pour finir, je suis consultant digital pour le LH FORUM (http://www.lhforum.com/) qui est un forum annuel, une plateforme de relations dont l’objectif est de promouvoir l’économie positive, une économie qui vise plus que le profit, et qui place l’homme et l’environnement dans ses objectifs. Bref des solutions aux maux qui gangrènent notre planète.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

« Je nous trouve beaux », Cyril Montana, Albin Michel, 187 p.; 15 euros.

Robert Charlebois, Valère, Pierre et quelques autres

Mon copain Cyril Montana et Robert Charlebois.

Yann Queffelec (à droite) en compagnie de Jean-Laurent Poitevin, créateur du prix Yann Queffelec.

Robert Charlebois et ma pomme, au Drouant, lors du cocktail du lancement du Prix Yann Queffelec, à Paris.

Qu’ai-je fait ces derniers temps ? Des salons du livre, encore des salons. Au cours de celui d’Arras, le 1er Mai, j’ai revu des copains : l’écrivain, chanteur et rocker Pierre Hanot qui vient d’écrire un très bon livre (dont nous vous parlerons, sous peu, dans les colonnes du Courrier picard), et l’écrivain et journaliste Valère Staraselski, e

Robert Charlebois et ma pomme, plus souriants cette fois-ci.

xcellent romancier (qui nous a donné, il y a peu, un livre original sur Jean de La Fontaine).

Je me suis également rendu au cocktail du lancement du Prix Yann Queffelec, au restaurant Le Drouant, place Gaillon, à Paris. (Yann attribuera fin octobre 2012, quelques jours avant l’attribution du Goncourt, un prix qui portera son nom, destiné à célébrer la sortie en librairie du premier roman d’un nouvel auteur dont le manuscrit aura été révélé et plébiscité par des lecteurs. Contact : jlp@lesnouveauxauteurs.com)

Retrouvailles chaleureuses et fraternelles avec Yann dont j’avais fait la connaissance, quelques semaines plus tôt, au salon de Deauville, et avec mon bon copain Cyril Montana, jeune, talentueux et bouillonnant écrivain. Et parmi les invités se trouvait Robert Charlebois, l’un de mes chanteurs préférés depuis qu’il a eu la bonne idée de créer l’une des plus belles chansons du siècle dernier : « Je reviendrai à Montréal ». L’ami Cyril n’a pas manqué de me prendre en photo avec Robert à qui j’ai parlé des bières qu’il fabrique. Il était ravi. Voilà, lectrice, tu sais à peu près tout.

Entre garçons au Petit Plats, à Montparnasse

 

De gauche à droite : Philippe Lacoche, Cyril Montana, Nicolas Rey et Patrick Besson, écrivain. Paris. Février 2012.

 Commençons par un carnet mondain. La conteuse Catherine Petit et moi, nous nous connaissons depuis une quinzaine d’années. Comme nous ne parvenions pas, – malgré bien des efforts – à faire un enfant, nous avons fait un livre. Il s’appelle Le dernier hiver de Victorine. Mort d’un quartier, et c’est aux éditions de La Licorne, dont les locaux se trouvent rue Alphonse-Paillat, à Amiens, à deux pas du Courrier picard ce qui est très pratique pour toucher mes droits d’auteur. Un enfant, j’eusse eu bien du mal à en faire à cette journaliste de Télérama que j’avais embêtée, en été 2003, au salon du livre de Forges-les-Eaux. J’étais avec Babe, ma jeune et adorable fiancée de l’époque. J’avais bu comme un trou toute la journée. Je tenais une forme olympique et j’avais entrepris ma consœur en lui faisant remarquer que Télérama me gavait sévère car trop animé de bons sentiments citoyens. C’était idiot. Mais il faisait doux, et Babe était belle. J’avais envie de me dégourdir la langue. Aujourd’hui, je ne pourrais plus parler ainsi car Télérama a publié, il y a peu, un bon papier sur le livre d’Emmanuel Carrère consacré à l’excellent et bien fou écrivain Limonov. La revue a également publié un bel album sur Bob Dylan (par le photographe Daniel Kramer; préface de François Gorin).Je me suis fait envoyer le tout par l’attachée de presse. C’est délicieux. Aussi délicieux que le dîner que nous avons fait entre garçons, l’autre soir, au Petits Plats, rue des Plantes, à Montparnasse. Nous étions en forme Patrick Besson, Cyril Montana, Nicolas Rey et moi. Devinette : que font quatre écrivains quand ils se retrouvent? Parlent-ils de littérature? Point, lectrice, poule d’eau inculte. Cyril et Patrick, en dégustant le vin, ont évoqué les inestimables bienfaits de l’alcool. Nicolas et moi, abstinents forcés et désolés, avons parlé médocs. Non, pas du Médoc, le succulent bordeaux, lectrice, petite foulque sans cervelle, mais médicaments. On a ensuite parlé de nos femmes ou fiancées. Moi, je ne la ramenais pas trop car je n’ai plus qu’une ex. Mais avec la forme que je tiens, je ne vais pas tarder à convoler. Le printemps du marquis des Dessous chics sera rock’n’roll et sensuel, lectrice adorée.

Dimanche 18 mars 2012.