Tout ce cinéma

 

J’ai regardé une à une toutes les places de séances de cinéma que j’avais accumulées depuis un an. Des noms de salles (Gaumont, Ciné Saint-Leu, Orson Welles); des noms de films souvent atrophiés, mutilés, faute de place sur les tickets (Les Invinc, Pour une F, Lein soleil, Les parapluies, etc.). Je me demandais ce que j’avais retenu de toutes ces heures à coller mes jeans élimés sur les fauteuils de velours incarnat? Des films vite oubliés. D’autres pas. Au contraire. Des belles émotions. Exemples: la trilogie de Bill Douglas (My Childhood -1972 – My Ain Folk-1973-

Tout ce cinéma; toutes ces places... qu'en reste-t-il?

My way home – 1978). J’ai adoré. Bouleversé. Trois chefs-d’oeuvres. Les deux premiers films retracent l’enfance et l’adolescence du cinéaste à Newcraighall, village de mineurs du sud de l’Écosse. Bill Douglas avait une gueule de rocker. Son enfance a été broyée par des maltraitances, par un capitalisme impitoyable. Par les mines. Il raconte tout ça dans sa trilogie. Ce besoin de fraternité qu’il éprouve. Et cette main qui se tend, un copain d’une famille riche et cultivée, au service militaire. Douglas réalise son rêve: il devient cinéaste. Sa façon de filmer relève de l’épure. C’est une beauté magique. Son écriture est totalement nouvelle sans être chiante, intello. Bill Douglas est mort d’un cancer à 57 ans. Mon âge aujourd’hui. J’ai adoré également Tabou, film magnifique de Miguel Gomes. Une œuvre lente, bizarre. On se croirait dans India Song, de Duras. C’est beau à pleurer. J’ai également aimé Mon âme par toi guérie, de François Dupeyron. Émouvant. Et Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières, film étonnant, fascinant, violent (pas d’une violence gratuite, of course) avec Mads Mikkelsen. Plein soleil, de René Clément. Ce film de1960 avec Marie Laforêt, Alain Delon, Maurice Ronet ne pouvait que me plaire. C’est un film de hussards. Paul Gégauff a scénarisé. Nimier, Déon et Vailland eussent pu l’écrire. Aimé aussi Elle s’en va, d’Emmanuelle Bercot, avec la sexy sexa Catherine Deneuve, tellement épanouie dans sa soixantaine baba révoltée. Je me suis également rendu compte que je n’aimerais jamais Jour de fête, de Tati, que je trouve surestimé et, pour tout dire, totalement idiot. J’ai également détesté L’histoire de ma mort, d’Albert Serra, film bêtement violent, morbide, vulgaire, scatologique. Aussi crétin de Sade. Je préfère décidément les doux et sensuels badinages de Laclos.

Dimanche 22 décembre 2013

Lucy in the Sky et de déhanchement d’une blonde nue

 

Pierre Pikaïloff a écrit avec Jean-Eric Perrin et Gilles Verlant, un bon livre sur les Beatles.

Un matin sur France Inter: trois copains (Pierre Mikaïloff, Jean-Éric Perrin et Gilles Verlant) sont à l’antenne pour évoquer leur dernier – excellent – livre: Les Beatles pour les Nuls (First éditions).Voilà comment surgissent les bouffées de souvenirs. Les Beatles: quelle histoire! J’ai commencé à ne point les aimer. Il le fallait. Ma petite amie du moment – qui jouait au tennis et faisait allemand première langue, malgré sa maman animatrice de la cellule locale du Parti communiste – les vénérait. À Tergnier, il y avait deux clans. Les pro-Beatles et les pro-Rolling Stones. Je militais dans ce dernier camp depuis que mon beau-frère, Bernard, m’avait ramené de Londres un magnifique EP avec notamment «She said yeah!» (une torpille de rock’n’roll; une rafale d’eau de vie de rock!), «I’m free» (nonchalant et pervers avec l’accent nasillard de Jagger). Sur la pochette: leurs gueules sur la photo de la pochette de December’s Children. Les Fab Four, avec leurs têtes proprettes, ne faisaient pas le poids. Pour taquiner ma petite amie, je les brocardais. On est bête quand on a dix-sept ans. Et puis, une nuit où je m’étais attardé entre ses draps, elle avait passé Sgt. Pepper’s sur l’électrophone. Elle s’était relevée vivement du lit. J’avais regardé ses adorables fesses de blonde avec, dans les oreilles, «Lucy in the sky with diamonds».Alors, je me dis que ma vie ne serait plus jamais tout à fait pareille. Quand je réécoute cet album, je revois le balancement des hanches de ma blonde. J’étais devenu aussi fou des Stones que des Beatles. L’autre soir, au cinéma Orson-Welles, à Amiens, suis allé voir La saga des Conti, en présence du réalisateur Jérôme Palteau et de Roland Szpirko, porte-parole de Lutte ouvrière et impresario spirituel du leader du mouvement: Xavier Mathieu. C’est un beau film, émouvant, sur des ouvriers en lutte. Roland m’inspire confiance, certainement parce qu’il ressemble à Raphaël Sorin, un bon camarade qui fut mon éditeur chez Flammarion il y a des lustres. Roland a beaucoup parlé après le film. J’étais en grande partie d’accord avec lui sur ses critiques de cet indéfendable système capitaliste. En revanche, je ne le suis plus quand il critique la patrie et qu’il dit du mal des coopératives ouvrières. Tu as a compris pourquoi, lectrice, mon amour?

Dimanche 12 mai 2013