Les portraits gouleyants de Patrick Besson

Dans « Nouvelle galerie », il dresse les portraits d’un vingtaine de personnalités, artistes, comédiens, académiciens, etc. C’est un vrai régal!

Que dire d’autre? C’est un régal. Cette vingtaine de portraits réunis sous le titre adorable de Nouvelle Galerie, est un régal. C’est à la fois dur, vachard, drôle, très drôle. Parfois émouvant. Et quand on gratte, tout est vérifié, bétonné, sérieux. Besson a le rictus imparable. Quand il le décoche, il tape juste. Et fort. Plus de cent kilos de talent dans la tronche, ça peut faire mal. C’est presque du Douillet si ce dernier avait su si bien écrire. Il ne faut pas l’être, douillet, quand on se fait allumer par Patrick Besson. Quand on se fait câliner, ça fait un bien fou. Car c’est écrit, envoyé. Il a un sens inné de la formule, Patrick Besson.

«Les bonnes âmes salopes des lettres»

Il nous croque ici – dans le désordre et liste non exhaustive – l’excellent Jean Yanne («Il a trouvé dans le métier d’acteur ce qu’il n’a pas trouvé dans celui de chansonnier ou d’auteur: un moyen d’exprimer sa gravité.» C’est tout Yanne; tout est dit.), l’indémodable Françoise Sagan (avec ce rappel essentiel: «Il y eut enfin une pétition en faveur d’une grâce fiscale pour Sagan que, sur l’instigation de Jean-François Coulomb et Éric Neuhoff, nous fûmes une trentaine d’écrivains à signer, ce qui fit hurler les bonnes âmes salopes des lettres.»), la craquante Sophie Marceau («Dans La Boum (1980), Marceau est un bébé requin brun.»), du terrifiant Helmunt Newtow («inventeur de la femme tyran»), Mélina Mercouri («la grande rabâcheuse de gaieté grecque»), Grace Kelly («Grace Kelly a grossi. Les communistes monégasques l’appellent Graisse Kelly, mais comme ils sont une dizaine et que personne ne les écoute, le prince Rainier ne les envoie pas en prison.»), les festivals de Cannes (l’année 1968: «l’époque où les marxistes français ont couché avec le plus de jolies filles.» Et puis, il y a ces petits clins d’œil de confidence exquise, page

Patrick Besson.

89, dans le portrait consacré à Emmanuelle Seigner: «Dans le hall du Raphaël, il y a Robert Hue. Le sénateur Robert Hue. On se serre la main, entre cocos. J’ai dit à Emmanuelle que j’étais communiste, c’est peut-être pour ça qu’elle est partie si vite. Ou alors elle avait peur que j’essaie de l’embrasser de force sous la verrière du Raphaël. Parce que moi, je n’ai pas renoncé à la dictature du prolétariat.»

Passent également dans la galerie de portraits Mazarine Pingeot, Carla Bruni, Jean d’Ormesson, Bettina Rheims, Frédéric Beigbeder, Jacques Martin, Patrick Poivre d’Arvor, Michael Jackson et quelques autres.

Patrick Besson a l’aphorisme gouleyant. Sa prose est un Chinon qu’on boit un soir de printemps quand tout s’apprête à renaître.

PHILIPPE LACOCHE

« Nouvelle galerie », Patrick Besson, Mille et Une Nuits, 118 p.; 4,50 euros.

Le marquis se rend au bordel et rosit devant Marie Justine…

L'une des peintures murales d'un des derniers bordels d'Amiens.

 On le sait, nos amis et alliés les Anglais, malgré leur retentissante absence de vignes, ne sont pas les moins bons œnologues. Ma Lady Lys, l’autre soir, m’en a donné la preuve. Habitué à me laisser corrompre, je n’ai pu résister à me faire livrer deux bouteilles de Chinon rosé de la Maison Baudry-Dutour, dont une sémillante attachée de presse m’avait vanté les mérites un matin alors que j’étais d’humeur radieuse. Que me prit-il? J’acceptai la livraison de ces deux bouteilles en service de presse. «Juste pour goûter», fis-je, un peu sournois. Je m’étais mis dans un beau pétrin, moi qui suis censé ne plus boire une goutte depuis juillet 2005, nuit où j’ai décidé que trop c’était trop. Ma dernière vodka ingurgitée en compagnie de deux poulettes, je me mis à la flotte comme d’autres se mettent à la voile ou au golf. «Par snobisme», insinua, un soir, une femme que j’avais séduite et qui devait m’en vouloir de s’être aussi facilement laissée faire. Donc comment allais-je m’en sortir? Certes, je ne suis pas un parangon de vertu ni de déontologie mais tout de même: se faire livrer à l’œil deux bouteilles d’un excellent picrate et être incapable d’écrire une ligne sur le doux breuvage ce n’eût pas été très correct. Et cela eût pu froisser Didier Louis et Daniel Muraz, mes rédacteurs en chefs qui veillent sur mes agissements parfois peu orthodoxes. Donc, disais-je Lady Lys -qui apprécie les bonnes choses et qui, elle, ne s’est pas saoulé la tronche, comme votre serviteur, pendant des années – dégusta pour moi, devant mes yeux jaloux. Ainsi, elle a pensé beaucoup de bien de la cuvée rosée Marie Justine 2011: compagnon parfait pour l’apéritif dont «les arômes vifs, fruités révèlent les notes épicées» selon mon Anglaise. (Prix de vente départ cave: 6 euros). Puis vint le rosé 2011 du Château de La Grille: «Subtil, équilibré et d’une grande fraîcheur», dixit my Lady Lys. En revanche, je ne suis pas encore interdit de filles. L’autre jour, une très très bonne camarade de jeu m’a invité à visiter un ancien bordel d’Amiens. Je me suis régalé des très belles peintures murales, des bidets rongés par la rouille, de miroirs qui ont dû en voir passer de jolies nanas et des notables gonflés de champagne. J’aurais tant voulu vivre au bon temps des bordels. C’était dans les temps d’antan que j’aimais tant. En arrière, toute!

Dimanche 29 avril 2012