Les coups de coeur du marquis

Revue

Et de 100 pour Service littéraire

Créé par François Cérésa (notre photo) en 2007, Service littéraire est une revue mensuelle consacrée à l’actualité romanesque. Le journal, qui s’annonce comme Le Canard enchaîné de la critique littéraire, se distingue par sa liberté de ton et par la qualité de son écriture. Autre particularité: il est exclusivement rédigé par des écrivains. Y collaborent notamment Michel Déon, Hélène Carrère d’Encausse, Max Gallo, Frédéric Vitoux, Claire Castillon, Emmanuelle de Boysson, Gilles Martin-Chauffier, Christian Millau, Bruno de Cessole, François Bott, Éric Neuhoff, Bernard Morlino, Vincent Landel, Bernard Chapuis, Gérard Pussey, Jean Daniel, Franz-Olivier Giesbert, Guillaume de Sardes, Bertrand de Saint-Vincent, Jérôme Garcin, etc. On peut être impertinent, totalement libre et perdurer. La preuve: la revue vient de sortir son numéro 100, avec, au sommaire, un sulfureux article intitulé «Maurice Sachs, Juif, homo, agent de la Gestapo et archi talentueux». Le ton est donné. Ça dépote!

Service littéraire. 2,50 €. www.servicelittéraire.fr

 

Littérature

Crimon le Letton

L’écrivain amiénois Jean-Louis Crimon verra son dernier roman, Du côté de chez Shuang, paru aux éditions du Castor astral, traduit en letton. Au cours de sa carrière journalistique, il a été envoyé spécial permanent à Copenhague, chargé de la couverture de l’actualité quotidienne des trois pays scandinaves, Danemark, Norvège et Suède, de la Finlande et des trois pays Baltes: Lituanie, Lettonie et Estonie. Ce n’est pas tout: les 8 et 9 décembre prochains, il se rendra à l’université de Riga afin de participer à la Journée d’études. «Écrire avec la voix. De l’importance des cordes vocales dans la musique de l’écriture, de mon écriture». Ph.L.

 

 

L'excellent François Cérésa, écrivain., créateur de Service littéraire.

L’excellent François Cérésa, écrivain., créateur de Service littéraire.

Bises d’automne

 

Jacques Béal embrasse Jean-Louis Crimon.

Jacques Béal embrasse Jean-Louis Crimon.

Il faut un bon moral pour affronter l’arrivée de l’automne. Pluies vraiment humides, « mouillantes » (pas comme ces pluies d’été tièdes qui coulent sur nos peaux et nos vêtements comme l’eau sur les plumes des colverts) ; premières nappes de brumes ; ciels gris, foncés, froncés comme les sourcils de Georges Pompidou. Et cette terrible impression que les beaux jours ne reviendront plus jamais, lectrice, ma fée démoralisée du fait de mes œuvres. (J’ai l’impression d’avoir pensé, très fort, « enceinte de mes œuvres ».) L’automne est une saison verlainienne, comme le printemps est la saison de Colette, l’été celle de Nietzsche, l’hiver celle de Dickens. A chaque saison, son écrivain. J’entretiens avec l’automne des relations ambigües. Détestation et fascination ; amour et haine. Je suis vraiment un drôle d’individu, un étrange, un bizarre, un infréquentable. Rien d’étonnant que Dee Dee Bridgewater m’ait embrassé sur le crâne, l’autre soir, à la maison de la culture d’Amiens. Ce vendredi-là, au c’était pourtant déjà l’automne, mais il faisait un soleil éclatant. J’étais invité à signer mes ouvrages au salon du livre audio, organisé par l’Association Valentin-Haüy, au service des déficients Visuels, au cloître Dewailly, à Amiens. J’y retrouvais quelques bons copains écrivains. Parmi eux, Jacques Béal et Jean-Louis Crimon. Le premier sortira le 5 novembre prochain un roman, La Griffue, dans la collection Terres de France, aux Presses de la Cité. Je n’ai pas encore lu cet opus, mais Jacques m’en a parlé longuement, avec passion ; je suis certains que je ne m’ennuierai pas. Ce fut le cas à la lecture de ces précédents livres, en particulier son très beau et émouvant Rendez-vous au Sourire d’Avril (Presses de la Cité). Jacques est un remarquable raconteur d’histoire, un conteur fou de la Picardie, amoureux de ses personnages. Il fut un grand reporter inspiré et précis ; il est aujourd’hui un romancier inspiré et précis. Cela est arrivé à d’autres avant lui et pas des moindres : Kessel, Bodard, Lentz. Et cela lui va bien de se retirer plusieurs mois au Crotoy et en Irlande et de nous ramener des histoires qui sentent le hareng (La Griffue s’inspire de la Route du poisson) ou le saumon (le saumon d’Irlande serait sur le point de lui souffler une fort belle histoire…). Jean-Louis, lui, vient de reprendre les cours à l’université Jules-Verne. Mais quand on a écrit un aussi beau bouquin que Verlaine avant-centre (Castor astral), on sait très bien qu’il nous prépare un roman ou un recueil de nouvelles de qualité. Il en a le talent, le souffle, l’inspiration. Avec mes deux compères, on a ri aux éclats. Au moment de l’apéritif, nous avons profité de Crémant de Loire en compagnie de Pascale Boistard et de Barbara Pompili. A cette dernière, j’ai fait remarquer que je ne comprenais rien aux divisions des Verts. Ca l’a étonnée, puis fait sourire. Un beau sourire d’automne, doux et blond comme la lumière qui, ce vendredi, persistait à caresser ma peau mélancolique.

                                                         Dimanche 11 octobre 2015

Jean-Louis Crimon a 42 ans de retard

       

Jean-Louis Crimon, écrivain, journaliste. Ici, sur le fauteuil rouge dans l'entrée du Courrier picard.

Jean-Louis Crimon, écrivain, journaliste. Ici, sur le fauteuil rouge dans l’entrée du Courrier picard.

Jean-Louis Crimon, écrivain et ancien journaliste à France Culture, est venu me dire bonjour au journal. Nous nous sommes assis, non loin de l’accueil, sur les deux fauteuils en plastique rouge. Il regardait autour de lui ; il devait se dire qu’il avait changé, ce journal où il fit ses débuts de journaliste au cœur des seventies, égayant les colonnes de sa prose curieuse, littéraire, poétique, de ses enquêtes singulières. Quel âge avait-il le Jean-Louis, à l’époque ? Jeune. Nous l’étions tous, jeunes. Les cheveux longs. C’était avant que le rouleau compresseur du capitalisme n’écrase les idéaux. Il fallait changer le monde. C’est le monde qui nous a changés. Mes cheveux, à moi, se font rares. Il me reste la littérature dont je me goinfre en écoutant pousser ma barbe. Il m’en a appris une bonne, Jean-Louis. Il vient de s’inscrire en master de philosophie afin de rendre son mémoire sur la philosophie et la photographie, ce qu’il aurait dû faire il y a quarante-deux ans. « Je le soutiendrai en juin 2016 », explique-t-il, joyeux. Il a promis de m’inviter. J’irais l’encourager avec une banderole sur laquelle j’écrirai « Crimon avant-centre » ; une façon de rendre hommage à son très beau roman Verlaine avant-centre publié en 2001 au Castor astral. Hervé Jovelin, lui, c’est chez Ravet-Anceau qu’il a publié son dernier polar, Amiens, une nuit. Il nous convie à suivre les pérégrinations de son personnage fétiche, Matéo Ambiani, dit le Colibri. Il signait récemment son roman à la librairie du Labyrinthe, dans le quartier Saint-Leu, à Amiens. Je m’y suis rendu par une espèce de petite soirée toute imbibée d’une lumière qui, déjà, sentait l’automne à plein nez. Il y avait un peu de monde, deux cubitainers de vin (rouge et blanc), du Coca-Cola. Philippe Leleu, le libraire, avait dressé une table dans la rue du Dom. J’ai parlé avec le photographe Sylvain Bouture qui vient de sortir un beau livre sur 14-18 aux éditions du Labyrinthe, préfacé par Philippe. Qu’ai-je fait, ensuite ? Je suis certainement retourné au journal, me suis mis devant mon ordinateur pour terminer des travaux de mise en page, comme l’avaient fait avant moi, les illustres anciens que Jean-Louis Crimon, jeune journaliste aux cheveux longs, a dû croiser, un jour, une nuit. Des jours, des nuits. Il y avait encore des odeurs de plomb à l’imprimerie. Les journalistes et les ouvriers du livre se retrouvaient dans un bistrot qui se trouvait à l’angle de la rue de la République et de la rue Alphonse-Paillat. Il n’y avait pas encore d’ordinateur ni de téléphone portable. Et moi, que faisais-je en 1973, quand Jean-Louis oubliait de rendre son mémoire ? J’avais les cheveux longs et bouclés, une manière de Louis XIV ternois, un peu ridicule. (J’ai toujours la photo sur mon permis de conduire ; je la montre à mes copines quand je veux les faire rire.) Ce jour-là, à Saint-Leu, le soir sentait déjà l’automne. Il ne me restait plus qu’à écouter pousser ma barbe.

                                                        Dimanche 13 septembre 2015.

Bonjour à tous,

Voici mes prochaines dates de signatures-dédicaces, pour la promotion de mon dernier roman « Vingt-quatre heures pour convaincre une femme », paru aux éditions Ecriture :

– Dimanche 27 septembre 2015 : Village du livre de Merlieux, dans l’Aisne.

– Vendredi 2 ( à partir de 13h30; lecture d’un de mes textes à 17 heures) et samedi 3 octobre (de 9h30 à 18 heures), Salon du livre audio, salle Dewailly, à Amiens, dans la Somme.

– Vendredi 9 octobre, à 17h30, librairie Martelle, avec débat autour du livre.

– Samedi 10 octobre, Salon d’Aumale, en Seine maritime.

– Samedi 17 octobre 2015 : 15 à 18 heures, librairie Cognet, à Saint-Quentin, dans l’Aisne.

– Dimanche

IMG_390325 octobre, à partir de 15 heures jusqu’au lundi 26 octobre 2015, à 21 heures, signature à l’occasion de la présentation de ma pièce L’écharpe rouge, publiée au Castor astral, jouée par la troupe du Théâtre de l’Alambic, sélectionnée pour le festival national de Théâtre amateur, à Saint-Cyr-sur-Loire, dans l’Indre-et-Loire.

– Mardi 10 novembre 2015, 20h30, Comédie de Picardie, à Amiens, dans la Somme, à l’occasion de l’interprétation de L’Echarpe rouge : signature-dédicaces.

– Samedi 14 novembre 2015, 11 heures à 12h30, médiathèque de Tergnier, dans l’Aisne, rencontre-dédicaces, et à 13 heures, Café de la Poste, à Tergnier, rencontre-dédicaces. Et de 15 heures à 19 heures, dédicaces à la librairie Le Dormeur du Val, à Chauny, dans l’Aisne.

– Vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22 novembre 2015, Salon du livre de Creil, dans l’Oise.

  • Samedi 28 novembre 2015 : librairie Ternisien, à Abbeville, dans la Somme, de 15 heures à 19 heures.

– Vendredi 4 décembre 2015, librairie le Labyrinthe, à Amiens, dans la Somme.

– Dimanche 6 décembre 2015, espace Saint-Jacques, à Saint-Quentin, dans l’Aisne, salon du livre.

Une nouvelle qui nous fait un GRAND plaisir !

La pièce de théâtre « L’Echarpe rouge » de Philippe Lacoche (jouée par la compagnie du Théâtre de l’Alambic et éditée au Castor astral) a été sélectionnée, ce soir, à Senlis, pour représenter la Picardie au Festhea, concours national de théâtre amateur, cet automne, en Touraine.

Elle sera jouée samedi, à 17h30, à la salle des fêtes de Poulainville, près d’Amiens, dans le cadre du Festival de Théâtre.
http://castorastral.com/collection.php?id_livre=760

Une scène de l'Echarpe rouge, mise en scène par Jean-Christophe Binet.

Une scène de l’Echarpe rouge, mise en scène par Jean-Christophe Binet.

Lacoche tente de vendre des livres. Un comble!

 

Bonjour à tous,

 

Je dédicacerai mes deux derniers livres, L’Echarpe rouge, pièce de théâtre (éd. Le Castor astral) et Les Boîtes, nouvelle (éditions Cadastre8Zéro), le vendredi 16 mai, à 17 heures, à la librairie Page d’Encre, à Amiens (avec une exposition des boîtes de la plasticienne Colette Deblé, et une lecture d’une partie de la pièce pars des comédiens du Théâtre de L’Alambic); le samedi 21 juin, à partir de 15 heures, à la librairie Ternisien-Duclercq, à Abbeville.

Quelques articles sur « Au fil de Creil »

Dans Le Courrier picard, bel article de Bénédicte Biot.Un article dans le JDA (à Amiens).

Dans le Démocrate de l’Aisne (à Vervins).

Quelques articles de presse sur mon recueil de nouvelles Au fil de Creil, paru au Castor astral. Ph.L.

Jim Morrison a séjourné en Picardie

Jean-Yves Reuzeau vient de sortir une excellente biographie de Jim Morrison. Il y révèle que le chanteur des Doors séjourna dans l'Oise, peu de temps avant sa mort.

Les fans picards de Jim Morrison (1943-1971), chanteur des Doors, ne le savent peut-être pas: il a séjourné en Picardie. L’excellente biographie que lui consacre Jean-Yves Reuzeau, directeur littéraire des éditions Le Castor Astral, écrivain, poète, sobrement intitulée Jim Morrison, en témoigne. Il suffit de se reporter au porte folio situé entre les pages192 et193 de l’ouvrage (document 13) : l’on y voit Morrison, en compagnie de sa petite amie Pamela Courson, attablés devant une barquette de frites, vraisemblablement un whisky (pour lui) et un café (pour elle), à la terrasse de l’Hôtel de l’Oise, à Saint-Leu-d’Esserent, dans l’Oise. Elle est légendée en ces termes : «Le 28 juin1971, une semaine avant la mort du chanteur, Jim et Pamela sont photographiés par leur ami Alain Ronay. Les yeux dans les yeux, le couple est attablé au bord de l’Oise, à Saint-Leu-d’Esserent. »

Interrogé sur ce document, Jean-Yves Reuzeau explique que le couple et leur ami Alain Ronay seraient allés jouer aux courses à Compiègne, et se seraient arrêtés à l’hôtel. «Mais je n’ai pas pu vérifier ce détail», dit-il. Une autre source affirme qu’ils auraient visité le château de Chantilly. Cette passionnante biographie révèle également le rôle très important qu’aurait joué le mystérieux comte Jean de Breteuil, dealer notoire, dans les causes de la mort de Morrison. Breteuil qui mourra d’une supposée overdose quelque temps plus tard. À noter que Jean-Yves Reuzeau réédite Jim Morrison ou les Portes de la perception, un remarquable essai poétique.

PHILIPPE LACOCHE

«Jim Morrison», Jean-Yves Reuzeau, Folio, 432p.

«Jim Morrison ou les Portes de la perception», Jean-Yves Reuzeau, Castor music, 17 p.12 euros.

 

Alain Bertrand décrit avec beaucoup de talent la crise agricole dans les Ardennes belges.

 

Comme un charbon blanc

Excellent écrivain, Alain Bertrand propose un roman d’amour sur la crise agricole ancré dans les Ardennes belges. Emouvant et magnifiquement écrit.

 

Qu’est-ce qui fait un bon écrivain ? Son ton, son style et son tempérament aussi. Alain Bertrand, né en1958, de Bastogne, en Belgique, auteur d’une douzaine d’ouvrages (notamment Monsieur Blanche, au Castor astral, et On progresse, au Dilettante) ne manque d’aucun des trois. C’est un bon écrivain. Et même très souvent un grand écrivain. Écoutez ça, comme ça sonne: «Irène, c’est l’Ardenne en automne, quand la forêt s’embrase et fait trembler les lumières de l’âtre jusqu’au cœur de la nuit.». Et: «Le paysan est le mineur de fond des temps modernes; on lui interdira sous peu de nourrir sa famille.» Voilà qui est envoyé. L’histoire aussi est envoyée. Que nous raconte-t-il, Alain Bertrand? Une sorte de fable singulière, très peu germanopratine; celle de Charles, professeur, qui se fait éleveur d’escargots et dégustateur de yaourt (yoghourt, en Belgique), et sympathisant de la cause paysanne. Nous sommes dans les Ardennes belges. En pleine ruralité. Charles, parfois, se souvient de la ville, la regrette, et «se surprend à de mauvaises pensées et à des songes d’adolescent. C’est que la vie retirée, en Ardenne, sous le schiste et le gris des cherbins, serre parfois des écharpes de brouillard autour de la gorge. Pour la première fois depuis son installation au village, et malgré le rêve d’Irène, Charles a des nostalgies de cinéma et d’amours malheureuses, des souvenirs de tramway naviguant sur une mer de pétales de cerisiers japonais.» (Un tramway naviguant sur une mer de pétales de cerisiers japonais. Dieu que cette image est belle. On dirait du Simenon.) L’un des personnages principaux, c’est la crise agricole. Injustes. Cruelle. Elle pousse les paysans à bout. La belle Irène résiste. C’est une sorte de passionaria. Charles est tombé sous le charme tandis que des millions de litres de lait sont déversés dans les champs: «Le paysan n’est plus un paysan, c’est un enfant de la mine. Son lait, c’est le charbon blanc qui retourne à la terre

Ce roman – à la fois social, rural et d’amour – ne manque ni de chair, ni de caractère. Alain Bertrand tient son sujet par les cornes, ne le lâche plus comme la fermière tire sur les pis. Et parfois, des images qu’on croirait échappées d’une petite ferme, jouet de Noël d’un enfant rêveur: «Les vaches noir et blanc rentraient de leur séance de digestion, le fermier aux basques. Les cochons étaient d’un rose de cervelas éclaté à la cuisson; dans son enclos, la truie se laissait assidûment téter par ses petits.» Un texte magnifique.

PHILIPPE LACOCHE

«Le Lait de la terre», Alain Bertrand, Weyrich, coll.Plumes du Coq.156 pages.

Editeur de Pantin, le Castor Astral publie le Nobel

 

Rencontre avec Jean-Yves Reuzeau, fondateur du Castor Astral, éditeur de Tomas Tranströmer, qui vient de se voir attribuer le prix Nobel de littérature.

 

Pourriez-vous nous présenter brièvement Tomas Tranströmer, peu connu en France jusqu’ici?

Tomas Tranströmer est un écrivain suédois né en à Stockholm en1931. Il est le poète contemporain le plus traduit au monde (en 63 langues à ce jour). Le Castor Astral a publié ses œuvres complètes en1996. Il vient d’obtenir le prix Nobel de littérature 2011. Qu’est-ce qui vous séduit dans sa poésie?

Tomas Tranströmer est un poète de l’essentiel, de la profondeur. L’intégralité de ses écrits, en édition française, est regroupée en trois livres. Sa poésie, à la fois très lisible et complexe, relève de la philosophie au quotidien. À partir d’un infime détail de la vie de tous les jours, il parvient à développer un message humaniste et visionnaire. C’est un maître de la métaphore. Le premier vers de son premier poème publié, en1954, est à lui seul fulgurant: «L’éveil est un saut en parachute hors du rêve.»

Comment et quand avez-vous été amené à l’éditer?

En 1986, nous avons édité une anthologie intitulée Poésie suédoise contemporaine, traduite par Jacques Outin. Ce livre présentait un choix de «jeunes» auteurs nés dans les années1940 et1950. C’est suite à cette parution que le traducteur m’a fait découvrir Tomas Tranströmer. Le choc fut tel que nous avons décidé de publier l’intégralité de son œuvre en langue française. Un pari assez fou à l’époque pour une petite maison d’édition indépendante. Mais cela relevait de l’ordre d’une mission. D’une évidence. Il fallait absolument faire découvrir cette voix dans la francophonie.

Parlez-moi de son traducteur, Jacques Outin.

Jacques Outin, né en 1947, vit en Allemagne où il a enseigné à l’université. Il a fait ses études de langues et littératures allemande et scandinave, de philosophie et d’histoire de l’art en France, en Allemagne et en Suède (à Lund). Au fil des ans, il est devenu un intime de Monica et Tomas Tranströmer. Il a également traduit en langue française des auteurs comme Jacques Werup, Gunnar Garding, Lars Gustafsson et August Strindberg.

Que représente pour votre maison, Le Castor Astral, l’obtention du Nobel de littérature pour un auteur que vous avez traduit et édité en France?

C’est bien sûr la reconnaissance de plus de 35 années passées à publier avec acharnement de la poésie, mais aussi de la littérature et des ouvrages consacrés à la musique. Ce prix rejaillit sur l’ensemble de notre catalogue (900 livres publiés à ce jour) et sur nos auteurs. C’est un bonheur partagé. Nous avons reçu des centaines de messages de félicitations de lecteurs qui suivent notre travail depuis des années. La vraie récompense est dans ces liens qui se sont créés en profondeur en donnant vie à des livres, en les faisant découvrir et partager.

Le Castor Astral est l’une des très rares maisons d’édition françaises qui continue à se battre pour faire lire de la poésie. D’où vous vient cette volonté têtue et très courageuse?

J’ai créée Le Castor Astral en1975 avec Marc Torralba. Nous étions encore étudiants quand sont parus les premiers livres. Avant de diversifier notre catalogue, nous n’avons d’abord publié que des livres de poésie. Cette passion première est restée le fil rouge de notre engagement d’éditeur. C’est ce qui donne tout sens à notre travail. La poésie est le genre littéraire qui permet à l’homme (auteur ou lecteur) d’aller au plus profonde lui-même.

Grâce au Nobel, les œuvres complètes de Tomas Tranströmer se sont vendues à combien d’exemplaires à ce jour?

En trois mois, elles se sont vendues à plus de 10000 exemplaires en édition courante, et à près de 20000 exemplaires en édition de poche (chez Gallimard). Des chiffres très importants pour de la poésie… en France, pays assez sous-développé en ce domaine!

Quels poètes édités par Le Castor Astral recommanderiez-vous à nos lecteurs?

En se limitant à des auteurs récemment publiés, je recommanderais Jean-Claude Pirotte (qui vient de recevoir le prix Guillaume Apollinaire), le poète franco-kurde Seyhmus Dagtekin (prix Stéphane Mallarmé) et Zéno Bianu, auteur d’une magnifique trilogie poétique consacrée à Chet Baker, Jimi Hendrix et John Coltrane (ce troisième volume à paraître en mars prochain).

Propos recueillis

PHILIPPE LACOCHE