Les coups de coeur du marquis…

Lire Mac Orlan

Les éditions Le Bretteur, dirigée par Bernard Baritaud (notre photo) publie la 5e livraison de Lectures de Mac Orlan, sous-titrée Romanesque de la Grande Guerre. Il s’agit des textes du colloque de l’Université de Picardie-Jules-Verne, Péronne et Saint-Quentin, organisé en mai 2016. «Ce colloque initié par le CERCLL de l’Université de Picardie, en partenariat avec la Société des Lecteurs de Pierre Mac-

Bernard Baritaud.

Orlan, se donnait pour objet le glissement du témoignage vers la fiction, en s’inspirant notamment de l’exemple de Pierre Mac Orlan», explique l’éditeur en quatrième de couverture. «C’est dans cet esprit que les contributions rassemblées ici interrogent les divers registres de la littérature romanesque et la façon dont ils s’approprient la réalité et l’imaginaire de la Grande Guerre (…).» Sont également analysées les œuvres de Céline, de Giono, de Louis Guilloux, etc. Les textes sont réunis et présentés par Philippe Blondeau qui réalise un travail exemplaire. Ph.L.

Lectures de Mac Orlan, n° 5, Romanesque de la Grande Guerre; éd. Le Bretteur (lebretteur@free.fr); 283 p.; 24 €.

 

CHRONIQUES

ESSAI

Le Picard Mac Orlan

Ancien diplomate et universitaire, Bernard Baritaud fut encouragé à écrire par l’écrivain picard Pierre Mac Orlan (1882-1970) à qui il a consacré plusieurs ouvrages. Il nous donne aujourd’hui à lire cet excellent Qui suis-je? Mac Orlan qui tient à la fois de l’essai et de la biographie. Richement illustré grâce à des photos et documents rares, voire inédits, ce petit livre est une totale réussite car il dévoile à la fois le parcours (tissé d’aventures) et la démarche littéraire et poétique du grand auteur Mac Orlan, né à Péronne, dans la Somme (et blessé devant cette ville au cours de la Grande Guerre) prosateur inclassable, inventeur du fantastique social. Bernard Baritaud nous rappelle avec passion et talent que Mac Orlan est constamment réédité et fait l’objet de thèses et de colloques. Un excellent livre. Ph.L.

Qui suis-je? Mac Orlan, Bernard Baritaud, Pardès; 128 p.; 12 €.

Le panache de Christian Laborde

Prix Louis-Nucéra pour son Tour de France, nostalgie, Christian Laborde (notre photo) est, sans conteste, l’un des meilleurs écrivains français actuels. Il n’a pas son pareil pour évoquer dans ses romans ou ses nouvelles, cette France qui n’est plus – ou presque plus – et qui nous manque, car étouffée par une Europe technocratique et une mondialisation délétère. Spécialiste de Claude Nougaro, rien d’étonnant qu’il soit aussi fasciné par le cyclisme, sport populaire par excellence, et par le Tour de France en particulier. Son A chacun son tour, regroupe les chroniques qu’il donne, depuis plusieurs années, au micro de RTL. Des histoires savoureuses, des anecdotes drôles, parfois piquantes, toujours singulières et écrites avec le style Laborde, tissé de légèreté et de poésie, où l’image fuse, gicle comme le sprinter du peloton à dix mètres de la ligne d’arrivée. Le plume de Laborde s’envole, porté par le vent du swing. Un régal! Ph.L.

L'excellent écrivain Christian Laborde.

L’excellent écrivain Christian Laborde.

À chacun son tour, chronique du Tour de France, suivi de Roue libre, Christian Laborde, Robert Laffont, 198 p.; 17 €.

 

 

Les suites diplomatiques

Bernard Baritaud : l'un de ses écrivains préférés est le Picard Pierre Mac Orlan.

Bernard Baritaud est également l’auteur de « Dans la rue des rats », paru au Bretteur, en mai 2011.

 

Excellent écrivain, Bernard Baritaud publie le troisième volume de sa « suite personnelle ». La vie d’un diplomate en poste à Colombo, au Sri Lanka.

 

Votre dernier ouvrage, Journal d’un attaché culturel, s’inscrit dans le cadre d’une suite intitulée « L’écharpe bariolée ». Parlez-moi de cet ensemble.

J’ai commencé à tenir mon journal aux Antilles. J’avais 25 ans. J’ai repris ce texte bien plus tard ; Prof de fortune, paru en 2004, couvre les années 1963-1967. L’idée m’est alors venue de raconter la suite de ma vie, à partir des lettres que j’adressais à mes parents et qu’ils avaient conservées, et de mes souvenirs, bien sûr. D’où les volumes suivants, concernant mes séjours en Grèce et à Ceylan. L’écharpe bariolée, titre de l’ensemble, vient d’une citation de Prof de fortune : jeune homme, je voulais que ma vie soit une « écharpe bariolée ». Elle l’aura probablement été.

Vos textes tiennent à la fois des chroniques et des mémoires. Pratiquer ce genre littéraire aujourd’hui est audacieux, voire courageux. Pourquoi cette démarche?

En effet, j’ai appelé « suite personnelle », mieux que journal, cette série d’ouvrages, en raison de leur caractère hybride. Bien sûr, que ça n‘est pas porteur commercialement. Mais il me semble –n’y voyez nulle vanité– que mon itinéraire, lié à l’évocation d’une époque disparue, peut intéresser, au moins par le témoignage (d’ailleurs, chaque volume comprend un index avec des notices sur les personnages peu connus). L’idéal pour moi se situe quelque part entre le prince de Ligne et Paul Léautaud, dont j’aime énormément le Journal.

Pourquoi ne vous adonnez-vous pas (ou peu) à la fiction pure (romans, nouvelles) car vous possédez un vrai style, un ton très personnel, et un vrai tempérament d’écrivain?

J’ai publié deux policiers et termine le troisième (avec un associé qui imagine le squelette, et moi je mets la chair autour : nous fonctionnons comme Boileau et Narcejac autrefois). Je serai, peut-être, un « écrivain pour écrivain » pour reprendre une expression que j’ai entendu appliquer à Paul Morand (qui a connu, pourtant, de grand succès de libraires avec ses romans à une certaine période).

Quel regard global portez-vous sur votre activité d’attaché culturel, et plus particulièrement lors de cette période (1972-1975)?

C’était passionnant, d’autant que, à Colombo, à l’époque, loin de Paris, je gérais à ma guise l’action culturelle de la France. Il y avait aussi beaucoup de difficultés matérielles liées, notamment, à la situation locale. Mais ma femme, qui était vénitienne, et moi avons passionnément aimé cette vie (j’ai encore, été attaché culturel en Afrique de l’est et à Rome). Et puis, j’étais jeune. A ce que j’ai pu constater en faisant des conférences à l’étranger, les conditions ont bien changé. On pratiquait encore dans les années 70 une diplomatie culturelle très littéraire.

Quel souvenir marquant vous vient-il à l’esprit?

J’ai été heureux partout. Avec le sentiment d’être plus efficace, de mieux maîtriser la situation, dans les petites postes (Colombo) que dans les grands, où j’étais un rouage. Mais j’ai eu alors le bonheur de vivre à Rome ! J’ai eu également la chance de travailler avec deux ambassadeurs issus de la France libre ou de la Résistance. Ils n’étaient pas bardés de diplômes, mais ils avaient de très fortes personnalités, et nous avons noué des amitiés durables.

Quels sont vos écrivains préférés?

Les goûts évoluent : quand j’étais jeune homme, Mac Orlan, Cendrars, Malaparte, Malraux, Montherlant… Aujourd’hui, mon panthéon personnel est composé de Chateaubriand (pour Mémoires d’Outre-tombe), de Saint-Simon (pour le style), de Durrell (pour l’architecture romanesque), de Faulkner et d’Italo Svevo (pour la densité et le climat de leur œuvre, simplement). Et puis, bien sûr, toujours Mac Orlan.

Vous vouez une passion à ce grand écrivain picard qu’est Pierre Mac Orlan. Pourquoi?

Je suis venu à lui par Le Chant de l’équipage que mon père m’avait fait lire très tôt, et par ses chansons, interprétées par Germaine Montero. Ensuite je lui ai adressé un poème quand j’avais une vingtaine d’années, et il m’a encouragé à écrire. C’est donc tout naturellement que je lui ai consacré un essai, en 1971, puis des travaux universitaires. Je l’ai rencontré, aussi (je rapporte d’ailleurs ces entrevues dans L’écharpe bariolée). Si son œuvre est inégale (il n’a jamais vécu que de sa plume), ses meilleurs textes (Sous la lumière froide, par exemple,) le classent, effectivement, parmi les grands écrivains. D’ailleurs, son œuvre résiste mieux que celle de nombre de ses contemporains (Salmon ou Carco, par exemple). J’ajoute que le romantisme du Nord a toujours fasciné le Charentais que je suis, peut-être parce que ma grand-mère paternelle s’appelait Picard !

Quels sont vos projets littéraires?

Innombrables. C’est le temps qui me manquera. J’ai en chantier le quatrième volume de L’Echarpe bariolée : mes années romaines. Plus un polar, comme je vous le disais. Et un gros roman (on y arrive) que je n’en finis pas de saisir. Des proses érotico-oniriques, aussi dans la veine de Dans la rue des rats (*). Enfin, je tiens maintenant un Journal littéraire qui, s’il voit jamais le jour, sera vraisemblablement posthume. Mais ce qui compte, c’est d’avoir le nez dans le guidon, et de foncer, tant qu’on le peut.

Propos recueillis par Philippe Lacoche

« Journal d’un attaché culturel (Colombo 1972-1975) », Bernard Baritaud, Le Bretteur, 163 pages, 17 euros.

(*) Dans la rue des rats, Bernard Baritaud, Le Bretteur, coll. Les Incongrus, 37 pages, 10 euros.