« On paie toujours quelque chose quand on privilégie le travail à sa vie »

 

C’est ce que pense Sylvain Desclous, réalisateur de l’excellent « Vendeur », avec Pio Marmaï. Ils sont venus présenter leur film, il y a peu, au Gaumont d’Amiens.

La société capitaliste vue par le petit bout de la lorgnette : la vente. La difficulté d’être père. Ce sont les thèmes essentiels du très beau premier long-métrage de Sylvain Desclous. Serge (Gilbert Melki) est un vendeur exceptionnel. Il exerce son talent dans les grands magasins. Ses employeurs l’adulent; c’est un gagnant. Et il leur fait gagner beaucoup d’argent. Mais il a tout sacrifié à son fichu métier. Dont son fils, Gérald (Pio Marmaï) qu’il ne voit jamais… Ce dernier, en grande difficulté financière, vient demander un travail de vendeur à son père afin de financer les travaux de son restaurant… Gérald, qui ne se croyait pas fait pour ça, se découvre, lui aussi, un excellent vendeur…

Sylvain Desclous, quelles étaient vos intentions en écrivant ce film ?

Il s’agit de mon premier long-métrage ; j’ai un parcours un peu atypique. Je n’ai pas fait d’école de cinéma ; j’ai gagné ma vie en bossant dans des entreprises. Parallèlement, j’ai fait des courts et moyens-métrages qui ont tous en commun qu’ils présentent des personnages ancrés dans une certaine réalité du travail. Je voulais voir ce qu’une place dans le monde du travail, place subie plutôt que choisie, pouvait avoir comme conséquences sur le comportement (tout banalement, que la personne soit heureuse ou malheureuse). Quand j’ai eu l’idée du long-métrage, j’ai voulu garder ça, et prendre un personnage que l’époque désigne comme très reconnu, admiré dans son univers professionnel. Et de gratter jusqu’au bout pour voir à quel prix cette réussite professionnelle s’était faite. Qu’est-ce que ce personnage, Serge (campé par Gilbert Melki) avait sacrifié pour cette réussite. Je vis en 2016 ; mes amis ne sont pas dans le cinéma et je vois qu’on paie toujours quelque chose quand on privilégie le travail à sa vie. On est tous là-dedans, dans cet engrenage, et ce n’est pas sans prix. Pourquoi ai-je pris un vendeur ? Je me suis renseigné sur les cuisinistes ; c’est une profession assez flamboyante, drôle, et cinématographique parce que les mecs sont des vendeurs, mais aussi des acteurs. Il y a des passerelles assez cocasses entre les deux métiers. Tout en restant dans le cinéma, tout en se faisant plaisir, en faisant de belles images, il y avait moyen de dresser un tableau discret – mais je l’espère, fidèle – du monde et de la société dans lesquels on vit.

C’est d’abord le portrait d’un homme, un père, mais c’est aussi une charge contre la société capitaliste dans laquelle on vit. C’est le capitalisme et ses terribles rouages vus par le petit bout de la lorgnette… Etait-ce aussi l’une de vos intentions ?

Je ne voulais pas être dans le jugement, ni dans le manichéisme, ni dans le pamphlet parce que j’aime beaucoup une phrase de Jean Renoir qui dit : « Le problème dans ce monde c’est que tout le monde a ses raisons. » Et je pense que tout le monde a ses raisons. Daniel (Pascal Elso), le directeur des cinq magasins, peut se révéler d’une très grande froideur quand il s’agit de virer Serge, mais s’il ne vire pas Serge, c’est lui qui se fera virer. En tant que citoyen et être humain, bien sûr, je condamne ça, et, en même temps, je me dis que parfois on n’a pas le choix. Il faut tuer pour survivre, je le constate et le déplore, évidemment. Ne pas être manichéen et, en même temps, cheminer dans le questionnement que tout le monde a le matin quand il se lève : est-ce que j’enfile le bon costume ? Est-ce que je suis à ma place ? Est-ce que j’exerce le métier dont je rêvais quand j’étais enfant ? Est-ce que j’ai fait les bons choix ? Est-ce que je ne me suis pas trompé ? Et si je me suis trompé, est-ce qu’il est encore temps de revenir en arrière ? Avant de faire des films, je devais préparer des concours administratifs ; j’ai fait les études qui m’y menaient.

Vous avez fait Science Po.

Oui, j’ai fait Science Po ; j’ai fait du droit. Je n’aurais jamais dû être là dans cette activité de cinéaste. Mais à un certain moment, je me suis dit que j’étais en train de m’engager dans quelque chose où je pressentais que je n’allais pas être très heureux. Alors, quoi faire ? Comment faire ? Est-ce que le demi-tour est possible ? Ce sont des questions qui me touchent.

Généralement, on ne fait pas Science Po sans être politiquement positionné. Etait-ce votre cas ?

Non, pas du tout. Je venais de province ; j’ai fait Science Po à Aix.  Le monde du cinéma m’était complètement étranger ; je voyais ça comme un simple spectateur. Je ne savais pas que les films se fabriquaient avec des techniciens. Je ne savais trop quoi faire après le bac, en tentant de rester le plus généraliste possible. Et Science Po est très généraliste. Et puis, il fallait bien gagner sa vie, et j’ai senti que ces premiers boulots payaient plutôt bien, et que je me retrouvais comme tout le monde dans un engrenage. Travailler pour pouvoir payer… Et un moment donné, mes rêves et ma passion, je commençais tout doucement à les oublier. Et je me suis réveillé juste à temps.

Pio Marmaï, connaissiez-vous Sylvain Desclous avant ce film ?

Pio Marmaï : Nous nous étions croisés amicalement. On s’est croisés par l’intermédiaire de Pierre Salvadori. Je ne savais pas encore si j’allais faire son film Dans la cour ; je venais de me faire lâcher par ma meuf à ce moment-là. J’étais un peu anéanti, comme peut l’être n’importe quel jeune amoureux. Et puis, la vraie rencontre s’est fait quand j’ai découvert le scénario de Sylvain. Quand de tels scénarios surgissent (pour moi, c’est de l’ordre du surgissement), une écriture singulière et profonde, et en même temps très accessible. On n’est pas dans quelque chose d’élitiste et de prétentieux. En tant que jeune, ce scénario m’a parlé. Ensuite, tout simplement, on s’est rencontré. On a discuté ; on n’a pas tellement préparé. On n’a pas fait beaucoup de répétition ; on a fait une lecture. Nous sommes partis du principe qu’il fallait garder cette fragilité-là.

Comment avez-vous endossé et travaillé le personnage de Gérald ?

Gérald a un travail (chef cuisinier) qui le passionne mais qui ne parvient plus à le faire vivre. Il est dans l’obligation de demander de l’aide à son père.

Sylvain Desclous : Dès le début, nous nous sommes dits : Serge est un commerçant, et Gérald est un artiste. Gérald est parvenu jusqu’ici à suivre sa voie, la gastronomie, la cuisine… Et il s’est planté car il est trop entier. Comme il le dit : ses gars, il ne les paie pas au black. Il n’a pas su composer avec le système. Il va demander à son père, Serge (qui, lui, a su parfaitement composer avec le système), un travail.

Il y a aussi l’analyse autour du rôle de père. Cela devait être d’autant plus émouvant pour vous, Pio, que vous ressemblez, dit-on, au vrai fils de Gilbert Melki.

A dire vrai, je me fiche un peu du réalisme. Par convention, ce qui est montré, la fiction, on le croit. Ce qui était délicat à générer, c’est la relation père-fils qui ne cesse d’évoluer. A dire vrai, à aucun moment, il y a une sorte de rencontre…  Ce qui m’a marqué, c’est que les individus sont des taiseux qui peuvent être nourris d’un certain amour l’un pour l’autre mais qui ne se le diront jamais. C’est pour ça qu’ils sont assez beaux. C’est pour ça aussi qu’ils parlent à n’importe quelle personne. Il y a plus qu’un non-dit ; c’est une impossibilité de se dire : « Ca fait trente ans qu’on est là ensemble ; je ne t’ai jamais dit que je t’aimais, mais je ne le ferai pas. » Il existe entre eux une sorte d’évitement plein de pudeur.

Sylvain Desclous : L’amour qui existe entre eux ne parvient pas à se dire. Je pense que le personnage de Serge (joué par Gilbert Melki) est assez révélateur de cette génération – et sans faire de généralité. J’en ai rencontré plein, notamment dans ma famille. Des hommes qui n’ont pas les mots.

Pio Marmaï : Il y a, certes, dans le film une dimension sociétale, mais dans le film il y a surtout quelque chose qui relève de l’intime, du familial. Dans ma famille, c’est différent. Ca traite aussi de la pudeur ; à quel moment on s’autorise à dire à la personne qu’on aime. Entendre qu’on est aimé par quelqu’un est assez bouleversant.

Le rapport père-fils est aussi très présent dans Saint-Amour le film de Delépine-Kervern.

Oui, dans les films de Delépine et de Kervern, ce sont des personnages cabossés qui font preuve d’une énorme tendresse. C’est ce qui me plaît dans leurs films.

La scène de pêche avec le grand-père, interprété par Serge Livrozet, est magnifique.

Sylvain Desclous : J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire la scène du personnage du grand-père parce qu’on se rend compte que cette incapacité de prendre la parole elle court depuis des générations. Il faut que quelqu’un brise enfin le cercle du silence pour que des paroles d’amour puissent enfin s’échanger et qu’on puisse repartir sur autre chose.

Pio Marmaï : Mon père était d’une famille de taiseux, de travailleurs. On est une famille, donc on s’aime, c’est entendu. Oui, c’est le non-dit. Ca m’émeut en tant qu’individu quand je le vois à l’écran. Ca me renvoie à ce que j’ai vécu.

Sylvain Desclous : J’ai lu l’été dernier une biographie de Samuel Fuller, Le Cinquième visage, un gros pavé dans lequel il raconte sa vie démentielle… A la fin du bouquin, il sait qu’il va mourir ; il se demande ce qu’il va retenir de sa vie, et il dit : « Pensez à ceux que vous aimez et dites-leur. »

Sylvain, vous avez travaillé dans le monde l’entreprise. Quel regard portez-vous sur celle-ci ?

Mon regard est biaisé car je ne m’y suis jamais senti à l’aise ; ce n’était pas ma place. J’y ai vécu de façon assez douloureuse, en me disant : «J’espère que ma vie ne va pas se cantonner à ça. » Je me disais que les gens que je côtoyais n’avaient pas l’air heureux. J’ai également organisé des séminaires de travail pour de grandes entreprises. Ainsi, j’ai pu comprendre comment le monde de l’entreprise fonctionnait. Avec des hommes qui aiment le travail, certains sont heureux, d’autres malheureux. Ca m’a permis de ne pas être dans le fantasme. J’aurais eu très peur de décrire une réalité que je ne connaissais pas. Je sais comment parle un directeur de marketing ; je sais comment il s’habille ; je sais où est-ce qu’il va bouffer ; je connais sa bagnole… Ca me permet d’ancrer des personnages, de mettre des mots dans leur bouche.

La scène du coaching avec Christian Hecq est impressionnante…

Sylvain Desclous : Il est souvent au cinéma dans des rôles plutôt comiques, mais aussi à la Comédie française. Il est flippant ; je me suis fait plaisir en écrivant cette séquence. Ce genre de scène existe dans la réalité. Après certaines projections en avant-premières, des gens sont venus me dire qu’ils avaient vécu ça et que c’était plus méchant que ça… Des livres sortent chaque année sur les dérives du management. On assimile la performance individuelle à la performance sportive. Il faut surperformer ; le bon vendeur ce n’est pas celui qui vend bien, c’est celui qui vend bien tous les jours. Sauf que ce n’est pas pour rien que les sportifs s’arrêtent à 35 ans car le corps finit par lâcher. Or, dans l’entreprise, jusqu’à 50 balais, on file des challenges aux mecs, et ils finissent par craquer.

Comment avez-vous rencontré Serge Livrozet ?

Sylvain Desclous : Avant de faire des films, j’étais d’abord un spectateur. J’avais L’Emploi du temps, de Laurent Cantet, dans lequel il jouait un rôle. Je me suis dit : « Le jour où je ferai un long-métrage, je veux ce que mec soit dans mon film. Il a une gueule… » On est allé en casting de long-métrage. J’ai vu quelques comédiens, pour jouer le rôle du grand-père, dont Romain Bouteille. C’est alors que j’ai pensé à Serge Livrozet ; je suis allé le voir à Nice. On s’est tout de suite très bien entendu. Et il m’a raconté sa vie : Michel Foucault, les QHS, etc. Je me suis dit que c’était trop énorme. Je me suis dit que, même si ce n’était pas un comédien, je prenais le risque. Serge a accepté. Il a eu le courage absolu de faire le tournage, alors qu’il avait des soucis de santé. C’est une de mes grandes fiertés ; c’est une gueule. C’est un parcours ; c’est un intellectuel. Et puis, il y a ce petit clin d’œil car c’est quand même lui qui a écrit Lettre d’amour à l’enfant que je n’aurai pas  (N.D.L.R. : éditions Lettres libres), et dans mon film il joue le rôle d’un père et d’un grand-père. J’ai un immense respect pour Serge Livrozet. On va aller le voir à Nice où nous présentons le film en avant-première. Pour l’anecdote, dans le film de Laurent Cantet, Serge Livrozet conduit une BM, et c’est la même que conduit Melki dans mon film.

Pio, qu’est-ce ça fait de jouer au côté de Gilbert Melki ?

J’ai un rapport assez concret au travail. Je pars du principe que les comédiens sont bons car leurs partenaires le sont aussi. Le cinéma est un travail d’équipe ; tu es bon car tu es bien éclairé, bien filmé.  Une confiance entre Gilbert Melki et moi s’est instaurée ; on s’est vu très peu avant, non pas par fainéantise, mais on voulait que leur relation singulière elle soit réelle sur un plateau. Je ne cherche jamais à être pote avec les gens avec qui je travaille ; je fais simplement mon boulot. On s’est donc dit que notre relation allait se construire au fur et à mesure du tournage du film. Il ne faut pas forcer les choses ; on pouvait fabriquer une filiation fictionnelle. Ca fonctionne quand on laisse les choses exister.

La scène de pleurs dans la voiture est très forte.

Pio Marmaï : Les scènes d’effondrement sont compliquées quand on est seul. Je n’ai jamais de difficulté à générer une scène d’émotion quand je suis avec un partenaire.

Sylvain Desclous : Je crois que cette scène était la plus difficile à réaliser. Pio venait de Paris ; c’était le matin. Au top, il fallait qu’en 25 secondes viennent les larmes ; c’était compliqué.

Quels sont vos projets ?

Sylvain Desclous : Je suis en cours d’écriture d’un deuxième long-métrage avec coscénariste très talentueux qui s’appelle Pierre Erwan Guillaume. Ce film n’a pas grand-chose à voir avec Vendeur ; c’est l’histoire d’une jeune femme dans le milieu de la politique.

Droite ? Gauche ?

Sylvain Desclous : Bonne question. Je suis très observateur de ce qui se passe aujourd’hui ; ma hantise, c’est que le film se trompe ou soit daté. J’aimerais que quand le film sort, il ne soit pas contre validé par un passé immédiat. Je me dois d’anticiper ce qui va se passer après les prochaines élections.

Pio : Je finis le film, Le vin et le vent, que j’ai tourné, pendant un an, avec Cédric Klapisch. Après je fais un film de Jérôme Bonnell avec Catherine Deneuve, et ensuite, je ferai le prochain de Pierre Salvadori. Ensuite, je serai au théâtre à propos des Indiens en Arizona. Des workshops, écriture au plateau avec les junkies… comme je suis, quoi ! Et aussi le film d’Olivier Babinet, en second rôle. Car c’est important de suivre des projets, sans pour autant d’être dans un premier rôle.

Sylvain Desclous : Parmi les vendeurs, il y a un acteur qui s’appelle

Pio Marmaï (à gauche) et Sylvain Desclous.

Pio Marmaï (à gauche) et Sylvain Desclous.

, un ami. Il joue le rôle d’un vendeur qui arrive avec sa clope pour parler à Gilbert Melki. Et lui, aura le rôle principal dans le prochain film d’Alain Guiraudie qui est en sélection officielle. Donc, on n’a pas fini d’en entendre parler.

Propos recueillis par

                                                        PHILIPPE LACOCHE

Vendeur

Sortie : mercredi 4 mai.

Durée : 1h 29 mn.

Réalisateur : Sylvain Desclous

Avec : Gilbert Melki, Pio Marmaï, Pascal Elso.

Genre : comédie dramatique.

Nationalité : film français.

CINEMA « Je baignais dans ce monde agricole, dans ce milieu paysan »

Benoît Delépine.

Benoît Delépine.

Fils de l’ancien maire-agriculteur d’Holnon, près de Saint-Quentin, Benoît Delépine vient de réaliser, avec son complice Gustave Kervern, le film « Saint Amour », avec Depardieu et Poelvoorde.

 

Comment vous est venue l’idée de ce film ?

En tant que cinéastes, on en est à notre septième film ; on essaie de ne pas se répéter. On a essayé de ne pas faire un road movie ; on cherchait un lieu clos. L’idée, c’était de le faire au Salon de l’agriculture, entièrement. Et puis, on avait écrit un film très dramatique qui se terminait par le suicide du père agriculteur qui avait un cancer dû aux pesticides. Il se suicidait en plein salon. On a proposé cette idée aux organisateurs du salon qui n’ont pas vraiment été enthousiastes. On a donc abandonné cette idée de film. Du coup, on a tourné un autre film qui était Near Death Experience, tourné dans la montagne Sainte-Victoire, avec Michel Houellebecq. En revanche, l’idée de tourner quelque chose dans cet endroit unique qu’est le Salon de l’agriculture est restée. On a changé notre scenario pour en sortir, car il était impossible de tourner pendant les quinze jours du salon. De fil en aiguille, on en est venu à cette idée. Du suicide, on est parti vers quelques chose de plus gai ; d’où ce film. De plus, en février 2015, on sortait des attentats de Charlie Hebdo.

Quel regard portez-vous sur les difficultés du monde agricole ?

En tant que fils d’agriculteur (à Holnon, près de Saint-Quentin), j’ai constaté les mutations qui étaient déjà à l’oeuvre du temps de mon père.  Il y a eu des concentrations et une industrialisation du monde agricole. Il y a encore des choix d’investissement à faire, toujours plus importants. (Ils peuvent aller sur plusieurs dizaines de millions d’euros sur des dizaines, des vingtaines d’années.). On ne demande plus aux agriculteurs d’aimer la nature, mais d’être des chefs d’entreprises qui gèrent des budgets. C’est aussi pour ça que ça nous a intéressés de faire ce film, même si c’est arrière-plan car ça reste une comédie. Dès qu’il y a un changement de subventions ou que les marchés s’écroulent, tout est fichu par terre. Ca peut provoquer des suicides chez les agriculteurs. Comme chez tous les gens endettés. Cette problématique, est aussi à l’œuvre quand on évoque le chauffeur de taxi (N.D.L.R. : Vincent Lacoste, dans le film) qui a dû débourser 200 000 euros pour sa licence…

Votre père avait une exploitation de quelle dimension ?

Mon père avait à l’origine une ferme d’une quarantaine d’hectares. Il avait dû s’endetter pour acheter les terres en questions. Il a eu l’intelligence de penser qu’on n’aurait jamais envie de reprendre la ferme ; il ne m’a jamais obligé de monter sur un tracteur. En même temps, je baignais dans ce monde agricole, dans ce milieu paysan ; j’ai beaucoup d’amis paysans. Et j’aime la campagne. Dès que j’ai eu 18 ans, je suis allé vivre à la campagne, en Charente. Au moment où je vous parle, je suis dans la nature.

Le film La Vache se déroule également en parti au Salon de l’agriculture. Pourrait-on dire que le salon, et le monde agricole (et ses difficultés) inspireraient beaucoup les cinéastes ces derniers temps ?

On était verts car, pendant que nous tournions, nous avons appris qu’un autre film se tournait et traitait à peu près du même thème. Visiblement, c’est un film très différent. Je n’ai pas encore pu voir La Vache.

Initialement, le film devait réunir Jean-Roger Milo et Grégory Gadebois. On ne les retrouve plus au générique. Pourquoi ?

Ils étaient prévus pour la version dramatique du film. La version huis-clos. Un film ça évolue. Comme des enfants. Jean-Roger Milo n’a pas senti de faire Near Death Experience. On a donc fait appel à Michel Houellebecq. Ce film terminé, on a vraiment eu envie de faire une comédie ; du coup, on l’a fait avec d’autres acteurs. De toute façon, je ne voyais pas du tout Jean-Roger Milo incarner le rôle du père joué, dans le film, par Gérard Depardieu.

A l’origine, l’idée de faire appel à Jean-Roger Milo était-elle venue de notre ami picard, le regretté Raymond Défossé. Car Milo et lui se connaissaient bien.

Non, pas du tout. Je sais que Raymond et Jean-Roger se connaissaient. En fait, c’est en voyant Germinal qu’on a pensé à Jean-Roger. Mais aujourd’hui, il n’est plus du tout dans l’univers du cinéma. Aujourd’hui, il marche ; il marche dans la campagne en France. On avait déjà eu du mal à le convaincre pour jouer dans notre première version.

Il marche ?

Oui, aux dernières nouvelles, il marchait. C’est un poète, Milo.

Oui, c’est un poète, un grand artiste. Pour revenir à notre ami Raymond qui joue – subrepticement – le rôle de Follin, copain de Jean (Depardieu), quelques mois plus tard, il quittait ce monde. Comment appréhendait-il de jouer dans ce film ? Etait-il heureux de jouer dans ce film ? Etait-ce vous qui l’aviez  sollicité ?

Raymond avait eu un accident cardiaque un an et demi avant. Il était en train de s’en remettre. Il avait déjà joué dans notre film Le Grand Soir dans lequel il avait été vraiment très très bon. On a donc eu l’idée de lui proposer ce nouveau rôle, également pour lui donner un but alors qu’il venait de se retrouver à la retraite. C’est vrai qu’il était fatigué ; je ne suis pas certain que c’était une bonne idée de le faire jouer en plein Salon de l’agriculture car il y avait plein de monde ; les acteurs et tout le monde étaient en panique. En tout cas, il l’a fait. Nous tenions absolument au fait qu’il figure dans le montage final. Raymond, c’était notre guide.

Si la mort n’en avait pas décidé autrement, il aurait pu poursuivre cette carrière naissante de comédien dans vos futurs films.

Si tant est que nous en fassions d’autres… Il nous avait surpris en bien en tant que comédien. On fait souvent appel aux gens qu’on aime. On voulait que Raymond figure dans nos films. On avait donc tenté l’expérience dans Le Grand Soir. Avec ce genre d’expérience, une fois sur deux ça peut mal se passer. Il se trouve que Raymond a vraiment été parfait. On a toujours des conditions de tournage assez raides. On tourne un film entier en un mois. On a souvent le droit à trois prises au grand maximum. Il faut donc que les comédiens soient bons tout de suite ; sinon, c’est une cata pour le reste ! Et lui, Raymond, il a vraiment été bon tout de suite. Avec Dupontel, il prenait son temps ; il était calme. Il a été impeccable, malgré le fait, qu’au salon, on était tous au bord de la rupture, vu qu’on avait tourné en deux jours et midi, vingt minutes de film, ce qui est impossible ! Le tout en caméra cachée ; c’était de la folie furieuse. Tout le monde sautait sur Depardieu qui, du coup, était très énervé.

Réunir Depardieu et Poelvoorde, ça devait être épatant ? On a l’impression qu’ils picolent réellement dans les scènes…

Depardieu, il ne boit plus une goutte. Je ne l’ai vu qu’une fois bourré, et hors d’un tournage. En tout cas sur Mammouth et sur ce film, il ne picolait pas du tout. Mais peut-être que sur d’autres films, avec d’autres personnes, il picole. Il a eu un quadruple pontage, donc il fait gaffe. En revanche, Benoît, lui, c’est différent… Pour les dix scènes de l’ivresse, il essayait de les faire en condition du réel. (Rires.)

C’était le naturel qui revenait au galop ?

Oui… mais il ne pouvait pas faire ça tous les jours non plus. Il fallait quand même ramener un film ! Ces dix scènes de l’ivresse, on a mis une journée pour les tourner ; il arrivait à jeun le matin, et se retrouvait totalement ivre le soir. C’était bien. Au Salon de l’agriculture, il était un peu attaqué ; sinon, pour le reste, ça allait.

Depardieu-Poelvoorde constituent-ils un duo d’acteurs qu’il faut « tenir », diriger, ou, au contraire, qu’on peut laisser improviser ?

Ils sont indépendants, mais nous aussi. On n’a pas peur d’eux non plus. C’est bien qu’ils s’amusent ; ils sont très complices tous les deux. C’est grâce à cette complicité qu’ils parviennent à obtenir ce naturel. En tant que metteurs  en scène, les gens peuvent avoir l’impression qu’on les a forcés à venir ; ce n’est pas le cas du tout. Ils sont venus tout seul. Lors des tournages, on leur dit simplement quand ils sont mauvais. Ca peut arriver qu’ils soient dans l’outrance de temps en temps, mais c’est rare.

Michel Houellebecq, vous lui a donné un très beau rôle. Ce directeur de gîte totalement allumé… C’est un plaisir…

Il est extraordinaire ; c’est un homme extraordinaire. Il n’a pas peur des silences. Il est inouï… Avec lui, dans notre film Near Dearh Experience, ce fut une rencontre folle. C’est un acteur né. On pourrait écrire une comédie entière avec lui ; je ne sais pas si on aura le temps de faire ça… Il est trop bon…

Le jeune Vincent Lacoste est également remarquable. Vous vous connaissiez depuis longtemps ? Comment s’est faite votre rencontre ?

Non… à l’origine c’était Michel Houellebecq qui devait jouer le chauffeur de taxi. Mais il y a eu les attentats. C’est donc devenu impossible. On a donc dû rechercher un autre acteur ; on s’est dit qu’il fallait trouver un acteur qui ne ressemblait pas du tout à Michel Houellebecq. On a voulu prendre un jeune. On a changé notre scénario pour que ça puisse coller. On s’est dit que Vincent Lacoste, ce serait génial. Nous l’avions rencontré deux fois au préalable. On l’avait bien aimé. Il a un vrai caractère. Ce n’est pas un bourgeois ; il est parisien. Son grand-père était paysan ; il en parle bien. Il a été choisi, à ses débuts, lors d’un casting de beaux gosses ; il était encore au lycée. C’est un gars extraordinaire ; c’est une pépite.

Cécile Sallette, dans le rôle de Vénus, crève, elle aussi, l’écran !

Elle jouait dans Mon âme par toi guérie, du regretté Dupeyron, mort il y a quelques jours ; dans ce film, elle était excellente ; elle jouait le rôle d’une alcoolique. Extraordinaire ! On avait flashé sur elle ; elle incarnait tout à fait, pour nous, Vénus.

Quels sont les premiers chiffres en salles ?

On n’y connaît rien, mais c’est vrai que notre distributeur nous a communiqué les premiers chiffres de la toute première séance du matin, aux Halles : 67 entrées ; il était archi contents car on arrivait en tête des chiffres qui sortaient cette semaine-là. Celui derrière, il faisait 32 ; c’est pour ça, que notre distributeur était content. Sur le film Michael Kael contre la World News Company, on avait fait dix entrées ; le même distributeur m’avait dit : « C’est mort ! ». 67, il m’a dit que c’était un succès. Dès 9h05, on sait déjà si ça allait être un échec ou un succès. On sait, en tout cas, que ce ne sera, pas un bide. On était content car sur le Near Death Experience, on avait très peu d’entrées : 20 000. Si on veut continuer à faire des films, c’est tout de même mieux de ne pas faire un bide.

Propos recueillis par

                                 PHILIPPE LACOCHE

 

Les faits

  • Le Saint-Quentinois Benoît Delépine a réalisé, en compagnie de son complice Gustave Kervern, l’excellent film «Saint Amour», sorti le 2 mars.
  • Il présentera l’oeuvre, en après-première, au cinéma Cinéquai 02, à Saint-Quentin, le jeudi 10 mars, à 20 heures.
  • Le père de Benoît était maire d’Holnon (Aisne) et agriculteur.

 

Merci François !

        Etait-ce le fait que, cette nuit-là, il avait gelé blanc ? J’avais dormi comme une bête, comme un ours qui hiberne. Pas ou peu de rêves ; en tout cas, je ne m’en souvenais plus moi qui ne cesse de rêver que je pêche dans la Vesle, à Sept-Saulx (Marne), avec mon regretté cousin Guy, le Pêcheur de nuages, au cœur des sixties, dans la douceur moite des étés champenois. Les nuits, je redeviens enfant ou adolescent. On ne devrait jamais vieillir, jamais grandir, rester à hauteur des animaux, des fourrés, des jupes des filles. Enfant et adolescent, on reste dans le lit rassurant de la rivière, du fleuve ; adulte, on est projeté dans un océan de responsabilités, et, bientôt, c’est l’inévitable naufrage. Je pense alors au comédien Robert Le Vigan, dans Le Quai des brumes (d’après le roman du fantastique – social !- Pierre Mac Orlan ; dialogues – sur paroles –  de Jacques Prévert) qui disait, la voix portée par son regard halluciné : « Quand je peins un baigneur, je vois déjà un noyé.  » Voilà, lectrice, tu l’as compris : comme l’exprime Patrick Besson à la faveur du titre de l’un de ses meilleurs romans et l’émission de la délicieuse Eva Bester, sur  France Inter (Remède à la mélancolie), je suis accessible à une certaine mélancolie. Ça ne m’empêche pas d’aimer rire. Ce matin-là, donc, devant ma glace, en me rasant, je regarde ma tronche et éclate de rire : au niveau de mes tempes, deux toupets de cheveux. Je ressemble au chanteur M. ; je sifflote « La Seine », me coupe la joue. Le sang sur la mousse à raser ressemble à un coulis de framboise sur la crème Chantilly. Ça pourrait donner faim ; ça ne fait que mal. Et ce n’est déjà pas mal. Je souffre ; je suis vivant. Dehors, il fait froid ; je suis au chaud. Je vais en découdre avec le monde. Il n’y a plus que ça à faire ; on n’a pas le choix. En découdre avec ce monde de brutes jusqu’au naufrage final. François Ruffin se trouvait-il dans cet état d’esprit quand il conçut le synopsis de Merci patron !, son premier film ? Je suis allé à la projection de l’avant-première, l’autre soir, au ciné Saint-Leu, à Amiens. Quel bonheur ! Quelle joie ! Quel plaisir ! Le fondateur du journal Fakir n’a pas manqué son coup. Mais l’expression est malheureuse. François Ruffin n’a pas voulu faire « de coup » ; il s’est simplement laissé aller à ses inclinations. François est un marxiste authentique. Un type de gauche à l’ancienne. Ça fait du bien en ces périodes de gauche molle, ultralibérale, sociétale. Lui s’intéresse au grand capital et au sort des prolos, des chômeurs, des gens de peu. D’autres l’ont fait avant lui ; c’est vrai. Mais comme il est surtout un artiste, il a bardé son film d’un humour décapant qui fait penser à celui d’un Michael Moore, d’un Benoît Delépine ou d’un Gustave Kervern. L’inénarrable Bernard Arnault

L'excellent François Ruffin à l'occasion de l'avant-première, au ciné Saint-Leu, à Amiens.

L’excellent François Ruffin à l’occasion de l’avant-première, au ciné Saint-Leu, à Amiens.

, l’un des mecs les plus riches d’Europe, en prend plein à la tronche. Mais Ruffin l’aligne avec élégance et humour. Sans une pointe de haine. (La haine cette gastro-entérite du cerveau.) De même qu’il fait de son couple de chômeurs (les Klur) des héros, ce sans une goutte de démagogie. Merci patron ! est un film remarquable. J’ai adoré.

                                                        Dimanche 21 février 2016

 Ces spectacles et ces films qui nous emportent

   

Avec Christophe Salengro, de Groland, nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé (au centre sur la photo).

Avec Christophe Salengro, de Groland, nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé (au centre sur la photo).

Qu’est-ce qui fait qu’un spectacle ou un film nous emporte, nous emmène très loin ? Etrange alchimie entre le jeu des comédiens, la mise en scène, les éclairages, le son, et, bien sûr, l’histoire. A la Maison de la culture d’Amiens, je suis allé voir Contact, de Philippe Decouflé. C’était sublime, envoûtant. Très fort. Decouflé n’est pas un débutant. On doit à ce danseur et chorégraphe la mise en scène des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques d’Albertville, en 1992 et bien d’autres choses. Il s’est spécialisé dans la création de spectacles totaux qui mêlent avec gourmandise, folie et allégresse chorégraphies, costumes ébouriffants, lumières déroutantes et, parfois, vidéos. Contact n’est rien d’autre qu’une comédie musicale. Car, ici, la musique joue un rôle primordial grâce aux oeuvres originales composées et interprétées sur scène par les excellents Nosfell (chant, guitare) et Pierre Le Bourgeois (multi instrumentiste). Ces derniers égrenaient des compositions teintées de pop et de rock aux mélodies d’une limpidité et d’une beauté déconcertantes. Philippe Decouflé inscrit sa création sur la scène d’une manière de cabaret expressionniste. Les artistes passent en revue les moments essentiels du music-hall. Decouflé détricote ses souvenirs, part du mythe faustien de Mephisto, revisite West side story et s’adonne avec quelques clins d’œil appuyés à Pina Bausch. Parmi la quinzaine de comédiens-danseurs, l’inénarrable Christophe Salengro, célèbre président de la bande de Groland chère à Benoît Delépine et Gustave de Kervern. Un spectacle joyeux, fantasque, parfois tendre, sensible, émouvant ; parfois burlesque et dadaïste. Du grand art. A l’issue de la représentation, je retrouvais au bar de la Maison de la culture l’éclairant ami Jean-Pierre Bergeon, fondateur, en compagnie de Jean-Pierre Marcos, Jean-Pierre Garcia, Gilles Laprévotte et Denis Dormoy – au cours de sixties – de la revue Ciné Critique. Aujourd’hui notamment chroniqueur sur France Bleu, il n’a pas son pareil pour faire partager son enthousiasme, sa passion pour un spectacle, un film, un livre. Toujours avec humour. Nous discutâmes sans relâche de Contact, peu après que je me fus entretenu, au bar, avec Christophe Salengro avec lequel nous eûmes une pensée émue pour notre ami Raymond Défossé. Je retrouvais Jean-Pierre Bergeon quelques jours plus tard, au Gaumont où je venais d’assister à la projection d’un superbe film 21 nuits avec Pattie, œuvre d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu avec la mignonne Isabelle Carré, la sensuelle et délurée Karin Viard, l’immense André Dussollier et l’éblouissant Denis Lavant, plus cintré que jamais. Fascinant. L’histoire ? En plein été, Caroline (Isabelle Carré), Parisienne quadra, mère de famille, débarque dans un village du sud de la France. Son but ? Organiser l’enterrement de sa mère, une avocate aux amours multiples et très indépendante. Sur place, c’est  Pattie (Karin Viard) qui l’accueille ; elle ne cesse de lui raconter par le menu et en terme poétiquement crus ses aventures amoureuses avec les autochtones mâles et vigoureux. Subitement, le corps de la défunte disparaît… Cette fable panthéiste est au final un hymne à la nature, au plaisir sexuel, au désir. A la vie. Inoubliable.

Dimanche 6 décembre 2015

 

« Houellebecq ne ment jamais. Jamais »

                                  Voilà ce qu’estime Benoît Delépine, rencontré devant une bière fruité consommée à la terrasse d’un café de Lille, juste après la projection en avant-première de «Near Death Experience». Rencontre. Et des propos excusifs par certains aspects, rien que pour toi, lectrice de mon blog. Et surtout, cours voir (au ciné Saint-Leu, à Am

Benoît Delépine, lors du débat  après la projection du film.

Benoît Delépine, lors du débat après la projection du film.

iens, à partir du mercredi 17 septembre) ce film génial, sincère et politiquement décapant.

Qui est à l’origine de l’idée maîtresse de ce film ? Gus ou vous-même ?

A l’origine, c’est un article paru dans Aujourd’hui. Nous étions éloignés, pendant les vacances. Mais nous l’avons lu en même temps. Ca racontait l’histoire d’un mec qui était parti pour tenter de se suicider dans la montagne Sainte-Victoire et qui, finalement, avait vécu quatre mois dans la nature ; il n’était pas parvenu à se suicider, ce grâce à une messe qui se déroulait dans un village. Il n’était pas passé à l’acte. Il avait repris goût à la vie, mais il avait zoné dans la montagne. Et il était revenu chez lui. On ne sait pas ce que le type est devenu. Mais Gus et moi, on s’est dit que c’était une belle idée de départ pour un film. La seule chose qu’on savait c’est qu’on voulait faire un drame. Pas une comédie. Nous voulions faire un film plus fluide qui ne soit pas – même si on aime la comédie – une succession de gags, de situations cocasses. Même si c’est marrant, on perd inévitablement en fluidité. On est moins dans la fluidité ; nous avons fait de bons films mais qui sont souvent chaotiques. Là, on voulait faire quelque chose de fulgurant, qui touche, ce sans être pollué par des gags, même si on ne peut pas s’empêcher de distiller un peu d’humour noir. Nous avions travaillé sur un autre film qui ne s’est pas fait. Comme on a Groland, on ne peut tourner que l’été. On était malheureux de ne pas avoir fait l’autre film ; on est donc revenus à ce fait divers. On a commencé à écrire ; on en en parlé à l’acteur qui devait faire le film précédent. Il ne le sentait pas ; il n’avait pas envie de faire ça pour x raisons personnelles.

Qui était cet acteur ?

Il s’appelle Jean-Roger Milo. C’est un super acteur, mais il n’avait pas envie. Et on tombé au moment où Michel Houellebecq était de retour d’Irlande pour sortir son recueil de poèmes. On avait gardé le contact qu’on avait eu avec lui lors du film Le Grand Soir (où on lui avait proposé un rôle qu’il était sur le point d’accepter), on s’est dit : « C’est lui qu’il nous faut car il a tout ce qu’il faut pour donner un mystère supplémentaire à l’ensemble. » Ca s’est fait de façon aussi simple que ça.

C’est un film très poétique, mais aussi très philosophique et très politique. Ce sont des conditions de travail générées par la société capitaliste qui conduisent Paul (Houellebecq) au désespoir. Que pensez-vous de cette analyse ?

Oui, c’est un personnage déplacé. Il travaille pour France Télécom. Ces salariés étaient des gens qui travaillaient avant aux PTT, qui faisaient certains types de travaux, et qui ont été trimballés de département en département. Ils étaient postiers ; ils revenaient dans des bureaux, au service commercial. Et notre Paul, lui, il se retrouve sur une plateforme téléphonique. C’est ça qu’on voulait montrer : les gens qui aimaient leur boulot, pouvaient être trimballés par une DRH et se retrouver dans des boulots qui ne leur correspondaient pas et ça devenait pour eux invivable.

Vous avez écrit, Gus et vous, tous les dialogues et tout le monologue formulé par Houellebecq. Comment avez-vous fait pour parvenir à une telle fluidité, une telle cohérence ?

C’est selon nos problèmes personnels. Pour le couple, c’était plutôt Gustave. Moi, c’était plutôt sur le grand-père, la dégénérescence. C’était des choses qui nous touchaient. En abordant chacun de notre côté les sujets qui nous tenaient à cœur, finalement, nous étions dans la même problématique. C’est vrai que c’est un film existentiel, sur l’existence : « Qu’est-ce qu’on fout là ? » Sur l’écriture, quand nous avons eu la certitude que Michel acceptait de faire le film, nous nous sommes attachés à l’écriture, en bénéficiant de ses conseils. Nous avions même pensé inclure des morceaux de ses textes. Il ne voulait pas ; il souhaitait ne faire que l’acteur. Nous lui disions que nous voulions faire un film poétique et que ses textes seraient les bienvenus. Il nous a répondu : « Pour être un poète, il suffit de dire sa vérité. » De ce fait, nous sommes allés à fond dans ce qu’on pensait, sans affèterie. On ne s’est pas caché ; on a pris nos cas et on a tout balancé sur la table. En le côtoyant, je sais maintenant que ce qui fait la force de Houellebecq, c’est qu’il ne ment jamais. Jamais. C’est pour ça que parfois, il y a des silences étonnants dans ses interviews ; il cherche le bon mot. Il cherche à décrire vraiment ce qu’il ressent le plus sincèrement et le plus honnêtement. Nous avons donc essayé, pour l’écriture du texte, de suivre son conseil.

Ce texte il eût pu l’écrire. Vous êtes parvenus dans votre texte à distiller tout le désespoir qui affleure dans toute son œuvre.

C’est aussi parce qu’on a le même âge que lui. On a vécu des expériences similaires…

La scène avec les petits coureurs, c’est génial !

Oui, les petits coureurs… Je pense que ça a dû plaire à mon frère car avec lui on jouait aux petits coureurs avec des billes des après-midis entières. Je pense que Houellebecq ne connaissait pas le jeu. C’était la première fois qu’il y jouait. Mais pour le reste, on avait tout en commun, Michel et nous.

Gus et vous, connaissiez-vous bien l’œuvre de Houellebecq avant d’écrire ce film ?

Gustave, je ne suis pas certains qu’il ait lu un de ses livres. Moi, je les ai tous lus. Mais je n’ai aucune mémoire des titres. Mais je me suis interdit de les relire pour faire le film. Un moment, je lui ai envoyé un mail en demandant s’il ne trouvait pas que les monologues n’avaient pas l’air d’être du sous-Houellebecq. « Non, non, continuez ! Ca n’a rien à voir », nous a-t-il répondu.

Pourtant, l’osmose entre la tonalité du film et celle de l’oeuvre de Houellebecq est parfaite.

Nous l’avons rendue en langage cinématographique et peut-être que pour un écrivain, ce n’est pas si simple que ça. Nous avons voulu donner un côté littéraire ; on est dans le cerveau de quelqu’un (et de plusieurs personnages). Ce qui se passe dans son cerveau est produit par la voix off. On approche la littérature mais on apporte le visuel qui génère d’autres idées.

Reconstituer sa famille à l’aide de pierres empilées, c’est un symbole très fort. Qui est à l’origine de cette idée ?

C’est Gus qui a eu cette idée. Moi, j’ai eu l’idée de l’ombre. Ca, ce sont des idées de cinoche.

Et l’avion qui traverse le ciel juste au bon moment, était-ce réellement un hasard comme vous le disiez lors de la conférence de presse ?

En fait, j’ai un peu menti. En fait, il n’est pas passé à ce moment précis. On a triché avec des effets spéciaux ; on l’a mieux placé dans le tempo du film. Il y a eu le truc à la con… Quand il y a le morceau de Black Sabbath et que Paul joue avec sa cigarette dans la nuit, il avait un poil de nez monstrueux qui prenait toute la lumière. Et comme le plan dure hyper longtemps, on s’est dit que le poil de nez allait perturber toute l’ambiance cinématographique ; donc on a éliminé le sacré poil de nez par un effet technique.

Le physique de Houellebecq fait vraiment penser à celui de Céline et à celui d’Artaud.

Parfois, il y a une tête d’une force. Whoua !… C’est carrément un grand acteur. C’est un grand acteur pour une raison simple. Il m’a dit : «  Quand on démarre une séquence, il y a un grand calme qui s’installe qui s’installe en moi. » Alors que chez la plupart des comédiens, c’est un grand stress qui s’installe quand on dit « Action ! ».  Tu te dis que si tu merdes, c’est foutu ; il y a donc une grande nervosité qui s’installe. Forcément, même si tu as bien appris ton texte… Lui, Michel, il a ça naturellement… un calme total l’envahit et il parvient à faire ce qu’il a fait dans le film. C’est fou !

On a vraiment l’impression que cette histoire aurait pu lui arriver. Le personnage c’est presque lui.

Dans les interviews, il dit que le personnage, Paul, ce n’est pas lui. Dans L’enlèvement de Michel Houellebecq (N.D.L.R. : un téléfilm de Guillaume Nicloux programmé il y a peu sur Arte), c’est son propre rôle. Mais il joue quand même un rôle. Mais dans notre film, il nous a dit que s’il n’avait pas réussi dans l’écriture, « ça aurait pu être moi »… On avait même écrit dans le CV du personnage qu’il avait une licence de lettres modernes ; et après il arrive aux PTT… Ca pourrait être lui ; il aurait pu se retrouver dans un cas comme celui-là. C’est ça aussi qu’il a aimé.

Avez-vous eu des difficultés pour le convaincre de faire le film ?

Ca aurait pu mal se passer. Il se trouve que ça s’est joué dans un bar. On est resté quatre heures. Peut-être que s’il ne nous avait pas bien sentis, il aurait coupé court. On est sorti quatre heures après… Il avait oublié sa serviette dans le bar. C’était un beau rendez-vous de travail…

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Quels sont vos projets ?

On travaille sur un projet de comédie, mais on ne parviendra jamais à faire un truc qui amène des millions de spectateurs… On adore les films italiens, les comédies noires des années soixante. On aimerait bien faire un truc comme ça mais ancré dans notre époque. Après, c’est la difficulté d’écrire ; ça a l’air simple mais ça ne l’est pas du tout.  C’est une prouesse… C’est compliqué d’écrire une comédie quand tu as une dizaine de personnages, tout en restant dans une forme de fluidité. On sait que quand tu proposes un rôle à des acteurs, il faut que tous aient leur petit moment de gloire dans le film. Il y a quelque chose qui nous gêne… Réussir à faire une comédie fluide.

Votre film contient une lenteur très poétique.

Les gens doivent se demander quand ça commence… Mais c’était une volonté :  que tout à coup ça monte, ça monte…

                                   Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

 

 

 

 

 

Raymond Défossé et Philippe Lorenzo : deux passeurs

Philippe Lorenzo, éditeur des Soleils bleus.

 Très souvent, c’est Lady Lys qui m’entraîne au cinéma moi qui, jusqu’ici, étais aussi cinéphile qu’eût pu l’être François 1er. Cette fois, c’est moi qui l’ai entraînée au ciné Saint-Leu voir Le Grand soir, de Benoît Delépine et Gustave Kerven. Soudain, surgit à l’écran Raymond Défossé dans le rôle d’un syndicaliste. Incroyable: le Raymond fait maintenant du cinéma! Je n’en croyais pas mes yeux. Je savais qu’il était très proche de Benoît; il l’avait eu comme élève, au lycée Saint-Jean, à Saint-Quentin. Au cours d’une récente interview, Delépine m’avoua même qu’il devait beaucoup à Raymond qui lui avait donné le goût du cinéma et de la lecture. Ce n’est pas rien. Et ça ne m’étonne pas. Raymond, je le connais depuis plus de cinquante ans. Sa mère tenait une minuscule épicerie, rue Marceau, à côté du Casino, salle de cinéma de Tergnier (Aisne).Mes parents avaient leur maison, rue des Pavillons, juste derrière. Le café Desmarquet se trouvait juste à l’angle. Je me souviens bien d’un garçon très brun, aux yeux très noirs, en culottes courtes qui jouait avec les gamins de la cité Roosevelt, presque en face de la gare. Adolescent, il fréquentait un autre copain, Patrick Pain qui fondera plus tard le meilleur groupe de l’Aisne: The Up Session. Ensemble, le Patrick et le Raymond ne parlaient que de rock’n’roll. Des Animals, des Them, des Kinks. Raymond fonda, lui aussi, son groupe qui répondait au nom de Flying Piggies. Lorsque je travaillais à L’Aisne Nouvelle, à Saint-Quentin, je retrouvai Raymond en militant de la CFDT, puis en directeur de la Maison des arts et loisirs de Laon. Et quand je devins journaliste à Abbeville, il trouva moyen de créer le cinéma Le Rex et d’autres cinés sur la côte picarde. Comme s’il me suivait. Raymond est une manière de passeur. Passeur de cinéma; passeur de rock’n’roll. Passeur de littérature. (Nous adorons, tous deux, Roger Vailland.) Philippe Lorenzo, lui aussi, est un passeur, à sa manière. C’est un éditeur courageux, créateur des éditions des Soleils bleus. J’ai bu un verre avec lui, récemment, au Kimbo, à Amiens. Il m’a fait part de ses projets, notamment la publication de la suite de BoussuS, un roman de Jacques Vallerand et de Pierre Thellier qui avait assez bien marché. Je le regardais, et me disais que c’était bien d’être éditeur, en2012.Mieux que de spéculer en bourse.

Dimanche 17 juin 2012.

Benoît Delépine n’a peur de rien

Benoît, bien sage, à la brasserie de L'Univers, à Saint-Quentin. En face de lui, Lou-Mary : il a l'air heureux de la regarder. Benoît : un homme de goût.

Benoît Delépine devant la brasserie Le Carillon, à Saint-Quentin.

 

 

Belle petite bière : ça lui botte!

De retour dans l’Aisne chez ses parents, pour le réveillon, le cinéaste, journaliste, comédien et auteur, effectue une manière de pèlerinage à Saint-Quentin.

 

Benoît Delépine devant la verrière du bar de nuit La Grange, rue de Vermand, à Saint-Quentibn. On peut voir cette magnifique verrière - aussi belle que les filles que nous avons croisées à La Grange - dans le film "Louis-Michel".

C’est la veille de Noël. Benoît Delépine est de retour à Saint-Quentin pour réveillonner avec sa famille, à Holnon. À la brasserie de L’Univers, il a des souvenirs. Comme dans les autres bars de Saint-Quentin. Et quand on quitte la brasserie, c’est à La Grange, un bar américain du 35, rue de Vermand, qu’il veut qu’on prolonge l’interview. Là-bas aussi, il a des souvenirs, le Benoît.Les hôtesses et Jean-Pierre (l’un des fondateurs de l’établissement) l’accueillent à bras ouverts. Ici, il est chez lui. Il pose devant la verrière juste au-dessus du bar, verrière que l’on voit dans son film Louise-Michel. Holnon, le bastion familial n’est pas loin. Son père agriculteur, fut longtemps maire de la commune. A la tête d’une exploitation de 40 hectares, souriait en disant que ses vrais patrons étaient le Crédit agricole et Bonduelle. Sa mère: femme au foyer. Un frère, Christophe, aujourd’hui praticien à SOS médecins, à Lille. Une sœur, Isabelle: qui a fondé un poney club à Holnon. Scolarité à l’école d’Holnon: «L’école à l’ancienne. De très bons enseignants.» Ses parents l’inscrivent au collège Saint-Jean, à Saint-Quentin. Il subit sa première humiliation scolaire. Le professeur lui colle zéro à la dictée car il n’a pas utilisé une copie double mais avait collé deux feuilles simples avec du scotch. Le début de sa vie «créative», Benoît le situe à l’âge de 13 ans. Cela consiste à bien rigoler avec ses copains, surtout avec Didier Bédu, aujourd’hui patron d’une boîte de calvados en Normandie. «On a fait le CELSA (N.D.L.R.: école de journalisme, à Paris) ensemble», dit-il. Ses notes baissent. Il sèche les cours, va beaucoup au cinéma, passe du temps dans les bars. «Grâce à Raymond Défossé (N.D.L.R.: qui œuvra longtemps pour le Festival Groland), surveillant général, mes parents n’étaient pas au courant de mes escapades. Quand il faisait l’appel il m’oubliait volontairement.» C’est avec Raymond qu’il crée le petit journal Polit au sein du lycée. Il finit par obtenir son bac D avec 10,21 de moyenne. Ses parents l’incitent à faire des études de commerce.En1976, il effectue la préparation HEC, au lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin. Il ne se présente pas aux contrôles, et rate en beauté. Puis il file à Sup de Co, à Lille: «J’étais largué; je ne me sentais pas bien avec les autres élèves.» Après Sup de Co, il lance le journal Fac Off, destiné aux étudiants. Faillite. Plus un sou.En1982, il monte à Paris pour tenter de trouver un travail rémunérateur. Il passe le concours du CELSA, intègre l’école et ne cesse de faire «des coups de bluff». Il se fait passer pour un journaliste d’Actuel pour parvenir à entrer en contact avec le patron d’une agence de pub. Ravi, le mec l’invite à son bureau de la rue du Louvre. Sur place, Delépine lui avoue qu’il n’est pas journaliste et dit au boss qu’il «fait de la merde».Fasciné par tant de culot, le patron l’embauche, pour le virer un mois plus tard. Il fait ensuite la connaissance de Thierry Ardisson. «Je trouvais une idée à la con par jour pour ses projets, dont le lancement du journal Création», dont il devient, à 25 ans, le rédacteur en chef, ce grâce à Christian Blachas, patron d’un groupe de presse. «Je faisais chier le milieu de la pub; Blachas me laissait tout passer.» Et puis, un jour, à la suite de critiques très virulentes à l’endroit du groupe Havas, le journal est mis au pilon. Se retrouve à la rue. Intègre les Nuls à Canal +, en commençant par faire une série de courts-métrages en compagnie de son ami Christophe Salengro, de Lille, qui deviendra le célèbre président Salengro, de Groland. Avec lui, il inventera l’univers de ce dernier. Et il est pris comme pigiste aux Arènes de l’info, écrit des textes pour les marionnettes. Il s’engueule avec eux, a l’idée des Guignols qui est retenue par Canal +. Avec Bruno Gacciot et Jean-François Halin, il écrit des sketches. L’émission cartonne. Delépine est sur le rail du succès. 1997: il écrit le film Michael Kael contre la World News Company. Échec commercial total. «J’étais au fond du trou.» Il se raccroche à Groland, décide d’aller vivre près d’Angoulême, et finit par remonter la pente. Au sein de Groland, qu’il fait la connaissance de Gustave Kervern. Ils s’entendront comme larrons en foire et réaliseront des films magnifiques, insolents, bombes politiques (Avida, 2006, Louise-Michel, 2008, et Mammuth, 2010). Dans le prochain, Le Grand Soir, qui sortira en 11avril prochain, on y retrouvera Benoît Poelvoorde dans le rôle du plus grand punk à chien d’Europe.Brigitte Fontaine y joue, dit-il, un rôle complètement délirant.On va encore se régaler grâce à l’enfant d’Holnon.

PHILIPPE LACOCHE

 

Un crâne et un tibia dans la fosse commune

«Mes dimanches d’enfance? C’était un peu la torpeur d’Holnon.» Parmi les bons souvenirs, Benoît Delépine se souvient du Petit Rapporteur qu’il regardait au côté de son père, agriculteur, et de toute sa famille. «Après je me suis fichu de Jacques Martin, aux Guignols, mais c’était pour moi une façon de tuer le père. Car au Petit Rapporteur, il y avait des gens intéressants: Desproges, Prévost, Collaro… Je ne vois pas d’émissions qui correspondante à ça à la télé d’aujourd’hui. C’était l’humour français avec, derrière: Hara-Kiri, Charlie-Hebdo. Pour moi, ce fut une façon de découvrir un autre rire…» Petit, il se plie à la messe obligatoire du dimanche matin. Puis, ce sont les parties de football derrière l’église d’Holnon, dans une pâture. Ses jeux? «On essayait de recréer ce qu’on voyait à la télé.» Il parvient même à réaliser un mini musée de paléontologie avec les fossiles qu’il trouve dans les champs. «Dans une fosse commune du cimetière, on avait récupéré un crâne et un tibia. Quand mes parents les ont trouvés, on s’est fait engueuler.» Un autre jour, il tombe sur une cache d’armes (fusil, flingue, baïonnette) qu’il avait essayées dans la grange. Une balle avait fini par traverser une poutre. Il aimait aussi tirer sur les oiseaux avec sa carabine à plomb: «Et dire qu’aujourd’hui, je fais partie de la Ligue de protection des oiseaux! »

 

Bio-express

30 août 1958 : naissance à Saint-Quentin, «sous le signe du 8».

1975 : grâce à Raymond Défossé, il fonde, au lycée Saint-Jean, à Saint-Quentin, le journal Polite.

1980 : à Lille, il publie Fac Off, journal étudiant diffusé à 20000 exemplaires dans les restoU.

1983: devient rédacteur en chef de Création, journal de design et de pub.

1988 : rentre aux Guignols (Les Arènes de l’info), sur Canal +.

1992 : création de Groland.

2003 : premier film avec Gustave Kervern, Aaltra.