François Long, des Rabeats : « Le frisson absolu ! »

Le bassiste des Rabeats est ravi de reprendre l’album « Sgt. Pepper’s » sur scène, et notamment au festival Rétro C Trop, qui aura lieu ce weekend (24 et 25 juin), à Tilloloy, dans la Somme.

François Long, qu’est-ce que ça vous fait de reprendre sur scène l’intégral de cet album mythique qu’est « Sgt. Pepper’s » ?

Ca me fait super plaisir car c’est un monument de la musique pop. C’est aussi une réponse à Pet Sounds, des Beach Boys.  Et ce disque des Beatles est surtout une carte blanche, un permis de tuer ; ils ont ouvert plein de chemins dans le domaine de l’enregistrement en studio. Ils ont utilisé des techniques méconnues jusque-là, ou si ce n’est par quelques grouillots qui rêvaient de travailler derrière les manettes et qui, grâce aux Beatles, se sont retrouvés derrière les manettes (Geoff Emerick, pour ne pas le nommer). Ce disque est un pas de géant qui a été fait dans la conception d’un album.

Sur scène, il y a un orchestre symphonique avec cuivres, bois, cordes, etc. Qu’est-ce que ça change pour vous, Rabeats, qui êtes habitués à jouer en quatuor comme les Beatles ?

On entend enfin des arrangements que nous avions dans la tête.

Et c’est magnifique ?

Oui, tout à fait. C’est le frisson absolu.

Est-ce plus compliqué pour jouer ?

Non, ce n’est pas plus compliqué mais ça n’est pas simple. De notre part, une adaptation a été nécessaire.  Là, on laisse la place à des instruments dont on n’a pas l’habitude.  Franchement, je trouve que ça le fait !

Y a-t-il un tuba ?

Non mais il y a un sax baryton et un violoncelle qui descend dans les graves. Il faut du grave !

Quel est le morceau de Sgt. Pepper’s qui vous parle le plus ?

Ce n’est peut-être pas mon morceau préféré, mais à jouer et en matière de difficultés à reproduire sur scène, c’est « Being for the Benefit of Mr. Kite! »

Et vos collègues et amis des Rabeats ?

Chacun a son propre morceau fétiche…. Il y a aussi un morceau que je chante et que je joue au sitar c’est « Within You Without You », de George Harrison. C’est un autre domaine ; ce n’est pas qu’une instrumentation classique ; c’est de la musique indienne avec des structures biens particulières, des tempos bien particuliers. C’est la continuité de ce que faisait déjà quelques années avant, George Harrison. Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas de surprise, mais la surprise, c’est aussi de le jouer avec un orchestre classique.

Pourquoi enchaîner sur scène sur l’album « Magical Mystery Tour » ?

Parce que ces deux albums sont sortis tous deux en 1967.

The Rabeats.

Ce sont deux albums assez différents, au final ?

Ils ne sont pas si différents mais je pense que Magical Mystery Tour est plus reposé ? Il est un peu moins fou. Le son est aussi un peu différent. Je ne sais plus si c’est Geoff Emerick qui bosse sur Magical Mystery Tour.  Lui, Geoff Emerick, c’est vraiment le preneur de son qui a permis aux Beatles d’apporter des idées totalement nouvelles et de les mettre sur bande.

Qui a réalisé les arrangements pour la scène ?

C’est le chef de l’orchestre de la formation classique ; il s’appelle Pascal Pfeiffer. Il est sur scène ; il joue du clavier, du piano, de l’harmonium, du synthé, etc. Il dirige la partie classique et quelques points névralgiques nous concernant ; une belle rencontre.

Comment les avez-vous rencontrés ?

Ils ont l’habitude, en Belgique, avec un orchestre symphonique beaucoup plus étendu, d’accompagner des groupes et des chanteurs ; ils sont de Liège. Ils font souvent des reprises d’Elton John.  La rencontre est récente ; ils nous ont contactés pour faire la même chose avec nous pour une soirée Beatles.  Ils voulaient arranger des morceaux sur lesquels il n’y a pas de cordes ni de cuivres.  Sur le moment, comme on tournait avec un autre spectacle, on a retardé l’échéance ; et nous est venu l’idée de Sgt. Pepper’s et de Magical Mystery Tour. On leur a alors exposé notre projet de reproduire ce qui avait été fait par des cordes et des cuivres à l’époque.  En respectant le plus possible l’arrangement d’origine. Ils ont dit OK.

Ce soir, au Théâtre du Gymnase, c’est la création ; la première en quelque sorte.  Il y aura trois dates ici. Puis, vous allez jouer à Rétro C Trop, grand festival. Qu’est-ce que ça représente pour vous ce concert ?

Déjà, on fait suffisamment peu de festivals pour que ce soit super plaisant.  A juste titre car, de plus, sont présents les Beach Boys. Donc il y a un lien entre ces musiques. C’est un réel plaisir de faire ça. Pour ma part,  je suis très content de pouvoir croiser Pretenders que j’adore et que je n’ai jamais vu sur scène.  Cela dit, je n’ai jamais vu les Beach Boys. Je pense qu’on va passer un bel après-midi et une bonne soirée.

Ensuite, vous enchaînerez sur une tournée. Où celle-ci va-t-elle vous mener ?

Pour l’instant, il y a des dates réparties dans toute la France.  Je pense qu’avec nos prestations parisiennes, cela va déclencher d’autres concerts. Cette tournée devrait commencer en octobre.

Y aura-t-il un crochet par la Picardie après Tilloloy ?

Cela fait trois ans que nous n’avons pas joué à Amiens.  Et on s’arrange toujours pour commencer par une date parisienne et terminer par une date amiénoise.  Pour le spectacle qu’on tourne actuellement (hors Sgt. Pepper’s), on n’a pas encore fait la date amiénoise.  On a hâte.

Il n’est donc pas impossible que « Sgt. Peppers » soit joué à Amiens.

Ce n’est pas impossible.  En tout cas, je ferai tout pour qu’on y aille.

                                         Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

Grandiose!

On connaissait le talent des Rabeats. Le jeudi 8 juin, lors de la première de la création de leur spectacle Sgt. Pepper’s (suivi de Magical Mystery Tour), au théâtre du Gymnase, à Paris, le quatuor amiénois a démontré qu’il était en mesure de donner dans le grandiose. Il fallait une bonne dose de culot aux Rabeats et à leur mentor Philippe Tassart, le Brian Epstein de Roye, pour oser reprendre sur scène les chansons de deux albums aussi mythiques que Sgt. Pepper’s et Magical Mystery Tour. Ils l’ont fait; ils ont réussi. N’en déplaise au grand spécialiste européen des Beatles, Jacques Volcouve, qui, au cours d’une récente émission sur France Inter, émettait des réserves sur les Fab Four amiénois. Sly, le chanteur principal, excelle, soutenu avec efficacité et subtilité par le batteur Flamm, le guitariste solo Marcello, et le bassiste François Long. Ce dernier nous donnera même un aperçu de son talent au sitar lors du morceau de George Harrison, «Within You Without You». Les costumes, les éclairages et la mise en scène sont superbes; l’accord est parfait avec le fabuleux orchestre symphonique (cordes, bois, cuivres) dirigé par Pascal Pfeiffer. La salle était pleine à craquer. (Beaucoup de très jeunes gens.) Et la salle se levait comme un seul homme et chantait en chœur «With a Little Help from My Friends», «Lucy in the Sky with Diamonds», «Getting Better», etc. C’était doux, fraternel. Pas seulement grâce au génie des Beatles. Mais aussi et surtout grâce au talent des Rabeats. Ph.L.

 

À SAVOIR

Rétro’C’Trop Samedi 24 et dimanche 25 juin, au château de Tilloloy, dans la Somme.

Samedi. 15h30, Sarah Olivier («C’est une bête de scène!» dit d’elle Philippe Tassart, le créateur de Rétro C Trop); 16h45, Wilko Johnson (ancien guitariste de Dr. Feelgood; un fantastique guitariste titulaire d’une main droite impressionnante); 18h30, Blue Öyster Cult (gang de rock et de heavy metal originaire de Long Island; il n’effectuera que deux dates en France); 20h15, The Stranglers (un quatuor mythique né dans les années punk, en 1974); 22h Les Insus (reformation de l’ancien groupe Téléphone).

Dimanche. 15h, The Rabeats; 16h45, Uriah Heep (groupe de rock influent au cours des seventies); 18h30, The Beach Boys (à l’instar des Beatles, la pop music leur doit tout); 20h15, The Pretenders (la sensuelle et si rock chanteuse Chrissie Hynde est de retour sur scène); 22h, Matmatah (ils ont enregistré leur nouvel album en Angleterre l’an passé).

Billetterie. Pass 2 jour: 95 €; pass 2 jours + camping: 115 €; billet samedi: 59 €; billet dimanche: 49 €.

Points de vente. Fnac et hypermarchés, www.ginger.fr; www.ticketmaster.fr; www.ticketnet.fr; www.fnac.com; www.digitic.com

Toutes les informations pratiques, notamment les mesures de sécurité, sur le site www.retroctrop.fr

 

 

Bill Wyman : « Nous jouons par amour »

Le bassiste historique des Rolling Stones qui mène aujourd’hui une intéressante carrière solo, sera la tête d’affiche de l’Overdrive festival, à Chaulnes. Sa seule date français dans le cadre de sa tournée européenne.

 

Son flegme et sa discrétion légendaires ne doivent pas occulter le fait que Bill Wyman, membre historique des Rolling Stones de 1962 à janvier 1993, est l’un des meilleurs bassistes de la planète. Il mène aujourd’hui une carrière solo solide et efficace, sans frasques ni paillettes. Juste par amour de la musique. Il sera la tête d’affiche de l’Overdrive festival de Chaulnes, dans la Somme. Et ce sera la seule date française de sa tournée européenne. Il ne s’était pas produit dans notre pays depuis six ans. C’est dire que les fans ne manqueront pas ce rendez-vous-phrare. Il a bien voulu à nos questions.

Où en sont vos relations aujourd’hui avec les Stones (Mick, Keith, Ron)?

 

Bill Wyman:

Elles sont bonnes. On se parle quand on se voit, mais on ne se voit pas beaucoup.

Il est dit que ce serait Brian Jones qui vous aurait recruté à l’aide d’une annonce dans le «Melody Maker». Est-ce exact?

Ils m’ont demandé de venir. Ils avaient besoin d’un bassiste. Il y avait effectivement une petite annonce dans un magazine. Au début, ils n’appréciaient pas beaucoup ma façon de jouer. Ils aimaient surtout mes amplis…

Vous souvenez-vous des premiers instants de votre rencontre avec Brian? Où cela se passait-il? Comment était-il?

Oui. En fait, je les ai tous rencontrés dans un club et on a discuté.

Vous dites que vous vous êtes, très rapidement, rendu que les Stones ne vous appréciaient pas car vous étiez plus vieux qu’eux et que vos penchants pour la dope étaient modérés. Est-ce exact?

Non. En fait, mes points d’intérêts différents se sont révélés au fil du temps. Donc, je suis parti.

En revanche, on dit que vous vous entendiez bien avec Charlie et avec Brian. Est-ce exact? Et pourquoi?

Je parlai davantage avec Charlie et Brian.

Vous venez d’un milieu très prolétarien. Eux, finalement, étaient issus de la middle class. Est-ce que cela peut expliquer la distance qu’ils entretenaient à votre endroit (Mick et Keith)?

Je ne crois pas.

L’anecdote qui dit qu’ils vous auraient pris parce que vous aviez un amplificateur énorme sur lequel on pouvait brancher une autre guitare, est-ce que c’est vrai?

Oui, je possédais de bons amplis.

Vous êtes pourtant l’un des meilleurs bassistes de la planète. Efficace, sûr, inventif. Ils ne s’en rendaient pas compte, à l’époque?

Très peu de bassistes sont appréciés comme tel, uniquement par les membres de leur propre bande.

Est-il vrai que c’est vous qui avez trouvé le riff killer de «Jumpin’Jack Flash»? Pourquoi ne vous ont-ils pas associés aux droits de la chanson: Jagger-Richards-Wyman, «it’s a gas, gas, gas…»?

Oui, c’est vrai; pendant une répétition.

Vous avez ensuite mené, dès 1993, une carrière solo intensive, très créative. Comment la définiriez-vous?

On s’amuse toujours. Nous jouons par amour et pour le fun. Pas pour l’argent.

Comment définiriez-vous la musique de votre groupe Bill Wyman’s Rhythm Kings? Tournez-vous beaucoup et où?

C’est mon orchestre. je pars en tournée uniquement avec eux.

Le concert que vous donnerez, le 8 novembre prochain dans la ville de Chaulnes, en Picardie, sera, dit-on, la seule date française de cette tournée? Est-ce exact?

Oui, c’est exact.

Quel est votre morceau des Stones préféré? Et pourquoi?

Honky Tonk Women.

Vous avez la réputation d’être incapable de passer une nuit sans une fille dans votre lit. Est-ce une légende ou la vérité? Et est-ce toujours le cas maintenant?

J’aime être entouré par les femmes/

On dit que vous êtes l’inventeur de la basse fretless (notamment en jouant avec The Cliftons, en 1960). Est-ce vrai? Et pourquoi?

J’ai fabriqué une basse fretless en enlevant les vieux frets, et je ne les ai pas remplacés.

 

Vous êtes écrivain. La littérature et l’écriture vous passionnent.

Oui, j’ai écrit sept livres sur des thèmes divers. Pas uniquement sur la musique.

PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE LACOCHE (avec la complicité de Susan Christophe)

 

Des pointures autour de Bill Wyman

Bill Wyman ne se déplacera pas seul mais avec ses Rhythm Kings, une formation à géométrie variable qui inclura à Chaulnes le guitariste prodige Albert Lee ; Mary Wilson, connue pour avoir chanté avec Diana Ross au sein du groupe soul The Supremes (« Stop ! In the Name of Love », « Baby Love ») participera également à la prestation, tout comme, à la batterie, Graham Broad (batteur du Roger Waters, des Pink Floyd, et Tina Turner, des Beach Boys, de Bryan Adams et de Jeff Beck) ; Geraint Watkins, claviers (accompagnateurs des plus grandes stars du rock dont Paul McCartney et Mark Knopfler) ; Terry Taylor, guitare et choeurs (pointure dans son domaine) ; deux cuivres : Nick Payne (il a joué avec Cliff Richard) et Franck Mead (il joué avec Gary Moore et Paul McCartney) ; Beverley Skeete au chant (elle a enregistré avec Tina Turner, Jimmy Cliff et

Bill Wyman donnera un concert à Chaulnes, dans la Somme, ce samedi 8 novembre.

Bill Wyman donnera un concert à Chaulnes, dans la Somme, ce samedi 8 novembre.

Tom Jones).

 

Né le 24 octobre 1936, à Lewisham, près de Londres, d’un père maçon, il passa son enfance dans les rues. Pourtant dès l’âge de 8 ans, il apprit le piano en écoutant le meilleur du rhythm’n’blues et du blues : Jimmy Reed et Dave Brubeck. Après son service militaire effectué dans la Royal Air Force, en Allemagne, il fondera quelques groupes, avant d’être recruté par les Rolling Stones, dès 1962. Le début de la grande aventure… Malgré la sobriété de son style, il reste un excellent bassiste. Son jeu est axé sur le rôle rythmique de la batterie. Imparable.

 Ph.L.