Éclairant Jean-Marie Rouart…

Il dresse le portrait de quelque 120 écrivains qu’il a adorés, et nous donne à lire des extraits du meilleur de leurs œuvres. Succulent.
Il est peu courant qu’un gros livre soit un grand livre (A la recherche du temps perdu, Proust; Le Vicomte de Bragelonne, de Dumas; Guerre et paix, de Tolstoï; Les Misérables, de Hugo; etc.) Ces amis qui enchantent la vie (quel joli titre!), de Jean-Marie Rouart, en est un. Il est gros (906 pages), et grand (passionnant, sensible et didactique; utile, terriblement utile. Et tellement littéraire et poétique!) Il est sous-titré Passions littéraires. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, est un gros lecteur (boulimique) et un grand lecteur (attentif, éclairé, éclairant, transmetteur, fraternel). C’est un excellent connaisseur de la littérature. Ce livre, qui propose des portraits d’écrivains choisis, des manières de préfaces passionnées, passionnantes, gourmandes, joyeuses, et des morceaux choisis de leurs œuvres, n’est rien d’autre, comme l’indique l’éditeur en quatrième de couverture, «le fruit d’une longue histoire d’amour». Il les classe par chapitre délicieusement subjectifs: «Les soleils païens» (Rabelais, Restif de la Bretonne, Casanova, Nietzsche, Maupassant, Colette, D.H. Lawrence, Henry Miller, etc.), «Les magiciens» (Toulet, Louÿs, Cocteau, Gary, Blondin, Zweig, Delteil, Aymé, etc.), «Les cœurs en écharpe» (Musset, Apollinaire, etc.), «Les amants malheureux de l’Histoire» (Bernis, Stendhal, Barrès, Zola, Drieu la Rochelle, Morand, Déon, etc.), «Les bourlingueurs de l’infini» (Loti, Cendrars, Hemingway, etc.), «Beaux et grands esprits» (Voltaire, Jean d’Ormesson, etc.), «Les fracasseurs de vitres» (Rousseau, Céline, Bernanos), «Voyeurs, pervers, nymphomanes» (Sachs, Anaïs Nin, etc.), «Les moitrinaire» (sublime néologisme! Léautaud, Gide, Nourissier, Houellebecq, Sollers, etc.),

Jean-Marie Rouart. (Photo : P. Matsas.)

Jean-Marie Rouart. (Photo : P. Matsas.)

«Les monuments qu’on visite» (Balzac, Hugo, Flaubert, Simenon, etc.). Et bien d’autres chapitres dans lesquels il n’oublie pas Baudelaire, Giono, Modiano, Bloy, Léon Daudet, Nizan, Nimier et Radiguet. Livre fort, livre émouvant, notamment quand il se demande l’intérêt de Tolstoï pour la franc-maçonnerie n’a pas été de nature à sa propre conversion «à la religion d’Hiram». Et lorsqu’il constate, un peu triste que des continents entiers de littérature resteront ignorés du lecteur avide. On adorera le portrait de Restif ( » il a troussé plus de femmes que de livres»), celui de Casanova (le mythe de l’aventurier; le bourgeois naissant qui doit tout à son mérite personnel et «fait la nique aux aristocrates»). De Cocteau, il dit si justement, qu’il est «un clavecin égaré au milieu du jazz», et de Marcel Aymé qu’il est un poète «qui n’a pas coupé les amarres avec le réalisme». Oui, ce livre est succulent, génial et sublime. Et, chose essentielle, il permet de goûter aux écrivains qu’on ne connaît pas encore. Merci, Jean-Marie Rouart!
PHILIPPE LACOCHE
Ces amis qui enchantent la vie, Passions littéraires, Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, Robert Laffont, 906 p.; 24 €.

Dame Felicity Lott aime « le champagne » de la langue française

 

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La grande chanteuse soprano anglaise, très francophile, sera en concert au festival de Saint-Riquier, ce soir, jeudi.

Elle adore la France et ne s’en cache pas. Elle chante avec délicatesse et un immense talent les plus grands compositeurs français sur les scènes des plus grands opéras. Une très grande dame au charme indéniable.  Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Enfant et adolescente, vous avez appris le piano et le violon. Finalement, vous avez opté pour le chant, à l’âge de 12 ans. Pourquoi ?

J’ai toujours chanté, bien avant de commencer à jouer du piano. A l’âge de deux ans, j’ai enregistré et gravé un petit disque avec deux chants de Noël que j’ai offert à ma grand-mère. C’est ma mère qui m’avait emmenée dans un studio de Cheltenham où je suis née. Je possède toujours ce petit disque en vinyle. Il comprenait deux chansons dont « Away in a manger ».

On dit de vous que vous êtes « la plus francophone des sopranos britanniques ». Qu’est-ce qui vous attire tant dans notre pays ?

Tout m’attire dans votre pays. La langue française d’abord. Et puis j’ai visité le pays quand j’avais 12 ans. Lens d’abord car j’ai une cousine qui habite dans le Pas-de-Calais. Ensuite je suis allée à Annecy car Cheltenham est jumelée avec cette ville. Il s’agissait d’un échange. J’avais 15 ans. J’apprécie aussi la culture, la poésie et la musique française je ne connais pas encore à ce moment-là. J’ai également été assistante d’anglais dans le lycée mixte de Voiron, près de Grenoble où j’ai suivi des  cours avec un très bon professeur de chant, ce qui a changé ma vie. J’avais 21 ans. Mes 21 ans, je les ai fêtés à Voiron.

Grenoble, était-ce par hasard ou pour Stendhal ? Et avez-vous aimé cette ville ?

A ce moment-là, j’étais Voiron. Je suis allée à Grenoble pour mes cours de chant. J’ai même chanté dans le chœur du Conservatoire pour l’ouverture des Jeux Olympiques, en 1968. J’ai toujours l’hymne olympique, chez moi,  dans tiroir. En fait, c’est la montagne que j’aimais. C’était tout nouveau pour moi, tout ça…

Vous avez interprété notamment Haendel, Mozart, Strauss, Offenbach, Gounod, Reynaldo Hahn, Fauré, Chausson, etc. Lequel préférez-vous et pourquoi ?

Impossible à dire ; ça fait partie du charme de la vie : pouvoir apprécier tous ces compositeurs, et interpréter des choses aussi différentes. La seule chose qui les rassemble c’est l’importance qu’ils attachent à la parole. Le livret est important pour moi. J’ai commencé par Mozart,  puis Strauss… dans l’œuvre de Strauss on se demande si c’est le texte est plus important que la musique. Ou l’inverse. C’est l’ensemble qui créé la magie ; quand le compositeur met en musique, c’est ça qui bouleverse. J’adore la poésie française : Victor Hugo, Vigny, Verlaine, Apollinaire, Eluard. J’ai découvert de nombreux poètes grâce à la musique.

Votre accompagnateur préféré au piano est Graham Johnson. Parlez-moi de lui, s’il vous plaît.

Nous nous sommes rencontrés quand nous étions étudiants à la Royal Academy of  music, à Londres ; il est extraordinaire. C’est  une encyclopédie vivante incroyable ! Il possède une très grande culture. C’est un autodidacte. Il est né en Rhodésie; il est venu en Angleterre quand il avait 17 ans ; il est curieux de tout. De la littérature aussi. Il aime beaucoup la musique française (il a écrit un livre sur Fauré). Par ailleurs, il a écrit  trois tomes immenses sur les lieder de Franz Schubert. Il aime également  la poésie allemande. Il a fait de très nombreux récitals.

En 1996, vous avez été anoblie par la reine du Royaume-Uni. Qu’avez-vous ressenti ?

Je pense que j’étais très fière ; c’est le prince Charles qui présidait la cérémonie. Cette distinction, c’est un peu comme la Légion d’honneur. Un remerciement de l’état ; oui, j’étais très fière mais ma maman encore plus…

Vous êtes née à Cheltenham, cinq ans après Brian Jones, fondateur des Stones. L’avez-vous connu ou croisé ?

J’étais en classe avec sa sœur, Barbara, un peu plus jeune que moi. A cette époque, j’étais très studieuse ; je chantais dans le choeur de l’église. Et je dois avouer que j’étais plus Beatles que Rolling Stones.

Vous avez souvent défendu l’opérette, genre trop sous-estimé. Pouvez-vous m’en parler ?

C’est en faisant La Belle Hélène que j’avais vraiment découvert l’opérette ; avant j’avais fait La Veuve joyeuse. Ces musiques apportent le sourire. Je viens de lire un article à Offenbach ; l’auteur disait qu’il n’appréciait pas. C’est dommage pour lui. Je trouve que les traductions des textes des opérettes françaises font perdre le « champagne » de la langue.

En dehors de la musique classique, l’opérette et l’opéra, aimez-vous d’autres musiques ?

J’aime beaucoup les quatuors, la musique du piano solo, et celle des grands orchestres. J’adore Serge Reggiani (je l’ai vu deux ou trois fois en concerts). Je n’ai pas encore osé reprendre ses chansons…. J’ai un peu peur… J’ai chanté une fois « L’Hymne à l’amour », d’Edith Piaf. Avec ces voix-là, c’est très difficile à faire ; Brel j’adore. J’aime sa façon de prononcer les textes…

Qu’allez-vous interpréter au Festival de Saint-Riquier.

Je viens avec des musiciens extraordinaires que j’ai rencontrés en Inde. Ensemble, nous avons fait un concert à Genève. A Saint-Riquier, nous allons interpréter une partie de la IVe symphonie, et trois lieder de Mahler ; « La chanson perpétuelle », de Chausson ; des mélodies de Hahn, et trois petits airs d’Offenbach.

Profiterez-vous de ce déplacement pour découvrir la Baie de Somme ?

Ce sera malheureusement un déplacement express. Je tourne beaucoup. La semaine dernière, j’étais à Mont-de-Marsan en compagnie de Lambert Wilson et de la pianiste Jacqueline Bourgès-Maunoury. Je serai à Paris demain (N.D.L.R. : mardi 7 juillet), puis à Saint-Sauveur-en Puisaye, à la maison de Colette.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Dany Brillant inspiré par les crooners

Le chanteur a donné des concerts à Beauvais, Margny-lès-Compiègne, Saint-Quentin et Amiens. Il était également de passage dans nos locaux. Nous l’avons rencontré.

Dany Brillant est un chanteur de musique populaire. Mais pas que. Il adore également le jazz, la musique cubaine et la musique orientale. Et, on le sait moins, il  est tout autant passionné par la poésie et la littérature. Il s’en explique…

Vous vous êtes produit il y a peu en Picardie. Avec quelle formation ? Quel était votre répertoire ?

Dany Brillant : Après avoir plusieurs gros Zéniths, de grosses salles, je suis revenu à des choses plus modestes. Je propose maintenant des chansons d’amour, tendres ; je  joue dans des théâtres, dans des ambiances très musical-hall avec une petite formation. On n’est que cinq ou six musiciens  (piano, basse, batterie et un clavier muti-instrumentiste); c’est

Dany Brillant aime la chanson, la poésie, la littérature et la philosophie.

Dany Brillant aime la chanson, la poésie, la littérature et la philosophie.

plus sensible, plus romantique. Mes shows attirent beaucoup des écoles de danses ; les gens viennent pour danser.

Pop ? Salsa ? Chanson populaire ? Comment définiriez-vous votre musique ?

J’ai du mal à la définir car c’est un mélange, en fait.  Moi, mes grandes inspirations, ce sont les crooners.  Exemples : ceux qui chantaient à Paris et aux Etats-Unis après la crise de 29.  Des chanteurs avec des voix assez douces, un répertoire très orchestral. Ces crooners essayaient d’apporter un peu de réconfort en cette période difficile.  Le genre est arrivé en France dans les années quarante.  L’apogée, ce fut Dean Martin et Sinatra.  Puis les Beatles sont arrivés et le genre est un peu tombé en désuétude. Dans les années quatre-vingt, j’ai eu envie de reprendre ce style-là, de le moderniser pour faire le style des crooners d’aujourd’hui.

Votre oncle était joueur de luth et chanteur de musique orientale. Cette musique orientale vous a-t-elle influencé ?

C’est vrai, vous la sentez, cette influence ?… (N.D.L.R. : Il a l’air à la fois étonné et satisfait.) Dans la façon de chanter, peut-être, car je n’ai pas une façon de chanter sur la mesure. Ce n’est pas très français, la façon dont je chante ; je me balade pas mal. Ca s’appelle du swing ; une façon de ne jamais être sur le temps.  C’est un peu compliqué à expliquer ; les gens quand ils applaudissent, ils le font sur le temps.  Le swing, c’est ça : à contre-courant, à contretemps. Peut-être aussi que dans la mélopée, dans le lien entre les notes, il y a un côté musique orientale. J’ai grandi en Afrique du Nord…

Adolescent, vous lisiez de la poésie et vous étiez passionné par la philosophie. Est-ce toujours le cas ? Quels sont vos poètes et philosophes préférés ?

J’ai adoré pendant mon apprentissage, les poètes et la littérature ; ce fut un enchantement.  J’aimais aussi les idées. C’est pour ça que j’ai écrit des chansons car dans une chanson on peut développer des idées.  Ca peut être des idées de légèreté.  On n’est pas obligé de dire des choses graves dans une chanson. Mes poètes préférés sont Victor Hugo, La Fontaine, Ronsard, et, plus près de nous, j’aime beaucoup la poésie d’Apollinaire, René Char, Aragon.  (D’ailleurs, ils ont été souvent mis en chansons.) Les philosophes ? J’ai beaucoup aimé les philosophes de Saint-Germain-des-Prés. Surtout Jean-Paul Sartre.  Camus, c’est autre chose ; je préfère Sartre à Camus. J’aime les philosophes existentialistes. Il y a Kierkegaard et Heidegger derrière. Ce sont des philosophes de l’existence ; avant les philosophes étaient plus théoriques.  Quand on était philosophe, il fallait s’engager politiquement, ne pas rester dans sa tour d’ivoire. Ce sont des philosophes de la liberté ; il leur fallait résister à la propagande, à la manipulation.  Aujourd’hui, les gens devraient relire Jean-Paul Sartre.

Votre chanson « Suzette » a été un immense succès. Vous avez dit « Suzette » était un peu l’arbre qui cachait votre forêt. Pourquoi ?

Chez moi, il y a toujours eu deux types de chansons.  Des chansons pour initiés, et des chansons plus populaires. J’ai eu la chance d’avoir un côté populaire, ce qui m’a permis de rentrer dans des émissions de télévision plus grand public ; mais cela a laissé un peu dans l’ombre le fait que je fasse du jazz, des musiques cubaines, etc.  Mais grâce au fait que je fasse de la chanson populaire, j’ai pu faire des voyages à Cuba, à Porto-Rico, en Italie, à la Nouvelle Orléans, à Londres, etc. Le succès populaire assure une audience.  Ce côté populaire, me permet aussi de développer une musique plus ambitieuse, plus pour initiés.  Le jazz, c’est une musique d’initiés ; quand je suis allé à la Nouvelle Orléans, ce fut pour moi une bouffée d’air pur.  Heureusement, j’ai eu la chance d’avoir un tube… On a besoin des deux. Les deux nourrissent…

Cette chanson, « Suzette », vous l’aimez toujours ?

Eh bien oui car elle m’a fait connaître au grand public.  Ce n’est pas moi qui l’avait choisie mais la maison de disques.  De toute façon, cette chanson n’est pas loin de ce que je fais habituellement ; j’avais engagé un guitariste de musique Django.

Votre dernier album, « Le Dernier romantique », rend hommage à l’amour. Pouvez-vous nous en parler.

J’ai eu envie de faire un album très sentimental.  Aujourd’hui, sentimental ça veut dire niais. La famille et le couple aussi. Moi, j’ai eu envie de glorifier le couple, c’est-à-dire une femme et un homme (ou deux femmes ; ou deux hommes). Le couple, comme une forteresse, comme un refuge, comme un moyen de grandir.  Je trouve que Mai 68 avait cassé le couple, mais on y revient.  J’ai eu envie de faire un album axé sur les sentiments comme ça se faisait dans les années soixante ; c’était alors très à la mode.  La danse de l’amour, c’est le slow.  Il permet d’avoir un contact immédiat même avec une personne qu’on connaît peu.

Le slow, c’est effectivement très pratique.

Oui, mathématiquement, on gagne cinq dîners grâce à un bon slow.

En 2009, vous chantiez « Je suis jaloux ». L’êtes-vous toujours ?

Oui, je suis jaloux ; évidemment les paroles d’une chanson, ce n’est pas exactement vous.  Mais je connais des gens chez qui la jalousie est maladive.  Cette chanson m’a permis de parler de ce problème. En fait, le jaloux n’a pas confiance en lui.  S’il s’aimait un peu plus, il serait moins jaloux.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Saleté de magnéto !

Suis-je trop bon public ? Qu’y puis-je, j’adore les films de Charlots, Lo

Marc  Lavoine  devant un tableau de la libraire Anne Martelle qui est également un excellent peintre.

Marc Lavoine devant un tableau de la libraire Anne Martelle qui est également un excellent peintre.

uis de Funès, certains livres de Pierre Benoit et de Francis Carco, certains romans de gare, les filles du French Cancan (surtout quand elles lèvent leurs jolies gambettes de hases ; mon ex-chérie, Lou-Mary, faisait ça bien, sacrée grande didiche !). Je considère qu’il n’y a pas que Cioran et Proust dans la vie. J’étais ravi, il y a quelques temps, d’interviewer Mireille Mathieu qui me confiait avec force et vigueur (et non sans douceur) son amour de Dieu et du général de Gaulle. Une fois, au cours d’une résidence d’écrivain, j’ai failli me friter physiquement avec un auteur hautement intellectuel car j’avais osé dire que j’aimais le chanteur Carlos, qu’il ne faisait de mal à personne, qu’il faisait rire les gens. L’espèce de butor prétentieux disait que c’était de la daube et que cela relevait du commerce. Tout ça pour te dire, lectrice ma bouée charnue, que je sais apprécier certains éléments de la variété française. Je découvre toujours, sous les brillances, les mélodies sucrées, quelques passions acidulées et autres intérêts piquants. Pour Marc Lavoine, à dire vrai, je n’ai eu aucun mal. On le sait excellent chanteur. Quelques-unes de ses chansons sont des délices. C’est un comédien sensible, inventif et délicat. Le voici maintenant écrivain. Le récit qu’il vient de publier chez Fayard, L’homme qui ment, cartonne en librairie. Ce n’est que justice. Tout ne monde n’a pas la chance d’avoir un père communiste et coureur de jupons. (Je pense à ça : j’espère que quand j’aurai passé l’arme à gauche, mes enfants se mettront à écrire ; j’ai les qualités requises pour leur garantir un succès en librairie.) Marc Lavoine est un garçon sympathique et chaleureux. J’avais déjà pu m’en rendre compte il y a une dizaine d’années alors que j’étais allé l’interviewer dans les locaux de sa maison de disque, à Paris. Cette fois, j’ai profité de son passage à la librairie Martelle, à Amiens, pour le faire. Marc était accompagné par la charmante Pauline Faure, attachée de presse chez Fayard, ce qui ne gâchait rien. (Un plaisir n’arrive jamais seul, comme le malheur.) J’avais sept minutes pour interviewer Marc. En temps normal, ça peut paraître court ; là,  c’était déjà trop car mon magnétophone, cette petite saloperie, n’a pas fonctionné. Variété encore : j’ai été commis d’office pour me faire l’avocat de Dany Brillant qui rencontrait ses fans dans les locaux de notre journal. En discutant le bout de gras, je me suis rendu compte qu’il adorait la poésie (Apollinaire) et la philosophie (les Existentialistes). C’était épatant de discuter de Sartre avec le mec qui a composé « Suzette ». L’espèce d’abruti d’intello avec qui j’avais failli m’embrouiller la crinière, eût encore fait des bonds.

Dimanche 1er mars 2015

Brillant, il le fut, élégant aussi

Dany Brillant était invité, hier, par le Courrier picard à rencontrer son public. Soixante personnes (cinquante filles; dix hommes). Normal: il est si beau. Et intelligent.

Dany Brillant, hier mardi, dans la salle Catelas du Courrier picard, à Amiens.

Dany Brillant, hier mardi, dans la salle Catelas du Courrier picard, à Amiens.

 

Les quelque soixante personnes (cinquante femmes et filles; dix hommes) sont unanimes: Dany Billant est beau. C’est indéniable. Il est aussi très cultivé et d’une intelligence vive. L’interview qu’il nous a accordée et qui paraîtra le vendredi 13 mars dans le cahier Week-end du Courrier picard, le prouve. Ce passionné de poésie et de philosophie n’hésite pas à évoquer, très à l’aise l’Existentialisme, Kierkegaard, Jean-Paul Sartre, Victor Hugo et Apollinaire. Un homme de goût. Hier après-midi, au cours de la rencontre avec le public organisée par notre journal et dans nos locaux, accompagné de la délicieuse et charmante Jeanne de Boismilon, responsable de la promotion marketing de Décibel Productions, Dany Billant a fait preuve d’une élégance, d’une attention et d’une gentillesse à toute épreuve en répondant aux nombreuses questions du public et de notre rédacteur en chef, David Guévart qui animait le débat. Dany ne s’en cache pas: il n’est pas fan de l’époque (c’est un homme de goût, disions-nous); il pense que tout va trop vite, que tout est axé sur le consumérisme. (On est en droit de ne pas lui donner tort.) Il avoue qu’il est nostalgique des programmateurs des sixties et des seventies qui, eux, travaillaient à l’ancienne, aux coups de cœur. «J’ai eu la chance d’en connaître; ces personnes prenaient des risques.» Et quand, dans la salle, la petite Mégane lui demande comment il a commencé sa carrière, il se souvient de sa chambre de bonne, à Saint-Germain-des-Prés, de sa vie de bohème, de ses rencontres avec Bohringer et Philippe Léotard. Mais la vie de bohème n’a qu’un temps; il en avait un peu assez. «J’étais près à raccrocher; j’avais envie d’avoir une vie de famille, des enfants. Et le succès m’a souri; j’ai continué.» Quand Séverine, lui demande quelles sont ses passions en dehors de la musique, il répond que celle-ci demeure une maîtresse dévorante. Lorsqu’elle le laisse tranquille, il aime jouer au football et au train électrique avec ses enfants. Ses influences musicales? «A 16 ans, j’écoutais la musique qu’écoutaient mes parents; je n’étais pas révolte.» Et de citer notamment Dean Martin, quelques autres crooners et la musique cubaine. La musique, il ne l’a pas étudiée au conservatoire, mais «sur le tas», en fréquentant un club de jazz où se produisait notamment Nina Simone. «J’ai toujours aimé inventer des mélodies. Sinatra et McCartney, eux non plus, ne connaissaient pas le solfège. Ça ne les a pas empêchés de…» Les radios françaises actuelles? Ce ne sont pas ses préférées; il les trouve trop formatées, ronronnantes: «Un robinet d’eau tiède.» Il préfère écouter les radios d’Amérique du Sud. Sa carrière au théâtre et au ciné? «J’ai fait du théâtre pendant deux ans avec la pièce Mon Meilleur copain; ça ne m’a pas souri. Je préfère la chanson.» Le cinéma d’aujourd’hui? Beaucoup (trop?) de comédies. Il regrette l’époque des films plus profonds comme ceux de Claude Sautet. Un homme de goût, oui.

PHILIPPE LACOCHE

Mardi 24 février, Dany Brillant a répondu aux lecteurs du Courrier picard, à Amiens.

 En concert : samedi 14 mars, 20h30, Elispace, à Beauvais (60); vendredi 27 mars, 20h30, cirque d’Amiens (80); dimanche 29 mars, 17 heures, Le Tigre, Margny-lès-Compiègne (60); mercredi 1er avril, 20h30, le Splendid, à Saint-Quentin 02).

Billetterie : Fnac, hypermarchés, réseau Ticketnet; www.nuitsdartistes.fr

Poètes, malgré la souffrance

                                

Jacques Béal est l'auteur de la très belle anthologie "Les Poètes de la Grande Guerre", parue aux éditions du Cherche-Midi.

Jacques Béal est l’auteur de la très belle anthologie « Les Poètes de la Grande Guerre », parue aux éditions du Cherche-Midi.

    En 1992, Jacques Béal publiait son anthologie –la seule et unique– des Poètes de la Grande Guerre (éditions Cherche Midi. Il y a vingt ans, Nicolas Auvray arrive comme administrateur de la Comédie de Picardie à Amiens. Et pour son anniversaire, Jacques lui offre son ouvrage, qui venait de sortir. Il y a trois ans, Auvray recontacte l’écrivain-journaliste amiénois: «Jacques, j’ai toujours ton livre. Et je prépare quelque chose autour de cette thématique.» C’est comme ça que tout a commencé, pour se conclure par ce spectacle Où est tombé ma jeunesse, mis en scène par Jean-Luc Revol, avec Tcheky Karyo en récitant…

Pouvez-vous nous présenter ce spectacle »

C’est moi qui ai eu l’idée du titre. Mais c’est en fait un titre d’Apollinaire. Pour moi, c’est lui le poète le plus important lié à la Première Guerre mondiale. Il y a bien sûr Blaise Cendrars que j’aime également beaucoup, mais pour la poésie pure, c’est Apollinaire. Je trouve que l’associer au termes «jeunesse», «tombée», ça pouvait être un bon titre. Ensuite on a cherché l’acteur qui pourrait porter ces poèmes sur scène. Plusieurs noms ont été évoqués et c’est Tchéky Karyo qui a été retenu.

Ce spectacle n’est pas une simple lecture.

Non, car Tchéky Karyo a appris les textes par cœur. Ce qui m’a fait plaisir, c’est qu’il m’a dit qu’il avait vraiment envie de s’investir dans ce projet. Pour lui, ce n’est pas un spectacle comme ça, en passant. Là, il récite, il ne lit pas. Il va jouer comme un acteur. C’est très différent. Il s’agit donc d’un spectacle musical. C’est une co-production franco-britannique entre la Région Picardie et les régions limitrophes en Angleterre. On a donc choisi des poésies françaises, et la musique qui entrecoupera les récits, sera constituée d’airs de l’époque interprétés en direct par des jeunes musiciens (dont un ténor plein d’avenir: Edmund Hastings). C’est Jean-Luc Revol, qui a obtenu un Molière il y a quelques années et qui est spécialiste du spectacle musical, qui fait la mise en scène. C’est lui a trouvé les chanteurs et les musiciens (avec la complicité de l’Orchestre de Picardie) et qui a trouvé une université très cotée en Angleterre pour réaliser la scénographie et les décors. Pour les textes, j’ai choisi les poèmes pour expliquer la guerre. La poésie est l’art de la concision, de l’émotion. La plupart des poèmes ont été écrits dans les tranchées. C’est beau d’associer la musique, la poésie, la littérature pour se souvenir de tous ceux qui ont écrit.

Comment avez-vous effectué la sélection des poèmes pour le spectacle?

Il y a un parti-pris du metteur en scène; parti-pris auquel j’ai souscris. Dans mon anthologie figurent des poèmes «va-t-en-guerre», comme un de Paul Claudel – grand poète mais qui était dans le confort de l’institution, à Paris. C’était un poète national. Il disait, «les p’tits gars allez-y! Allez-y!». Jean-Luc Revol n’a pas retenu les poètes qui, sur leur prestige, incitaient au patriotisme. Il a plutôt retenu les réfractaires, les gens dans la souffrance. Il y figure aussi un très beau poème de Blaise Cendrars sur Paris: au Jardin du Luxembourg, de jeunes enfants jouent à la guerre et, déjà, des invalides arrivent dans la ville en fête. En revanche, j’ai insisté pour que soit retenu un poème d’Apollinaire. J’ai rédigé une introduction assez sensible sur ce doux nom du Chemin des Dames mais qui, au cours de la guerre, deviendra une horreur. Dans cette introduction, j’ai mis mes tripes par rapport à ce que je ressentais.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

 

Toutes ces femmes que je comble, rue Saint-Louis-en-Île

 

Guy Bedos, souriant, à l'hôtel du Jeu de Paume, rue Saint-Louis-en-Île, à Paris.

 J’ai souvent rendu heureuses les femmes que j’aime, rue Saint-Louis-en-Île, à Paris. Je me souviens d’un hiver d’antan; j’avais convié Lou-Mary lors de l’interview de Brigitte Fontaine, chez elle, dans cette vieille et si française voie, empreinte d’Histoire, d’histoires, et de pierre blanche. On y entend presque les remous céladon de la Seine; on croit y entendre les roues des carrosses grincer sur les pavés et les jurons des cochers avinés, rougeauds et rugueux. La France comme on l’aime. Lou adore faire le grand écart, et pas seulement sur la scène du cabaret La Belle Époque, à Briquemesnil, où elle se produit souvent, s’adonnant avec grâce et sensualité à des french cancans émouvants. Ainsi voue-t-elle une passion sans limite aux si différentes Mylène Farmer et Brigitte Fontaine. « C’est le plus beau cadeau que tu aies pu me faire», m’avait-elle glissé à l’oreille dans la froidure hiémale de la capitale. Depuis, de l’eau a coulé sous le pont Mirabeau. Lou est partie à Montreuil. J’apprécie toujours autant Apollinaire. Il y a quelques jours, c’est Lys que j’ai invitée à l’interview de Guy Bedos qu’elle apprécie beaucoup. Lys était en beauté avec son bonnet zébré façon léopard, so british. Belle comme la rosée sur le gazon d’Hyde Park le lendemain du concert des Stones en 1969.Pour se faire pardonner d’être si mignonne, elle nous fit attendre, partie se poudrer le nez aux toilettes. Guy Bedos, gentleman, ne voulait pas commencer sans elle. Ce fut un grand moment en compagnie de cet artiste drôle, élégant, et courtois. Le weekend dernier, Lys est parvenue à me faire assister à un opéra de trois heures au Gaumont d’Amiens: L’Élixir d’amour, de Gaetano Donizetti. C’était délicieux. Costumes colorés comme un album de Tintin, voix époustouflantes, et histoire d’amour digne de Francis Carco ou de Pierre Benoit. En sortant du cinéma, nous nous sommes follement amusés à la Nuit Blanche, et avons croisé à deux reprises les excellents Ghislaine Roche, directrice du centre culturel d’Etouvie, et Thierry Bonté, 2e vice-président d’Amiens Métropole. L’automne me va bien au teint, lectrice.

Dimanche 21 octobre 2012.