La vie en rose à la Fête des plantes de Doullens

Les élus et les organisateurs devant le rosier Albertine-Sarrazin.

Quel plaisir d’avoir été invité à parrainer la rose Albertine Sarrazin, lors de la Fête des plantes de Doullens. Une rose qui porte le nom de ce grand écrivain. Tout un symbole. Jean-Claude Marzec, l’organisateur de la grande et belle manifestation, a eu une excellente idée. Albertine fut, pendant trop longtemps, ostracisée du fait qu’elle eût effectué plusieurs séjours en prison (notamment à la suite d’un braquage qui avait mal tourné, à Paris). Comme on le sait, elle s’évada de la citadelle de Doullens, se brisa la cheville, se traîna jusqu’à la nationale, où elle fut prise en stop, secourue, puis soignée par Julien Sarrazin, un jeune malfrat au grand cœur qui devint le grand amour de sa vie. (À la suite de cela, elle écrira ses deux chefs-d’œuvre: L’Astragale, et La Cavale.) Une belle histoire. Jean-Claude m’a confié un enregistrement d’une émission au cours de laquelle elle est interviewée par Jean-Pierre Elkabbach, alors jeune journaliste. La voix d’Albertine, c’est quelque chose. Un grain très particulier, fait de douceur, d’apaisement, d’intelligence. Ses mots aussi. «La société, c’est une chose que j’ai acceptée, mais je sais bien que je n’y serai jamais intégrée. (…) La haine? Je connais, mais je ne l’éprouve plus. J’aspire à écrire, à voir les gens que j’aime. (…) Mon mari et moi, on ne se quitte plus jamais. (…) Il ne faut jamais oublier la prison; c’est la meilleure façon de ne plus y revenir.» Il faisait beau, ce samedi-là, à Doullens. La Fête des plantes battait son plein. L’air embaumait des parfums des fleurs et des plantes. L’ambiance était paisible. J’y retrouvais Jean-Claude, un homme épatant, doux, positif et fraternel; Christian Vlaeminck, le maire de la commune, que je n’avais pas revu depuis des années. Je le croisais souvent quand j’étais en poste à l’agence du Courrier picard, à Abbeville, dans une autre vie. Nous étions contents de nous revoir. J’étais aussi content de revoir les sénateurs Christian Manable et Jérôme Bignon. Ce dernier m’a raconté l’ascension à la marche du Kilimandjaro qu’il vient d’effectuer en compagnie de ses fils. Un exploit qui lui a laissé des souvenirs inoubliables. Comme dans ma courte allocution, j’avais fait référence à mon écrivain préféré, Roger Vailland, il m’a confié que son père, Charles Bignon, avait résisté au sein du même réseau que lui. Nous nous sommes promis de faire des recherches sur la question. Puis vinrent les allocutions. On eût pu s’attendre au pire à si près des législatives. Il n’en fut rien. Courtoisie, ambiance détendue. Était-ce l’effet de la rose Albertine Sarrazin? Peut-être. On vit Christian Manable, ancien président du Conseil départemental, féliciter son successeur Laurent Somon, pour la qualité et l’humour de son excellent discours. Le député Alain Gest, président d’Amiens métropole, nous invita, une amie chère et moi, à déjeuner en compagnie de son équipe et de ses amis. On ne parla pas de politique, mais de la belle fête, de la rose, et de son père, ancien chef des sports à notre cher Courrier picard. Oui, cette journée fut délicieuse, comme le parfum de la rose Albertine.

                                             Dimanche 4 juin 2017.

 

Mon aventure avec Llançà, une brune, même pas majeure

 

L'excellent photographe Guillaume Lecoque.

Alain David, vice-président d’Amiens Métropole chargé de la culture, par ailleurs talentueux peintre, a exposé ses toiles dans l’adorable petite église romane de Fieffes-Montrelet. En compagnie de Lys, j’étais ravi d’aller les découvrir. Alain ne donne pas dans le figuratif. Il travaille les formes, les volumes, les couleurs. Ses toiles sont souvent imposantes. Elles s’intégraient bien dans ce lieu de pierres séculaires et dans cette ambiance automnale. Mon automne est rural. Après avoir parcouru la campagne pour gagner Fieffes-Montrelet, nous nous rendus, Lys et moi, au domaine du Marquenterre pour y faire du cheval. Oui, tu as bien lu, lectrice adorée; le marquis a délaissé son carrosse Peugeot 206 (5 VC) pour une magnifique jument henson nommée LLançà (comme la capitale de la Catalogne).Elle était justement très brune, titulaire d’une jolie crinière. J’ai demandé à la monitrice si Llançà était majeure, je fus déçu. «Elle a quinze ans», m’a-t-elle informé, intriguée, puis un peu inquiète surtout quand je lui répondis: «Tant pis! Je la monterai quand même…» Malgré mes hautes origines, je n’étais jamais monté sur un cheval. Ce fut une grande découverte. Promenade dans la forêt du domaine. Sous-bois de velours ocre et roux. Nous avons croisé des mouflons, des sangliers et autres bestioles. Lys, devant moi, était bien mignonne avec sa petite queue blonde qui dépassait de sa bombe. Llançà avait un sacré caractère; elle prenait la tangente dès qu’elle le pouvait pour manger à sa guise l’herbe fraîche. J’ai été tellement séduit par cette expérience il n’est pas exclu que je revende ma Peugeot 206 et que je m’achète un cheval. Venir travailler à cheval au Courrier picard, ça ne manquerait pas d’allure. Mon retour à la vie citadine m’a encore dépaysé.Je suis allé découvrir la belle exposition «Zanzibar-Michenzani Trains, un quartier en regard», à la maison de l’architecture à Amiens. Très belles photos de Guillaume Lecoque, et conférence, lors du vernissage, de Maïlys Chauvin, géographe et chercheur au laboratoire des Afriques dans le Monde. Je ne cessais de penser à Rimbaud et à Kessel. Et des hallucinations olfactives m’envahirent, parfumées au clou de girofle.

Dimanche 13 octobre 2013.