Tout ce passé qui n’en finit pas…

     Lorsque je suis à Paris, je lève souvent la tête. Il n’est pas rare que mon regard se pose sur une plaque commémorative. J’adore les plaques commémoratives. Un lieu, un événement, un souvenir. C’est mon côté réactionnaire; je voudrais que tout reste en place, les paysages surtout. Les gens aussi. Le passé me ravit (il est tranquille, inoffensif comme une colère retombée); le présent m’indiffère. Le futur m’inquiète. Les plaques commémoratives font partie du passé; elles me plaisent. Je baguenaudais, l’autre jour, avenue Victor-Hugo. En passant devant la façade du numéro 72, je découvre que dans cet immeuble vécut Jacques Arthuys, président et fondateur de l’Organisation civile et militaire (O.C.M.), qu’il y rassembla les premiers combattants clandestins de la Résistance française. Arrêté par la Gestapo, en décembre 1941, déporté dans le SS-Sonderlager Hinzert, près de Trèves, en Allemagne, il meurt le 9 août 1943. Jacques Arthuys fut un patriote exemplaire. Engagé volontaire pendant la Première guerre mondiale, dans la cavalerie, puis dans l’aviation, il fut maintes fois cité pour actes de bravoures. Devenu industriel, il s’intéressa vite au journalisme et à la politique. Militant nationaliste proche des Croix-de-Feu, membre de l’Action française, il évolua progressivement vers la gauche, tout en restant résolument patriote, anti-Allemand et anti-Nazi. D’où son engagement sans faille dans la Résistance. J’examinais cette plaque; je rêvais. Je me souvenais du livre Les Faces cachées de la Cagoule, du libraire indépendant amiénois Michel Rateau, ouvrage que je venais de lire et que j’ai chroniqué dimanche dernier. Cet article m’a valu quelques discussions avec un confrère et ami journaliste de gauche, qui me reprochait de ne pas avoir précisé que la Cagoule était bien un mouvement d’extrême-droite. Il avait raison; j’aurais dû le préciser. En revanche, je lui rappelais la complexité de l’engagement patriote et résistant. Ce n’est pas très politiquement correct de le dire mais par haine des Allemands, nombreux membres des ligues d’extrême-droite et certains cagoulards s’engagèrent avec un courage inouï dans la Résistance. Jacques Arthuys n’avait rien d’un gauchiste; il n’est reste pas moins un Français courageux qui avait fait le bon choix. La politique n’avait rien à voir là-dedans. Et c’est bien. À Tergnier, ma ville rouge, cheminote et résistante, martyrisée par les nazis, les réseaux communistes, socialistes, gaullistes et ceux de droite cohabitaient. (L’O.C.M., sous, l’égide de son responsable, le capitaine Étienne Dromas, à qui l’on doit la création du Musée de la

Jacques Arthuys n’avait rien d’un gauchiste; il n’en reste par moins un Français courageux.

Résistance et de la Déportation de Fargniers, fit un travail considérable.) Devant la plaque de Jacques Arthuys, je me souvins aussi des écrits de Jacques Perret, l’un de mes écrivains préférés, monarchiste convaincu, grand résistant qui, dans le maquis combattit aux côtés des communistes dont il ne cessait de louer la bravoure. Complexité de l’Histoire. La littérature et la France, mon cher pays, toujours et encore…

     Dimanche 29 janvier 2017.

 

 Il faut voir « Le Labyrinthe du silence »

    Lys, aux yeux azurins, si anglaise, me dira encore que je suis trop péremptoire, trop militant ; c’est aussi cela la singularité d’être français, comme le disait Roger Vailland dans délicieux essai Quelques réflexions sur la singularité d’être français (Jacques Haumont, 1946). La démocratie est une mésange, à la gorge douce et duveteuse, qui observe, analyse, propose, admet ; la république est un coq qui chante dans la cour de ferme, prosélyte, souvent prêt à en découdre (pour ma part j’ai les ergots plantés dans le fumier du capitalisme). Une fois de plus, je serai péremptoire et français : il faut aller voir le film Le Labyrinthe du silence, de Giulio Ricciarelli, qui passe actuellement au Ciné Saint-Leu, à Amiens. Oui, j’invite tous les antisémites et ceux qui ont opté récemment pour un parti sournoisement totalitaire à se déplacer. Que nous raconte Ricciarelli ? Il nous entraîne dans l’Allemagne de 1958. Un jeune procureur Fritz Bauer (campé par Alexander Fehling) entre en possession des documents essentiels qui pourraient permettre l’ouverture d’un procès contre les anciens SS ayant servi au camp d’Auschwitz. Mais l’Allemagne d’après-guerre veut oublier ; elle ne pense qu’à se reconstruire. Le magistrat se heurte à de très nombreux obstacles ; il pourra compter sur l’aide du journaliste Thomas Gnielka (superbement interprété par André Szymanski qui, physiquement et moralement, me fit penser à mon regretté confrère Christian Vincent, de La Voix du Nord). Ce film est bouleversant, superbement écrit, pensé et joué. Sans jamais hausser le ton, Ricciarelli démontre la monstruosité inégalée du nazisme, et le côté amnésique d’une Allemagne d’après-guerre qui eût voulu se contenter du procès de Nuremberg. Timothée Laine, le 1er Mai, au salon du livre d’Arras, dans le cadre de son récital de voix parlée à la carte (un choix de 205 textes de 107 auteurs français et étrangers, appris par cœur) eût pu lire notamment des œuvres des poètes Max Jacob

De gauche à droite : Timothée Laine, Patrick Plaisance, Vincent Roy et leurs épouses.

De gauche à droite : Timothée Laine, Patrick Plaisance, Vincent Roy et leurs épouses.

et Robert Desnos, eux aussi victimes de la barbarie nazie. Grâce à Patrick Plaisance, de la CCAS, j’ai pu assister à son remarquable spectacle, et faire la connaissance de très littéraire Vincent Roy, écrivain, critique, éditeur et collaborateur du Monde des Livres. Celui-ci participe au spectacle de Timothée (Epopée du poème, épopée du public), joue un peu le rôle de Monsieur Loyal, commente, pose des questions sur les poètes, le tout avec finesse et humour. Oui, lectrice, mon amour, la littérature me hante. Ma dernière découverte : l’audio livre. Sur mon autoradio, je viens d’écouter Chien de printemps, de Modiano (éd. Audiolib), lu par l’excellent Edouard Baer qui donne toute sa puissance à ce grand texte que j’avais dévoré dès sa sortie au Seuil, en 1993. France Inter, que j’écoute habituellement sans relâche en voiture, va-t-elle faire un procès à Audiolib ?

                                                           Dimanche 17 mai 2015.

Quand l’Allemagne martyrisait l’Europe

Thomas Stern vient d’écrire un roman magistral, sans langue de bois, sur son oncle Thomas Elek, communiste, juif hongrois, héros du Groupe Manouchian, massacré à 19 ans par nos bo

Thomas Stern, son oncle était Tjhomas Elek, massacré par nos bons amis d'Outre-Rhin. Il avait 19 ans.

Thomas Stern, son oncle était Tjhomas Elek, massacré par nos bons amis d’Outre-Rhin. Il avait 19 ans.

ns amis d’Outre-Rhin.

Comment ne pas aimer un roman dont le héros, Thomas Elek, juif hongrois, membre de FTP-MOI, groupe de partisans « organisés en France par les communistes, au coeur de l’immigration espagnole, italienne, arménienne et juive d’Europe centrale », évide un exemplaire relié du Capital, de Karl Marx, y installe une bombe, et dépose le tout dans les rayons de la librairie franco-allemande Rive Gauche, à l’angle de la place de la Sorbonne et du boulevard Saint-Michel ? Elle explose, provoque des dégâts matériels importants mais n’atteint pas Brasillach et Rebatet qui fanfaronnaient là comme deux coqs sur un tas de fumier nazi. Roman ? Difficile à dire. Son auteur, Thomas Stern, n’est autre que le neveu de Thomas Elek, fusillé à dix-neuf ans le 21 février 1944 avec ses camarades. Roman ? Oui, dans la forme car celle-ci est éminemment littéraire, construite, sincère, subtile et envoûtante. Même si, on le sent, Thomas Stern a refusé tous les effets, toutes les affèteries stylistiques. Il s’est laissé submerger par l’émotion. Il raconte cet oncle au courage inouï ; il raconte ce qu’il a en lui. Point barre. C’est quand un écrivain préfère la sincérité et la justesse au savoir-faire littéraire qu’il nous donne la meilleure littérature. Il y a un ton dans ce livre. Pas une miette de grandiloquence, pas de lyrisme, mais une violence contenue, une rage quasi punk contre ces satanés barbares envahisseurs doryphores. C’est agréable en ces périodes de langue de bois où tout se vaut, où il faut parfois trop facilement oublier. Oui, ça fait du bien quand Thomas Stern cite Johnny, celui qui a fait rentrer son oncle Thomas Elek dans les FTP : « Les flonflons des Fritz et tout leur zim-boum-boum, ça fait trois ans que ça dure. Trois ans qu’ils défilent au pas de l’oie, musique en tête, pour nous montrer qu’ils sont les vainqueurs. Deux ans qu’ils nous gavent, à tous les coins de rue, de Mozart, de Bach, de Wagner, de Liszt et de Beethoven, pour nous rappeler qu’ils sont aussi le Peuple de la Musique. Que la force et la culture, c’est la même chose quand on parade dans le bon uniforme. Maintenant, ça suffit. Soldats, tortionnaires, musiciens, ils se valent tous. Ils sont tous une cible pour les partisans. Dans leur cantines, leurs camions, leurs kinos, leurs bordels. Et dans les kiosques. Ils doivent savoir qu’ils sont plus en sécurité nulle part. Quand ils l’auront compris, ils foutront le camp. » Thomas Stern se met dans la peau de Thomas Elek. Et elle est savoureuse cette détestation sans précaution des bourreaux allemands transformés en touristes avec leurs bottes ferrées, « leurs Leica qui cliquettent, leur bonne humeur chahuteuse après avoir privé l’Europe entière de joie ». On ne restera pas non plus insensible quand Ernst Jünger en prend pour son grade, pages 101, 102 et 103 : « Jünger, en bon Prussien, rectifie la position et se montre sous un jour impeccable : il l’a fait avec Orages d’acier (2 500 variantes de texte) parce que les câlins martiaux des nazis dans les années 30 le mettaient mal à l’aise. Il le fait ici pour que la postérité disculpe l’homme de lettre des saloperies qu’il a, en soldat, tacitement acceptées. »

Thomas Stern explique qu’il a écrit ce livre pour que Thomas Elek reprenne vie. Il y parvient de façon magistrale. Au sortir d’une consultation électorale aux inquiétants résultats, ce livre est vraiment à mettre entre toutes les mains.

PHILIPPE LACOCHE

Thomas et son ombre, Thomas Stern, Grasset. 216 p. ; 17 €.

 

Michel et Jean ou le pari de deux copains ados

     Ils se sont connus sur les courses cyclistes ; ils avaient 16 ans. Ils avaient promis de faire un duo de chanteurs à la retraite. Pari tenu !

     Ils l’avaient rêvé ; ils l’ont fait. « Ils » : l’accordéoniste Michel Pruvot, le célèbre Picard, et Jean Réveillon, le tout aussi célèbre journaliste du Nord. Leur disque, Oh toi l’amour de ma vie (Disc‘Ambiance-Dist. So

Deux copains : Jean Réveillon (à gauche) et Michel Pruvot.

Deux copains : Jean Réveillon (à gauche) et Michel Pruvot.

ny Music) est un peu le symbole de nos deux régions fraîchement réunies : la Picardie et le Pas-de-Calais. Un coup de pub ? Une opération d’opportunistes ? Point. Et c’est le moins qu’on puisse dire puisque l’idée de leur duo, à Michel et à Jean, elle remonte à loin. A l’adolescence. « Nous nous sommes connus grâce au vélo », explique Jean Réveillon, ex-directeur de France Télévision. J’étais le neveu de la dame qui tenait la salle de jeux sur la plage du Crotoy ; je venais ; j’avais huit ans. On participait à la Fête des fleurs avec Henri Doidy. Déjà, à l’époque; on a dû se croiser dans les rues du Crotoy. »  En fait, ils se rencontreront vraiment quelques années plus tard. Ils ont 16 ans, s’affrontent lors des courses cyclistes amateurs. Michel porte les couleurs du VC Ponthieu, de Sailly-Flibeaucourt, dans la Somme ; Jean, celle du Cyclo club de Lillers, dans le Pas-de-Calais. « On se bagarrait sur les routes avec Alain Vasseur. Et on voyait débarquer un grand gaillard en maillot noir et blanc qui grimpait les bosses comme un chamois et qui était bon au sprint. Il nous mettait la pâtée. C’était Michel Pruvot. Et quand j’ai appris qu’avant de courir dans le Nord, il avait fait bal la nuit avec son père jusqu’à 3 heures du matin, j’ai dit bravo ! »

     Ils font donc connaissance. En 1965, ils sont qualifiés pour le Premier Pas Dunlop ; ils se rendent à bord de la 2 CV de papa Pruvot jusqu’à Montpellier. C’est à ce moment-là qu’ils se promettent de former un duo de chanteurs dès que la retraite aura sonné. Car, même s’il a décidé de faire carrière dans le journalisme, Jean rêve de chanter.

     Les années ont passé ; ils sont restés amis. Et ils ont tenu parole. Leur disque comprend dix morceaux, adaptation de schlagers, variété qui fait un tabac en Allemagne en Autriche et en Scandinavie. Mélodies entêtantes, populaires et entraînantes, Jean et Michel ont été séduits par ce style. Ca leur réussit plutôt bien puisque ces dix tubes, composés par des auteurs-compositeurs allemands et autrichiens (un duo de frères, Die Amigos, qui chantent depuis trente ans et effectuent 300 galas par an en Allemagne, en Autriche, en Croatie et dans les Pays de l’Est) sonnent agréablement. Lors de leur premier gala, à Abbeville, il y a quelques semaines, Michel et Jean ont attiré quelque 700 personnes. Pas mal pour un pari d’adolescence ! Et Michel a même troqué son sacré accordéon pour sa guitare. Comme quand il jouait avec son groupe de rhythm’n’blues dans le Ponthieu, le Vimeu et le Marquenterre, au cœur des seventies.

                                    PHILIPPE LACOCHE

Oh toi l’amour de ma vie, Michel et Jean. Disc’Ambiance-Dist. Sony Music.

Mireille Mathieu : authentique, gaulliste et française

             L’ambassadrice de la chanson à l’étranger donnera un concert au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, le samedi 15 novembre. Elle aime aussi Dire Stra

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l'Oise, à 20h30.

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise, à 20h30. (Photo : AFP).

its et les Pink Floyd.  Elle a répondu à nos questions.

Comment expliquez-vous que votre cote de popularité n’a jamais cessé auprès du grand public ?

Mireille Mathieu : Je viens de chanter à l’Olympia, puis en Belgique, puis à Lyon, etc., c’était extraordinaire. Un accueil superbe ! L’accueil du public vient peut-être du fait que finalement on me voit peu. Il y a aussi le fait que je suis française et fière de l’être. Je suis authentique et je suis moi-même. Il m’arrive aussi de chanter dans la langue du pays dans lequel je me produis. C’est important. J’ai même fait un florilège des chansons que j’interprète dans des langues étrangères.

Quels sont les temps forts que vous retenez de vos cinquante ans de carrière ?

Le Jeu de la chance, le 1er novembre 1965. Le fait aussi d’avoir pu chanter tout en haut de la Tour Eiffel. Il fallait des autorisations délivrées par un comité. C’était présenté par Stéphane Bern. Il y a de cela environ deux ans. Autre moment fort : ma rencontre avec Jean-Paul II. Je suis catholique. Cela m’a impressionné. Il avait une force dans les yeux, une détermination. Cette rencontre s’était effectuée dans le cadre d’une audience privée avec ma maman ; il y a de ça une dizaine d’années.

Vous êtes restée absente un certain temps de la scène. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

J’ai effectivement été absente pendant neuf ans. Aujourd’hui, je suis de retour sur scène pour fêter mon jubilé, mes cinquante ans de carrière. Pendant ces neuf ans, j’ai voyagé et chanté à travers le monde. Le public m’apprécie ; il m’aime. Une personne, à l’étranger, m’a dit qu’elle avait le français grâce à mes chansons. Cela m’a fait très plaisir. Notre langue est si belle.

Vous êtes en quelque sorte l’ambassadrice de la chanson française à l’étranger. Comment expliquez-vous ce fait ? Pourquoi vous ?

Je suis restée authentique. Je chante en français. Il existe des artistes qui font dans le genre anglo-saxon. Je ne les critique pas mais ce n’est pas mon truc. Si vous allez chanter à l’étranger, le public vous attend comme artiste français. Avant, les chanteurs interprétaient beaucoup d’adaptations anglo-saxonnes ; il y en a beaucoup moins maintenant.

Que représente la France pour vous ?

Je suis gaulliste. Avant la France était sur un piédestal ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je me demande parfois si les Français se rendent compte de notre savoir-faire. Dans l’Oural, on enseigne le français. Il y a aussi notre gastronomie, nos fromages. Je ne fais pas de politique mais, au final, on a tous quelque chose du général de Gaulle. Il avait un nom magnifique ; c’est ça, la France !

Qu’écoutez-vous ? Quels sont vos goûts musicaux ?

J’aime les Pink Floyd, Lady Gaga, Lionel Richie, Edith Piaf, la Callas, Dire Straits…

Lisez-vous et quoi ?

Je lis peu car je n’ai pas le temps. Exemple : je ne vais pas tarder à repartir chanter en Russie. Je manque de temps pour lire.

Parmi les nombreux duos que vous avez faits, quels sont ceux qui vous ont marquée ?

Ceux avec Julio Iglesias, avec Patrick Duffy, avec Paul Anka, etc. En fait, tous m’ont marquée. C’est toujours un plaisir de chanter en duo. On a des voix différentes. Une complicité s’instaure. C’est toujours gratifiant et enrichissant.

Vous serez le samedi 15 novembre au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise. Quelle formation vous accompagnera ? Et quel sera votre répertoire ?

Je serai en compagnie de mes quatorze musiciens, de mes choristes, des techniciens son, etc. J’interpréterai à la fois des anciennes chansons et des nouvelles chansons, dont celles qui figurent sur mon dernier triple CD, Une vie d’amour.

Connaissez-vous la Picardie ?

Ma mère est de Rosendaël et de Lille. Je connais plus le Nord de la France mais pas encore la Picardie.

Quels sont vos projets ?

Je prépare une chanson pour Noël pour l’Allemagne. Puis, je repartirai à Moscou. L’an prochain, j’effectuerai une grande tournée en Allemagne et en Russie.

                                                     Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

 

Claude du Granrut : féministe et européenne

Claude du Granrut, femme politique, écrivain. Paris. Février 2014.

                  

     Cette ancienne élue de Picardie vient d’écrire un livre, « Le piano et le violoncelle » dans lequel elle évoque son parcours et celui de ces parents, courageux patriotes victimes de la barbarie nazie. Rencontre.

Vous êtes la fille de Robert de Renty, mort en déportation au camp d’Ellrich, et de Germaine de Renry, rescapée du camp de Ravensbrück. Est-ce que ces drames seraient à l’origine de votre caractère et de votre volonté qui vous ont permis de mener une carrière politique et professionnelle remarquables ?

Effectivement, j’ai été très marquée par la déportation de mes parents, et par la mort de mon père. Mon père était un homme tout à fait remarquable ; il s’était fait tout seul. Il avait fait la guerre de 14. Il avait créé son entreprise d’insecticides pour l’agriculture qui marchait très bien ; c’était à Paris. Il travaillait en liaison avec Saint-Gobain. La deuxième guerre est arrivée ; il la pressentait de façon abominable parce qu’il avait participé à l’occupation de la Sarre, après la Première Guerre. (Il était parti comme ingénieur dans les mines de la Sarre, avec sa jeune femme.) Il parlait très bien l’allemand. Il comprenait ce qu’était l’Allemagne ; leur façon de travailler dur. Il savait que l’Allemagne se remonterait très vite et très bien. Il avait écrit des articles sur ce sujet dans des journaux parisiens (L’Echo de Paris, etc.) Il connaissait la puissance potentielle de l’Allemagne. Il écoutait les discours d’Hitler ; il a compris que, menée par Hitler, cette Allemagne pouvait déborder. Il s’est rendu compte que ce n’était peut-être pas la vraie Allemagne mais, tout de même, une Allemagne extrêmement puissante, dure, dominatrice. Il était très inquiet. Pendant la guerre, nous étions à Paris ; il a continué à mener ses affaires comme il a pu. Il m’a toujours donné l’envie de réussir, de bien travailler, de faire de bonnes études. Je comptais sur lui pour m’aider, pour me pousser ; j’étais la dernière de la fratrie. Mes frères et sœurs étaient légèrement plus âgés que moi ; ils n’avaient pas eu l’occasion de faire les études comme moi j’avais eu l’envie et l’occasion de faire. Je me suis dit qu’en mémoire de mon père, je dois réussir à faire ce qu’il voulait que je fasse. En l’occurrence, ma mère m’y a beaucoup aidée. Elle a compris ça. Elle m’a dit : « Tu feras une carrière ; tu feras des études. » J’avais le droit d’avoir des bourses. J’ai donc fait des études, à Sciences Po et en Amérique. C’était formidable ; j’ai débarqué dans un pays qui avait fait la guerre mais qui n’avait pas été démoli, qui était puissant, qui avait une volonté ; les gens n’avaient peur de rien. Il fallait donc que je n’aie peur de rien. J’avais donc un bagage extraordinaire, et une mère qui me poussait, qui me soutenait. Bien sûr, j’ai eu une déconvenue tout de suite après mon diplôme de Science Po parce que je n’ai pas eu d’emploi comme en avaient eus mes camarades de promotion, dans des banques, des entreprises, des administrations, etc. Là, je n’ai pas compris ; ma mère non plus. On s’est dit : il y a quelque chose qui ne va pas dans cette France qui, pourtant, qui se remettait à flots grâce au Plan Marshall. Je suis arrivée aux Etats-Unis quand le général Marshall a lancé son plan. J’avais des amis américains, notamment un armateur qui envoyait le plan Marshall en Europe… Ma mère ne s’est pas affolée ; j’ai eu des occasions diverses et obtenu des petits boulots formateurs. J’ai été pigiste dans différents journaux ; j’ai aussi fait des remplacements intéressants de secrétariat et j’ai eu la chance de pouvoir participer au Comité du travail féminin qui venait d’être créé, au sein de ministère du Travail. Ce fut le déclenchement car ça correspondait  à ce que j’avais envie de faire et ce que je pouvais faire : j’avais une formation administrative ; je savais écrire, rédiger des notes… J’avais aussi la possibilité, travaillant dans une administration, à demander à l’Institut national des statistiques de faire telle ou telle recherche  sur l’emploi, la formation, le niveau d’éducation… J’ai eu une masse d’informations qui me permettaient de faire des notes au ministre et des propositions. Je suis donc rentrée dans un  processus administratif qui était très positif. Et à l’époque, j’étais avec Fontanet, puis Edgar Faure. Tous les trois des hommes très ouverts, très avisés, très sympathiques, très chaleureux, très exigeants aussi (Joseph Fontanet était très exigeant sur la rectitude des dossiers). C’était véritablement pouvoir faire fructifier tout ce que j’avais pu faire avant. Ce fut aussi pour moi une révélation : je me suis dit que ça, toutes les femmes pouvaient le faire, mais qu’on ne leur en donnait pas toujours l’occasion. Je ne pouvais pas aller dans la rue pour manifester, brandir des banderoles, mais toutes les associations féministes venaient me voir pour me demander des conseils car j’étais parvenue à obtenir des choses. Et ces informations partaient dans des articles de journaux que je ne pouvais écrire. Ce fut merveilleux quand j’ai pu travailler avec Françoise Giroud. Car ce n’était pas un seul ministère mais l’ensemble des ministères qui étaient censés travailler avec Françoise Giroud.

Pour quels motifs vos parents  ont-ils été déportés ?

Mes parents étaient résistants ; ils appartenaient au Réseau Alliance, un réseau de renseignements qui travaillait directement avec les services de renseignements anglais. Madeleine Fourcade en était présidente. Ma sœur appartenait à ce réseau ; elle s’était mise dans la clandestinité. Tout cela, je ne pouvais pas le savoir car personne ne parlait. Je ne subodorais pas que mes parents puissent être arrêtés. Ils l’ont été.

Vos parents étaient donc très patriotes.

Mon père était très patriote. Il avait fait la guerre de 14 qui l’avait fortement marqué. Mon grand-père était saint-cyrien, officier. Mon père avait senti que l’Allemagne nous ferait payer la défaite, qu’elle avait une revanche à prendre et qu’elle la prenait dans les pires conditions. Il savait ce que faisait la Gestapo à Fresnes ; il était très au courant de ce qui se passait.

Vous ne semblez pas en vouloir à l’Allemagne. En revanche, je suppose que la barbarie nazie vous hérisse.

Ma mère, elle aussi, disait qu’elle n’en voulait pas aux Allemands.  Elle a été parmi les premières, au sortir de la guerre, à penser qu’il fallait faire une alliance avec l’Allemagne.  Personnellement, j’étais tout à fait de son avis. Quand j’étais au lycée Molière, j’ai fait allemand première langue. J’ai lu énormément de poètes, écrivains et philosophes allemands. Je lisais des traductions ; j’étais imprégnée de culture allemande. Plus tard, lorsque je me suis retrouvée au comité des régions, j’avais des collègues allemands de mon âge ; beaucoup d’entre eux avaient souffert pendant la guerre. L’un était orphelin de guerre, comme moi. On ne pouvait que se dire : travaillons ensemble pour la paix. J’aimais beaucoup la façon de travailler très directe des Allemands. En plus de ça, ils ne disaient pas n’importe quoi. Il y avait parfois des collègues qui étaient très politiques, qui s’enflammaient… Les Allemands (ils sont politiques comme tout le monde) mais ils sont très pragmatiques. Ils réfléchissent sur ce qu’ils connaissent. J’ai toujours aimé travailler avec les Allemands. J’aimais également beaucoup travailler avec les Italiens, les Espagnols, les Autrichiens. Non, je n’ai jamais eu de difficulté à travailler avec les Allemands, et pourtant parfois je me disais… bon…

Derrière votre mot « bon », se cache la barbarie nazie, n’est-ce pas ?

J’en ai souffert assez directement. Ce que j’en tire, c’est qu’il ne faut pas perdre la mémoire par rapport à ce qui s’est passé. C’est pour cette raison ma mère témoignait beaucoup sur la déportation, beaucoup de ses camarades continuent de témoigner dans les écoles. Ma mère a participé à l’édification du mémorial qui est au bout de l’Île de la Cité et qui représente tous les lieux de déportation, les horreurs de la Gestapo. Aujourd’hui presque toutes ces femmes sont mortes ; c’est pour cela que j’ai créé, en 2006, la Société des familles et amis des anciennes déportées et internées de la Résistance (SFAADIR). Nous sommes des enfants, quelque fois des petits-enfants qui souhaitons conserver cette mémoire parce qu’elle est exemplaire. Ces femmes ont été exemplaires. Souvent, elles ont été dépassées par ce qu’il leur arrivait. Elles faisaient de la résistance ; elles savaient qu’elles prenaient des risques. Elles étaient très courageuses, très engagées. En arrivant, au camp, c’était l’horreur, mais elles s’en sortaient par la solidarité. Elles ont été mises à nu. Elles ont fait des travaux abominables. Ma mère travaillait à l’aplanissement d’un terrain pour un aérodrome, ce par moins vingt degrés… Des travaux inhumains mais elles voulaient s’en sortir et elles s’en sortaient par l’amitié. Seules, elles ne tenaient pas. Ma mère aimait beaucoup Mme Maspéro qui avait été déportée avec son mari. La mère de l’éditeur ; le grand-père était un grand égyptologue. Le couple Maspéro avait été déporté dans le même train que maman. Lui est allé à Buchenwald où il est mort ; mon père est mort à Ellrich. Ces deux femmes se sont retrouvées veuves. François, le fils de Mme Maspéro, avait mon âge à peu près. Cela a créé des liens. Toutes ces femmes survivantes étaient contentes de se retrouver ; elles se disaient qu’elles avaient vaincu ensemble.

Tous ces événements dramatiques vous ont-ils conduit à façonner votre goût pour la construction de l’Europe ?

Une chose que j’ai apprise dans l’administration (avec Françoise Giroud), c’est qu’on peut changer le monde avec la politique. L’administration gère, elle peut avoir des idées, faire évoluer les choses mais c’est la politique qui décide. C’est pour cela que j’ai voulu faire de la politique en France et que j’ai souhaité participer à la politique européenne car une innovation aussi importante que la création de la Communauté économique européenne, puis de l’Union européenne, demandait véritablement une volonté politique et pas seulement une volonté administrative. Ce que je regrette actuellement, c’est le l’Europe est devenue une administration intergouvernementale, ce qui ne rime à rien. Même les hommes politiques qui le souhaitaient sont complètement congelés par cette lourdeur administrative. C’est là que ça bute. C’est la même chose pour les femmes : quand on veut faire une politique féministe, il faut que la politique s’en mêle. Ca ne veut pas dire que l’Etat s’en mêle en pensant qu’il peut tout faire. Pas du tout. Mais il faut qu’il y ait un mouvement politique.

Votre mère était catholique pratiquante et elle était favorable à l’avortement. Etes-vous, comme elle, une femme éprise de liberté, d’indépendance, finalement assez éloignée des chapelles, politiques, s’entend ?

Ma mère considérait que les femmes doivent être responsables et responsabilisées. A partir du moment où une femme réfléchit, prend une décision dont elle assume la responsabilité, c’est très bien. Pour elle, l’avortement n’était pas une fuite en avant. Pas du tout. C’est comme ça que Simone Veil a présenté l’avortement. Refuser l’avortement, c’était refuser de donner une responsabilité aux femmes. Elle n’avait pas de problème religieux. Du moment où vous donnez une responsabilité, le catholicisme n’est pas contre la responsabilité des individus ; au contraire.

C’est un comportement très humaniste.

Oui parce que nous sommes sur la terre pour quoi faire ? Pour maintenir un certain nombre de principes de la personne, sa liberté, sa responsabilité, son sens du collectif, du progrès de l’humanité… et donc, on n’est pas là pour suivre seulement le passé, pour ne pas évoluer. Il y a une évolution à faire, mais avec des règles. Ces dernières doivent de fonder sur la capacité des personnes à être responsables, à faire avancer les sciences, les techniques, la démocratie, les droits fondamentaux. J’ai été passionnée, en tant que membre des comités des Régions, qui m’a envoyée à la Convention aux droits fondamentaux. Ces derniers ne correspondaient plus à l’évolution de la société. Il fallait qu’ils s’ouvrent. L’avortement était l’un de ces droits fondamentaux. Il ne faut pas y aller trop fort ; la famille est tout de même un creuset extraordinaire de richesse et d’éducation de la personnalité. Mais, ça m’est venu de source, car j’ai été obligée d’être responsable de moi-même très tôt. Car quand mes parents ont été déportés, j’ai vécu très seule. J’habitais avec l’une de mes sœurs qui était mariée. Mais quand même, j’étais face à moi-même. Je me demandais où étaient mon père et ma mère ? Est-ce qu’ils reviendront un jour ? On ne savait rien. Quand je suis allée aux Etats-Unis, j’ai été obligée d’être responsable de moi-même.

Politiquement, quel a été votre parcours ? Où vous situez-vous aujourd’hui ?

J’ai été centriste avec Fontanet, un homme tout à fait remarquable qui avait aussi un souci de la politique et de conserver un certain nombre de principes chrétiens. C’était un progressiste qui ne voulait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. J’ai donc adhéré au CDS. J’ai été militante. Le CDS c’était Jean Lecanuet, Jacques Duhamel, Fontanet… Simone Veil et moi, avons eu des discussions avec nos bons collègues masculins centristes qui disaient que l’avortement était épouvantable… On leur disait que c’était un droit. C’était un peu épique. J’ai donc continué à être centriste quand je suis devenue élue à la municipalité de Senlis. Avec Arthur Dehaine, nous faisions abstractions du fait que nous appartenions à tel ou tel parti. Nous étions élus pour travailler pour Senlis ; une majorité plurielle. C’était la même quand j’ai été élue au Conseil régional de Picardie. C’était un peu plus marqué car le RPR était très fort. Dans l’Oise, il y avait de bons RPR : Mancel, Dehaine, Dassault, un paquet… Marini en plus… Mais il y avait le sénateur Souplet qui m’a beaucoup soutenue et qui a souhaité que je figure dans la liste pour le conseil régional. J’ai eu de la chance ; j’étais huitième et j’ai été élue. A partir de là, j’ai pris mes aises ; j’ai voulu montrer que j’étais une femme, au conseil régional, que j’avais mes propres idées, mon propre mot à dire. C’est une chose qui m’a toujours menée. Je suis une femme politique ; je fais de la politique comme femme. Je ne me soumets pas aux habitudes masculines des partis ; pas du tout ! Charles Baur me laissait dire ce que je voulais dire, ce que je pensais, ce que j’avais envie de faire. Il m’a toujours soutenue, ce qui était assez sympathique. Au début, on n’était que trois ou quatre femmes. Quand on est une femme politique, on n’a pas besoin de se couler dans le moule. Ca m’a coûté des déboires au début mais au bout du compte, non. Car j’ai eu des responsabilités que j’ai prises au tant que femme. Un tout petit exemple stupide : lorsqu’on a eu à la Région, la responsabilité des trains (TER). Nous avons rénové le parc des TER. J’ai proposé qu’on puisse trouver un endroit de mettre les bicyclettes dans les trains. Les voitures d’enfants aussi. J’ai aussi aménagé les horaires des trains en fonction des collégiens, des lycéens. Maintenant, dans tous les TER de France, il y a des endroits pour mettre les bicyclettes. A ça, un homme n’aurait pas pensé. Et maintenant, tout ça paraît normal.

La Manif pour tous, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Personnellement, je pense que je n’ai jamais manifesté dans la rue. Cette manifestation vient d’une frustration épouvantable face à ce que propose le gouvernement actuel par rapport aux problèmes que pose la France. Les gens étaient descendus dans la rue pour dire que ça n’allait pas. Il y a là une exaspération doublée d’une crainte qu’exprime Christine Boutin. Il y a un fond catholique en France, même si les gens ne vont pas à la messe, ils suivent les préceptes de l’Eglise. Pour eux, la famille et  le mariage sont importants. Tout cela appartient à la France. Il y a donc un mélange d’exaspération, de crainte de l’avenir, de baisse du pouvoir d’achat. Il y a un mauvais engrenage en France. On a l’impression que la France fout le camp ; en Europe elle compte moins. Le chômage ne baisse pas. Il y a donc une inquiétude diffuse. Je pense qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le royaume de France.

La vie de Claude du Granrut aujourd’hui consiste en quoi ?

Je suis aujourd’hui complètement retraitée. Je n’ai plus aucun poste officiel. Je ne suis plus élue. En revanche, je reste en contact avec le comité des Régions. Je maintiens un certain lien avec des institutions européennes. Ca m’oblige à me tenir très au courant par rapport à ce qui se passe en Europe. Je suis en train d’écrire un article de huit pages qui devrait alimenter un débat sur ce qui se passe au niveau européen. Mon deuxième point d’ancrage, c’est la mémoire des femmes déportées. On organise des voyages à Ravensbrück. Je suis en train de préparer un colloque européen sur l’engagement des femmes, sur leur courage. Je suis allée à Bruxelles où j’ai rencontré des personnes du service de la citoyenneté ; on m’a encouragé de monter quelque chose avec des associations d’autres pays. L’Europe devrait m’aider financièrement pour monter ce projet. Ce sera en 2015 si tout va bien. Je suis également en rapport avec le Ministère de l’Education nationale pour que les enseignants évoquent les femmes déportées. On est en train de monter un programme à base de petites interviews. Je participe aussi à de nombreux colloques. Je me rends en milieu scolaire avec des femmes déportées. Et j’ai cinq enfants, onze petits-enfants, et bientôt cinq arrière-petits-enfants ; j’ai aussi une vie familiale soutenue. L’aîné de mes arrière-petits enfants à 30 ans ; le plus petit a neuf ans. J’ai donc un balayage de tous les âges. Ce sont des enfants très motivés, voulant réellement faire quelque chose. Je me dis que je leur ai donné l’envie de faire quelque chose de leur vie. J’ai aussi un lien fort avec l’Amérique grâce à ma nomination au conseil d’administration de l’université dans laquelle j’ai étudié.

                                Propos recueillis par

                                PHILIPPE LACOCHE