Les pruniers, la tulipe de Hollande et la chamelle de Nora

Nora Aceval, à la bibliothèque d'Amiens, lors d'une récente intervention de conteuse.

 Lady Lys, avec son accent birkinien so british, est décidément très distrayante. Comme elle habite en plein centre ville d’Amiens et que je suis souvent chez elle, j’étais occupé, il y a peu, à surveiller ma voiture, de peur qu’elle ne fût verbalisée par la maréchaussée car je n’avais pas mis assez d’argent dans l’horodatrice.

Tou a peur des pruniers? me lança-t-elle en secouant son casque blond digne du Brian Jones de la pochette de «Jumpin’Jack Flash».

– Les pruniers?

– Oui, ceux qui mettent des prunes.

Il y avait les pervenches, les aubergines; il y aura dorénavant les pruniers dans mon vocabulaire, moi qui en suis était quasiment resté aux hirondelles avec leurs pèlerines et leurs bicyclettes antédiluviennes. Les choses vont trop vite pour moi, lectrice, mon amour, ma fée ravie, mon jouet soumis. On passe d’un mot à l’autre, d’une fille à l’autre, d’un quinquennat à l’autre sans crier gare. Je digérais tranquillement les épines anticommunistes de la rose de François Mitterrand, et vlan, je vais devoir m’habituer à la tulipe de Hollande moi qui n’apprécie que très moyennement la ville de La Haye et sa Cour internationale de justice depuis qu’elle a été si injuste avec nos amis Serbes, francophiles et anti nazis. Le lendemain de la victoire de François Hollande, des copains de la sociale démocratie venaient vers moi, la mine réjouie. Je ne pouvais m’empêcher de leur demander: «Et Marx, dans tout ça?» La question qui fâche. Je vais encore me faire des amis. À dire vrai, la politique me fatigue. Je préfère la littérature; elle est moins décevante et ses sourires sont moins factices. Celui de Nora Aceval, conteuse et écrivain, est rayonnant. Nora, je l’ai entendu conter avec talent, au Salon du livre de Creil, ville où elle réside. Depuis des années, Nora collecte avec patience et attention des légendes, poèmes et chansons libertins du Maghreb. Elle nous donne à lire aujourd’hui La chamelle et autres contes libertins du Maghreb qu’elle a publié aux éditions Alain Gorius (coll.Al Manar, 128 pages, 19 euros). On y croise des maris naïfs ou jaloux, des femmes délicieusement coquines, délurées, sensuelles à qui on a envie de tout pardonner. Nora écrit bien, avec sobriété, netteté et poésie. Ses contes libertins nous réconcilient avec la vie.

Dimanche 13 mai 2012