Un retour scie… dérant!

Celui d’un musicos nommé Scieur Z. En stand-by depuis des années, il revient sciesur la scène avec deux CD. Et a aussi plein d’autres projets en vue.

La scie musicale a une âme. Son son est très mystérieux, planant même et peut-être beaucoup plus épuré que celui du synthétiseur qui a connu ses heures de gloire dans les années quatre-vin

Renaud Lacoche, dit Scieur Z. Un chanteur-auteur-compositeur étonnant, singulier. Entre pop et rock, il sort deux deux CD d'un coup, et va sortir, sous peu, un livre de ses textes autour du voyage.

gt. Cet instrument correspond vraiment à mon univers», explique Renaud Lacoche, le sourire aux lèvres.

Un chimiste musical

Un univers psychédélique qu’il alimente depuis une trentaine d’années et dans lequel chaque composition devient une aventure sonore à part entière: «Je suis comme un chimiste, mais, moi, je fais mes expériences avec les sons! D’ailleurs les deux CD « Train de vie » et « Scie-né muzik », plus expérimental, vont de pair avec des spectacles visuels. C’est par exemple un petit film d’animation réalisé avec mes élèves de troisième (N.D.L.R: Renaud est professeur d’arts plastiques dans l’Aisne) pour le concours « Postalents 2009″ qui accompagne la chanson « Les passants » sur « Train de vie ».» Des projections balisées de nombreuses références culturelles et cinématographiques qui invitent à faire escale, le temps d’une chanson, dans son parcours de vie: « »Train de vie », c’est un voyage aux « scies » coins du monde et dans l’univers ferroviaire qui a bercé mon enfance. Je suis né à Tergnier (Aisne), une ville cheminote par excellence. Ma cité du rock. Là où j’ai rencontré Culbuto, un ancien cheminot reconverti en clown, celui qui m’a initié à la scie musicale. Et après j’ai bossé tout seul avec la méthode Keller. Une méthode des années 50!» Et grand bien lui a pris: depuis 28 ans, elle est devenue sa partenaire privilégiée sur scène, osant même le pari fou de l’introduire au sein de la pop rock: «Au fil du temps, j’ai amélioré ma scie, inventant un petit système de sonorisation électrique. Une tige de bambou fixée à la manette d’inflexion surmontée d’un micro-cravate, ce qui me permet de faire les mêmes effets de distorsion qu’à la guitare. Alors oui, c’est peut-être dingue mais la scie se marie très bien avec la pop psychédélique.» Et la preuve: son premier 45 tours sorti en1987 fait un véritable carton! S’en suit une période de démarchage auprès de maisons de disques – «qui n’a forcément été à la hauteur de [SES]attentes mais qui a eu le mérite d’être extrêmement créatrice» – et d’un travail acharné au sein de groupes, de son duo avec Philippe Groulard – «un guitariste et choriste qui s’est installé dans le Sud», puis avec deux musiciens de jazz: «Je me suis remis à la composition en 2009 grâce à mon frère qui voulait mettre en musique des poèmes érotico-pop. Puis en 2010, j’ai accompagné la chanteuse Lou-Mary qui était à l’époque la copine de mon frère.» Un retour artistique qui se concrétise non seulement avec Train de vie et Scie-né musiz mais aussi avec la parution d’un recueil de textes et d’illustrations qui devrait sortir très prochainement.

BÉNÉDICTE BIOT

Plus d’informations:

http://scieurz.online.fr

« Trains de vie » sur www. upmystore.com

« Scie-né muzik » sur www.musearecords.com

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J’aime la France et Gérard Depardieu

J'aime mon pays. J'aime aussi Gérard Depardieu, Michel Déon (notre photo) et Michel Houellebecq.

J’aime Gérard Depardieu, l’immense comédien, la générosité de l’homme, sa folie. Ses fêlures, surtout. Il a pris; il a donné. Il a perdu. Beaucoup perdu. Des proches. Essentiels. Est-il nécessaire d’insister? Je n’aime pas le système du bouc émissaire, spécialité des médias. Souvent, je me dis, lectrice, que je pratique un drôle de métier. Je serai incapable de faire ce que vient de faire Gérard Depardieu, et ce qu’ont fait, en d’autres temps, deux de nos plus grands écrivains: Michel Déon et Michel Houellebecq. Vivre trop longtemps hors de France me serait impossible. Et malgré mon immense fortune, ces impôts qui m’accablent, ces fromages qui disparaissent, ces petits commerces qui ferment, ces écrans plats, ces images numériques qu’on fait apparaître au toucher sur la porte du réfrigérateur ou sur la glace de la salle de bains, cette Europe allemande et capitaliste qui nous gangrène, cette mondialisation économique qui m’incommode, je reste. La France me colle à la peau comme un second épiderme. Je suis français, européen et mondialiste sur le plan fraternel mais pas du tout sur le plan des fichus marchés. Français, terriblement français. J’aime les paysages de mon pays, ses odeurs, ses mœurs, sa culture, ses filles, son patrimoine, ses églises, son hymne, son drapeau, sa république. J’aime mon pays, nos voisins belges, britanniques et les autres. Et j’aime aussi Gérard Depardieu, Michel Déon et Michel Houellebecq. Qui suis-je pour me permettre de les juger? J’aime mon pays, ma région, mon département, ma ville (Tergnier, Aisne). Et quand je croise mon copain Jean-Pierre Marcos, Beautorois, donc presque Ternois, au très beau spectacle du cirque Eloize, à la Maison de la culture d’Amiens, on n’a pas besoin de se parler longtemps; on se comprend. On se souvient de l’odeur de la brume du canal de la Sambre à l’Oise qui longeait le stade de Beautor, les matins d’hiver, quand l’Entente sportive des cheminots ternois rencontrait l’Union sportive de Beautor. L’odeur du métal écorché de l’aciérie. Nos dirigeants, communistes pour la plupart. Ou fervents catholiques défenseurs des humbles et des sans grades. Des bernanosiens. Nos vieux guides, ces cheminots, ouvriers de l’aciérie Japy, anciens résistants FTP. C’est cette France-là, celle qui n’est plus, celle d’hier, qui nous aide à rester debout. Malgré tout.

Dimanche 23 décembre 2012

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Etait-ce toi, Clara, au Zup Bar, à Saint-Quentin, en mai 1972?

Philippe Seydoux, écrivain. Décembre 2012.

J’aime l’automne et l’hiver, leurs couleurs, leur mélancolie; elles me le rendent mal. Je sors d’une crève carabinée. L’âge certainement. (Oui, lectrice, je vais sur 87 ans, et je travaille toujours pour payer mes dettes contractées lors de ma vie de jeune homme: entretien de poulettes, danseuses, demi-mondaines, cantatrices, etc.) Moi qui, il y a peu, craignais aussi peu le froid que Bukowski la Budweiser, me baignais dans l’océan breton à 13 degrés (c’est vrai qu’une peine de cœur, le Prozac et le Tranxène m’avaient échauffé le sang et les sens), me voici, les frimas revenus, à tousser comme un phtisique et cacochyme écrivain. Léautaud, aigri, entouré de ses chats, Céline, mauvais comme une teigne au retour de Norvège, Cendrars, au coin du poêle à bois à Aix-en-Provence, n’eussent pas fait mieux. Mais un soubresaut de vie m’a repris. Et sur mon destrier blanc, je me suis rendu au salon du livre à l’hôtel de ville de Saint-Quentin. Après avoir salué la délicieuse Cécile, de la librairie Cognet, et Xavier Bertrand, j’ai sympathisé avec mon voisin de table, l’écrivain Philippe Seydoux qui vient se sortir Gentilhommières des pays de l’Aisne, Laonnois, Vermandois, Thiérache, un ouvrage magnifique. Ce livre me fait rêver. En tant que marquis des Dessous chics, rien de plus normal, pourrais-tu penser, lectrice blasée. Bien sûr, mais pas seulement. Quel bonheur de découvrir l’histoire du château de Rouez, près de Viry-Noureuil, où mes grands-parents travaillèrent, et où vécurent ma mère, puis mon père et où j’ai bien failli naître. Mon père me racontait qu’il allait se baigner dans l’étang et qu’il remontait, poissé de vase. Quel bonheur également d’en savoir un peu plus sur l’abbaye de Villequier-Aumont où, adolescent, je me rendais en compagnie de mon beau-frère pour pêcher dans l’étang et remonter de grosses tanches. Tout n’est que subjectivité et c’est bien ainsi. Autre rencontre: celle de l’ami Michel Krauze, rocker dans l’âme, qui me confia qu’il croyait avoir croisé, en mai1972, Clara, l’un des personnages de mon dernier roman Des rires qui s’éteignent. C’était au Zup Bar, à Saint-Quentin. Elle était au volant d’une magnifique voiture «empruntée» à son père, homme fortuné. Ils avaient fait la tournée des bars. Il se souvient d’une fille superbe, manière de Janis Joplin, allumée et gentille. Était-ce bien elle? Je ne le saurais jamais. Clara n’est plus de ce monde pour témoigner.

Dimanche 13 décembre 2012.

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L’étang de Merlieux, le dindon crétin et la fraternité ferroviaire

La Fête du livre du Merlieux est un rendez-vous incontournable. Je m’y rends régulièrement depuis que le maire de l’époque, Daniel Corcy, eut la bonne idée de créer l’événement, sous le marrainage de Régine Deforges. Souvent, il coule sur ce mignon village axonais, une belle lumière automnale. C’était le cas le weekend dernier. J’y ai retrouvé de nombreux copines et copains. Jacques Béal (qui sortira, sous peu, un nouveau roman aux Presses de la Cité) et Hélène, sa compagne. Jacques signait ses livres au côté de Gilles Paris qui a donné une nouvelle au Courrier picard l’été dernier. Étaient également Didier Daeninckx (nous sommes arrivés exactement au même moment dans la vaste pâture qui sert de parking), le très joyeux et facétieux Alain Paucard (qui publiera, sous peu, Tartuffe au bordel, au Dilettante, un livre truculent, politiquement incorrect et rabelaisien), le fraternel Yves Couraud, ma camarade de longue date la conteuse Catherine Petit, l’excellent Valère Staraselski, la talentueuse Noëlle Châtelet, le très moustachu Léo Lapointe, etc. Dès le matin, Alain Paucard nous chanta du Presley et de vieilles chansons françaises et coquines. J’ai déjeuné avec Catherine Petit et Noëlle Châtelet (tarte au maroilles, cochon de lait et haricots verts). Pour digérer, nous avons fait une longue promenade autour du magnifique étang, avant de découvrir la ferme pédagogique (où je me suis fichu de la poire d’un dindon assez bruyant et agressif) et les aquariums qui recèlent des poissons d’eau douce. En fin d’après-midi, après avoir félicité Joy Sorman pour ses jolis yeux, j’ai été invité à participer à une rencontre autour des cités cheminotes. Celle de Laon, en particulier qui vient de faire l’objet d’une pièce de théâtre, œuvre d’Olivier Gosse, et de la publication d’un livre aux éditions Christophe Chomant, de Rouen.

Gilles Paris (à gauche) et Jacques Béal, très complices.

En2011, Axothéa, Fédération des troupes de théâtre amateur de l’Aisne, avait engagé un travail de mémoire sur la cité des cheminots de Laon, dont la finalité était la création d’une pièce de théâtre à partir d’un recueil de paroles… Quelques extraits furent lus sur place. Et c’était très réussi. Je ne pouvais m’empêcher de penser à la cité des cheminots de Quessy-Cité, près de Tergnier où est né mon père. Fraternité ferroviaire. Économat. Émotions.

Dimanche 7 octobre 2012.


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Hugues Hairy : « L’Historial : un musée humaniste »

 Ancien conservateur, cheville ouvrière de la grande institution de l’est de la Somme, Hugues Hairy se souvient, à l’occasion des vingt ans, de sa constitution et des différentes étapes de la longue mise en place.

 

Hugues Hairy, ancien directeur de l'Historial.

Dès le début, votre rôle a été très important dans l’édification de l’Historial.

De 1985 et jusqu’à septembre 1995, j’ai été dans le projet de l’Historial, puis j’ai pris la direction du développement culturel du Département. En tant que conservateur en chef des musées départementaux (Saint-Riquier et l’Historial en devenir), j’ai donc oeuvré en ce sens. Titulaire d’une maîtrise d’histoire, j’avais auparavant notamment travaillé comme contractuel au Musée national des arts et traditions populaires.

Comment est né l’Historial et qui a trouvé le nom?

Il est né de la volonté de Max Lejeune, président du Conseil général de la Somme qui souhaitait équilibrer le territoire en matière culturelle. Il avait décidé de créer le centre culturel de Saint-Riquier, à l’ouest du département; un second centre fut créé à Amiens (le centre culturel de la Somme). Il fallait donc fonder quelque chose dans l’est. L’idée a donc consisté à créer un troisième centre culturel polyvalent (avec expositions, spectacles, etc. et une salle consacrée aux batailles de la Somme). En fait, l’idée avait été suggérée par Christian de La Simone, chargé de mission à l’action culturelle. Max Lejeune a pris la décision en 1984. Les premières études révélèrent qu’il était nécessaire que la prédominance fût donnée à la guerre de 14-18. Je me suis donc retrouvé dans ce projet dès son origine. Le nom a été trouvé par un consultant que nous avions engagé (Gérard Rougeron,, passionné d’histoire et natif de Péronne, ce qui était complètement un hasard). Au départ, rien ne présidait à l’idée que le projet puisse s’installer à Péronne. C’est en 1985 qu’il fut décidé qu’il s’installerait dans cette ville, centre des combats, ville qui avait connu la guerre, les succès, les occupations, les revers… Un concours d’architecture fut donc lancé et le projet fut confié au célèbre architecte Henri-Edouard Ciriani, un Péruvien adepte de Le Corbusier. L’Historial est une

production culturelle ex nihilo; au départ, il n’y avait ni lieu, ni collection aucune. Pas d’histoire à raconter, ce 70 ans après la guerre au moment où le conflit de 14 était en train de basculer de la Mémoire dans l’Histoire. Il fallait donc qu’on écrive un scénario conforme à l’esprit des années quatre-vingt. Nous nous sommes entourés d’un petit groupe d’historiens pour mettre en place ce scénario historique sous la direction de Jean-Jacques Becker qui s’entoura de ses meilleurs élèves (Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker) et de collèges étrangers (l’Allemand Gerd Krumeich, l’Américain Jay Winter); ce petit groupe d’historiens constitua le noyau initial du futur centre de recherche de l’Historial. Ensemble et avec nous, ils définirent les grandes lignes du projet historique du musée, projet que l’on peut résumer en deux points ;: créer un musée international présentant les points de vue français, britanniques et allemands; créer un musée qui présente face à face les aspects militaires et les civils. A partir de là, tout se mit en place en parallèle : le projet architectural, la muséographie, la constitution des collections pour lesquelles nous engageons un passionné d’histoire, Jean-Pierre Thierry, de Villers-Bretonneux, qui a charge de courir les lieux susceptibles de nourrir ces collections ( collectionneurs, marchands, rèderies, marchés aux puces, etc.); il entretient un réseau de correspondants à l’étranger. Il était pour nous impensable de constituer une collection complète et polymorphe. On a donc assis la collection sur l’écriture historique. A partir de là, commence une aventure de six ans et demi qui s’achèvera avec l’inauguration du 16 juillet 1992. Entre temps, nous avions changé l’équipe chargée de la muséographie et confié celle-ci à la société Repérages (de Paris). L’inauguration se déroula en présence de Louis Mexandeau, secrétaire d’Etat aux anciens combattants, de nombreux ambassadeurs des pays belligérants, et de l’écrivain allemand Ernst Jünger.

Quel était votre rôle?

J’étais la cheville ouvrière chargée de cautionner les acquisitions et de finaliser les choix. Plus largement, j’étais impliqué dans l’ensemble du projet. Un rôle permanent et peu visible.

Quelle était la philosophie globale du projet ?

 

Contrairement à ce qui avait été fait entre les deux guerres, il ne s’agissait pas de faire un musée national, presque nationaliste, mais de créer une véritable confrontation entre les points de vue des trois principaux belligérants. Par ailleurs, c’était la dernière guerre ancienne et la première guerre moderne, notamment avec la montée en puissance des armes modernes (aviation, gaz, chars, artillerie, etc.); la première guerre à distance. C’était aussi la première fois où les civils étaient autant impliqués dans la guerre (évacuations, occupations…). La première fois où la société civile était complètement impliquée dans le conflit (propagande au quotidien). De fait, la muséographie illustre les dichotomies entre le militaire et le civil; ce qui se lit dans le parcours muséographique : le militaire au centre des salles, la vie des civils en périphérie. On soulignera aussi l’importance de la recherche filmographique largement mise en oeuvre par Gérard Rougeron. Des archives cinématographiques avec des extraits courts et longs qui sont considérés comme des objets du musée. Ils venaient appuyer le discours historique ou s’y substituait.

Pourquoi l’Historial a-t-il été créé à cette époque?

C’est le problème de la mémoire et de l’histoire. Il faut un temps plus ou moins long pour sortir de l’affectif et du mémoriel, ce pour aborder l’aspect historique. Les historiens étaient prêts dans les années quatre-vingt à effectuer cette bascule, et le public était prêt à recevoir ce type d’explication. C’est un musée qui a des collections originales mais qui n’est pas atteint de collectionnite. Il n’y a donc pas de galeries d’uniformes, pas de galeries de médailles. C’est un musée qui se veut humaniste dans lequel l’Homme est au centre du débat. C’est un musée nouveau qui regarde l’Histoire autrement.

Vous souvenez-vous des toutes premières acquisitions?

Tous les objets ont une histoire qui est toujours rattachée à des rencontres, la plupart ayant une grande force d’émotion. Au départ, le musée n’existe pas. Il faut donc convaincre la direction des musée de France de nous constituer en musée officiel. Il a fallu que nous allions à Paris pour présenter notre projet en accompagnant cette présentation des embryons de collections largementconstitués d’une collection dont j’avais eu connaissance lors d’une exposition temporaire que j’avais mise en place, à la fin des années soixante-dix, à Saint-Riquier. Elle était intitulée « Les enfants dans la Grande Guerre » et s’appuyait sur la collection d’un collectionneur acharné : M. Van Treck, qui résidait dans l’Aisne. Le Conseil général de la Somme avait acheté sa collection (gravures, peintures, etc.).

On dit que les Péronnais ont un peu grincé des dents lors de l’installation de l’Historial dans le château féodal. Est-ce exact?

C’est vrai car ça bousculait leurs habitudes et on avait créé un bâtiment moderne. Mais ça n’a pas provoqué de longs débats ni de grosses polémiques.

Quels furent les premiers publics?

Des publics de tous horizons. Dans un premier temps, surtout des Français (groupes et individuels). Mais très vite, les publics britanniques, habitués à fréquenter la Somme et notamment la région d’Albert, se sont intéressés à l’Historial; les Allemands venaient en moins grand nombre, ceci certainement à cause de la distance. Aujourd’hui, le public est réparti en trois fractions équivalentes : les scolaires, les individuels et les groupes. A noter qu’on a reçu un nombre important de groupes d’anciens combattants (y compris de 14-18). Jamais nous n’avons été confrontés à des oppositions farouches et frontales.

Vous souvenez-vous d’une anecdote survenue au cours de la création de l’Historial?

Je me souviens que nous étions partis, Jean-Pierre Thierry et moi, en Loire atlantique à la rencontre d’un collectionneur spécialisé dans le matériel médical. Et nous sommes revenus avec un violon de tranchée bricolé à partir d’une boîte de munitions. Je me souviens aussi de la rencontre avec les héritiers de Georges Duhamel qui nous avaient confié les souvenirs de leur père, chirurgien aux armées. Ils nous ont donné une flûte sur laquelle, après avoir opéré toute la journée dans le sang et la sueur, l’écrivain essayait de survivre grâce à la musique. Aujourd’hui, cette flûte trône toujours dans le musée (en salle 3), appuyée sur la cantine militaire du médecin Georges Duhamel. Il possédait aussi une partition de sonates pour piano qu’il avait retranscrite pour la flûte.

Comment voyez-vous l’avenir de l’Historial?

A l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, où elle pourrait plonger dans les tréfonds de l’Histoire (car il n’y a plus de survivants), il convient donc d’élargir le propos aux phénomènes guerriers plus largement, et considérer que 14-18 a constitué un pivot.

Comment expliquer que la bataille de la Somme ait été longtemps mal connue, voire méconnue?

Car elle s’est produite en 1916 et que Verdun a eu lieu en 1916. Verdun, bataille française, où tous les régiments sont passés. La bataille de la Somme est un combat qui concerne le Britanniques. Il suffit de comparer ce qui est relaté dans les manuels scolaires d’histoire des deux pays.

Comment la collection personnelle de l’écrivain Yves Gibeau s’est-elle retrouvée à l’Historial?

J’avais rencontré le photographe Gérard Rondeau, ami d’Yves Gibeau; il nous emmenés dans la maison du romancier où nous avons découvert sa passion pour la guerre de 14. Il parcourait les lieux de combats et avait réuni une véritable mémoire de la terre sous forme d’un ensemble d’objets retrouvés dans les champs. Il avait exposé le tout dans son grenier, sur une table. Nous avons décidé de déplacer cet ensemble et de l’installer comme mémoire de la terre à l’Historial (salle 4).

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

 

 

 

 

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Lettre de remerciements à Gilbert Fillinger

 

«Amiens, le jeudi 5 avril 2012, 9h55.Cher Gilbert, Une fois n’est pas coutume. Tu connais mes goûts singuliers, mes penchants quasi pervers, mes inclinations de beau-frère qui me conduisent à préférer les films des Charlots à ceux d’Ernst Ingmar Bergman. Qu’y puis-je? Je suis bon public, d’humeur assez joyeuse surtout quand les filles m’aiment, me câlinent, et, tu t’en doutes, c’est le cas en ce moment avec ma délicieuse petite Anglaise Lady Lys qui, avec son succulent accent birkinien, adoucit mes jours et mes nuits. (Tu as vu, lectrice folle de moi comme je fais des phrases proustiennes, longues comme un jour sans poulettes?) Oui, disais-je, Bergman me gave et je sais que c’est mal. Jean-Luc Godard aussi (sauf À bout de souffle et Pierrot le Fou; scoop au passage, lectrice: un copain écrivain, dont je tairai le nom, m’a certifié que, lorsqu’il était jeune sa plaisanterie préférée était de marcher sur les mains dans les cocktails intellos, histoire de choquer le bourgeois; c’est Mauriac qui devait être content devant les plaisanteries simiesques du jeune époux de sa petite-fille Anne Wiazemsky) et là encore je sais que c’est mal. Je déteste certains des films intellos et chiants de Rohmer et de Doillon, et là je sais bien que j’ai raison. Ma tasse de thé, cher Gilbert, ce sont les séries B, les navets français des années 50 avec Maurice Biraud (mon idole), les Lautner dialogués par Audiard. On ne peut pas se refaire; quand on a eu la chance de naître à Tergnier (Aisne), ville cheminote, souvent communiste, on est plus sensible aux anars de droite, voire de gauche, qu’aux donneurs de leçon des universités et des Droits de l’Homme. Tout ça pour te dire, camarade Gilbert que, tu m’as ravi en programmant, l’autre soir, Le gros, la vache et le mainate, opérette barge issue d’un texte de Pierre Guillois, sur une mise en scène de Bernard Menez. En sortant de ton temple de la culture, j’avais mal aux côtes tellement j’avais rigolé. Ma Lady Lys, à qui je devais cette inoubliable sortie, était dans le même état que moi. Menez est un grand; on le savait depuis sa magnifique chanson «Jolie poupée» (1984), qui marquait enfin le retour de la chanson à textes. Cette opérette barge est grasse, iconoclaste, complètement cinglée, politiquement incorrecte. Elle fait du bien à la tête. Merci Gilbert. Ton dévoué Lacoche.»

Dimanche 8 avril 2012.

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Benoît Delépine n’a peur de rien

Benoît, bien sage, à la brasserie de L'Univers, à Saint-Quentin. En face de lui, Lou-Mary : il a l'air heureux de la regarder. Benoît : un homme de goût.

Benoît Delépine devant la brasserie Le Carillon, à Saint-Quentin.

 

 

Belle petite bière : ça lui botte!

De retour dans l’Aisne chez ses parents, pour le réveillon, le cinéaste, journaliste, comédien et auteur, effectue une manière de pèlerinage à Saint-Quentin.

 

Benoît Delépine devant la verrière du bar de nuit La Grange, rue de Vermand, à Saint-Quentibn. On peut voir cette magnifique verrière - aussi belle que les filles que nous avons croisées à La Grange - dans le film "Louis-Michel".

C’est la veille de Noël. Benoît Delépine est de retour à Saint-Quentin pour réveillonner avec sa famille, à Holnon. À la brasserie de L’Univers, il a des souvenirs. Comme dans les autres bars de Saint-Quentin. Et quand on quitte la brasserie, c’est à La Grange, un bar américain du 35, rue de Vermand, qu’il veut qu’on prolonge l’interview. Là-bas aussi, il a des souvenirs, le Benoît.Les hôtesses et Jean-Pierre (l’un des fondateurs de l’établissement) l’accueillent à bras ouverts. Ici, il est chez lui. Il pose devant la verrière juste au-dessus du bar, verrière que l’on voit dans son film Louise-Michel. Holnon, le bastion familial n’est pas loin. Son père agriculteur, fut longtemps maire de la commune. A la tête d’une exploitation de 40 hectares, souriait en disant que ses vrais patrons étaient le Crédit agricole et Bonduelle. Sa mère: femme au foyer. Un frère, Christophe, aujourd’hui praticien à SOS médecins, à Lille. Une sœur, Isabelle: qui a fondé un poney club à Holnon. Scolarité à l’école d’Holnon: «L’école à l’ancienne. De très bons enseignants.» Ses parents l’inscrivent au collège Saint-Jean, à Saint-Quentin. Il subit sa première humiliation scolaire. Le professeur lui colle zéro à la dictée car il n’a pas utilisé une copie double mais avait collé deux feuilles simples avec du scotch. Le début de sa vie «créative», Benoît le situe à l’âge de 13 ans. Cela consiste à bien rigoler avec ses copains, surtout avec Didier Bédu, aujourd’hui patron d’une boîte de calvados en Normandie. «On a fait le CELSA (N.D.L.R.: école de journalisme, à Paris) ensemble», dit-il. Ses notes baissent. Il sèche les cours, va beaucoup au cinéma, passe du temps dans les bars. «Grâce à Raymond Défossé (N.D.L.R.: qui œuvra longtemps pour le Festival Groland), surveillant général, mes parents n’étaient pas au courant de mes escapades. Quand il faisait l’appel il m’oubliait volontairement.» C’est avec Raymond qu’il crée le petit journal Polit au sein du lycée. Il finit par obtenir son bac D avec 10,21 de moyenne. Ses parents l’incitent à faire des études de commerce.En1976, il effectue la préparation HEC, au lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin. Il ne se présente pas aux contrôles, et rate en beauté. Puis il file à Sup de Co, à Lille: «J’étais largué; je ne me sentais pas bien avec les autres élèves.» Après Sup de Co, il lance le journal Fac Off, destiné aux étudiants. Faillite. Plus un sou.En1982, il monte à Paris pour tenter de trouver un travail rémunérateur. Il passe le concours du CELSA, intègre l’école et ne cesse de faire «des coups de bluff». Il se fait passer pour un journaliste d’Actuel pour parvenir à entrer en contact avec le patron d’une agence de pub. Ravi, le mec l’invite à son bureau de la rue du Louvre. Sur place, Delépine lui avoue qu’il n’est pas journaliste et dit au boss qu’il «fait de la merde».Fasciné par tant de culot, le patron l’embauche, pour le virer un mois plus tard. Il fait ensuite la connaissance de Thierry Ardisson. «Je trouvais une idée à la con par jour pour ses projets, dont le lancement du journal Création», dont il devient, à 25 ans, le rédacteur en chef, ce grâce à Christian Blachas, patron d’un groupe de presse. «Je faisais chier le milieu de la pub; Blachas me laissait tout passer.» Et puis, un jour, à la suite de critiques très virulentes à l’endroit du groupe Havas, le journal est mis au pilon. Se retrouve à la rue. Intègre les Nuls à Canal +, en commençant par faire une série de courts-métrages en compagnie de son ami Christophe Salengro, de Lille, qui deviendra le célèbre président Salengro, de Groland. Avec lui, il inventera l’univers de ce dernier. Et il est pris comme pigiste aux Arènes de l’info, écrit des textes pour les marionnettes. Il s’engueule avec eux, a l’idée des Guignols qui est retenue par Canal +. Avec Bruno Gacciot et Jean-François Halin, il écrit des sketches. L’émission cartonne. Delépine est sur le rail du succès. 1997: il écrit le film Michael Kael contre la World News Company. Échec commercial total. «J’étais au fond du trou.» Il se raccroche à Groland, décide d’aller vivre près d’Angoulême, et finit par remonter la pente. Au sein de Groland, qu’il fait la connaissance de Gustave Kervern. Ils s’entendront comme larrons en foire et réaliseront des films magnifiques, insolents, bombes politiques (Avida, 2006, Louise-Michel, 2008, et Mammuth, 2010). Dans le prochain, Le Grand Soir, qui sortira en 11avril prochain, on y retrouvera Benoît Poelvoorde dans le rôle du plus grand punk à chien d’Europe.Brigitte Fontaine y joue, dit-il, un rôle complètement délirant.On va encore se régaler grâce à l’enfant d’Holnon.

PHILIPPE LACOCHE

 

Un crâne et un tibia dans la fosse commune

«Mes dimanches d’enfance? C’était un peu la torpeur d’Holnon.» Parmi les bons souvenirs, Benoît Delépine se souvient du Petit Rapporteur qu’il regardait au côté de son père, agriculteur, et de toute sa famille. «Après je me suis fichu de Jacques Martin, aux Guignols, mais c’était pour moi une façon de tuer le père. Car au Petit Rapporteur, il y avait des gens intéressants: Desproges, Prévost, Collaro… Je ne vois pas d’émissions qui correspondante à ça à la télé d’aujourd’hui. C’était l’humour français avec, derrière: Hara-Kiri, Charlie-Hebdo. Pour moi, ce fut une façon de découvrir un autre rire…» Petit, il se plie à la messe obligatoire du dimanche matin. Puis, ce sont les parties de football derrière l’église d’Holnon, dans une pâture. Ses jeux? «On essayait de recréer ce qu’on voyait à la télé.» Il parvient même à réaliser un mini musée de paléontologie avec les fossiles qu’il trouve dans les champs. «Dans une fosse commune du cimetière, on avait récupéré un crâne et un tibia. Quand mes parents les ont trouvés, on s’est fait engueuler.» Un autre jour, il tombe sur une cache d’armes (fusil, flingue, baïonnette) qu’il avait essayées dans la grange. Une balle avait fini par traverser une poutre. Il aimait aussi tirer sur les oiseaux avec sa carabine à plomb: «Et dire qu’aujourd’hui, je fais partie de la Ligue de protection des oiseaux! »

 

Bio-express

30 août 1958 : naissance à Saint-Quentin, «sous le signe du 8».

1975 : grâce à Raymond Défossé, il fonde, au lycée Saint-Jean, à Saint-Quentin, le journal Polite.

1980 : à Lille, il publie Fac Off, journal étudiant diffusé à 20000 exemplaires dans les restoU.

1983: devient rédacteur en chef de Création, journal de design et de pub.

1988 : rentre aux Guignols (Les Arènes de l’info), sur Canal +.

1992 : création de Groland.

2003 : premier film avec Gustave Kervern, Aaltra.

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Ces livres et ces trains qui me font du bien

 Tu sais, lectrice, amour, poulette, lolita, dame mûre, il n’y a pas que toi qui me fasses du bien. Ça va être dur à encaisser mais il n’y a pas que toi dans ma vie; il y a aussi les livres. Alors que mon train quittait Paris-Nord et qu’il glissait dans l’air hiémal saturé par l’humidité et par l’électricité bleutée des caténaires énervées, je me demandais ce qui faisait que j’aimais tant les trains, les voies, les gares, les ambiances ferroviaires, et les livres. Les trains, je crois comprendre: mon grand-père Alfred, ancien Poilu de la Somme, blessé à plusieurs reprises, caporal (car il savait lire et écrire) comme Cendrars, contrôleur dans les Chemins de fer du Cambrésis (grâce à son métier, il s’arrêta, un jour, dans l’estaminet de Bazuel, près de Catillon, son lieu de naissance et près des voies, fit la connaissance de celle qui, une soixantaine d’années plus tard, deviendrait ma grand-mère), puis employé à la SNCF dès1936 où il fera toute sa carrière en gare de Tergnier (Aisne). Mon père, lui, réalisera toute sa carrière au bureau de l’arrondissement, près du cimetière où repose aujourd’hui mon grand-père, où mon père reposera et où j’espère aussi finir mes vieux jours auprès de mes copains, fils de cheminots, comme moi. La boucle est bouclée, lectrice ma dame mûre, ma lolita, ma fée, mon, opium. Venons-en aux livres. Ils n’égaient pas seulement ma vie; ils me l’ont parfois sauvée. Ils furent mes défibrillateurs quand mon cœur, broyé par une lolita, une dame, une fille, ne voulait plus repartir. Ce fut Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier, quand Régine avec ses couettes, son K-Way, ses Clarks et sa mère communiste responsable de la cellule locale, refusait de sortir avec moi en quatrième. Ce fut L’Homme foudroyé, de Blaise Cendrars quand elle me quitta par un ignoble mois de mai de1974 après m’avoir accordé six mois d’une vive passion. Ce fut J’suis pas plus con qu’un autre, d’Henry Miller, quand un matin brumeux, en panne de Lexomil, il me prit l’idée de sauter sur le ballast, alors que le Paris-Tours avait pour mission de me conduire vers l’école de journalisme. Ces livres, je les lisais toujours dans le train. La boucle est bouclée, lectrice. Attachez vos ceintures! Attention au départ!

Dimanche 5 février 2012.

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