Daniel Darc : « La dope, c’est terminé »

 

Daniel Darc, toujours très rock'n'roll, ne boit plus que de la bière.

C’était un jour d’automne, à la Comédie de Picardie, à Amiens. Daniel Darc – que je connais depuis des lustres, depuis la folle époque de Best où nous nous rencontrâmes lors d’un voyage de presse en juillet 1985, au festival rock de Guéhenno, en Bretagne, près de Lorient – venait y donner un concert. Nous nous installâmes au bar. Bière pour lui ; café pour moi. Cuir pour lui ; veste Armand Thiery pour moi. Il a presque bonne mine, à ce que je peux en voir car il tatoué du nombril aux orteils. Je lui parle de Best, de Drieu La Rochelle, de Céline, de Lou-Mary (il devait chanter, sur son album Mise à nu, Rock Paradise, dist. Rue Stendhal, en duo la chanson « Les Smarties », s’est désisté pour des histoires de droits, et a laissé sa place à Patrick Eudeline).

Lectrice hystérique, fan de rock’n’roll, je te gâte encore : voici ci-dessous (chics), len avant-première, la suite de l’interview que tu liras dans le cahier week-end du Courrier picard du 16 décembre 2011).

 

Parle-nous de la chanson «C’est moi le Printemps».

Le titre, c’est une phrase de Céline, issue du Voyage au bout de la nuit, je crois. Comme je suis né en mai, c’est une phrase qui m’a fait flasher, comme toute la première partie de l’oeuvre de Céline, avant qu’il ne devienne obsédé par les Juifs.(Le Voyage et Mort à Crédit sont géniaux.)

Comment est-elle née?

Musicalement, tout vient de Laurent Marimbert, mon réalisateur. J’ai apporté le texte, grâce à cette phrase de Céline que j’avais en tête.

On dit que tu écris très rapidement. Par fulgurances, selon certains. Est-ce exact?

Oui, c’est vrai, je vais très vite. J’écris tous les jours. A chaque fois, avant de faire un album, j’ai une vingtaine de cahiers pleins, mais, au final, je ne les ouvre même pas. On écrit comme on se protège. Naturellement. J’ai fait du karaté longtemps, voilà… Tu t’entraîne aussi tous les jours. Et tu fais un combat. J’écris tous les jours pour m’entraîner.

Tu continues le karaté?

Non, je fais du tai-chi. A mon âge c’est plus raisonnable que le karaté. J’ai 52 ans…

Comment vis-tu à Paris?Ta vie quotidienne? Copine?Alcool?Dope?

J’ai une copine. La dope, c’est terminé. Je ne peux plus boire d’alcool fort; je ne bois plus que de la bière. On n’a plus le choix. Tu crèves à 27 ans ou 80 ans, mais crever à 52 ans, c’est nul! Je fais beaucoup de vélo, pignon fixe, sans freins, j’adore ça. Je fais ça à Paris, et on est en train de voir avec un copain pour louer des horaires dans un vélodrome pour faire de la piste. Ma copine a le même âge que moi. On s’est connu chez des copains début juillet 2010.

Qu’écoutes-tu le plus des derniers temps ?

Beaucoup de country. Coltrane, toujours. Metallica et le dernier disque d’Alice Cooper. Je n’écoute rien de ce qui sort actuellement. Sur l’album, j’ai une chanson qui se nomme «C’était mieux avant».C’est exactement ça; je crois que je suis un vieux con par certains côtés.

Qui sont aujourd’hui tes meilleurs amis?

Sophie, la copine; mon guitariste; Marc Dufour qui a récemment écrit un bouquin sur Springsteen.

Tes lectures, quelles sont-elles?

Je recommence à lire des Séries noires. Et je lis Proust, je ne sais pas si je vais tenir, mais j’ai commencé en tout cas. Je lis aussi Shakespeare.

Tes projets?

Tourner et tourner, et je n’ai plus envie d’attendre avant de faire des disques. Je fais refaire un autre disque rapidement avec Laurent Marimbert. Je vais essayer de faire un disque par an. Avant, je voulais faire le chef d’oeuvre et puis… je me dis qu’un disque chaque année, ça fait une pierre de plus, et que ça fera peut-être un disque après.

Propos recueillis par

Philippe Lacoche. 1 décembre 2011.