Alice Botté et sa brûlée n’ont pas vieilli

        «Ma Stratocaster, je l’appelle ma Brûlée car elle a cramé dans un local de répétition. Je la considère comme mon membre fictif.» Samedi soir, Alice Botté, l’un des meilleurs guitaristes français actuels, était sur scène au côté de Thiéfaine au Rétro C Trop Festival, à Tilloloy, près de Roye, dans la Somme. Et sa sacrée Brûle était entre ses doigts d’or. Il la quittait pour rejoindre le manche d’une vieille Gretsch de 1961 et une Gibson SG conçue sur mesure par un luthier. Alice Botté ne manque pas de métier. Ce Nancéien – comme CharlElie Couture qu’il a longtemps accompagné – a joué avec ce dernier dès 1979. On le retrouve notamment sur le troisième album de Couture, Pochette surprise (Island, 1980). Avec CharlElie, il a fait de la scène, du studio. D

Alice Botté, l'un des meilleurs guitaristes français actuels.

Alice Botté, l’un des meilleurs guitaristes français actuels.

ès le début des années 80, il avait créé son groupe, Les Fonctionnaires, en compagnie de Tom Novembre, le frère de Couture. En 2003, il avait rencontré la femme de sa vie, Barbee, chanteuse, auteur-compositrice avec qui il crée le groupe Berline. Il produit également des groupes indépendants, compose des musiques de pub (notamment pour Chanel). Mais, surtout, il est de toutes les fêtes musicales avec Thiéfaine, sur scène et en studio. Ses influences? Hendrix, on s’en doutait. «C’est en l’écoutant que j’ai eu envie de faire de la musique», explique cet autodidacte qui avoue ne pas lire la musique. Il cite aussi Neil Young, King Crimson, Can, Brian Eno et «pleins de trucs expérimentaux comme Pierre Henry ».             «Chez Hendrix, j’aime son sens de la liberté», dit-il. «Après l’avoir écouté, je me suis mis à triturer les sons. Paradoxalement, je n’écoute pas beaucoup de guitaristes. J’ai besoin d’être libre…»

Son autre passion : la lecture. Il adore Stefan Zweig, Céline, Camus, Lautréamont. «La littérature, c’est une porte qui s’ouvre; j’ai besoin de ça.» Mais, même s’il ne le dit pas, sa vraie passion, c’est aussi et surtout La Brûlée, sa chère Fender Stratocaster avec laquelle il a enflammé, samedi, la scène du Rétro C Trop, de Tilloloy, où Blaise Cendrars, l’un des écrivains les plus rock de la littérature avait combattu en 1915. Normal qu’il ait donné le meilleur de lui-même, Alice Botté, hier soir; il y avait dans l’air des parfums de littérature.

PHILIPPE LACOCHE