Qui a tué Fabrice du Roscoät?

 

Michel Embareck, écrivain, Mers. Juillet 2012.

C’est la question que se pose Michel Embareck, dans un polar rondement mené, où il sonde les reins d’un empire de la presse régionale agonisant.

Un matin, d’automne à Saproville-sur-Mer, petite ville de province profonde. Le corps de Fabrice Kerbian du Roscoät, héritier d’un empire de la presse régionale au bord du gouffre financier et de la faillite, est retrouvé près d’un jardin public. Il est mort, liquidé «à bout touchant» d’une balle dans le crâne. Qui a plus le tuer? Bambochard invétéré, aurait-il été victime d’un fêtard énervé? Coureur impénitent, un mari jaloux aurait-il été plus expéditif que les autres? Une maîtresse délaissée aurait-elle passé la commande? À moins que le tireur ne fût un fantôme surgit d’un lourd passé familial où les histoires, parfois assez malodorantes, furent fréquentes. Détective privé aux manières peu orthodoxes, ours mal léché, ancien lanceur de couteaux, Victor Boudreaux mène l’enquête parallèlement aux enquêteurs de la Police judiciaire qui œuvre sous la férule d’un procureur aux dents longues.

Voilà résumée, succinctement, l’intrigue de ce polar rondement mené, signé Michel Embareck. L’homme a du savoir faire; il n’en est pas à son coup d’essai. Depuis1984, il a construit une œuvre tissée de quelque vingt romans, souvent policiers, ou relevant de la littérature noire. Il sait mener une intrigue. Il ne s’en prive pas. Mais, sous le genre, on retrouve des questions importantes: quel avenir pour la presse quotidienne régionale? Où les tentatives de modernisation diverses vont-elles mener la presse papier? Se pose aussi la question de l’héritage, de la transmission. Longtemps journaliste dans un grand quotidien régional, Michel Embareck a dû se poser toutes ces questions. Il profite de ce roman de fiction pour faire le point sur l’avenir d’un métier et d’un secteur d’activité en difficulté.

On se régale également du style d’Embareck. Un style imagé où fusent les images directes, étonnantes. Et ce sens aigu du portrait: «Interminable maigrichon un rien hautain, le directeur de la rédaction porte encore sur le crâne quelques stigmates d’une rousseur javellisée par la cinquantaine. Seule la pâleur du visage criblé de gouttes d’ambre trahit la réalité génétique.» On dirait du Blondin.

PHILIPPE LACOCHE

«Avis d’obsèques», Michel Embareck, L’Archipel-Policier. 299 p.; 18,95 euros.